Beltaine - Belotenedos

mai 3, 2008 at 1:38 (divinités, fêtes, symboles)

Beltaine

Beltaine ou Belotenedos (en celtique ancien). Les avis sont partagés sur l’étymologie des mots. Si l’on peut voir « Belo » comme « celui qui tue », et « tenedos » comme « feu et ténèbres », selon Xavier Delamarre, dans son « dictionnaire de la langue gauloise », Belenos comme Belisama seraient à rapprocher effectivement de la racine « belo » qui, là, correspondrait à « force, fort » et l’appellatif Belisama serait donc à comprendre comme « la très puissante » et Belenos comme « le Maître de Puissance ». jan de Vries, lui, rapproche l’élément « bel » de la racine indo-européenne « Guel », « briller », tandis que pour Le Roux et Guyonvarc’h, « Bel » est « la lumière » et « teine », « le feu ». Belisama serait donc « la très brillante ». Selon eux, la racine indo-européenne “bhel » insiste, en celtique, sur la notion religieuse de “lumière vive, éclat lumineux » alors que les autres branches i.e. se contentent de la simple notion de « pâleur, blancheur » (ce qui curieusement, pourrait nous rapprocher de la lune). Beletonedos, ou Beltaine serait donc littéralement « le feu de Bel », de Belenos qu’on peut prendre comme un visage de Lug (certains auteurs comme Raimonde Reznikov nous signalent qu’ils sont parfois interchangeables) sous son aspect de lumière sans être pour autant le soleil lui même mais l’Esprit Solaire dont le soleil est l’organisme visible.
Belotenedos nous apparaît donc comme une fête du Feu et des Druides, maîtres du Feu et des éléments atmosphériques, et les différents sens donnés au nom de la fête semblent aisément superposables et se renforcer les uns les autres.

Protection et fécondité

Le Feu abolit la nuit et donc la période sombre de l’année ce qui fait de beltaine une fête à caractère solaire. Du feu et par extension du soleil, on attend la chaleur et la luminescence nécessaires pour faire lever les grains ensevelis et assurer, par leur floraison, une vie nouvelle.
Le rayonnement solaire et l’énergie du Feu (qui est, bien entendu, le symbole terrestre de l’Energie) font naître la vigueur dans les reins des bêtes comme dans ceux des hommes. Car le feu présente aussi un aspect nettement sexuel, « par le caractère fécond propre à la régénération, par la chaleur qu’il dégage et que l’on associe à la passion et à la sensualité ou, encore, par le frottement de deux corps nécessaire à l’obtention de la première flamme » (Marion Dufour : « la magie de la femme celte »).
Par ailleurs on demandait à l’esprit du feu de protéger les cultures et les animaux, d’apporter la victoire aux guerriers, et de donner l’inspiration aux Druides.
Sans oublier que c’est aussi par un grand feu les empêchant de revenir en arrière que les Tuatha détruisirent leurs bateaux après avoir débarqué en Irlande un jour de Beltaine (ce qui souligne encore l’aspect « commencement » de la fête).
Etant la richesse principale des Celtes, l’usage était de faire passer le bétail entre deux grands feux purificateurs afin de préserver les animaux durant l’année avant, dès le lendemain, de les conduire dans les pâturages d’été. Sur la nature des deux feux , les interprétations varient : il pouvait s’agir du Feu de Belenos et du Feu de Belisama, ou bien du Feu du Soleil et du Feu de la Lune, mais le caractère purificateur reste indiscuté.
On recherchait aussi en général les bénédictions protégeant les maisons, les cultures et le bétail. Et c’était aussi un temps privilégié pour la cueillette de certaines plantes médicinales ou protectrices comme l’ortie.

L’opposé de Samonios

Pour satisfaire au principe selon lequel chacune des fêtes celtiques a son pendant symétrique, son opposé polaire, son vis à vis qui vient l’équilibrer six mois plus tard, Beltaine est le pendant lumineux de Samonios, le début de la saison claire et de l’été, alors que le second débutait la saison sombre et l’hiver. Le Roux et Guyonvarc’h, là encore, verraient « volontiers dans Bel(enos) un surnom de Lug vu dans son aspect de lumière, opposé symétriquement au Lug de Samain préparant, dans la chaleur et la lumière des festins, à l’hiver et à l’obscurité ».
Au niveau rituel, correspondant à la dichotomie de l’année partie claire/partie sombre, nos ancêtres précipitaient un arbre tête en bas dans un puits (avec feuilles et racines) avec des armes sacrifiées et des offrandes, avant de le combler, qui était probablement le reflet de l’Arbre de Mai planté (tête en bas) pour relier la Terre au Ciel (Axe du Monde).
Beltaine débute aussi la saison guerrière (chasse, guerre, conquête) comme Samonios correspondait à la fin de cette saison. Ces deux fêtes correspondent aux principaux faits de la mythologie irlandaise : la seconde bataille de Mag Tured, l’accouplement du Dagda et de la Morrigane, la mort de Cuchulainn pour Samonios, et pour Beltaine, l’arrivée de tous les habitants de l’Irlande et notamment des Tuatha De Danann.
Au niveau du calendrier agraire, Samonios est le temps où l’on rentre les troupeaux pour l’hiver, Beltaine où on les sort pour les mener aux pâturages. Le premier correspond au début du temps des veillées, le second au temps des corvées champêtres.
Il est donc évident que Beltaine est donc une fête du commencement et de changement du rythme de vie : « du rythme hivernal, on passe au rythme estival et l’on pare au mieux aux risques multiples du passage » (Le Roux- Guyonvarc’h).

Beltaine et le Taureau

Le signe astrologique du Taureau (l’Auroch des traditions protoceltiques ?) règne sur Beltaine. Outre qu’il représente la puissance des forces naturelles, le sensualisme, la volonté, le sens de la beauté et l’amour, épanouit et concrétise les promesses du signe précédent. C’est à dire qu’il correspond dans la nature, à la condensation de l’élan du Bélier, la matérialisation des forces créatrices qui se concrétisent dans l’abondance des formes. C’est la seconde tranche du printemps, de la végétation massive et de l’apparition des premiers fruits. En analogie avec le bovin, c’est un rythme qui est à la lenteur et à la stabilité par la lourdeur, l’épaisseur et la densité de la matière. Mais cette incarnation est particulièrement riche et s’assimile à la Terre nourricière, à la Mère Nature, féconde par excellence. C’est aussi la paix, la joie de vivre dans l’épanouissement des sens et l’on sait que le signe est gouverné par Vénus : sous son aspect « fertilité virile », on peut aussi honorer Kernunnos lors de Beltaine.
Car le Taureau est un symbole de fécondité et Beltaine est une fête de la Fertilité, ce que démontrent les traditions de l’Arbre de Mai, Axe du Monde, mais aussi symbole phallique, et de la Reine de Mai. En Grèce, le taureau était consacré à Dionysos, dieu de la virilité féconde. Le dieu Védique Indra est aussi assimilé à un taureau : c’est lui que les hommes de guerre invoquaient avant le combat (cf. Beltaine, début de la saison guerrière) et le sens originel de son nom semble être celui de « puissance, force » (cf. étymologie de Belotenedos).
Le taureau Indra est aussi rattaché au symbolisme de la fécondité mais il est aussi l’emblème de Shiva et à ce titre il symbolise par ailleurs le Dharma (appelé Dedma par les Celtes), ou loi du bon ordre de l’univers. S’arrêter là serait faire peu de cas de l’extrême richesse symbolique du taureau : on pense aussi au taureau de Mithra, aux taureaux brun et blanc, de l’Ulster et du Connaught, au taureau aux trois cornes et au taureau aux trois grues dont le sacrifice, s’il faut en croire l’interprétation de J.J.Hatt, permettra le retour de la déesse Rigantona à laquelle s’unira Esus au moment de Beltaine, etc.
Le « dictionnaire des symboles » précise : « toutes les ambivalences, toutes les ambiguités existent dans le taureau. Eau et Feu : il est lunaire (Sirona) en tant qu’il s’associe aux rites de la fécondité ; solaire par le Feu de son sang (Belenos-Belisama) et le rayonnement de sa semence ».

