les réjouissances populaires de mai
“Dans la vie quotidienne des Gaulois, au premier jour de notre actuel mois de mai se produisait un renversement de la situation. La période de fécondation était terminée, celle de la production commençait. La communauté villageoise allait avoir à effectuer des travaux de récolte. Les cérémonies étaient adaptées à ces deux aspects: fertilité, travaux communs.
La fertilité avait pour symbole une espèce d’arbre, généralement le charme. Les femmes en âge d’être mère en étaient pourvues pour rapprocher le rôle fertilisant de la femme et de l’arbre. Il est probable qu’un rassemblement de la population avait lieu au centre du village.
Ce dernier représentait la société réunie pour les travaux des champs. Au milieu de la place, un arbre était élevé pour servir de point de ralliement, il était également le signe de l’autorité sous laquelle chacun se trouvait placé. Sous l’arbre de la fertilité et de l’autorité on rassemblait tous les instruments aratoires à la fois pour les répartir entre les ouvriers et pour les placer sous le signe de la fertilité. Cette manifestation austère des travaux prochains s’accompagnait de fêtes joyeuses. Le début de cette période où le rythme de l’existence allait prendre un tour nouveau était l’occasion d’un bruyant désordre. On menait vacarme et charivari.D’autre part un jeu symbolique était organisé. Des mâts étaient dressés, au sommet desquels se trouvaient placées des friandises. Pour tenter de les “décrocher”, des grimpeurs se hissaient le long des troncs. Ce jeu s’est perpétué sous l’appellation de mâts de Cocagne. Ce mot définissant un royaume imaginaire d’abondance, on perçoit la signification de l’opération.
L’organisation du travail au sein du village étant réglée, il convenait de se rendre dans les champs pour affecter aux équipes leur tâche. Sur la place de la commune on avait placé la répartition de l’ouvrage sous le double signe de l’autorité et de la fertilité. La cérémonie champêtre avait ces deux aspects également.
Considérons tout d’abord le lieu où elle se déroulait. Nous avons vu que le territoire cultivé était constitué de l’ensemble des portions défrichées successivement au début de l’ère néolithique. Ces portions avaient la forme d’une tranche de gâteau dont la pointe se situait vers l’agglomération. Des chemins en marquaient les limites. Ainsi, tout autour du village, on rencontrait des carrefours de voies rayonnantes. Beaucoup de ces carrefours sont encore marqués par des croix dites “des Rogations” qui ont remplacé les anciens repères: bornes, oratoires…
Toute la population se rendait successivement en ces lieux, inchangés depuis des millénaires. Des instruments aratoires ou des symboles les représentant étaient probablement fichés en terre. Des branchages, prélevés sur les charmes dressés dans le village, étaient cérémonialement apportés aux carrefours et fichés en terre également pour signifier que travail et fertilité ne devaient pas être dissociés.
Puis, sans plus attendre, chacun se mettait à l’ouvrage sous le soleil chaque jour plus chaud. L’été approchait. Le point où le soleil atteint sa hauteur maximale à midi en marquait la date. Une courte trève dans les travaux harassants était alors permise.”
Etienne Renardet: “Vie et Croyances des Gaulois avant la conquête romaine”. (ed. Picard)
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Commentaires et pistes de réflexion
Dans son livre sur le Polythéisme hindou, Alain Daniélou écrit: “Dans la conception hindoue de l’existence, il n’y a pas de séparation entre des activités sacrées et des activités profanes. La vie entière de l’homme est une participation à la symphonie cosmique. Il n’y a pas d’actions indifférentes. La vie est un sacerdoce. Tous nos gestes, tous nos actes ont des conséquences. Ils doivent donc être réglés pour se conformer au dessein harmonieux de l’Univers”.
C’est aussi, me semble-t-il, notre position païenne sur le sujet: pas de séparation entre la vie profane et la vie sacrée. Il m’a donc paru intéressant de donner cet extrait du livre d’E. Renardet, traitant de la vie quotidienne des gaulois avant la conquête. Car on ne pourra toucher du doigt la réalité religieuse de nos Ancêtres que quand leur vie quotidienne aura été exhumée de l’oubli.
