Un culte à Mithra à Chardonchamp (86)

août 14, 2008 at 9:47 (archéologie, divinités, histoire)

Les spécialistes semblent s’accorder sur un point: on a longtemps posé Mithra comme le rival de Jésus et les chances du mithriacisme étaient quasi équivalentes à celles du christianisme dans le grand match religieux qui les a opposés durant les premiers siècles de notre ère. On sait la propension du christianisme à « emprunter » les traits de ses rivaux qui étaient susceptibles de faire pencher la balance : récupération des anciens dieux païens à travers les attributs et fonctions des différents saints, mise en place du culte marial pour évincer la fidélité vouée à la Grande Déesse Mère, « christianisation » des mégalithes par adjonction de croix, érection des lieux saints ou lieux de culte sur des sites anciens sans parler des fêtes qui, toutes sans exception ont pris la place, parfois la symbolique et la finalité des anciennes fêtes païennes… C’est particulièrement vrai vis à vis du mithriacisme. Les deux sont des religions de salut à Mystères, la date de naissance du Christ, le 25 décembre, nuit la plus longue de l’année, est celle de Mithra. Comme Mithra, Jésus naît dans une grotte, d’une vierge, sorti de la pierre. Il semble que la croix fut un symbole mithriaque, de même que sont mithriaques la mitre et la crosse des évêques, le titre de pape, la tonsure des clercs. Il n’est pas jusqu’à la Cène qui soit clairement un emprunt aux Mithriastes qui consomment ensemble, le dimanche, jour du Soleil, le pain et le vin substituts de la chair et du sang du taureau sacrifié. 

Ethique

Mais qu’est donc le Mithriacisme ? Dans son « Parcours Païen », Christopher Gérard en dresse un exact aperçu:

« Mithra est un dieu indo-iranien,de la fidélité, de l’amitié et du contrat. Il symbolise l’harmonie personnelle, sociale et cosmique. La morale mithriaque est une morale solaire, une éthique de la lumière: amour de la vérité, fidélité à la parole donnée sont centraux. Il s’agit aussi d’une religion de l’énergie car Mithra vainc le taureau grâce à sa volonté inflexible et à la force de ses bras. Ce qui lui permet de restaurer l’ordre cosmique un instant menacé par les forces du chaos, du non-être et de la mort. Par la dexiôsis, l’étreinte des mains droites, Mithra scelle son alliance avec Sol. La main droite symbolise dans de nombreuses traditions, la puissance te la volonté. Il s’agit aussi ici d’un engagement, d’une parole donnée, à laquelle une fidélité sans faille est de mise. Le succès du Mithriacisme dans les milieux militaires surtout, mais également dans la haute administration et les milieux d’affaires peut s’expliquer par cette sacralisation du lien fraternel et indissoluble, garanti par un serment et gage de salut. La loyauté, la fides romaine, source de bonheur et de salut dans un monde difficile, ne pouvait que séduire l’esprit juridique et moral des cadres de l’Empire romain. Il y aurait d’ailleurs des recherches à faire quant aux liens entre éthique mithriaque et éthique féodale et/ou chevaleresque. Les points communs sont nombreux: exaltation de la notion de service, morale de l’action et de l’énergie, lutte contre le mal, nécessité de l’obéissance et d’une hiérarchie stricte, exaltation de l’honneur et de l’amitié, non point l’amour abstrait et universel des Chrétiens (et qui a pour corollaire obligé l’ingérence dans la vie de l’autre et la « correction fraternelle ») mais solidarité concrète à l’égard des membres de la phratrie ».

Un culte interdit

La région Poitou-Charentes est riche en sites en milieu souterrain: carrières, grottes et gouffres, habitats troglodytes et souterrains. Le souterrain qui nous occupe ici, situé au 14 de la rue du Temps Perdu à Chardon Champ (Migné Auxances) fut découvert en 1923, puis aussitôt refermé jusqu’en 1947. Comme de nombreux souterrains de même type, il est creusé très proche de la surface du sol et constitué principalement de couloirs avec aménagements divers qui appellent les questions. Sa fin de fréquentation ne doit pas remonter après le XIe siècle puisque les tessons de céramique qui ont été découverts dans l’escalier d’accès datent de l’an mil environ, ou peu après.

Depuis 35 ans, les archéologues n’ont pu avancer d’explication crédible à l’utilisation d’une telle cavité creusée de main d’homme. Il semble qu’il faille abandonner le classement dans les souterrains de refuge contre des agresseurs éventuels comme il en existe beaucoup, dans la mesure où les objets et autres obstacles rencontrés dans les couloirs, une fois la cachette découverte, ne pouvaient être que des inconvénients aussi bien pour l’assailli que pour l’assaillant.