Sur Belenos

Si Belenos est une divinité solaire, il est avant tout l’esprit solaire et non le soleil physique qui est plutôt considéré comme son corps ou comme son véhicule.
Belenos représente le principe de la Lumière (« jeune dieu aux boucles d’or »). Il représente aussi la force de l’homme jeune (« fils chéri de la Grande Déesse » -déesse dont Belisama est l’une des personnifications) mais il est avant tout, à mon sens, l’Harmonie et la Beauté sous toutes ses formes. Il a intégré tous les contraires, le conscient et l’inconscient, le masculin et le féminin (Belenos/Belisama), le soleil et la lune, le feu et l’eau (Sirona). Hécatée d’ Abdère (300 av. JC) rapportait : « Apollon se rend dans l’île (où se trouve un curieux temple de forme circulaire consacré au dieu solaire) tous les 19 ans lorsque le soleil et la lune sont alignés l’un sur l’autre ».
Analogiquement à ce qui se réalise alors dans la nature, à savoir la fusion de toutes les polarités, Belenos symbolise le processus alchimique d’union et de combinaison des différents éléments du moi pour parvenir à la totalité (et il peut nous aider dans notre quête de cette union : pour trouver la Lumière il importe au préalable de l’allumer en soi. Qui mieux que lui pourrait nous y aider ?)
Imbolc correspondait symboliquement à l’éveil initiatique et à la préparation qui aboutissent, lors de Beltaine, à la Renaissance dont le dieu Belenos est le maître.
Par ailleurs, si l’on considère le soleil comme l’image emblématique de la loi, de l’ordre, de la régularité et de la stabilité , de la force et de l’énergie, Belenos serait donc l’un des principaux garants de la Dedma (mais il est vrai que toutes les divinités sont garantes de la loi du bon ordre de l’Univers…)

Feu et Eau

Belenos peut être associé à Belisama, la Très Rayonnante ou la Très Puissante, qui est, entre autres, une déesse guerrière et guérisseuse, patronne des forgerons et maîtresse du Feu, et qui peut être son épouse, sa sœur ou sa mère… Quoi que principe solaire au féminin, elle correspond aussi à la Pleine Lune et symbolise la maturité et l’épanouissement (et par extension, à la période de développement « extérieur » de la personnalité et de l’individualité).
On peut aussi lui associer Sirona, représentant l’astre lunaire, pour former une « dualité lumineuse à la manière d’Artémis et Apollon » (RJ Thibaud : dictionnaire mytho symbolique celte). Cette association peut encore être renforcée par le fait que si Belenos, le guérisseur, est à l’origine du jaillissement des sources bienfaisantes, Sirona est celle qui protège les fontaines…
Car on sait que l’Eau et le Feu, bien qu’antagonistes, sont aussi complémentaires : l’eau principe passif et humide, opposé au principe actif et sec du feu, est associée à la lune, à l’inconscient et au rêve, tandis que le feu évoque le soleil, le conscient et l’activité, ce qui renvoie au couple ciel et terre et à la fécondité. On se rappelle aussi que ces deux éléments sont symboles de purification et qu’ils jouent tous les deux un rôle fondamental dans les rites d’initiation.

Permalien Un commentaire

mégalithes dans la Vienne

avril 22, 2008 at 9:01 (archéologie)

(sources : “Inventaire des Mégalithes de France. La Vienne”. Pautreau/Mataro I Pladelasala. Association des Publications Chauvinoises)

Permalien Pas de commentaire

Sanxay antique : le livre

avril 3, 2008 at 5:21 (livres)

Le n° 25 de la collection des Guides archéologiques de la France, consacré au grand sanctuaire rural gallo-romain de Sanxay, dans la Vienne, était épuisé depuis longtemps. Une nouvelle édition, réactualisée, paraît aux Editions du patrimoine - Centre des monuments nationaux :

“Sanxay antique” Pierre Aupert, Jean Hiernard, Myriam Fincker 120 pages. 130 illustrations 18 €

sanxay.jpg   Le mystérieux site de Sanxay avec son temple, son théâtre et ses thermes, a fait l’objet, dès les premières fouilles archéologiques, de nombreuses interprétations parmi les savants : lieu de réunions, de pèlerinage, de spectacles ?

L’existence d’un temple à double cella transformé en thermes munis de grands bassins caractéristiques des établissements d’hydrothérapie, de même que la source et les galeries semi enterrées du grand temple conduisent à penser qu’il s’agissait d’un lieu de cure thermale placé sous le patronage peut être d’un couple, au moins de plusieurs divinités,

Comme tous les autres sanctuaires des eaux connus en Gaule, ce lieu, au caractère indéniablement religieux, devait attirer de nombreux consultants de l’oracle, des patients et des fidèles venus de la campagne environnante.

Les habitants de la vallée s’y réunissaient en outre pour célébrer les fêtes liées aux cultes des divinités , pour assister aux liturgies et aux spectacles offerts dans le théâtre et pour participer aux banquets qui accompagnaient ces diverses manifestations : Sanxay était aussi un important centre d’information, d’échanges et de divertissement.

Une sorte de « parcours initiatique » est proposé dans cet ouvrage grâce à un texte d’une haute tenue scientifique, agrémenté de nombreuses illustrations en couleurs, de magnifiques photographies aériennes, de reconstitutions, de plans ou encore de gravures anciennes.

Il raconte tout d’abord l’histoire des recherches et des découvertes archéologiques, permettant ainsi au lecteur de suivre les archéologues tout au long de leur enquête. D’autres chapitres sont consacrés à la description et à l’étude approfondie des monuments eux-mêmes : le théâtre, le sanctuaire des eaux curatives, mais aussi deux temples uniques dans l’architecture de l’Empire romain : le temple à double cella et le fameux temple octogonal. Un chapitre présente enfin les objets découverts sur le site et qui sont conservés aujourd’hui au musée Sainte-Croix de Poitiers. Les auteurs livrent, à travers cet ouvrage, la synthèse la plus minutieuse et la plus aboutie sur l’état général de la connaissance historique, archéologique et monumentale du site de Sanxay, depuis les premières fouilles menées au XIXe siècle par le père Camille de La Croix jusqu’à nos jours.

Chronologie, bibliographie et glossaire prennent place à la fin de l’ouvrage.

Permalien Pas de commentaire

construction d’un tumulus

avril 2, 2008 at 5:12 (archéologie, civilisation)