Il est en effet évident que, notamment en ce qui concerne les fêtes cycliques, on a beaucoup plus tendance à voir la Cérémonie, le Cercle, les Officiants, les Symboles, les Sacrifices, que ce que pouvait penser et faire le peuple. On voit plus souvent le côté cérémoniel que l’aspect populaire et f’estif. On voit beaucoup plus souvent les actes et les gestes des deux premières fonctions, rarement ceux de la fonction productrice qui nous touche pourtant de plus près… c’est cet oubli que j’ai envie de réparer … et c’est à l’Ancien qui va porter sa branche de charme pour la planter en terre au carrefour avant de se mettre au travail que j’ai envie de redonner vie…
les coutumes du 1er mai
A l’arrivée du mois de Mai, on fêtait jadis le renouveau de la nature en plantant le “mai”, arbre vert et décoré, symbole de son réveil printanier .
En Poitou, comme dans beaucoup de provinces, la coutume consistait aussi souvent à planter simplement un pied de buisson fleuri, d’où le nom de “mai” donné au buisson en fleurs (et récemment encore on appelait toujours l’aubépine un “mai”, puisqu’elle est sensée fleurir le 1er mai).
Les jeunes gens et les jeunes filles (celles ci vêtues de blanc) allaient chercher le “Mai” dans le bois voisin la nuit précédant le 1er mai. Ils déracinaient des arbrisseaux gorgés de sève et allaient dans les fermes où ils chantaient pour réveiller tout le monde en agitant leurs rameaux.
C’est sur la place du village, ou devant l’église que les jeunes gens plantaient ce “mai” et un bouquet de “mai” pouvait s’attacher au bout d’une perche fixée en terre, décoré de rubans. Souvent le bouquet enrubanné et la perche se plaçaient devant la demeure d’une jeune fille et les garçons regardaient flotter les rubans au vent qui leur désignait la direction du futur époux. Cette opération s’effectuait dans la nuit du 30 avril au 1er mai. Le “mai” cueilli cette nuit là s’accrochait aux portes des maisons, des granges, des caves et des écuries, comme cela se pratique encore pour le buis bénit le jour des Rameaux, afin de protéger maisons et dépendances des catastrophes. Dans certaine endroits, la nuit du 1er mai ce sont des branches de noisetier que les jeunes gens plantaient devant les maisons des jeunes filles, branches plus ou moins grandes selon l’âge des demoiselles.
Avant la dernière guerre, toujours pour le 1er mai, il était d’usage que les garçons fleurissent les demeures des jeunes filles avec des bouquets de lilas (un bouquet par fille et non par famille). Le lilas est un hommage à la beauté, il signifie innocence et modestie. Mais il pouvait aussi s’agir de bouquets de muguet ou de roses. Il arrivait que certains de ces bouquets servent de prétextes à des déclarations de la part des garçons qui en profitaient pour glisser des billets doux parmi les fleurs. Cette coutume persistait encore dans les années 50.
Les filles d’humeur acariâtre, au lieu de fleurs, récoltaient des ronces…ou une poignée d’orties au milieu du bouquet. Par endroits, la fille de propreté douteuse ramassait devant sa porte des débris de légumes ou même des ordures…ailleurs un balai !… Quant à celles qui avaient jeté leur bonnet par dessus les moulins, les garçons déversaient devant chez elles une brouettée de feuilles de choux. Dans certaines localités, on déposait une botte de paille ou de foin devant la porte. Ces “cadeaux”, dit-on, venaient souvent de galants éconduits ou de garçons jaloux. Les femmes mariées qui se “tenaient mal” ne se trouvaient pas épargnées. Elles recevaient en hommage, un bouquet de “coucous” jaunes en Poitou, et un genêt fleuri en Saintonge, le jaune étant “la couleur du cocuage”.
Un bouquet de “mai” suspendu au bout d’une perche était parfois planté sur la tas de fumier pour préserver des serpents. On en mettait aussi à la porte des étables “afin que les serpents ne viennent pas téter les vaches”. Comme on plantait le jour des Rameaux une branche d’aubépine dans ses terres pour que les récoltes à venir soient prospères.