Plus construite fut l’explication avancée en 2007 par deux frères dominicains, archéologues au Proche Orient, Jean Baptiste Humbert de l’école biblique de Jérusalem, qui dirige une mission archéologique à Gaza, et Manuel Maicas, qui s’intéresse aux civilisations et religions disparues: le souterrain aurait pu abriter un culte local à Mithra. Consultez avec intérêt le document fourni par les propriétaires.

A l’appui de cette thèse, une sculpture en haut relief présentant un taurobole au croisement de deux corridors même si l’endroit semble bien exigu pour avoir pu permettre le sacrifice d’un taureau. Cette représentation taurine est assez grossière et usée par les nombreux passages et le temps. Le torse et les pattes avant du bovin sont assez difficiles à saisir. Le mufle, érodé, présente du côté droit ce que l’on peut voir comme une corne et une longue oreille. S’il se peut que ce relief ne soit pas intentionnel et que la lecture en soit due au hasard, il n’en reste pas moins que la ferveur populaire a très bien pu y voir la face d’un taureau…

Comme toutes les religions païennes, le culte de Mithra a été officiellement interdit en 391 par Théodose au bénéfice d’un christianisme hégémonique dont les dévots martelèrent les figures de Mithra et ruinèrent les mithraea.

Mithra est une divinité indo-iranienne qui remonte au second millénaire av. JC. Son culte a été propagé dans l’empire romain, au 1er siècle, par des légionnaires de retour des frontières orientales de l’empire. La pratique de ce culte, toujours lié au rocher et à l’obscurité souterraine a laissé des vestiges un peu partout en Europe. Ce sont les mithraea plus ou moins construits sur le même modèle, même si celui de Chardon Champ, très exigu ( on accède notamment à la salle où se trouve l’autel en rampant sur deux mètres et les banquettes sont séparées par une paroi de roc) rassemble le maximum de caractéristiques en un minimum de place…

Une religion de la crypte

Il faut savoir que le Mithriacisme est une religion de la crypte et le temple de Mithra est appelé « la tanière ». Il s’agira donc d’une grotte naturelle ou reconstituée (symbole du cosmos) qui servira de lieu de réunion et de salle à manger aux initiés.

Traditionnellement, un mithraeum est une salle de culte, allongée, d’orientation variable, que l’on atteint en descendant quelques marches depuis un vestibule d’entrée.

Le vestibule : un vestiaire, un coin cuisine et une sacristie. C’est aussi là que les candidats à l’initiation étaient informés, interrogés, puis soumis à diverses épreuves destinées à s’assurer de leur résistance à la chaleur, au froid, à la douleur et à la solitude dans l’obscurité. S’il réussit, le candidat doit encore prêter serment et reçoit le premier grade au sein de la confrérie.

La salle de culte est exigue. Elle est semi-enterrée, parfois souterraine, dépourvue de fenêtres. Son plafond voûté évoque le Ciel avec ses étoiles peintes. Deux longues banquettes, inclinées vers le mur, sont prêtent à recevoir les initiés, qui s’y allongent pieds vers le mur et visage tourné vers le mur du fond. L’icône de Mithra occupe le centre de ce mur du fond, au dessus d’un podium. Au milieu du large couloir séparant les banquettes, se dressent des autels, des statues de dieux divers, des braséros où brûle l’encens. L’éclairage est fourni par des lampes à huile.

Les plus anciens et les plus complets sont connus à Rome mais on en trouve aussi dans des endroits aussi éloignés que le nord de l’Angleterre ou la Palestine et beaucoup d’entre eux furent convertis en cryptes sous des églises chrétiennes. En Poitou Charentes, les vestiges ne sont pas rares, le Mithraeum d’Aubeterre-sur-Dronne, près d’Angoulême, sous l’église monolithe de Saint Jean. A Poitiers, la découverte au XIXe siècle d’une partie d’un autel taurobolique indiquait l’existence au IIe siècle d’un culte de Mithra. La sculpture de Poitiers est d’une excellente facture digne d’une grande ville à la romaine, tandis que celle de Chardon Champ, à même la roche et d’une relative médiocre qualité pour ce qu’on peut en juger, témoignerait d’une manifestation populaire.

