quelques divinités du pagus
ADSMERIUS – le Très Brillant ? le Pourvoyeur ?
Il est invoqué à Poitiers comme Adsmerius Mercurius sur le site de l’ancien temple de la ville de Lemonum. A part ce nom et cette assimilation à Mercure, on ne sait rien de lui. Et l’interprétation reste problématique. La première syllabe “ad” correspond à “très” et le “us” est une terminaison masculine. Le problème est dans la seconde syllabe “smeri”. Les racines indo européennes nous donnent “smer” (briller) et “smeru” (gras). En allant plus loin, on a “(s)mer” (se rappeler, avec une connotation de tristesse, de nostalgie) et “(s)mer” (partager). Il y a donc deux possibilités, la première serait “le Très Brillant”, et pour la seconde avec ces connotations d’”embonpoint” et de “partage”, le nom correspondant pourrait être “le Pourvoyeur” dans le sens de “Celui qui Donne”. Ce nom serait ainsi lié étymologiquement à celui de la Déesse Rosmerta, qui est généralement considérée comme la parèdre du Mercure Gaulois, autrement dit Lug. Si cette interprétation est exacte, ça nous donne Adsmerius comme un aspect de Lug en tant que “Guérisseur”.
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MATUIX – le Roi Ours
Matuix est connu à Poitiers où il est assimilé à Apollon et accompagné de Tutela (la version romaine de la déesse Tyche, ou Fortune). Cette assimilation ferait de lui un dieu de la jeunesse bien que sa parèdre, Tutrela (son nom signifie “vulve”) qui est la personnification romaine de la Chance ou de la Bonne Fortune, pourrait indiquer que Matuix était un dieu augural, devin. Son nom est formé des mots indo européens “matu” (ours) et “rix” (roi) ce qui en fait un Roi Ours. Ce qui pourrait être une survivance d’un ancien culte où l’Ours était un animal lié à la divination. En effet, c’est un animal qui, en hibernant en hiver, vit entre les mondes des vivants et des morts et peut ainsi communiquer avec les Ancêtres.
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CISSONIUS – le Protecteur des Voyageurs
A Saintes, une inscription dit “Mercurio Cisonio C(aius) V(otum) S(olvit) L(ibens) M(erito)”, soit “A Mercure Cissonius, Caïus tient sa promesse avec joie et librement”.
L’étymologie de Cissonius est incertaine même si on a dit que son nom pouvait signifier quelque chose comme “le Protecteur des Voyageurs”, ce qui d’ailleurs n’est pas du tout incompatible avec Mercure à qui il est assimilé.
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DAMONA – la Vache Divine
Cette Déesse Gauloise est généralement associée à Borvo et Apollon qui sont tous les deux liés aux sanctuaires aux sources guérisseuses, et elle semble avoir été la Déesse des eaux..
A Alise sainte Reine (ancienne Alésia), elle détient avec Apollon les pouvoirs de rétablissement de l’eau d’un bassin dans lequel se baignent les malades . Et tout ce qui reste de son image dans ce lieu de pélerinage est une tête de pierre couronnée avec des épis de blé et tenant un serpent qui s’enroule autour de sa main. A Bourbonne Lancy, l’inscription qui lui est dédiée l’associe à la vertu du sommeil curatif, par des malades qui espèrent être visités dans leurs rêves et guéris par la Déesse.
L’association de Damona avec la Vache et la présence d’épis de blé sur sa statue suggèrent fortement des composantes de rites de fertilité dans le culte qui lui était voué Le serpent peut être symbolique de sa fonction de guérisseuse, la mue étant associée à la renaissance/guérison.
Les inscription trouvées à Rivières, en Charente, montrent que Damona pouvait être évoquée seule, en l’absence d’un Dieu consort.
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ROBUR – Dervos: [l'Esprit du] Chêne
Robur est un Dieu invoqué sur une seule inscription à Angoulême, en compagnie du Genius Loci (l’Esprit du Lieu).
Le nom est probablement dérivé du mot latin pour chêne, röbur, qui donnerait au génitif Roboris: [l'Esprit du] Chêne, l’Ame du Chêne. Ce qui nous donne peut être ici l’exemple rare d’une divinité gauloise latinisée et introduite dans le panthéon romain. Et si c’est bien le cas, Robur n’est certainement pas le nom original. Dans toutes les langues celtiques, le chêne est une variante de “daur” (irlandais), “dar” (cymrique) et la forme gauloise semble être “der”. Le nom gaulois original a donc pu être “Dervos”. Par conséquent il appartient au groupe des divinités celtiques des arbres qui rassemble Abelio (le Dieu du Pommier), Fagus (le Hêtre), Darona/Daronwy (Dieu-Déesse du bosquet de Chênes) et Robur (le Chêne).
divinités à figure animale
Si l’on voit, à l’époque gallo-romaine, une certaine assimilation se faire entre des divinités gauloises et des divinités romaines, il est d’abord un premier point à remarquer c’est qu’elle ne semble guère concerner que les divinités citées par César … ce qui peut entrainer un questionnement évident : pourquoi celles ci et pas d’autres ?