Parfois, en ce jour de 1er mai, on buvait un verre de vin blanc, on mangeait un brin d’ail et on se frottait les lèvres avec une pièce d’or de 20 francs pour avoir beaucoup d’argent. La croyance populaire voulait que le plus beau troupeau de moutons serait celui qui sortirait le premier de la bergerie ce jour là. Dans le pays des brandes, on pensait qu’en mettant un chiffon dans le talon de son sabot et en passant dans le pacage de son voisin on en ramassait toute l’herbe et qu’en prenant une fourchée de son fumier on lui enlevait “tout son jus”.
Ce matin là, enfin, les jeunes filles allaient avant le lever du soleil se débarbouiller avec la rosée pour avoir le teint frais. Et quelques unes, pour être plus belles, “se roulaient nues dans l’herbe”.
Dérivé du culte de la Déesse Mère, peu à peu détourné et placé sous la protection de la croix, de la Vierge ou des saints, les fidèles suivaient en grand nombre “l’exercice du mois de Marie” dans toutes les paroisses de Poitiers. Les nombreux oratoires dédiés à la Vierge étaient fleuris journellement et dans bien des familles s’improvisaient des sanctuaires souvent dans une “boulite” du mur, face à la nature.
Dans l’espoir de protéger la végétation encore fragile, on en vint aussi à faire des processions au milieu des cultures, pour supplier le ciel de les épargner: ce sont les Rogations, les “Rousons” en Poitou, qui avaient lieu au cours des trois jours précédant l’Ascension.
Créées en 469 à Vienne par saint Mamer, le premier des trois “saints de glace”, les autres étaient Pancrace et Servais. Le cérémonial des fêtes avait encore cours il y a 100 ans à Poitiers même comme à la campagne, reprenant d’anciens rites appelant la protection des divinités de la Terre sur les récoltes. Les croix des carrefours étaient fleuries, les puits enguirlandés de verdure bénis, de même que les eaux des sources et des fontaines.
Les récoltes étaient aussi bénies tour à tour, le premier jour était consacré aux foins, le second aux moissons et le troisième aux vendanges.
Jusque dans les années 50 à Cissé (une vingtaine de kilomètres de Poitiers), les pélerins suivant leur curé se rendaient encore à la Croix Pardon, en bordure d’un vieux chemin, dont le nom “semble indiquer qu’elle avait été placée en cet endroit en expiation de quelques pratiques idolatriques”.
Avec mai débutait une multitude de fêtes villageoises: assemblées, ballades, frairies, préveils dans chaque bourg, chaque hameau avec courses et jeux. Mais en Mai, mois de la Vierge, on ne devait pas se marier, et les enfants issus d’un tel mariage n’étaient pas viables.
De toutes ces festivités, nous sont restées de nombreuses rondes et danses.
(à noter aussi, que dans la région, le 1er mai demeure confondu avec la fête de la jeunesse: la Bachellerie, spécifique au Centre Ouest et à l’Ancien régime)
pagus picton – 4ème partie
Mais que dire des mille gestes de la vie quotidienne tenant de la magie, de la “superstition” la plus profondément ancrée dans l’âme populaire ? Quelques bribes nous en sont parvenues comme ce talisman médical sur lame d’argent trouvé à l’angle des rues Riffault et Saint Denis, rédigé en un mélange de latin et de gaulois… mais combien d’autres ont péri ?…
Sous le vernis romain, la personnalité indigène survit en fait pratiquement intacte. Il en résulte un incroyable mélange de tous les milieux, de créations et de cultes gréco-romains avec des oeuvres et des pratiques nettement pré-romaines. L’exemple extrême pourrait être la copie romaine archaïsante de Minerve, statue de marbre de la rue Paul bert. Quelques statuettes de bronze, le Mercure de Sanxay, l’athlète de Chasseport (commune de Lavausseau), répondent aux canons polyclétéens. A côté on rencontre tous les degrés de la sculpture ou de la toreutique de fabrication locale, depuis le grand Mercure de Poitiers ou les Amours de Vendeuvre, de proportions et de styles parfaits, de goût romain ou héllénistique, jusqu’aux Déesses Mères nombreuses et aux petits bronzes comme le Mercure de Vendeuvre, d’esprit et de facture indigènes (http://www.alienor.org/Articles/divinites/mercureb.htm).