Survivance tardive

La fréquentation du souterrain remonte donc semble-t-il au IIIe et IVe siècles, époque à laquelle le Mithriacisme était très répandu et pas simplement au XIe. Il est intéressant de noter d’ailleurs qu’à la même époque, moins d’un siècle avant que la chape de plomb du christianisme ne s’abatte, on assistait aussi à une résurgence des traditions indigènes les plus anciennes : on peut citer à l’appui de cette thèse, le sanctuaire dédié à Mithra à Mackwiller dans le Bas Rhin qui fut en partie ruiné à la fin du IIIe siècle et au lieu d’être reconstruit fut remplacé alors par un « sanctuaire de source », construit sur un plan indigène, l’ancien dieu gaulois reprenant toute la place en un lieu qu’il n’avait probablement jamais abandonné.

Il serait instructif de chercher à quelle population ce souterrain a pu servir. Dans les proches environs, il y avait de vastes installations gallo-romaines et certains habitants de l’époque ont du être gagnés par des religions nouvelles. On peut tout aussi bien envisager qu’à défaut d’un culte en référence précise à Mithra, il y ait eu, dans les campagnes, des pratiques dérivées, dans des anfractuosités naturelles ou non (c.f. La balade païenne à Angles sur l’Anglin). Quoi qu’il en soit, nous sommes ici confrontés à la survivance tardive d’un culte issu de celui qui fut dédié à Mithra jusqu’à la fin du IVe siècle et dont la population locale de Chardon Champ aurait encore eu connaissance au Moyen Age et jusqu’au XIe siècle, démontrant s’il en était besoin la vitalité des traditions païennes.

Le souterrain peut être visité gratuitement sur simple demande auprès de ses propriétaires. Pour des raisons de sécurité, l’accès est limité à sept personnes. L’accueil est charmant et enthousiaste, les chats sont fournis en accompagnateurs bénévoles, et avec un peu de chance vous croiserez le résident permanent.

Contact: Lucette et Jean Galland, 14 rue du Temps-Perdu, Chardonchamp (Migné-Auxances), tél. 05 49 51 75 35 ou 06 20 15 77 75.

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Etude des traditions non écrites

août 10, 2008 at 11:28 (Généralités, archéologie, druidisme, paganisme, vie quotidienne)

Toute renaissance du druidisme est impossible, selon le professeur Guyonvarc’h, spécialiste en la matière s’il en fut, parce que, d’une part, la langue sacrée qu’employaient les druides a disparu et d’autre part, que la société celtique indépendante à laquelle la figure du druide était liée, n’existe plus non plus … On voit tout de suite que nous ne parlons pas de la même chose … le professeur Guyonvarc’h parle de « sa » spécialité, c’est à dire du druidisme vu à travers la lorgnette universitaire réductrice , du druidisme envisagé dans sa définition sacerdotale, c’est à dire d’un « corps » de sacerdotes et de son rôle dans les domaines tant religieux, que savants, philosophiques, économiques ou politiques… on ne voit pas dans cette « définition » la moindre trace de ce que j’appellerai « paganisme vécu » mais une sorte d’inventaire froid et sans vie, de simples fiches signalétiques sur des hommes (et peut être des femmes) dont, effectivement, nous n’avons plus grand chose à faire, si ce n’est à nous y intéresser d’un point de vue historique… Il n’a jamais été dans nos propos ni dans nos voeux de restaurer ce druidisme académique là, mais bien plutôt de vivre nos croyances païennes d’enfants de la terre Celte comme auraient (peut être) pu la vivre nos ancêtres si le monothéisme n’avait imposé sa chape de plomb depuis des siècles.

Considérer que toute « restauration » du paganisme celte est impossible est donc, à mon sens, le premier écueil à éviter. Le second se trouve à l’autre extrême et consiste à se dire que, le paganisme étant par essence adogmatique, on peut faire à peu près tout ce qu’on veut, « n’écouter que son ressenti » (ce qui me fait bondir … ) et, suivant une terminologie complètement aberrante, « se construire sa propre tradition » en venant remplir selon son humeur, son caddie aux rayons du super marché de la spiritualité.