Il faut aussi noter que les Gaulois conquis continuent d’honorer des divinités à figure animale, ce qui n’est pas du tout dans l’habitude des romains. On a en effet :
- un dieu à ramure de cerf (Kernunnos)
- un dieu tricéphale parfois à ramure de cerf
- une déesse à trois têtes
- une déesse à ramure de cerf
Il est possible que la tricéphalie et les ramures de cerf soient en fait des attributs symbolisant la force et la fécondité, des attributs “passe partout” que l’on prête à certaines divinités qui participaient alors aux vertus du Tricéphale ou de Kernunnos.
- un serpent à tête de bélier, symbole hybride de la fécondité du sol et de la force primale. Il apparait comme un attribut mais parfois aussi comme divinité indépendante. Jean Paul Persigout, dans son “dictionnaire de mythologie celte”, cite même un nom: Segomonos, un dieu chtonien, tellurique.
- un taureau à trois cornes (taureau aux trois grues. Tarvos Trigaranos -alliance des forces telluriques et de la Connaissance)
- une déesse des Ours. Artio (à l’origine, déesse ours ?)
- une déesse des chevaux . Epona (même si elle est bien plus que cela) (à l’origine, déesse jument ?)
- un sanglier à trois cornes
- Damona : qui doit probablement son nom à un mot désignant la génisse (en irlandais, un boeuf se dit “damh”)
- un jeune dieu, vénéré notamment à Besançon et Amiens , affublé d’une énorme oreille d’animal, peut être de cervidé, et qui semble représenter le sommeil.
répertoire des dieux gaulois
Nicole Jufer et Thierry Luginbühl: “Répertoire des Dieux Gaulois”. Editions Errance.
Selon les auteurs, plusieurs approches permettent de percevoir les religions gauloises qui se révelent peu à peu, telles que l’étude des textes anciens, l’archéologie, mais aussi l’épigraphie et la toponymie.
C’est surtout l’époque gallo-romaine qui nous dévoile le panthéon celtique. Après la conquête, bien que romanisés, les habitants de la Gaule continuèrent d’adorer leurs dieux, comme leurs ancêtres l’avaient fait, et en assimilèrent quelques uns à ceux de leurs conquérants (à moins que ce ne soit le contraire)
Tentative d’appréhension de l’organisation du panthéon gaulois:
Les informations onomastiques complétées par des représentations figurées, des rares témoiganges littéraires et pas l’association de théonymes classiques et celtiques permettent de distinguer une petite vingtaine de groupes de dieux, connus sous sous différentes appelllations “régionales”.
Les divinités masculines en constituent dix:
-Les “Mercures” gallo-romains
-Taranis/Jupiter
-Les Mars indigènes (guerriers ou non)
-Les “Apollon” guérisseurs
-Sucellus
-Cernunnos
-Esus
-Ogmios
-Les divinités topiques ou tutélaires
-Les dieux mineurs, spécialisés ou de fonction indéterminée
Plus difficiles à classer, les déesses semblent être réparties en huit groupes principaux:
-Les déesses reines ou “Riganes”
-Les divinités guerrières
-Epona
-Les parèdres des divinités masculines
-Le groupe des Sule(v)iae (“celles qui gouvernent bien”, surtout dans le NE)
-les déesses mères
-Les déesses topiques ou tutélaires (cours d’eau, sources, villes, montagnes, etc…)
-Les divinités mineurs spécialisées.
Nous n’avons retenu que les noms relevés dans notre pagus :
Théonymes ou épithètes de divinités celtiques:
*Pictones:
Adsmerius (Poitiers), assimilé/épithète Mercure
Adsmerius Mercurius (Poitiers)
Matuix Apollo (Poitiers), épithète Apollon
Verpantus (Le Langon. Vendée)
*Santones:
Cisonius Mercurius (Saintes. Allemagne) épithète Mercure
Damona Matuberginis (Rivières -16- et divers France)
Robor (Angoulême)
(Poitou Charente: Verpantus , Damona et Robor semblent être des théonymes)
Radicaux et mots gaulois qui entrent dans la formation de ces théonymes:
ad- “très”
matu- “ours”
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Commentaires et pistes de réflexion.
Les populations celtiques indépendantes ont laissé très peu de témoignages épigraphiques mais les théonymes répertoriés à l’époque gallo romaine sont le plus souvent constitués de radicaux très fréquents dans la langue gauloise ce qui est d’un apport très précieux pour comprendre la fonction des différents Dieux attestés et permet également de classer ces divinités en groupes fonctionnels pour chercher à appréhender l’organisation du panthéon gaulois.Ce qui doit, néanmoins , n’ être considéré que comme une simple proposition mise à la disposition du chercheur.