Les cultes n’échappent pas à ces apparentes contradictions : inscriptions et formes sont souvent romaines mais le poids des traditions celtique et pré-celtique est encore partout entier. Les temples, construits selon des techniques romaines ont pris le relais d’édifices et d’enclos celtiques. Seul Poitiers en eut peut être de plan italique mais dans l’ensemble, c’est le plan centré indigène qui l’emporte, rond (à Vendeuvre), carré (Antigny, Vieux Poitiers, etc.), cruciforme (Sanxay). cela donnait à ces bâtiments la silhouette de tours confortées à leur base par une colonnade sous appentis formant déambulatoire. tels devaient être les deux temples jumelés de la Roche à Poitiers, reliés entre eux par une galerie et dédiés comme nous l’avons vu à Mercure Adsmerius et sans doute à sa parèdre Rosmerta.
Ceux de Saint Leomer semblent de plan rectangulaire mais possèdent en fait des cellae carrées. Les “pierres à quatre divinités”, autels présentant sur chaque face une divinité du panthéon romain sont néanmoins le reflet d’une tradition indigène encore obscure: elles sont en effet très fréquentes en Gaule de l’Est et dans les germanies, mais la Vienne en a livré quatre (à Buxerolles, Champagné saint Hilaire, Chateau Larcher et Savigné). Les noms divins illustrent bien le rhabillage romain des dieux gaulois. Une statue mutilée trouvée à Poitiers, rue A. de la Mauvinière, et représentant une déesse classique assise, a conservé sa dédicace complexe: “A la divinité des Augustes et à la Tutelle d’Apollon Matuix…” elle allie le culte impérial, la Tutelle, déesse protectrice romaine et Apollon Matuix, dieu romano-celtique dont le surnom signifierait “le tueur d’Ours”. Pensons également à Mercure Adsmerius, “le Pourvoyeur”, ou à Epona, présente à Poitiers, déesse sans équivalent romain.
Les pratiques funéraires, surtout l’incinération, sont aussi empreintes de magie millénaire, par exemple dans la mise en communication de l’urne contenant les cendres avec le sol, grâce à une cheminée de terre cuite ou de tuiles assemblées qui permettait aux vivants de communiquer avec les morts et de leur faire parvenir le produit de libations faites à leur mémoire. De même le bris rituel consistant à mettre hors d’usage les vases du repas funêbre, à les retrancher du domaine d’ici bas (sur le modèle des épées rendues inutilisables ?)
pagus picton – 3ème partie
Concernant plus particulièrement Poitiers (Lemonum-la Ville de l’Ormeau), il serait bien étonnant que certaines découvertes de haches en pierre polie en divers points du promontoire ne remontent pas à la préhistoire, comme cet ensemble de haches en silex, en amphibolite et en ophite trouvées en 1828 dans une citerne de la Rue Neuve, actuelle rue Borbeau, ou les haches ramassées en 1851-1852 dans la rue de l’Industrie, actuelle rue Edouard Grimaux. Le dolmen de la Pierre Levée à quelques centaines de mètres de la vallée du Clain à l’Est s’inscrit sans doute dans un ensemble de sépultures mégalithiques échelonnées le long de la rive droite de cette rivière, mais on ne peut s’empêcher de la mettre en relation avec une probable communauté du Néolithique ou du Chalcolithique installée sur le tout proche promontoire qui deviendra Lemonum.
Imaginons, à la période gauloise, un ensemble de maisons construites en bois, terre, pierres sèches, chaume, disséminées sur le promontoire, de manière peut être plus dense au sommet, reliées entre elles par des chemins de terre, séparées par quelques terrains vagues faisant office de places, «sur lesquelles ouvraient sans doute, à peine distincts des cabanes vulgaires, quelques rustiques sanctuaires».
Pour ce qui est du siège de Limonum, en -51, par le chef Andécave, Dumnacos, rassemblant ses guerriers et les Pictons anti-romains contre Duratios (http://www.arbre-celtique.com/encyclopedie/fiche-2820.htm) qu’imaginer sinon que les combats durent avoir lieu dans les faubourgs de la Tranchée, et dans le fonds des vallées, le long de la Boivre et du Clain, à proximité des principaux gués ou des ponts en bois qui en permettaient le franchissement.