On pense ce qu’on veut d’Alain de Benoist, c’est pourtant lui qui a écrit ces mots qui forment une ligne directrice aussi cohérente qu’ enthousiasmante…: « ”Le paganisme aujourd’hui ne consiste pas à dresser des autels à Apollon ou à ressusciter le culte d’Odhinn. Il implique par contre de rechercher, derrière la religion, et selon une démarche désormais classique, l’« outillage mental » dont elle est le produit, à quel univers intérieur elle renvoie, quelle forme d’appréhension du monde elle dénote. Bref, il implique de considérer les dieux comme des « centres de valeurs » (H. Richard Niebuhr), et les croyances dont ils font l’objet comme des systèmes de valeurs: les dieux et les croyances passent, mais les valeurs demeurent. C’est dire que le paganisme, loin de se caractériser par un refus de la spiritualité ou un rejet du sacré, consiste au contraire dans le choix (et la réappropriation) d’une autre spiritualité, d’une autre forme de sacré. Loin de se confondre avec l’athéisme ou l’agnosticisme, il pose, entre l’homme et l’univers, une relation fondamentalement religieuse - et d’une spiritualité qui nous apparaît comme beaucoup plus intense, plus grave, plus forte que celle dont le monothéisme judéo-chrétien se réclame. Loin de désacraliser le monde, il le sacralise au sens propre, il le tient pour sacré - et c’est précisément en cela, qu’il est païen.”

Il n’est pas question de refaire l’histoire , “réinventer des dieux, à la manière antique”, est impossible. Retrouver le paganisme tel qu’il était ? je ne vois pas comment cela serait possible et je ne sais même pas si ce serait souhaitable (d’autant plus qu’il devait y avoir autant de “variantes” que d’”écoles” et “tendances”…) en revanche, il est possible, j’en suis certain, de retrouver le paganisme tel qu’il aurait pu devenir… Nous ne voulons pas reconstruire à l’identique, nous voulons forger les outils qui nous permettront de vivre notre foi de manière cohérente. Malgré tout ce qu’on a pu dire de la tradition orale il est faux de prétendre qu’on a tout perdu de l’enseignement des druides: les découvertes archéologiques et leur interprétation, le comparatisme avec les textes irlandais et gallois débarrassés de leurs scories chrétiennes, et le recours à l’hindouisme et autres traditions indo-européennes peuvent nous donner de sérieuses pistes pour une sorte de reconstructionnisme basé sur un archéo futurisme intelligemment pensé … retrouver les dieux locaux, je pense que c’est réellement possible et (re) construire “en respectant l’esprit des Anciens”, je suis certain que ça l’est aussi…

Une des méthodes, non exclusive, utile à l’apprenti « re-constructionniste » et qui est l’une de nos finalités, à la Main Rouge, est l’étude des traditions non écrites…

Que faut-il entendre par « traditions »? On laissera la parole à Etienne Renardet (« Vie et croyances des Gaulois avant la conquête romaine ») qui répondra bien mieux que je ne saurais le faire moi même:

« la Langue . Elle sert à exprimer les idées, les besoins, les sentiments d’un groupe social, à transmettre les connaissances, à communiquer. Elle est donc un support privilégié de la culture.

La linguistique permet de déterminer la présence et les mouvements d’une civilisation. Elle reste imprécise dans le domaine du temps.

Les Habitudes. Généralement elles relèvent de la bienséance. Leur origine est parfois difficile à ,déterminer. Si l’on se découvre devant une personne à qui l’on doit le respect ou que l’on veut honorer, c’est que la coiffure était signe d’autorité. Tendre la main droite manifeste que l’on est désarmé. Offrir des voeux au Nouvel An se faisait déjà à l’époque néolithique, etc. Toutes les habitudes ont à l’origine une signification symbolique ou une raison pratique. Elles ont acquis un statut conventionnel. Par exemple les hommes laissent les femmes passer devant eux, ils offrent leur bras gauche, sauf s’ils sont militaires (à cause du sabre), le maître de maison verse quelques gouttes de vin dans son verre avant de servir ses invités. Ces habitudes s’expliquent mais il n’en est pas toujours ainsi.

Les Coutumes. Elles se rapportent aux activités ou aux cérémonies. Elles composent des sortes de rituels domestiques, professionnels, religieux, festifs. On les classe dans la discipline nommée folklore. Celui ci a entrepris de nombreuses enquêtes pour recueillir les rites attachés aux diverses circonstances de la vie sociale. Fort heureusement, on a rassemblé avec le plus grand nombre de détails possibles les pratiques effectuées lors des mariages, des naissances, des enterrements, des fêtes… Ainsi possède-t-on déjà une riche documentation qui éclaire le comportement social.

Les Dictons, Maximes, Proverbes. Les uns ont une portée morale, d’autres ont valeur de conseil ou simplement d’indication, d’autres encore se rapportent aux prévisions météorologiques (ce mot seul est indicatif). L’étude de ces formules lapidaires est fort instructive quant à la mentalité, le comportement et les règles de vie d’autrefois.
De nombreuses études ont été entreprises mais la chronologie mériterait d’être approfondie.