En réponse à de nombreuses questions, on ne peut guère que formuler des hypothèses… “Comment étaient construits les tumulus” est une de ces questions sur lesquelles on ne peut faire que butter car les faits sont là : on connait de mieux en mieux le mégalithisme mais l’archéologie n’a pu, encore, apporté de réponses certaines quant aux techniques qu’ont utilisées les hommes de cette époque pour construire de telles structures.
Pour les peuples européens, le culte des morts tient une grande place dans la vie quotidienne et religieuse puisqu’ils considèrent que ces derniers sont encore présents parmi les vivants et qu’ils sont les dépositaires d’une force bien supérieure à la leur. Ce culte est essentiellement déterminé par la croyance selon laquelle toutes les formes d’existence, des hommes, des animaux et même des produits de la terre sont, d’une manière ou d’une autre, influencées par les ancêtres défunts. Si les chrétiens plus tard, prieront POUR les morts, nos ancêtres païens priaient DIRECTEMENT les morts, ce que leur reprochera avec force saint Augustin.
Lors des enterrements, en général collectifs, on offrait habituellement aux défunts des biens d’usage courant que l’on disposait dans les tombes avec les cadavres. Puis, au cours du rituel funéraire, on brûlait d’autres biens qui allaient suivre l’âme du défunt dans le royaume des morts.
Si ce culte des défunts et des ancêtres prend de l’importance au mésolithique, car il faut entrer en contact avec eux pour s’assurer leur protection (et ce sont les sorciers prêtres de ces tribus, les Chamans, qui servent d’intermédiaires entre les hommes et les âmes des ancêtres), il acquiert une importance fondamentale au néolithique avec l’affirmation de l’agriculture et de la sédentarisation. En effet l’observation du mystère du cycle mort et renaissance de la végétation influence les croyances sur la vie post mortem et les croyances en une vie après la mort et l’idée selon laquelle les défunts ont un moyen d’exercer une influence sur le monde des vivants se renforcent.
Le développement et la diffusion de l’agriculture au néolithique a fait glisser un rapport qui reliait l’homme à l’animal (qui prédominait au temps des chasseurs du paléolithique) à un rapport reliant l’homme à la végétation. C’est de cette époque que datent les fêtes saisonnières liées au cycle de la végétation et les mythes qui intègrent la mort, puis la renaissance d’une divinité. La liaison entre la fécondité féminine et la fertilité de la terre devient alors un élément fondamental et l’association qui apparait primordiale est celle de la Mère et de la Terre. Il faut souligner le fait que l’essentiel des mythes du néolithique dérive de l’agriculture. Les cultes de la fertilité, de la femme comme de la terre, les mystères de la naissance, de la mort et de la renaissance qui s’illustrent grâce aux rythmes des saisons et de la végétation sont des valeurs qui s’articulent progressivement.
L’hommage à la Grande Déesse et sa célébration privilégiait la vie féconde et toujours renaissante par le biais du culte des morts que l’on réintégrait dans les matrices telluriques qu’étaient les sépultures mégalithiques. Car les menhirs et les ensembles mégalithiques sont des centres cérémoniels en laison avec le culte des morts en même temps que/ou des observatoires astronomiques. Les dolmens, eux, et les tumulus qui sont des reconstitutions des grottes initiatiques magdaléniennes, sont des sépultures funéraires et les constructions mégalithiques des sites religieux et funéraires.
La Terre mère est la Grande mère, la Déesse mère, qui personnifie l’énergie féminine et terrestre distribuant la vie en abondance, qu’elle soit humaine ou végétale, et à son culte s’associe celui rendu aussi à l’eau, à la lune, à la femme et à la fécondité.
La religion des Mégalithiens serait donc une religion cosmique centrée sur la rénovation périodique du monde, et à côté de ce symbolisme féminin apparait aussi un élément masculin très souvent assimilé au taureau qui permettra progressivement au culte du Ciel protecteur d’être associé à celui de la Terre mère.

Pour en revenir à la construction des tumulus, l’archéologie expérimentale s’occupe à tester des théories relatives aux méthodes d’extraction, de traction et d’érection des plus gros blocs de pierre constitutifs des monuments. Ainsi les reconstitutions qui vont suivre, illustrent trois étapes d’une construction d’un même dolmen et de son tumulus à partir d’une des hypothèses actuelles.
Elles ont pu être réalisées grâce au concours scientifique de Jean Pierre Mohen, Roger Joussaume, Luc Laporte et Bertrand Poissonier et sont présentées dans l’enceinte du parcours de découverte du musée des Tumulus de Bougon (Deux Sèvres).

bougon-1-2008-070.jpg La construction du monument commence par la mise en place de la chambre funéraire: les piliers du dolmen sont en cours de positionnement. Une petite fosse de quelques dizaines de centimètres reçoit un pilier dont la base sera stabilisée par un blocage de pierres. Des expérimentations ont permis d’observer qu’il était possible d’ériger des dalles à l’aide de cordages, de trépieds en bois et parfois d’échafaudages et de leviers.
Un premier cercle de pierres vient épouser les piliers érigés pour les maintenir alors que les autres blocs viennent combler les vides laissés. Enfin le tumulus qui englobe tout le dolmen est déjà en partie délimité par son parement externe.

bougon-2-2008-073.jpg Le dolmen est pratiquement terminé. Il est entièrement entouré de sa “chemise” de pierres épousant les piliers. Le parement externe du tumulus est en partie construit. Un système de cloisons forme une résille de cellules remplies de terre et de pierres ce qui permet de maintenir la masse du monument. Il ne reste qu’à poser la dalle de couverture.
Ici, l’intérieur du dolmen a été complètement rempli de pierres sur lesquelles sont posés des piliers de bois. Une fois la dalle en place, le dolmen est vidé depuis son couloir. Mais d’autres systèmes sont envisageables, notamment des rampes de terre s’appuyant (ou non) sur le tumulus.

bougon-3-2008-078.jpg Le monument est proposé dans son état final. Le tumulus englobe totalement le dolmen. Mais nous n’avons peut être aujourd’hui qu’une connaissance partielle de ces monuments. Ainsi la présence de poteaux de bois, autour ou sur la structure et même des traces de peinture sont parfois attestées. Les plus gros blocs ont été transportés sur de longuies distances mais les pierres utilisées pour construire les parements proviennent de carrières situées au pied des monuments, ce qui accentuait vraisemblablement l’aspect monumental de la construction. En effet, si ces monuments sont des tombes, ils ont aussi été édifiés pour être visibles de loin.

bougon-4-mars-2008-083.jpg Aujourd’hui, cinq à six mille ans plus tard, voici ce qui pourrait rester du monument.
L’érosion, l’affaissement naturel lié au poids de la construction mais surtout et le plus souvent les interventions de l’homme au cours du temps, font qu’il ne reste que la structure interne du monument, c’est à dire le dolmen.
Les piliers et la dalle de couverture sont en effet plus difficiles à déplacer et à récupérer…

Permalien Pas de commentaire

les lieux de cultes : les pierres

mars 17, 2008 at 12:29 (coutumes, nature, vie quotidienne, écologie sacrée)

Etienne Renardet : “Vie et Croyances des gaulois avant la conquête romaine” (A.& J. Picard) :

