petite histoire des gens de la terre – 2ème partie
L’affranchissement des colliberts et des serfs commencé à la fin du XIIe siècle, se poursuit au XIIIe. Au XIVe, le servage ne subsistait plus que dans la marche poitevine. Les “villains” ne sont plus astreints qu’au cens, en argent ou en nature. Au XIVe, apparait la coutume du fermage (ou: bail à temps). On distingue deux catégories de paysans: la plus nombreuse est celle des petits propriétaires, métayers et fermiers, l’autre, celle des vignerons et des journaliers. Il semble que jamais la condition des habitants de la campagne n’a été aussi heureuse, sous l’Ancien Régime, qu’à cette époque.
Pourtant, la Guerre de Cent ans et les épidémies de peste laissent le Poitou et l’Angoumois pour ainsi dire déserts: bois coupés, ceps de vigne arrachés, arbres fruitiers déracinés, moulins détruits. On est entré dès le première moitié du XIVe dans une récession de l’économie qui peut aller jusqu’à la moitié des productions et qui, après une reprise au moment du retour au calme à la fin du siècle, se poursuit et s’amplifie jusqu’au milieu du XVe siècle. Bien des terres sont abandonnées et, souvent, seules les terres proches des places où l’on peut se retirer en sécurité le soir sont mises en culture. Les denrées renchérissent, les pauvres gens ne mangent que des choux et des navets sans pain ni sel. Lors de la période de paix continentale qui s’étend de 1453 à 1562, on en profite pour augmenter le rendement du sol, et les états de Saintonge, Angoumois et Poitou décident de concéder les terres en friche à tous ceux qui s’engagent à les mettre en culture, contre une simple redevance. Mais, si quelques paysans réussissent à s’enrichir et à constituer une petite bourgeoisie rurale, d’autres sont obligés d’emprunter et ne peuvent se libérer. La plupart, malgré le poids des impôts royaux et seigneuriaux arrivent pourtant à vivre. Il semble que la première moitié du XVIe siècle soit globalement favorable à la paysannerie. Peu de famines, des terres à défricher, des salaires élevés pour les journaliers, des droits seigneuriaux modérés, allégés par la hausse ds prix favorisant le développement d’une petite et moyenne paysannerie. Ces “laboureurs à boeufs” et “laboureurs à bras” sont en majorité des petits propriétaires parcelleaires qui prennent en surplus quelques terres en fermage ou métayage.
Mais avec les guerres de religion, les pillages de récoltes, les destructions des fermes et du capital de cultures, l’insécurité permanente désorganisent l’économie et la société rurale. Au XVIIe siècle, les paysans ne sont pas heureux, les impots royaux et seigneuriaux sont lourds, le peuple n’arrive pas à les payer.Souvent ce qui reste aux paysans leur est enlevé par les brigands et de nombreux seigneurs accablent de corvées leurs paysans, abimant leurs récoltes par les chasses à cour. Des émeutes éclatent , des bandes de paysans font la chasse aux “gabeleurs”. A la mort du cardinal de Richelieu, suite à de mauvaises récoltes, le prix du pain a augmenté et la perception d’impots nouveaux porte à son comble l’exaspération du peuple. Les gentilshommes du Poitou et d’Angoumois prennent fait et cause pour leurs paysans mais les troupes royales interviennent, pillent les pays insurgés et font rentrer les impots. Au début du XVIIIe, on assiste, dans la société rurale, à la domination des “laboureurs” (gros contribuables: 20 à 30% de la population) auxquels il faut ajouter les marchands ruraux et les meuniers. Au sommet de ce groupe, on trouve quelques “coqs de village”, gros laboureurs devenus fermiers seigneuriaux cumulant l’exploitation de plusieurs métairies en même temps marchends de blé et de bestiaux. La majorité des “laboureurs à boeufs” se limiteent à l’exploitation d’une ferme ou d’une métairie dont ils sont rarement propriétaires. Cependant, dotés d’un solide cheptel et de réserves, ils restent normalement à l’abri des aléas de la conjoncture. A côté, une grosse majorité de “dépendants” inclut la masse de la petite et moyenne paysannerie: petits métayers, “colons”, bordiers, vignerons charentais, “laboureurs à bras”, “riverons”, ainsi que la gamme des modestes artisans ruraux du textile et du bois, et les maréchaux et les maçons. Auxquels il faut encore ajouter les gros bataillons de journaliers et de manouvriers.
A la Révolution, dans les quatre provinces, plus de 300 000 hectares de terrains restent improductifs, landes ou marais, même si les intendants Tourny, Turgot et Blossac ont encouragé l’agriculture, introduit la culture de la pomme de terre, autorisé la libre circulation des grains, favorisé l’élevage, lutté contre les épizooties.