Les Contes, fables, légendes, anecdotes se rapportant à des personnages ou des évènements historiques. Ce domaine a été largement exploré par les historiens. Les travaux récents exploitent cette source de documentation non seulement pour mieux connaître les biographies et les faits, mais aussi pour pénétrer dans le domaine des us et coutumes et des courants sociologiques.

Les Contes, légendes et dictons se rapportant à un site ou un objet déterminé. Ce domaine est celui qui nous intéresse particulièrement car il est à peu près inexploré. Des auteurs, depuis peu de temps du reste, signalent à propos d’un site les traditions qui s’y rapportent. Mais à notre connaissance, il n’existe pas d’études systématiques et comparatives d’envergure.
Pour étudier cette documentation, il convient avant tout d’en recueillir les éléments aussi fidèlement et complètement que possible. D’autre part on ne doit pas négliger qu’ils ont avec les autres sortes de traditions des liens plus ou moins étroits qu’il convient d’établir et d’analyser. Enfin, les traditions sont une matière vivante. Contrairement aux vestiges archéologiques témoignant avec précision de l’époque à laquelle ils appartiennent, les données traditionnelles sont en perpétuelle évolution. Il importe de déterminer les phases de leurs mutations et leurs formes successives. C’est ce que André Varagnac appelle la stratigraphie des âges.

Comme on le voit ce domaine comporte une multitude de composantes d’une très grande richesse. Mais leur étude suppose une rigueur dans la recherche et une méthode adaptée. Nous appliquons la méthode suivante:

Analyse des Composantes.

Il convient tout d’abord de déterminer le noyau central de la tradition qui présente une permanence. Ce noyau se rapporte à des réalités psychologiques de la nature humaine: les archépsychés. Leur essence n’apparaît pas au premier abord, c’est donc plutôt leur permanence qu’on recherchera.
Puis, on examinera les composantes au moyen des apports en tenant compte du cadre culturel et des habitudes de l’époque considérée, des contingences économiques, politiques, sociales. Des comparaisons avec les modifications constatées pour la même période sur des tradition, écrites ou orales, sur l’art, les moeurs, faciliteront cette étude.

Confrontation des traditions entre elles et avec les autres agents.

Des confrontations destinées à vérifier des hypothèses et même des rapprochements systématiques sont à faire. Ces confrontations sont indispensables non seulement pour permettre la compréhension des traditions mais aussi pour que l’interprétation que l’on propose soit crédible.

Interprétation.

Nous avons vu que les objets archéologiques pouvaient être datés parfois avec précision. Il en est de même des faits historiques qui, après critiques, ont de grandes chances de se présenter comme authentiques. Mais en raison même de leur caractère instable, les traditions ne sont susceptibles de refléter que des courants d’idées, des tendances, des orientations de croyances ou de pratiques.

La première démarche du chercheur consiste à se départir autant que possible de ses propres cadres de références. Il est évident qu’une telle attitude n’est pas pleinement réalisable. Il importe à tout le moins d’y tendre.

Puis on recherchera les cadres de la population considérée en s’efforçant de découvrir sa culture, celle ci étant composée du fonds antérieur, des acquisitions, du genre de vie, des pressions et réactions.

Contrôle.

Sachant que l’interprétation est nécessairement marquée par la personnalité de celui qui la présente et de l’incertitude des documents, un contrôle s’impose. Il portera sur la remise en question des conclusions, si attrayantes soient-elles et sur la comparaison entre diverses propositions. Ainsi obtiendra-t-on confirmation des hypothèses qui ne seront retenues que lorsqu’une convergence aura pu s’établir par rapprochement, comparaison, similitude et opposition.

Une telle méthode est longue à appliquer. Elle s’impose pourtant à celui qui veut étudier consciencieusement les traditions ».