A l’époque gallo romaine, autour d’un centre monumental constitué par un forum aux multiples fonctions regroupant les principaux édifices civiques et économiques, s’organise un réseau plus ou moins régulier de rues déterminant des ilots d’habitation. En dehors du Forum, on rencontrait ça et là des thermes -un établissement par quartier- et des monuments de spectacles en général groupés, théâtre et amphi théâtre. Les temples quant à eux, n’obeïssaient à aucune logique connue, et perpétuaient le plus souvent une topographie sacrée antérieure à la conquête, sauf pour les sanctuaires officiels du culte romain situés près du forum. Dès que l’on quittait la zone habitée, commençaient les nécropole de part et d’autre des voies romaines reliant la ville aux chefs-lieux des différentes cités voisines.
A Limonum comme partout, il semble que ce soit Mercure le “principal” dieu du panthéon gallo-romain, succédant à quelque divinité celtique primordiale. Le surnom d’Adsmerius est en fait la latinisation d’un mot gaulois signifiant quelque chose comme “le Pourvoyeur”, formé sur une racine qu’on retrouve dans la parèdre de Mercure/Lug, Rosmerta, à qui était peut être dédié le second temple de la Roche, et suffisant à le distinguer du dieu romain classique.
On trouve aussi des dédicaces à Mercure aux Trois Piliers (rue Carnot), et route de Nouaillé (sud est de Poitiers), une très belle stèle de calcaire rue Monseigneur Augouard, une tête gigantesque rue des grandes Ecoles et des statuettes debronze, plus humbles, rue Mgr Augouard, Sainte Opportune, et au cimetière des Dunes.
Autre culte important, celui des “déesses-mères” dont la popularité en Gaule est issue d’un lointain passé pré-celtique. On en compte une dizaine d’exemplaires de facture variée dans les terrains de Sainte Croix (en bas de la rue Jean Jaurès) à l’ancien collège Saint Stanislas (en haut de la même rue), rues de l’Ancienne Comédie, Saint Louis, Paul Bert, Edouard Grimaux et Jacques de Grailly. Généralement solitaires, une fois groupées par 2 (rue Edouard Grimaux), elles sont souvent assises et portent vase à libations, corne d’abondance, corbeille de fruits ou enfant.(http://www.alienor.org/Articles/divinites/coupleb.htm)
Egalement typique à Poitiers, la dévotion à Minerve (elle passe pour être la divinité protectrice de la ville), attestée par quelques documents majeurs dont l’exceptionnelle statue de marbre ( http://www.alienor.org/ARTICLES/divinites/minerve.htm) trouvée dans le domus de la rue Paul Bert, et un bas relief trouvé à l’Echevinage (aujourd’hui rue Paul Guillon) et deux dédicaces de la rue des Carmes et de la rue des Carolus (celle ci attestant l’existence d’un portique consacré à Minerve).
En dehors de ces principaux cultes, il y a celui d’Epona, pourtant rare en Aquitaine, représentée ici par des figurines de terre cuite mais aussi et surtout par une statuette de calcaire trouvée rue Mgr Augouard.
Celui d’Apollon, attesté par un bas relief anépigraphe du dieu à la lyre trouvé à l’angle de la Grand’Rue et de la rue des Feuillants; et par l’inscription de la base de l’Union Chrétienne où le dieu est qualifié de Matuix.
Celui de Cybèle rappelé par un autel à tête de taureau recueilli rue Edouard Grimaux .
Il y a encore un petit Hercule en bronze à saint Hilaire, un Jupiter-Taranis à la roue en terre blanche rue Henri Oudin, un petit Télesphore phallique en bronze au cimetière des Dunes…
pagus picton – 2ème partie
En ce qui concerne les lieux de culte gallo-romains, on peut noter une pérennité d’utilisation des sites : à Saint Léomer (Mazamas-Vienne), à Barzan (Le Fa-Charente Maritime), à Faye l’Abesse (Deux Sèvres), le sanctuaire d’époque romaine a succédé à un autre d’époque gauloise. A Rivières (Ribérolles-Charente), un fanum fermé par un péribole en pierre séche vient clore chronologiquement un important sanctuaire du Second Age du Fer.