“L’homme n’a jamais oublié que la pierre fut sa première auxiliaire et que, lui ayant servi d’outil, lelle lui a permis de se séparer de l’espèce animale pour devenir l’homo faber. dans le paysage elle constitue des protubérances, des excavations, des falaises qui sculptent la Terre-Mère pour lui donner son visage. Le mégalithisme et l’aménagement des cavités se sont inspirés des constructions naturelles. Leur caractère religieux procède des mêmes motivations profondes mais plus élaborées.
Si nous nous plaçons à l’époque gauloise, il est vraisemblable que  certaines confusions se sont produites. En effet la pierre gardait son sens symbolique mais la distinctiojn profonde, autrefois introduite dans le culte par les constructeurs mégalithiques, s’était estompée. Il est même vraisemblable que les traditions les plus anciennes demeuraient les plus vivantes et que, suivant une règle assez générale, le culte le plus récent s’était plus rapidement effacé. Néanmoins les monuments mégalithiques ont été utilisés pour des cérémonies nouvellement introduites par les Celtes et les druides ont officié sur des dolmens, ce qui, par la suite, les a fait appeler “pierres druidiques”.
Au risque de simplifier à l’extrême, on pourrait dire que les roches naturelles ont été fréquentées par le peuple, alors que les constructions mégalithiques dont les Celtes ne connaissaient pas l’objet originel ont servi aux cérémonies officielles. Nous retrouvons là un aspect du dualisme culturel. Une grande prudence s’impose toutefois et la distinction entre un bloc erratique et une pierre implantée par l’homme est souvent impossible à établir. D’autre part des pierres taillées de mains d’homme ont pu doubler des roches naturelles.
Cette observation faite, examinons le rôle des pierres. Elles ont servi de jalons sur les routes et celles des carrefours prenaient un sens quasi religieux. Le voyageur avait recours à la protection des esprits non seulement pour éviter les accidents et les attaques, mais plus simplement pour ne pas se tromper de direction. A la pointe des clairières culturales, des bornes avaient précédé les croix des rogations. Dans la forêt des pierres levées servaient de points de ralliement et de repère. Ces humbles vestiges sont arrachés chaque jour à l’occasion surtout des remembrements. Parmi ces bornes certaines servaient de jalons pour la transmission des nouvelles. Peut être étaient-elles visitées en des circonstances particulières par la foule. Des promontoires naturels d’où la voix portait à de longues distances et sur lesquels parfois s’élevent des croix ou des statues jouaient un rôle semblable.
pierres-mars-2008-105.jpg  Des roches naturelles ou des dalles aménagées étaient utilisées pour les offrandes. Des cupules et des saignées permettaient aux liquides de circuler avant de pénétrer dans la terre. Le peuple s’y rendait en foule. Des grottes étaient honorées dans des conditions semblables.
Des ensembles de pierres rangées en cercle permettaient des réunions cultuelles. Des cromlechs dont nous ignorons la fonction d’origine ont été aménagés à cette fin.
Parmi les roches naturelles, les escarpements au pied desquels jaillissent des sources étaient les plus fréquentés par les pélerins, en groupes ou individuellement. Le temple de plusieurs villes était constitué par une masse rocheuse. C’est par exemple le cas de la Pierre à la Vouivre qui s’élève sur le plateau de Bibracte.
Le pouvoir fécondant de la pierre se manifestait par la fréquentation des roches qui par leur forme se prêtaient au chevauchement par les femmes désireuses d’être mères. Ces dernières s’y rendaient individuellement ou à quelques unes. Il en allait autrement des dalles sur lesquelles les malades étaient étendus, car c’est au cours de  pèlerinages que cette pratique s’accomplissait. On étendait également les morts sur des dalles avant de les confier aux entrailles de la terre.
Les Gaulois avaient un sens profond du mystère. Passionnés de la vie sous toutes ses formes, ils cherchaient à en retrouver l’”origine et remontaient à la conception. Celle ci a lieu dans les entrailles de la terre ou du ventre maternel pour le corps, dans le tréfonds de la conscience pour l’âme humaine. Les contes celtiques nous permettent de cheminer dans cette recherche vers l’analyse de psychisme comme les traditions nous aident à partager la joie de remonter aux sources de la vie. La grande nuit de l’année était le symbole de la conception qui précède la vie apparente. Il importait d’en déterminer la date afin de porter l’attention méditative sur elle.
Les obsrvatoirts naturels que constituent certaines roches jouaient un rôle pratique pour fixer la période du solstice d’hiver sans négliger le caractère symbolique du lien entre la pierre et le Soleil. Dans chaque région, des observatoires composés de roches et de repères étaient en usage. Parmi eux figurent en bonne place nos actuelles “pierres qui virent”. Celles ci mériteraient une étude approfondie qui nous entrainerait hors de notre cadre (1).
Il est fort possible que les celtes aient repris à leur compte en les rendant plus précis d’anciens dispositifs d’observation solaire. De même ont-ils fort bien pu compléter de vastes ensembles de pierres levées comme celui de Carnac qui était probablement unique en Gaule. Seules des corporations de spécialistes ont construit et utilisé de tels dispositifs. Ces deux catégories de monuments illsurtrent le dualisme des cultures.
Parmi les autres lieux de célébrations liturgiques, il faut citer les champs et les marchés et plus généralement les théâtres des activités professionnelles et économiques.

(1) Retenons seulement que des traditions postérieures ont gardé l’idée qu’au milieu de la nuit du solstice ces pierres se soulevaient pour livrer des trésors. La notion de trésor est adventice et montre une rupture de mémoire comme c’est le cas pour la corne d’abondance d’où sort les richesses. A l’origine cette corne était destinée à transporter le feu avant l’époque du feu produit. Le trésor est la matérialisation des bienfaits promis.”

Permalien Pas de commentaire

le cycle du Carnaval avant la conquête romaine

janvier 21, 2008 at 4:37 (fêtes, vie quotidienne)

“L’hiver n’en finit pas d’agoniser. Les provisions soigneusement conservées dans les récipients ou dans les silos enfouis sous la terre commencent à s’épuiser. Le bois sec se fait rare et pourtant le froid reste vif. La neige, le vent et les gelées ont totalement dépouillé la terre devenue aride et triste.. C’est l’angoissante fin de l’hiver où la neige, refusant de disparaitre, se répand en rafales agressives devant lesquels les jours cléments battent en retraite.
scilla_bifolia_070406.jpg Pourtant la Nature pressent déjà la belle saison. Au milieu des tapis blancs qui demeurent au fond des combes ombreuses, les “gouttes de lait” sortent du sol toutes blanches pour ne pas se faire remarquer. Dans les sous-bois, les scilles minuscules exposent leur douce couleur bleue aux moindres rayons du soleil qu’aucune frondaison n’arrête. La mâche étale ses feuilles dans les champs qui portent ainsi le premier produit de l’année. Parmi les oiseaux qui s’essaient à chanter , le merle continue sa mélodie commencée en plein hiver pour fixer sans retard les limites de son domaine. Avant que la campagne soit en mesure d’assurer une nourriture suffisante, l’instinct de reproduction pousse les animaux à préparer la saison des amours. L’eau sourd de toutes parts et les ruisseaux chantonnent leur plénitude.
Puis dans les prés, les pâquerettes sortent en toute hâte leur petite tête ronde pour dire aux oiseaux qu’il est temps de pondre car les insectes prennent leur vol hésitant et les vermisseaux se glissent sous les feuilles mortes.. Les reptiles se réveillent lentement à la chaleur des pierres. Après les buissons, les arbres se parent de pousses qui n’arrivent pas à contenir les jeunes feuilles. Cependant qu’ en terre les graines se muent en tiges prometteuses. Ces germes se libèrent de la graine comme le foetus fait du placenta devenu inutile et voué à la disparition. Au ciel les giboulées ont mené un vigoureux combat d’arrière garde. Victorieusement le vent est parvenu à libérer l’azur qui se partage à égalité avec la nuit, la durée du jour.
Ce drame du réveil de la nature qui va effacer toute tracée de la saison morte, où le prédateur attaque les proies avec audace pour nourrir ses petits, où chaque branche bouscule ses voisines pour se tailler un espace, où les mères défendent avec témérité leur progéniture, ca drame, l’homme de pouvait pas ne pas le ressentir très fortement.
Il l’a représenté de sorte à rappeler symboliquement les évènements mais surtout leurs causes transcendantes et à exprimer ses propres émotions. Cette représentation constitue le cycle de printemps qui commence au début du bois de mars pour finir avec le mois de mai.
Pour les Gaulois le monde des âmes envahit progressivement la terre avant même que ses habitants en aient bien pris conscience. Aussi sont-ils surpris de constater les effets de cette conquête générale qui s’observe dans les bois, les champs, les maisons aussi. Cette prise de possession du peuple souterrain, c’est le monde à l’envers. Comment cela se traduit-il ?
Les jeunes gens sautillants et facétieux, méconnaissables sous les déguisements sont habillés sens dessus dessous. Puisque le visage représente la personne, les garçons cachent le leur derrière des masques excentriques, comme il sied à des êtres surnaturels. Parmi eux se trouvent des animaux puisque ceux ci peuplent l’au delà. La troupe turbulente se répand partout sans vergogne. Sa première incursion a pour objet le lieu où l’on se rassemble pour les veillées d’hiver ou “écraignes” (*). Elles ne sont plus de mise. Les participants sont dispersés au milieu des cris, les filles et les femmes sont particulièrement poursuivies car il est temps qu’elles reprennent leur place dans l’oeuvre de procréation.
Plusieurs jours durant, ils sèment le trouble dans le village, entrent dans les maisons, n’hésitant nullement à prendre les aliments qui s’y trouvent. Les habitants, du reste, ont à coeur de leur offrir tout ce qui leur plaît. En échange, ils distribuent par poignées de la farine sur les gens qu’ils rencontrent en signe de fertilité.
Une multitude de rites pratiqués dans telle ou telle région, rappellent ce bouleversement causé par l’envahissement des êtres surnaturels. Là, c’est le jugement improvisé des notables, là c’est la course imposée à un mauvais sujet assis à l’envers sur un mulet… Les gâteaux consommés en ces jours-là rappellent eux mêmes le caractère insolite de tout ce qui advient. Le nom de “fantaisies” qui nous a été transmis en est le signe.
Un géant était de la fête et, dans le Nord en particulier, il la présidait en compagnie de ses émules. Mais ce grand personnage avait une fin tragique puisqu’on le mettait à mort. Il s’agit là d’une pratique héritée des époques pré-celtiques dont les Gaulois avaient gardé la tradition sans en connaitre la cause. André Varagnac pense que les traditions relatives aux géants ont pris naissance après le mégalithisme. Les Celtes, incapables de réaliser de tels monuments auraient imaginé qu’ils étaient l’oeuvre de puissants personnages. Une autre explication a été proposée. Un roi conquérant honni aurait laissé un souvenir tellement mauvais que, bien des générations après, on le met encore à mort. Cette interprétation historique nous parait moins vraisemblable.
roue-en-feu.jpg Une autre tradition consistait à garnir une roue de paille sèche et à la faire dévaler sur les pentes après l’avoir enflammée. En certaines régions des disques étaient lancés en l’air. La roue, signe solaire, répandait ainsi sur son parcours le feu fécondant. C’est probablement en partant de la même idée que les oeufs étaient “roulés” en certains endroits déterminés. L’oeuf était lié à la saison printanière, aussi jouait-il un rôle important dans les rites carnavalesques. Comme le poussin doit casser la coque pour sortir, l’oeuf doit être brisé pour être signe de naissance. C’est pourquoi il était rituel de casser des oeufs soit lors des “roulées” soit dans des gâteaux.
Le cycle de Carnaval se terminait par des feux. Chacun apportait un peu de bois au bûcher pour rappeler son caractère communautaire. Des danses s’animaient autour du foyer et les jeunes gens effectuaient des sauts au dessus des flammes, signifiant le passage. Les filles et les jeunes femmes, en accomplissant ce geste, participaient à l’oeuvre de fécondation générale. Celle ci était complétée par l’éparpillement des brandons ou de torches d’herbes sèches dans les champs. Dans certaines régions, des braises et des cendres étaient également répandues sur les sépultures pour appeler les défunts à revivre en union avec toute la nature.
D’autres pratiques avaient lieu en divers endroits. Elles avaient pour thème la pousse des plantes. Ici on fichait en terre une branche ou une tige. Si elle prenait racine et fournissait des bourgeons, c’était signe de prospérité. Là on allait cueillir des branchages pour en tresser des couronnes que rehaussaient des décorations composées de rubans ou de colifichets aux couleurs éclatantes. Des “rondes” accompagnaient ces cueillettes.
(*) Ces lieux de réunion souterrains sont en contact avec la Terre-Mère, mieux, ils sont en son sein. Ceux qui s’y rendent se trouvent pour ainsi dire au milieu du petit peuple des âmes. En Bourgogne on appelle un homme de très petite taille “écraignot”. Il est normal que l’invasion de ce peuple sur la Terre se produise à partir de ces souterrains.”