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mégalithes dans la Vienne

avril 22, 2008 at 9:01 (archéologie)

(sources : “Inventaire des Mégalithes de France. La Vienne”. Pautreau/Mataro I Pladelasala. Association des Publications Chauvinoises)

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construction d’un tumulus

avril 2, 2008 at 5:12 (archéologie, civilisation)

En réponse à de nombreuses questions, on ne peut guère que formuler des hypothèses… “Comment étaient construits les tumulus” est une de ces questions sur lesquelles on ne peut faire que butter car les faits sont là : on connait de mieux en mieux le mégalithisme mais l’archéologie n’a pu, encore, apporté de réponses certaines quant aux techniques qu’ont utilisées les hommes de cette époque pour construire de telles structures.
Pour les peuples européens, le culte des morts tient une grande place dans la vie quotidienne et religieuse puisqu’ils considèrent que ces derniers sont encore présents parmi les vivants et qu’ils sont les dépositaires d’une force bien supérieure à la leur. Ce culte est essentiellement déterminé par la croyance selon laquelle toutes les formes d’existence, des hommes, des animaux et même des produits de la terre sont, d’une manière ou d’une autre, influencées par les ancêtres défunts. Si les chrétiens plus tard, prieront POUR les morts, nos ancêtres païens priaient DIRECTEMENT les morts, ce que leur reprochera avec force saint Augustin.
Lors des enterrements, en général collectifs, on offrait habituellement aux défunts des biens d’usage courant que l’on disposait dans les tombes avec les cadavres. Puis, au cours du rituel funéraire, on brûlait d’autres biens qui allaient suivre l’âme du défunt dans le royaume des morts.
Si ce culte des défunts et des ancêtres prend de l’importance au mésolithique, car il faut entrer en contact avec eux pour s’assurer leur protection (et ce sont les sorciers prêtres de ces tribus, les Chamans, qui servent d’intermédiaires entre les hommes et les âmes des ancêtres), il acquiert une importance fondamentale au néolithique avec l’affirmation de l’agriculture et de la sédentarisation. En effet l’observation du mystère du cycle mort et renaissance de la végétation influence les croyances sur la vie post mortem et les croyances en une vie après la mort et l’idée selon laquelle les défunts ont un moyen d’exercer une influence sur le monde des vivants se renforcent.
Le développement et la diffusion de l’agriculture au néolithique a fait glisser un rapport qui reliait l’homme à l’animal (qui prédominait au temps des chasseurs du paléolithique) à un rapport reliant l’homme à la végétation. C’est de cette époque que datent les fêtes saisonnières liées au cycle de la végétation et les mythes qui intègrent la mort, puis la renaissance d’une divinité. La liaison entre la fécondité féminine et la fertilité de la terre devient alors un élément fondamental et l’association qui apparait primordiale est celle de la Mère et de la Terre. Il faut souligner le fait que l’essentiel des mythes du néolithique dérive de l’agriculture. Les cultes de la fertilité, de la femme comme de la terre, les mystères de la naissance, de la mort et de la renaissance qui s’illustrent grâce aux rythmes des saisons et de la végétation sont des valeurs qui s’articulent progressivement.
L’hommage à la Grande Déesse et sa célébration privilégiait la vie féconde et toujours renaissante par le biais du culte des morts que l’on réintégrait dans les matrices telluriques qu’étaient les sépultures mégalithiques. Car les menhirs et les ensembles mégalithiques sont des centres cérémoniels en laison avec le culte des morts en même temps que/ou des observatoires astronomiques. Les dolmens, eux, et les tumulus qui sont des reconstitutions des grottes initiatiques magdaléniennes, sont des sépultures funéraires et les constructions mégalithiques des sites religieux et funéraires.
La Terre mère est la Grande mère, la Déesse mère, qui personnifie l’énergie féminine et terrestre distribuant la vie en abondance, qu’elle soit humaine ou végétale, et à son culte s’associe celui rendu aussi à l’eau, à la lune, à la femme et à la fécondité.
La religion des Mégalithiens serait donc une religion cosmique centrée sur la rénovation périodique du monde, et à côté de ce symbolisme féminin apparait aussi un élément masculin très souvent assimilé au taureau qui permettra progressivement au culte du Ciel protecteur d’être associé à celui de la Terre mère.

Pour en revenir à la construction des tumulus, l’archéologie expérimentale s’occupe à tester des théories relatives aux méthodes d’extraction, de traction et d’érection des plus gros blocs de pierre constitutifs des monuments. Ainsi les reconstitutions qui vont suivre, illustrent trois étapes d’une construction d’un même dolmen et de son tumulus à partir d’une des hypothèses actuelles.
Elles ont pu être réalisées grâce au concours scientifique de Jean Pierre Mohen, Roger Joussaume, Luc Laporte et Bertrand Poissonier et sont présentées dans l’enceinte du parcours de découverte du musée des Tumulus de Bougon (Deux Sèvres).