Les manifestations du sacré se présentent à nous sous la forme de bâtiments cultuels, d’inscriptions, dédicaces et ex votos, de figures divines, statues et bas reliefs de pierre, figurines de bronze ou terre cuite; elles ont semé la terre des nécropoles d’offrandes et de viatiques, l’ont pétrie de mille gestes rituels souvent difficiles à comprendre aujourd”hui. Eles variaient d’un lieu à l’autre, d’un individu à l’autre.
Les cultes domestiques ne nécessitaient pas d’édifice spécial mais un simple petit laraire semblable à celui découvert rue des Carmes à Poitiers. A Saintes , des statues de déesses mères ont été mises à jour dans des puits d’habitations privées, laissant à penser qu’elles trônaient dans de petites chapelles aménagées dans ces demeures.
Les édifices cultuels devaient être, le plus souvent, des temples classiques, de plan et de décor gréco romain, mais on y rencontrait aussi sans doute, reconstruits in situ et en dur à l’emplacement même de temples de la période de l’indépendance, de ces fana à plan carré où la cella était entourée d’une galerie périphérique à colonade. Le seul temple attesté à Poitiers s’élevait hors la ville, dans la grande boucle de l’actuelle route de Nantes, au quartier de la Roche (deux temples jumeaux où on a retrouvé des monnaies de la fin de l’indépendance , un vase de bronze dédié à Mercure Adsmerius, et une colonne supportant le mot ‘Mercurio” et le dessin d’un phallus).
Pour ce qui est des Divinités, le poids des traditions indigènes marque une bonne partie de la statuaire et des inscriptions retrouvées dans la région: un dieu Rouvre (?) (Roboris c.f. Les travaux du pasteur Fevre) à Angoulême témoignant d’un culte aux arbres contre lequel saint Martin luttait encore, un Mercure Adsmerius à Poitiers, d’autres Mercure “indigènes” assis en tailleur derrière lesquels on devine Cernunnos, nous montrent les divinités celtiques se cachant derrière leurs modéles romains, telles les déesses-mères, divinités peu fréquentes en Italie mais bien représentées dans les trois cités de la région. Quelques fois, c’est la divinité celtique même qui est évoquée ou représentée: on connait une Damona “Matuberginnis” à Rivières (Charente), des Epona, seule divinité gauloise assimilée par les romains, à Rouillac (Charente), Poitiers et Saintes, et on ne dispose parfois même pas du nom de la divinité qui se cache sous une représentation romanisée, comme ce dieu fleuve à la barbe ondulée, présent à Saintes, et peut être à Angoulême.
Le Poitou possède des autels à quatre divinités, selon un modèle qui n’est connu qu’en Gaule de l’Est et en Germanie. Il est impossible d’affirmer que, derrière des statues de facture très classique, tel le Mercure de Sanxay (Vienne) ou la Diane de Saint Fraigne (Charente), ne se dissimulent pas des croyances celtiques.
Le Monde des morts lui même témoigne de pratiques diversifiées. La Saintonge semble préferer l’inhumation, pratique non romaine, à l’incinération, adoptée en Poitou et Limousin.
Parmi les divinités romaines, la plus souvent représentée est Mercure: trois autels seuls comportent sa figure mais quantité de statues ont été identifiées surtout en Charente; à Poitiers, cinq effigies ont été recensées. Plus de vingt statues aussi, de Vénus, anadyomène ou pudique. Très répandu semble avoir été le culte à Apollon, du moins chez les Pictons. Jupiter est attesté aussi sur plusieurs autels, de même que Mars ou Minerve. Saintes a donné une image de Diane d’Ephèse. Le culte de Magna Mater (Cybèle) existait à Poitiers.
Par contre, il y eut de toute évidence une vigoureuse continuité des cultes autochtones. Si Mercure et Vénus ont joui d’une faveur spéciale, c’est bien parce que le premier était assimilé au Teutatès gaulois, ou à Lug le polytechnicien et que la seconde profitait du vieux culte de la Fécondité.