Etienne Renardet: “Vie et Croyances des Gaulois avant la conquête romaine”

Permalien Pas de commentaire

autour d’Imbolc

janvier 21, 2008 at 12:06 (fêtes, vie quotidienne)

 Etienne Renardet: “Vie et Croyances des Gaulois avant la conquête romaine”.

“Entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps, les Celtes célébraient une fête. Quel était son objet ? On sait que le thème de la purification se retrouve en plusieurs religions. Le calendrier gaulois comportait peut être ce thème. Encore faudrait-il déterminer ce qu’il convient de mettre sous ce mot. Il ne concerne pas une personne comme c’est le cas pour la Chandeleur. En revanche il semble bien qu’il définisse la qualité et la pureté des produits de la terre ou les aliments conditionnés par les hommes. Les rites consistaient à offrir des gâteaux aux divinités des sources afin de se concilier leurs bonnes grâces et d’obtenir qu’elles assurent une excellente qualité aux récoltes et aux aliments tout au long de l’année. Mais la prière ne se limitait pas à ce domaine. Les femmes sollicitaient d’être fécondes dans les mois à venir. Tout se passait comme si, après avoir demandé l’ abondance des biens aux jours du grand renouveau, on s’adressait à des puissances quelque peu ambigües pour obtenir la qualité des dons.
La visite aux sources se faisait avec un grand concours de peuple qui se livrait à des manifestations de danses plus rituelles que joyeuses. Les enfants, les jeunes filles et les nouveaux mariés avaient des rôles qui leur étaient propres. Ces rassemblements étaient parfois accompagnés de foires où s’échangeaient plutôt des objets fabriqués que des produits agricoles.
L’ancienne tradition selon laquelle les luminaires de la Chandeleur étaient conservés pour servir de protection contre la foudre indiquerait des rites du feu. Mais en l’état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons en dire davantage.
Après avoir sollicité les bienfaits des puissances de l’autre monde, il était logique de chercher à savoir si l’on avait été exaucé. Des rites divinatoires accompagnaient les offrandes. Les uns s’effectuaient dans les sources, d’autres à la maison à l’occasion de la confection de galettes de farine. Certains signes annonçaient profusion de récoltes, abondance de nourriture, espérance d’heureuses maternités.”

Permalien Pas de commentaire

imbolc

janvier 21, 2008 at 10:43 (divinités, fêtes, symboles)