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Cette classification ne concerne que les noms sur lesquels il a été recueilli des témoignages épigraphiques. Les populations celtiques indépendantes n’en avaient laissé que de très rares. On sera donc incité à penser que les gaulois avaient probablement gardé, à l’époque gallo romaine, leur vénération pour des divinités plus anciennes beaucoup moins assimilables (peu ou prou) dont ils se refusaient toujours à écrire le nom. Il est donc probable que les divinités vénérées par les Gaulois de l’époque gallo- romaine étaient beaucoup plus nombreuses que les témoignages épigraphiques ne le laisseraient,dans un premier temps, supposer (sans parler du fait que ces témoignages sont en fait très peu nombreux vu le zèle destructeur des saint Martin et consorts, qui ont largement oeuvré pour effacer toutes traces de l’ancien paganisme).
symboles pictons
D’après les écrits irlandais du Haut Moyen Age, et les textes mythologiques, les Pictes, au cours de leur grande migration, se séparèrent en deux courants: le premier, qui s’installa donc entre la Loire et la Gironde, et l’autre qui continua sa route par l’Espagne vers l’Irlande et jusqu’à l’Ecosse.
Ces différentes populations avaient un symbole commun: la main. Dont la signification symbolique demeure plus ou moins mystérieuse mais dont l’appartenance aux Pictes, du Poitou, comme de ceux de l’Ulster (elle figure sur son drapeau actuel) ou de l’Ecosse comme élément identitaire ne semble faire aucun doute. Mais si l’on considère cette signification symbolique comme mystérieuse, il n’en reste pas moins qu’une main ouverte est une main qui salue, une main amicale, une main de pacte conclu. Pour les celtes, la main était symbole d’action et de puissance, mais traditionnellement, la main droite (qui est représentée sur la monnaie pictonne) est celle “qui donne” alors que la gauche est celle qui reçoit.
On ne retrouve pourtant pas cette main représentée sur les Pierres Sculptées du nord de l’Ecosse, couvertes de symboles géométriques ou figuratifs. Car si la langue des Pictes est aujourd’hui disparue, on sait qu’ils communiquaient aussi par tout un système de symboles dont beaucoup ont été gravés dans la pierre ou sur des bijoux.
Ces symboles dans lesquels apparaissent un grand nombre de figures d’animaux toujours stylisés avec des lignes entrelacées: le taureau, le serpent, le sanglier, le cygne, le requin et la “bête picte” (éléphant nageur) ont conservé une partie de leur mystère et les spécialiste ne sont pas trop parvenus à les déchiffrer même si on ne peut pas s’empêcher de remarquer que la plupart de ces animaux figurent aussi sur le Chaudron de Gundestrup. Mais j’ai l’impression que c’est plutot l’usage des pierres qui reste un peu obscur (totems ? bornes frontières ? valeur religieuse ? funéraire ?) car les autres symboles des Pictes, le double disque, la croix, la roue, le chaudron, le croissant, etc… ne font pas mystère de leur signification (on les retrouve depuis le mégalithisme et il est probable qu’ils ont une origine encore antérieure) et le symbolisme animal est également traditionnel…On signalera pour terminer qu’on a trouvé à Lussac les Chateaux (86) dans la Grotte de la Marche, une série de pierres gravées, représentant de nombreux animaux et humains dont certains semblant présenter un faciès canin qui rappelleraient le style de cellestrouvées en Ecosse
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Commentaires et pistes de réflexion
On a longtemps considéré comme acquis que le berceau des Celtes était la plaine de Russie, sur le territoire de l’actuelle Ukraine, et qu’ils se seraient répandus en Europe au cours de diverses vagues migratoires, pour arriver ici vers le Vème siècle avant JC, et d’ailleurs un grand nombre de travaux se basent sur cette théorie…Or il semblerait maintenant admis qu’ils descendent en fait de populations déja installées à l’Ouest de l’Europe dès le IIIème millénaire (culture des vases campaniformes)… Les Celtes seraient ainsi rattachés au mégalithisme…
Certains ont également voulu croire que les Celtes ne constituaient qu’une infime partie de la population, “au plus un dixième”, pense l’anthropologue poitevin Vacher de Lapouge qui poursuit :”le reste représentait les alluvions successives, laissées par les peuples précédents”…
Serait-il abusif de penser, au contraire, que les Celtes ont eu tout le temps nécessaire pour s’intégrer et se fondre aux populations précédentes (surtout s’ils ont eu trois millénaires et non pas cinq siècles pour le faire …) ? Serait-il abusif de penser que les Celtes étaient les descendants directs des hommes des cavernes ?
On dit que les populations indigènes vouaient un culte particulier à la Déesse et que les Celtes lui ont substitué un panthéon surtout masculin … qu’en est-il vraiment à l’examen de ce qu’on sait de la religion de nos ancêtres ?






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