bougon-1-2008-070.jpg La construction du monument commence par la mise en place de la chambre funéraire: les piliers du dolmen sont en cours de positionnement. Une petite fosse de quelques dizaines de centimètres reçoit un pilier dont la base sera stabilisée par un blocage de pierres. Des expérimentations ont permis d’observer qu’il était possible d’ériger des dalles à l’aide de cordages, de trépieds en bois et parfois d’échafaudages et de leviers.
Un premier cercle de pierres vient épouser les piliers érigés pour les maintenir alors que les autres blocs viennent combler les vides laissés. Enfin le tumulus qui englobe tout le dolmen est déjà en partie délimité par son parement externe.

bougon-2-2008-073.jpg Le dolmen est pratiquement terminé. Il est entièrement entouré de sa “chemise” de pierres épousant les piliers. Le parement externe du tumulus est en partie construit. Un système de cloisons forme une résille de cellules remplies de terre et de pierres ce qui permet de maintenir la masse du monument. Il ne reste qu’à poser la dalle de couverture.
Ici, l’intérieur du dolmen a été complètement rempli de pierres sur lesquelles sont posés des piliers de bois. Une fois la dalle en place, le dolmen est vidé depuis son couloir. Mais d’autres systèmes sont envisageables, notamment des rampes de terre s’appuyant (ou non) sur le tumulus.

bougon-3-2008-078.jpg Le monument est proposé dans son état final. Le tumulus englobe totalement le dolmen. Mais nous n’avons peut être aujourd’hui qu’une connaissance partielle de ces monuments. Ainsi la présence de poteaux de bois, autour ou sur la structure et même des traces de peinture sont parfois attestées. Les plus gros blocs ont été transportés sur de longuies distances mais les pierres utilisées pour construire les parements proviennent de carrières situées au pied des monuments, ce qui accentuait vraisemblablement l’aspect monumental de la construction. En effet, si ces monuments sont des tombes, ils ont aussi été édifiés pour être visibles de loin.

bougon-4-mars-2008-083.jpg Aujourd’hui, cinq à six mille ans plus tard, voici ce qui pourrait rester du monument.
L’érosion, l’affaissement naturel lié au poids de la construction mais surtout et le plus souvent les interventions de l’homme au cours du temps, font qu’il ne reste que la structure interne du monument, c’est à dire le dolmen.
Les piliers et la dalle de couverture sont en effet plus difficiles à déplacer et à récupérer…

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“viens moi en aide, art magique …”

janvier 12, 2008 at 7:37 (archéologie, coutumes, médecine, vie quotidienne)

On a vu (c.f. “la tablette de plomb de Rom”) que les tabellae defixionum gallo romaines gravées d’inscriptions et de formules magiques d’exécration ou d’envoutement étaient déposées dans des puits, ou bien dans des tombes, des sources ou encore des fosses, qui sont des voies d’accès traditionnelles à l’Autre Monde , par lesquelles on peut communiquer avec les divinités chthoniennes pour notamment leur demander des faveurs.Un autre exemple nous est fourni par la tablette d’argent découverte dans une sépulture à Poitiers, en 1858. Conservée actuellement au musée de saint Germain en Laye, elle date du IVème ou Vème siècle et elle est rédigée en un latin tardif mêlé de mots grecs même si on a cru longtemps qu’il s’agissait d’une langue celtique.
Ce “mélange” donne un curieux résultat: “Bis gontaurion analabis, bis gontaurion ce analabis, Gontaurios catalages vim,s(cilicet) anima(m), vim s(cilicet) paternam. Asta, magi ars, secuta te, lustina, quem peperit Sarra
C’est sans doute cette imprécision (le travail de reconstitution est ardu) qui a fait que plusieurs traductions se sont opposées. On cite généralement celle de R. Le Moniès de Sagazan : “tu iras deux fois cueillir de la centaurée et tu en recueilleras chaque fois le suc. Pour celà fais un extrait aqueux que tu concentres au four jusqu’à obtention d’une masse pilulaire que tu divises en trois pilules. Que cette préparation bénéfique, à elle seule, te protège, toi, Justine, fille de Sara
Aussi invraisemblable qu’il paraisse, c’est le même texte que d’Arbois de Jubainville traduit par “deux fois tu prendras de la centaurée, et deux fois tu prendras de la centaurée. Que la centaurée te donne la force (c’est à dire la vie), la force (c’est à dire la force) paternelle. Viens moi en aide, art magique, en suivant Justine qu’a enfantée Sara”.(on remarquera que puisqu’il est question de prendre de la centaurée deux fois, on le dit deux fois ce qui est une pratique magique typique)
Il est fort probable qu’il s’agisse là d’un charme pour guérir une impuissance sexuelle puisqu’ on n’hésite pas à traduire la “force paternelle” par membre viril dans la mesure où Asta, astae, voir hasta, ae, f. signifie: - 1 - bois de lance, hampe de javelot. - 2 - lance, pique, javeline, javelot, trait, dard. - 3 - encan, vente publique (annoncée par une pique enfoncée en terre). - 4 - thyrse. - 5 - sceptre. - 6 - baguette. - 7 - sorte de comète. Et dans son “dictionnaire érotique”, en 1978, Pierre Guiraud cite pratiquement les mêmes mots parmi ses 550 synonymes populaires ou argotiques du sexe masculin : arc, baguette, baïonnette, bâton, branche, cognée, dard, épée, lance, sceptre …