brigantia-2-jpg.jpg Imbolc, ( environ le 1er février, soit le mois d’anagantios selon le calendrier de Coligny), qu’on appelle aussi Ambivolcios ( celtique ancien), est présidé par Brigantia, qui correspond à l’irlandaise Brigit, fille et mère du Dagda. Par ses attributions (patronne des poètes, des médecins et des forgerons avec un aspect guerrier) elle participe des trois fonctions celtiques. Elle correspond à la nouvelle lune, ascendante. Elle est une déesse vierge mais cela n’a rien à voir avec la conception chrétienne, triste et réductrice de la virginité, car elle ne refuse pas pour autant “les devoirs liés à la féminité”.
La fête est le pendant, symétrique, de Lughnasad (car c’est une constante des fêtes d’avoir chacune leur opposé symétrique, leur vis à vis qui vient l’équilibrer six mois plus tard), quand la Terre, fatiguée par les moissons, était redevenue vierge . Pour Imbolc, la Déesse, tout comme la Terre, sont toujours vierges mais l’une comme l’autre sont redevenues fécondables: la Déesse vierge est alors la préfiguration de la Déesse Mère. A ce titre elle est aussi la Déesse de fécondité, et donc associée à la Nature, au moment de sa correspondance avec le cycle saisonnier et agraire. C’est le début du Printemps.
Pourtant, Imbolc semble être un peu la fête mal aimée du festiaire celto druidique, celle sur laquelle on trouve le moins de témoignages, de survivances ou de pages d’étude consacrées (15 seulement dans “les Fêtes Celtiques” de Guyonvarc’h). On la sous estime un peu dans la mesure où l’on ne retrouve pas beaucoup de traces et que l’on ne sait pas grand chose à son sujet si ce n’est que les chrétiens l’ont récupérée, selon leur habitude, et consacrée à Ste Brigitte (avec quelques survivances folkloriques). On estime alors qu’elle n’était peut être pas très importante ou/et qu’elle n’était destinée qu’à la 3ème fonction. Raimonde Reznikov et d’autres auteurs avancent pourtant une théorie séduisante: les autres fêtes celto druidiques sont essentiellement connues grace aux copistes chrétiens qui n’en ont pourtant laissé transparaitre que ce qu’ils voulaient bien. Si l’on ne sait presque rien sur Imbolc, ne serait-ce pas parce que c’était une fête ésotérique si importante (le 4ème pilier du monde, selon la Tradition) que les chrétiens se seraient efforcés d’en supprimer tout souvenir ?…
Comme symboles de la fête nous avons le Houx (Colenos) et le Bouleau (Betua), le signe astrologique du Verseau et la sève des arbres. C’est aussi une fête de Feu, la “fête des chandelles” où l’on fête le retour de la lumière.
bouleau1.jpg Le Bouleau, étroitement associé à la jeune Déesse est l’arbre du commencement, un arbre de sagesse, d’illumination, de protection, de purification au sortir d’une épreuve, et de renaissance. En ce qui concerne la purification, il faut souligner le fait que la sève de bouleau est un diurétique, dépuratif, sudorifique, entrant dans les cures de printemps: que rêver de mieux comme produit de purification ?…
Comme Uranus (qui gouverne le signe du verseau), le bouleau (divination par les oghams) nous incite à remplacer ce qui est vieux et mauvais par ce qui est nouveau et bon, ce qui est la traduction même d’un nouveau départ et ce qui correspond tout à fait à ce moment de l’année.
Le Houx, lui, est symbole de protection et d’équilibre, qui sont deux notions complètement nécesaires à tout nouveau départ.
Avec la sève, on pense à la Vie, au Sang qui recommence à monter dans les veines d’une Nature qui s’éveille peu à peu. Mais on pense aussi au Soma des Hindous, symbole d’un breuvage d’immortalité (immortalité que symbolise aussi le Houx, toujours vert) qui ne s’obtient que par une “véritable transsubstantiation des sucs végétaux, laquelle ne s’achève que dans le monde des Dieux” (dictionnaire des Symboles).
Le rite le plus représentatif de la fête est la purification: “se laver les pieds, les mains, la tête”.
On admet généralement qu’Imbolc est une fête lustrale destinée à la purification après les rigueurs et les souillures de l’hiver. Mais la fête correspond aussi symboliquement à l’éveil initiatique et à la préparation qui aboutiront à la Renaissance de Beltaine. C’est une fête initiatique d’un passage primordial.
On sait que la tenue de chaque rituel nécessite une purification préalable. On comprend donc que cette purification est d’autant plus nécessaire quand il s’agit d’un véritable rituel initiatique. Et à cette occasion précise, la purification devient le rite lui même.
La purification se fait de deux manières:
eau1.jpg 1) par l’Eau (et l’on précise bien ici, “se laver les pieds, les mains, la tête”),
et 2) par le Feu: Imbolc est une fête ou le feu joue un rôle primordial puisqu’il symbolise le Soleil, source de chaleur et de lumière. Outre son rôle purificateur il est aussi le protecteur des hommes et des animaux (la fête est d’ailleurs aussi connue sous le nom de “fête des chandelles” et ces chandelles, parfois des flambeaux, sont restés dans certaines coutumes: processions,etc…)
Les aliments rituels d’Imbolc sont les crèpes, le miel et le cidre.
La crèpe est l’image du jeune Soleil, apparu au solstice d’Hiver, et qui commence à prendre des forces (les jours ont commencé à rallonger et la lumière à regagner un peu sur les ténèbres) mais elle peut aussi être l’image de la Lune dont la plénitude (attendue pour Beltaine) est annoncée par son premier quartier, image de la jeune déesse vierge qu’on honore lors de cette fête.
Je signalerai au passage qu’on peut faire un cidre de la sève de Bouelau. Quant au miel, on sait qu’il est à la base de l’hydromel, boisson d’immortalité, comme la Soma (et dans la préparation de laquelle il peut d’ailleurs être associé au cidre).
Les qualités propres du signe du Verseau qui gouverne Imbolc sont l’éveil de l’intellect et des facultés mentales, et l’ouverture de l’esprit aux idées nouvelles et à la spiritualité.

Dans la nature, le signe du Verseau correspond à la première assimilation de la graine semée (le stade de la graine enfouie correspondait au Capricorne) qui s’intègre au sol. Le germe de blé est donc la promesse du champ qui s’épanouira sous le soleil du Lion.
Le dictionnaire des Symboles précise: “la signe a été mis en rapport avec Saturne dans la mesure où l’astre libère l’être de ses chaînes instinctives et dégage ses forces spirituelles sur une voie de dépossession. On lui donne aussi Uranus pour maître qui remobilise l’être libéré dans le feu de la puissance prométhéenne en vue de se dépasser”. Et si “l’étoffe de ce type zodiacal est pour ainsi dire angélique, il existe aussi un Verseau uranien, prométhéen qui est l’être de l’avant garde, du progrès , de l’émancipation, de l’aventure”.
Cette image prométhéenne me parait personnellement plus en accord avec le sens de la fête en tant que “fête initiatique d’un passage primordial” et en tant qu’étape du Chemin entre le solstice d’hiver et le solstice d’été: Cernunnos pouvant être honoré à ces deux dates, à la première en tant que “lumière nouvelle”, à la seconde comme “lumière renouvelée” ce que symbolise l’image astrologique de la chèvre cornue escaladant une montagne ( le Capricorne), le cheminement de l’homme cherchant à s’élever à l’image du cycle du grain de blé: le grain enfoui dans la terre pour mourir en hiver pour renaitre au printemps et porter les épis de l’été.
Si les jours rallongent, on remarque pourtant que l’hiver exerce toujours son emprise sur la terre. Néanmoins les graines qui dormaient jusque là en son sein, commencent à s’éveiller à une vie nouvelle: c’est du plus profond des ténèbres que nait la lumière, comme c’est de la mort que nait la vie.
lever-soleil.jpg  C’est donc une fête d’ouverture de la vie, déjà contenue dans le sein de la Terre et c’est le retour du soleil qui permettra à ces graines de donner en été les fruits et les récoltes espérés. D’ailleurs, c’est autour de ce thème que tournent toutes les coutumes relatives à la crèpe qu’on a pu conserver: lancer la 1ère crèpe avec une pièce d’argent dans l’autre main, lancer cette 1ère crèpe sur le haut de l’armoire et l’y garder toute l’année, etc…Il faut dire aussi que la crèpe avait un effet pour ainsi dire multiplicateur: confectionnée avec de la farine, des oeufs, du lait, c’était l’espérance d’avoir de ces produits en abondance toute l’année. Enfin, souvent, autrefois, les paysans invitaient leurs voisins à venir manger des crèpes pour avoir une belle moisson ou pour préserver les blés de la maladie.