Ressortissant au groupe des dieux romains, en quelque sorte travestis, Apollon “Matuicius” à Poitiers, le Jupiter “Taranis” à la Roue repéré à Dompierre les Eglises (Haute Vienne), comme à Anais, en Angoumois, cet autre Jupiter qui parait terrasser l’anguipède.
D’autre part, la tradition survit à l’état pur de plusieurs façons. D’abord par certaines figurations que n’accompagne aucun nom et qui restent énigmatiques. Le “dieu au Maillet” est signalé trois fois (en Limousin et à Saintes), et, en Poitou un dieu tricéphale. Le dieu accroupi sur ses jambes croisées, Cernunnos, est une divinité chtonienne de l’abondance qui a été trouvé en quatre points du Limousin comme en pays charentais. Il arrive que siège à son côté une divinité saluée du nom de “Mère”. Sous la forme d’une figure unique parfois, plus souvent dédoublée ou triple, on la voit assise, accompagnée d’attributs qui symbolisent l’abondance, ou bien de deux ou trois enfants qu’elle allaite. On en a retrouvé une dizaine d’exemplaires rien qu’à Poitiers.
A l’inverse, des inscriptions nous livrent des noms sans figure. De la sorte on a rencontré Duoricos; sur deux points de la Charente, Damona, associée dans l’un des cas à la divinité impériale. Il s’agit incontestablement de divinités topiques. Parfois nous nous trouvons en présence de temples groupés par deux ou trois ce qui révèle l’association de plusieurs divinités. Par exemple, deux temples voisins, entourés ou non d’un péribole, reliés par une galerie à la Roche de Poitiers en l’honneur du dieu Mercure Adsmerius et de sa parèdre comme en une demi douzaine de points; ainsi à Saintes, dans le quartier saint Vivien. Ailleurs, un dieu et une déesse, sans noms, sont associés dans telle sculpture. Et en un certain nombre de lieux, on croit pouvoir reconnaitre des traces du culte de divers héros.
Il existe aussi une quantité de divinités topiques, c’est à dire attachées à un lieu déterminé : les Dames ou les Mères qui protègent les familles et les domaines et sont devenues dans la tradition populaire les fées ou les fadets; les divinités des eaux , dont gardent le souvenir les fonts ou fontaines des Demoiselles, des Dames, des Fées et qui, la plupart du temps, ont perdu leur nom au profit , soit de saints célèbres: saint Pierre, saint Jean, soit de saints locaux: saint Armand, saint maixent; saint Eutrope, saint Vivien, saint Martin… Mélusine, la grande bâtisseuse du moyen age poitevin, le génie tutélaire de la famille des Lusignan, est à l’origine la divinité de la Font de Cé, dans la forêt de Coulombiers; aussi à Lusignan représente-t-on Mélusine sous la forme d’une femme poisson dont les cuisses et les jambes étaient remplacées par une queue de poisson et qui nageait dans une cuve. Beaucoup de ces sources ont, aux yeux des gaulois, des vertus curatives ou magiques: ils apportent des offrandes à la divinité du lieu. Ils en apportent aussi aux divinités des forêts. Le culte des arbres était très répandu dans ces pays boisés. Certaines parties de la forêt consacrées à une divinité, constituaient un bois sacré, auquel les romains donnèrent le nom de lucus. Les bourgades qui s’établirent auprès des ces lucs en ont pris le nom: le village de les Lucs, le Luc, le Grand Luc, le Petit Luc se rencontrent en Poitou et en Saintonge.
pagus picton – 1ère partie
Au siècle dernier, le département de la Vienne, qui avec les Deux-Sèvres, une partie de la Charente et de la Vendée, constituait le Pagus Picton, comptait environ 150 dolmens et une dizaine de menhirs dont les 2/3 ont été detruits, notamment le champ de dolmens de Thorus près de Chateau Larcher.
La répartition des objets datables des débuts de l’Age du bronze suggère des influences venues par la mer ou les fleuves.
Du Bronze moyen date le très beau cône d’Avanton (conservé au Musée de Saint germain en Laye), colonne cultuelle consistant en une feuille d’or de 55 cm de haut décorée au repoussé (http://www.avanton.fr/notrevillage/histo.html )
Au Bronze terminal se rattache la cachette de fondeur de Notre Dame d’Or (grande diversité d’objets).