Au XXe siècle, le progrès des sciences entraine celui de l’économie agricole plus ou moins rapidement suivant la nature des cultures, la répartition de la propriété, la distance des grandes voies de communication. Mais il fallut attendre le début du XXe pour que la Charrue Brabant, la herse articulée, le rouleau, la houe à cheval figurent dans les bonnes fermes. A ce moment là, il y a même une moissonneuse-lieuse dans chaque village.
petite histoire des gens de la terre – 1ère partie
L’homme préhistorique a laissé beaucoup de traces en Poitou Charentes, notamment dans de nombreuses grottes ornées: la frise du Roc à Sers (16) est le plus important ensemble sculpté du Solutréen. Celle du Roc aux Sorciers à Angles sur l’Anglin (86) est un chef d’oeuvre de la sculpture magdalénienne sans équivalent du point de vue de la qualité artistique et par l’ampleur de l’oeuvre. Les peintures gravetiennes de la Grotte de Vilhonneur (16) sont plus anciennes que Lascaux et les gravures de La Marche à Lussac les Chateaux (86) représentent l’humain avec un réalisme inconnu par ailleurs (cf “Symboles pictons”). Dans cet art magdalénien de la région, le thème de la procréation chez l’homme et l’animal a fait l’objet d’une multitude de représentations.
Après avoir connu une économie “individuelle” et vécu de la collecte de graines, de fruits et de racines, et de la chasse de petites espèces d’animaux, ou de bêtes blessées ou malades, il semble que l’homme, ou son ancêtre, soit passé au stade de l’économie tribale au Paléolithique supérieur, devenu chasseur de mammouths et surtout de rennes. Ces rennes surtout, fournissent la viande pour la nourriture, les peaux pour les vêtements et les tentes, la graisse pour les lampes, les ramures et les os pour les armes et les outils, les nerfs pour le fil à coudre et les lanières. Avec la disparition du renne au Mésolithique, les tribus passent à une économie mixte de chasse, de pêche et cueillette des coquillages, des racines et des graminées. Le gros gibier de base qui remplace le renne est le cerf et les sangliers, avec le chevreuil, les bovidés et les capridés. Le Néolithique apporte des transformations fondamentales: à l’invention de l’agriculture se joint celle de la domestication des animaux et les stocks permettent de prévoir l’avenir et d’éviter les famines. L’économie agricole coexistera pendant 2 ou 3 millénaires avec l’ancienne économie de chasse. La sédentarisation se généralise progressivement. A l’époque gauloise, les agriculteurs-éleveurs sont une des composantes avec les commerçants et les artisans, de la classe productrice auxquels s’ajoutent les marins pêcheurs dans les régions côtières. La culture la plus usitée était celle des céréales (blé, épeautre, seigle, avoine, orge) et des légumineuses (petits pois, fèves, lentilles). Ces cultures couvraient parfois de vastes étendues territoriales et dans certaines régions étaient communes. Le blé était cultivé en grand et les sous-produits résultant de sa transformation étaient nombreux. L’autre grande partie de l’alimentation était assurée par l’élevage qui fournissait viande et lait en quantité. Les instruments sont multiples: araires à soc fixe, charrues à roues, machines à faucher et même des moissonneuses à dents de fer. On ignore presque tout de la vie des campagnes au VIIe siècle. Les grandes familles de propriétaires fonciers de l’époque gallo-romaine semblent s’être perpétuées sans solution de continuité. On ne doit pas connaitre le partage franc entre réserves et tenures, et à côté de l’esclavage qui persiste, il doit exister maintes petites propriétés exploitées par des hommes libres. L’Aquitaine reste par ailleurs attachée à la simple foi jurée au puissant qui assure protection, tout en demeurant hostile à la vassalité franque qui implique une domination.
A la fin du IXe siècle et au Xe, la population est presque totalement rurale. On y distingue “libres” et “non libres”.. L’esclavage est encore en vigueur qui fait de l’esclave la propriété du maître. A partir de la fin du Xe siècle, le vocabulaire change, les termes propres à l’esclavage disparaissent sauf l’un d’eux (servus) et il semble qu’alors le servage est la condition normale des paysans, le serf étant un non-libre attaché à l’ exploitation d’une terre pour le seigneur. Le servage se transmet par naissance , mais l’homme libre peut aussi choisir d’aliéner sa liberté, par piété envers une églsie ou, dans une époque de violence quotidienne, par souci d’être protégé.
Les colons forment une classe intermédiaire entre hommes libres et serfs : attachés à la culture d’une terre à titre héréditaire, ils ont, comme les “libres”, la capacité d’ester en justice. Mais il semble qu’au XIe siècle, ils se confondent avec les serfs. Les avis diffèrent entre historiens sur ce qu’il faut entendre par “colliberts”, sans doute des “non-libres” n’ayant pas de tenure réelle et pouvant posséder des biens à titre personnel. Mais plus ou moins tôt, la distinction entre “libres” et “non-libres” va tendre à s’estomper. Libres et serfs, soumis au ban du châtelain sont astreints aux mêmes coutumes, et les alleux (terres libres) se transforment en tenures soumises aux mêmes redevances que les terres exploitées par les serfs: cens, part de récolte appelée agrier, ou terrage, dîme. Le mot “servus” figure en Poitou dans une soixantaine de chartes au Xe siècle, une trentaine au XIe, une douzaine au XIIe. On parlera alors plutot d’”homme”, d’”homme coutumier”, d’”homme propre” avant que ne l’emporte, dans la région d’abord puis dans toute la France, le terme de “roturier” (ruptuarius), celui qui rompt la terre pour la mettre en culture.






Le site Internet Communauté Gauloise http://www.cgauloise.com/ a pour finalité de promouvoir les héritages historiques français et en particulier de faire connaître la période celtique, étape essentielle dans la formation de la civilisation française et européenne dans ses diverses composantes régionales et regroupe ainsi divers sites animés du même désir de ré-enracinement.