Permalien Un commentaire

“viens moi en aide, art magique …”

janvier 12, 2008 at 7:37 (archéologie, coutumes, médecine, vie quotidienne)

On a vu (c.f. “la tablette de plomb de Rom”) que les tabellae defixionum gallo romaines gravées d’inscriptions et de formules magiques d’exécration ou d’envoutement étaient déposées dans des puits, ou bien dans des tombes, des sources ou encore des fosses, qui sont des voies d’accès traditionnelles à l’Autre Monde , par lesquelles on peut communiquer avec les divinités chthoniennes pour notamment leur demander des faveurs.Un autre exemple nous est fourni par la tablette d’argent découverte dans une sépulture à Poitiers, en 1858. Conservée actuellement au musée de saint Germain en Laye, elle date du IVème ou Vème siècle et elle est rédigée en un latin tardif mêlé de mots grecs même si on a cru longtemps qu’il s’agissait d’une langue celtique.
Ce “mélange” donne un curieux résultat: “Bis gontaurion analabis, bis gontaurion ce analabis, Gontaurios catalages vim,s(cilicet) anima(m), vim s(cilicet) paternam. Asta, magi ars, secuta te, lustina, quem peperit Sarra
C’est sans doute cette imprécision (le travail de reconstitution est ardu) qui a fait que plusieurs traductions se sont opposées. On cite généralement celle de R. Le Moniès de Sagazan : “tu iras deux fois cueillir de la centaurée et tu en recueilleras chaque fois le suc. Pour celà fais un extrait aqueux que tu concentres au four jusqu’à obtention d’une masse pilulaire que tu divises en trois pilules. Que cette préparation bénéfique, à elle seule, te protège, toi, Justine, fille de Sara
Aussi invraisemblable qu’il paraisse, c’est le même texte que d’Arbois de Jubainville traduit par “deux fois tu prendras de la centaurée, et deux fois tu prendras de la centaurée. Que la centaurée te donne la force (c’est à dire la vie), la force (c’est à dire la force) paternelle. Viens moi en aide, art magique, en suivant Justine qu’a enfantée Sara”.(on remarquera que puisqu’il est question de prendre de la centaurée deux fois, on le dit deux fois ce qui est une pratique magique typique)
Il est fort probable qu’il s’agisse là d’un charme pour guérir une impuissance sexuelle puisqu’ on n’hésite pas à traduire la “force paternelle” par membre viril dans la mesure où Asta, astae, voir hasta, ae, f. signifie: - 1 - bois de lance, hampe de javelot. - 2 - lance, pique, javeline, javelot, trait, dard. - 3 - encan, vente publique (annoncée par une pique enfoncée en terre). - 4 - thyrse. - 5 - sceptre. - 6 - baguette. - 7 - sorte de comète. Et dans son “dictionnaire érotique”, en 1978, Pierre Guiraud cite pratiquement les mêmes mots parmi ses 550 synonymes populaires ou argotiques du sexe masculin : arc, baguette, baïonnette, bâton, branche, cognée, dard, épée, lance, sceptre …

petite-centauree.jpg Il semble donc s’agir d’une formule de magie médicale, utilisant à la fois les propriétés pharmacologiques de la centaurée (ce tonique des voies digestives parait employé ici plutôt comme tonique de l’activité génitale) et la puissance de l’incantation. On signalera au passage que si on connait le nom gaulois de la Petite Centaurée, Exacon, c’est grace à Pline qui indique : “elle croît au bord des sources… C’est par son suc qu’elle est efficace … en Italie, on nomme cette centaurée fiel de terre à cause de son extrême amertume, en Gaule Exacum parce que prise en boisson elle évacue toutes les substances nocives et ensemble les grosses humeurs“.

Même si on peut raisonnablement affirmer, au vu de l’usage de l’Empire romain comme de celui de la Gaule indépendante que des femmes médecins exerçaient en Gaule soit comme prêtresses traditionnelles, soit comme thérapeutes selon l’art grec, on a de fortes raisons de croire pourtant qu’au IVe siècle de notre ère c’était une occupation plutot masculine et qu’avant la romanisation, c’était le Druide qui était médecin. On sait aussi qu’à l’époque indépendante, la médecine druidique était triple : la médecine incantatoire, ou magique (correspondant à la 1ère fonction, sacerdotale), la médecine sanglante (2ème fonction, guerrrière) et végétale (3ème fonction, productrice). Ce qu’on ne sait pas, en revanche, c’est s’il y a une médecine gallo romaine prolongeant une médecine celtique continentale, pratiquée parallèlement à la médecine grecque adoptée, pour l’essentiel, par la Gaule romaine. Certains auteurs, comme Christian Guyonvarc’h, sont dubitatifs. Pourtant , cet exemple qui nous occupe semble donc ressortir d’un mélange de médecine incantatoire et de médecine végétale et pourrait correspondre à une évolution d’une médecine druidique “réfugiée dans les bois” (et donc quelque peu altérée) par crainte de la répression romaine à moins qu’elle ne soit le fait d’un de ces sorciers de campagne habiles à des pratiques dont certaines remontent aux âges préhistoriques et qui ont de tous temps concurrencé les praticiens officiels.
On ne sait pas trop qui est celui qui fait cette demande et qui est l’occupant(e) de la tombe. Est-ce Justine et celui (celle) qui a écrit le message lui demande de la transmettre aux dieux, c’est ce qui semble la thèse “officielle” et c’est effectivement ce qui parait le plus vraisemblable…la demande suivrait alors la morte dans son périple vers l’Autre Monde… on ne voit pas trop, si l’auteur de ces lignes était Justine, pourquoi elle se citerait ainsi .. mais on ne sait pas qui est Justine, si elle est l’occupante de la tombe, pourquoi la choisir, elle précisément ? est-ce une sorcière et lui fait-on alors plus confiance qu’à n’importe qui pour transmettre la demande ? ou est-ce une tombe prise au hasard, l’essentiel étant d’avoir une porte ouverte vers le monde chthonien ? et dans ce cas on confie le message à la sépulture, donc au sein de la terre, plus près des divinités chthoniennes mais en même temps c’est comme quand on enterre un grain pour qu’il repousse … Le rituel viserait à conjurer l’impuissance, donc la mort, à éloigner la mort en allant lui rendre visite, en s’adressant directement à elle. Pour que d’elle naisse la vie… attendre de la mort qu’elle redonne la vie au sexe, donc à l’homme défaillant et on retombe sur le vieux principe suivant lequel il n’y a pas de vie sans mort et pas de mort sans vie … On précisera aussi qu’on ne sait pas non plus si l’auteur, donc, est celui qui souffre d’impuissance, ou si la demande est faite pour lui par quelqu’un d’autre, praticien (médecin ou sorcier) ou sa (son) partenaire qui souhaite que le “patient” retrouve son ardeur…

:

Permalien Pas de commentaire

la Chasse Galerie

décembre 23, 2007 at 1:53 (contes et légendes, mythologie)

La Mesnie Hellequin nous est surtout connue à travers les références qui lui sont faites dans des textes du Moyen Age et qui concernent l’Europe toute entière: certaines nuits magiques d’orages violents surtout en période de changement de saison, et alors qu’on pourrait penser que ce sont le vent et la pluie qui dévastent les paysages , l’imaginaire populaire impute cette dévastation à une troupe d’esprits fantastiques, montés sur des chevaux rapides, entourés de chiens bruyants, qui ont été condamnés en punition de leurs péchés à chevaucher jusqu’à la nuit des temps… et il ne fait pas bon être dehors à ce moment là … Pendant tout le passage de la “Famille furieuse”, ce ne sont que cris d’oiseaux, aboiements, hennissements, miaulements, voix plaintives, hurlements sauvages, sonneries de cors “comme une armée entière d’animaux criant, beuglant, clapissant et semblant voyager dans les nuages”. Les témoignages sont nombreux et peut être ne faudrait-il pas chercher trop longtemps dans nos campagnes, encore aujourd’hui, pour trouver quelqu’un pour nous affirmer avoir entendu passer la Chasse Sauvage… grues_cendrees.jpg Il est vrai qu’il n’ est pas impossible d’assister à cette cacophonie céleste qui chaque année,envahit le ciel d’octobre préparant à l’hiver et plus tard en février qui annonce la fin des glaciales rigueurs . Alors, le vol des grues, qui passent l’hiver en Espagne et nichent en Scandinavie, aurait-il à voir avec l’origine de la Chasse Sauvage ?… On pense en effet que cette tradition pourrait avoir son origine dans le passage de l’été à l’hiver, puis de l’hiver à l’été… et quand les grues remontent vers le nord, elles sont censées réveiller la nature au passage. Une autre manière est de dire qu’à cette époque les airs frémissent des poursuites d’animaux symboliques chassant devant eux les esprits de la mort afin d’assurer le triomphe de la vie nouvelle. On peut dire aussi que la Chasse galope à l’infini dans le ciel d’hiver pour éveiller les mémoires et associer les disparus à l’éternelle renaissance de la vie.