Avec l’Age du Fer : épées trouvées à Germond, fond de cabane de Jaunay Clan, sépultures à char de Gros guignon, près de Civray, et de Quinçay.
En 1937, à 2 kms de Poitiers, a été mise à jour une sépulture féminine dans une carrière de sable. Elle a livré un collier orné de neuf crotales et une ceinture terminée par un sphéroïde ajouré dont l’appartenance au groupe franc-comtois des Moidons est indiscutable (premier Age du Fer dans le Massif du Jura).
A Antran, en bordure de Vienne, au Bronze final, des enclos circulaires et quadrangulaires servent à la fois de lieux de cérémonie et de réceptacles aux cendres des morts.
Le gisement de la Croix Verte à Antran a livré un ensemble important de structures funéraires et cultuelles (enclos, fosse, fanum), allant du Néolithique à l’époque romaine. Parmi les nombreux vestiges, un bâtiment de bois gigantesque (50 m. de long sur 15 de large) qui avait probablement un rôle réligieux.
Le passage au Second Age de Fer se fait doucement, dans une phase transitoire marquée par les fossés à incinération de Civaux avec fibules et agrafe à palmette. Les sépultures de Mazerolles avec leurs grandes épées en fer sont un peu plus tardives. Seule la cachette du bronzier de Maillé nous renseigne sur l’outillage et les parures de l’époque.
Au 1er Age de Fer, on rencontre des tombes plates à inhumation (Roches Prémaries, St Georges les Baillargeaux). Les tumulus de Valdivienne et d’Aslonnes comme les aristocratiques tombes à char sont contemporains.
A l’arrivée des Celtes, les “limites” du pagus se fixent et le toponyme d’Ingrandes (Equoranda) est connu comme lié à une frontière: en limite avec les Andécaves (Ingrandes de Couziers), les Turons (Ingrandes du Poitou), les Bituriges (Ingrandes, près du Blanc), les Lémovices (ruisseau des Equilandes, près de Bourg Archambault). Au sud, la forêt d’argenson sépare Pictons et Santons avec un nouveau toponyme d’Ingrandes, au sud de Niort: la rivière de la Guirande. A l’ouest se trouve une autre frontière avec un dernier Ingrande sur la commune de la Réorthe (Vendée).
Pas davantage que pour l’Age du Bronze, nous ne connaissons l’identité des divinités honorées pendant les Ages du fer. Les rares noms qui nous sont parvenus, comme Damona ou Robur, le sont par des inscriptions d’époque gallo-romaine. Mais on ne voit pas pourquoi elles, et bien d’autres divinités panceltiques ou locales n’auraient pas déja fait l’objet de culte avant la conquête.
Certaines nécropoles sanctuaires possèdent des structures dont le caractère religieux parait peu discutable, comme les puits à poteaux de bois de Ribérolles à Rivières, mis en place à partir du Ve siècle av.JC. Des édicules de bois destinés au culte funéraire ont aussi pu se trouver érigés à l’intérieur de certains enclos comme dans un carré à Civaux. Et l’implantation près de lieux humides -sources, marécages (Antran) ou rivière (Ribérolles)- de certaines d’entre elles doit probablement être en rapport avec le culte des eaux et sa dimension, eschatologique comme agraire.
A Partir du IIIe siècle, s’implantent des sanctuaires dont les dépôts d’offrandes sont constitués pour l’essentiel de restes d’animaux sacrifiés, en particulier des chevaux, aisni que des hommes (têtes sacrifiées ? têtes trophées ? reliques héros/ancêtres ?) mais surtout d’armes mutilées: Faye l’Abesse (Deux Sèvres), Naintré (Vienne), Muron (Charente Maritime), Nalliers (Vendée).
Suivant une tradition remontant à l’Age de Bronze, les grottes ont aussi pu servir de lieux de culte. Le casque de celle des Perrats à Agris (Charente) semble bien être un dépôt à caractère sacré, peut être celui de fondation d’un sanctuaire fréquenté jusque pendant le Haut Empire romain.







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