La période d’avant Noël correspond à la fin de l’automne, c’est donc l’époque, suivant la mythologie nordique où Odhinn-Wotan, le Dieu chaman, monté sur Sleipnir, son cheval à huit pattes, passe dans les airs au soir tombant, entrainant derrière lui la “Chasse Sauvage”. La croyance répandue dans de nombreuses régions d’Europe selon laquelle les sorcières, une lanterne à la main, se déplacent dans le ciel pendant la période solsticiale, représente sans doute une survivance de ce thème wotanique.
Cette croyance en une chevauchée d’une troupe plus ou moins maudite est répandue dans toutes nos campagnes et suivant les provinces, le nom change: c’est la Mesnie Hellequin, ou Hennequin, le Carosse du roi Hugon, la Chasse nocturne, la Chasse Arthur, la Chasse du Comte Rouge, la Chasse du Chasseur Sauvage… La Mesnie Hellequin:son nom lui-même est l’objet d’interrogations, on parle de Charles Quint, on laisse entendre qu’il pourrait être à l’origine d’ Arlequin, mais on cite surtout le Poème du comte Hernequin -une chanson de geste, aujourd’hui perdue, qui racontait les aventures légendaires d’un certain Hernequin, comte de Boulogne, qui avait combattu les Vikings au IXe siècle.

chasse-odin.jpg Quant à la thématique proprement dite de la Mesnie Hellequin, elle semble pouvoir être rattaché au thème d’origine germanique de la chasse sauvage et des armées aériennes conduites par Odin. Parfois Hellequin est un doublet d’Arthur, lui aussi supposé conduire une chasse. Selon une prédiction de Merlin il était annoncé qu’il reviendrait un jour : on l’a attendu de longues années, on l’attend même encore et selon Augustin Thierry, un historien du XIXe, ” les forestiers du roi d’Angleterre, en faisant leur ronde au clair de la lune, entendaient souvent un grand bruit de cors, et rencontraient des troupes de chasseurs qui disaient faire partie de la suite du roi Arthur”. Elle apparait aussi dans le « Perceval en prose » attribué à Robert de Boron (ou l’un de ses continuateurs) au début du XIIIe siècle.

D’autres traditions rattachent la Mesnie Hellequin à une armée de revenants que l’on croiserait à l’occasion à la lisière des forêts, à l’image des sylvains de l’Antiquité.
On dit en effet que Silvain, qui rappelle notre Sucellus gaulois, était le père ou le chef d’une foule de génies semblables à lui, nommé Sylvains, tous représentés avec des jambes et des oreilles de bouc. Comme Pan, Silvanus passait pour apparaître brusquement au coin des bois et sur les routes; la nuit, il épouvantait les voyageurs de sa voix rauque.
La Chasse Gallery semble spécifiquement poitevine … L’étymologie est controversée, certains préfèrent le terme Galerie du vieux verbe “galer” (se divertir, se livrer à une joie bruyante), faisant donc de la Chasse Galerie une “chasse gaillarde, hardie, menée avec ardeur et fougue”. D’autres s’en tiennent à Gallery et y voient la personnalisation du meneur de la Chasse sans pour autant s’entendre sur le nom du personnage. On a cru y voir un châtelain du Chêne-Billault, à Pouant, dans la région de Loudun, qui aurait été condamné à chasser pour l’éternité en punition d’avoir préféré quitter la messe avant la consécration pour entrainer ses invités à la chasse un jour de Saint Hubert. On a voulu y voir aussi le célèbre Guillery de la chanson, baron cruel et chasseur forcené qui, sur le modèle précédent, à l’heure de la messe, força un cerf jusque dans une grotte occupée par un ermite et l’y tua en refusant de plier le genou… mais la version païenne existe aussi, où l’ermite devient une jeune nymphe protégée de Bahren (?), un des anciens dieux du terroir (c.f. “la marque de Bahren” à Fontenay le Comte), savant et prodigue, qui connaissait les vertus de la moindre racine…et Guillery était d’autant moins pardonnable, qu’il chassait, parait-il, le gibier réservé aux Dieux…

Ce thème de la “chasse des damnés” résulte d’une transposition chrétienne du thème wotanique de la “suite” d’ Odhinn composée des guerriers morts au combat. Les païens ont, très logiquement été transformés en “damnés” et leur passage dans le ciel a été réinterprété comme résultant d’une “damnation éternelle”.
berserker.jpg Les frères Grimm parlent de la légende Wutendes Heer : l’Armée Furieuse, mais qui pourrait bien être “l’armée de celui qui est en fureur” (puisqu’on sait qu’ Odhinn-Wotan est la fureur incarnée -c.f. Georges Dumézil : “Mithra-Varuna”-) qu’ils font dériver de Wotan’s Heer (l’Armée d’Odin). Et cette Chasse , par cette fureur sacrée et la présence de ces berserkir, ces guerriers-fauves qui entraient dans une fureur incontrôlable, se rendant capables des plus invraisemblables exploits, pourrait bien receler le mystère de l’initiation guerrière celto-nordique , car à côté des guerriers loups, on devine la présence aussi des compagnons guerriers chasseurs de Finn…

Les versions diffèrent, selon lesquelles on considère la légende nordique de la déesse des frimas, Holda, poursuivie sans trève par Wotan et sur laquelle se sont greffées des versions gaéliques, bretonnes, ou franques et qui seront adaptées aux croyances chrétiennes (thème du chasseur maudit, ronde infernale des réprouvés condamnés à errer). On dit aussi que c’est la “nuit des Mères” (du 24 au 25décembre), qui débute la grande fête solsticiale qui dure 12 jours, que débute aussi la chasse furieuse menée par Dame Holle accompagnée de Wotan qui serait alors son conjoint. Mais s’il semble bien que ce soit pour illustrer le passage de la saison sombre à la saison claire, il ne faut pas oublier non plus qu’on dit aussi que si Wotan parcourt ainsi les nuits, c’est pour rassembler tous les guerriers susceptibles de marcher sous ses ordres quand sera venu le temps du Ragnarok: la bataille de la fin du monde, le destin auquel ne peuvent échapper les dieux, la destruction d’Ásgard et le renouveau du monde.
Pour les chrétiens ce n’est qu’une sarabande démoniaque, à la chasse aux âmes pour renforcer encore cette armée de seigneurs damnés qui errent pour l’éternité dans les forêts. On est en vérité pas très loin de Herne le Chasseur, le chevalier fantomatique au chef orné de bois qui chevauche à la tête de la Chasse, au travers du ciel. Pas très loin non plus de son équivalent, piececernunnos.jpeg Cernunnos, tout à la fois divinité chthonienne en même temps que solaire (sur une pièce de monnaie trouvée dans le Hampshire, il porte la roue du soleil entre ses cornes), ce qui nous ramène au passage d’une saison à l’autre … et ce qui nous ramène aussi vers … saint Hubert.

Saint Hubert, chasseur invétéré, se serait converti à la vue d’une croix entre les bois d’un cerf, certains disent “le jour de Noël”, tous ces indices, la passion de la chasse, un dieu-cerf, la période solsticiale rappellent des croyances païennes bien antérieures au christianisme et peuvent se rapporter au thème de la chasse sauvage: Hubert étant le prototype du “chasseur sauvage converti” pour la sauvegarde des âmes, tandis que la Chasse Sauvage, elle, est le cortège des non-convertis, des “damnés”, des paysans et soldats restés fidèles à la foi traditionnelle.
La survivance du mythe odinique aurait donc servi là encore de base à une christianisation péjorative du thème en question.

Permalien Pas de commentaire

« Messages précédents