petite-centauree.jpg Il semble donc s’agir d’une formule de magie médicale, utilisant à la fois les propriétés pharmacologiques de la centaurée (ce tonique des voies digestives parait employé ici plutôt comme tonique de l’activité génitale) et la puissance de l’incantation. On signalera au passage que si on connait le nom gaulois de la Petite Centaurée, Exacon, c’est grace à Pline qui indique : “elle croît au bord des sources… C’est par son suc qu’elle est efficace … en Italie, on nomme cette centaurée fiel de terre à cause de son extrême amertume, en Gaule Exacum parce que prise en boisson elle évacue toutes les substances nocives et ensemble les grosses humeurs“.

Même si on peut raisonnablement affirmer, au vu de l’usage de l’Empire romain comme de celui de la Gaule indépendante que des femmes médecins exerçaient en Gaule soit comme prêtresses traditionnelles, soit comme thérapeutes selon l’art grec, on a de fortes raisons de croire pourtant qu’au IVe siècle de notre ère c’était une occupation plutot masculine et qu’avant la romanisation, c’était le Druide qui était médecin. On sait aussi qu’à l’époque indépendante, la médecine druidique était triple : la médecine incantatoire, ou magique (correspondant à la 1ère fonction, sacerdotale), la médecine sanglante (2ème fonction, guerrrière) et végétale (3ème fonction, productrice). Ce qu’on ne sait pas, en revanche, c’est s’il y a une médecine gallo romaine prolongeant une médecine celtique continentale, pratiquée parallèlement à la médecine grecque adoptée, pour l’essentiel, par la Gaule romaine. Certains auteurs, comme Christian Guyonvarc’h, sont dubitatifs. Pourtant , cet exemple qui nous occupe semble donc ressortir d’un mélange de médecine incantatoire et de médecine végétale et pourrait correspondre à une évolution d’une médecine druidique “réfugiée dans les bois” (et donc quelque peu altérée) par crainte de la répression romaine à moins qu’elle ne soit le fait d’un de ces sorciers de campagne habiles à des pratiques dont certaines remontent aux âges préhistoriques et qui ont de tous temps concurrencé les praticiens officiels.
On ne sait pas trop qui est celui qui fait cette demande et qui est l’occupant(e) de la tombe. Est-ce Justine et celui (celle) qui a écrit le message lui demande de la transmettre aux dieux, c’est ce qui semble la thèse “officielle” et c’est effectivement ce qui parait le plus vraisemblable…la demande suivrait alors la morte dans son périple vers l’Autre Monde… on ne voit pas trop, si l’auteur de ces lignes était Justine, pourquoi elle se citerait ainsi .. mais on ne sait pas qui est Justine, si elle est l’occupante de la tombe, pourquoi la choisir, elle précisément ? est-ce une sorcière et lui fait-on alors plus confiance qu’à n’importe qui pour transmettre la demande ? ou est-ce une tombe prise au hasard, l’essentiel étant d’avoir une porte ouverte vers le monde chthonien ? et dans ce cas on confie le message à la sépulture, donc au sein de la terre, plus près des divinités chthoniennes mais en même temps c’est comme quand on enterre un grain pour qu’il repousse … Le rituel viserait à conjurer l’impuissance, donc la mort, à éloigner la mort en allant lui rendre visite, en s’adressant directement à elle. Pour que d’elle naisse la vie… attendre de la mort qu’elle redonne la vie au sexe, donc à l’homme défaillant et on retombe sur le vieux principe suivant lequel il n’y a pas de vie sans mort et pas de mort sans vie … On précisera aussi qu’on ne sait pas non plus si l’auteur, donc, est celui qui souffre d’impuissance, ou si la demande est faite pour lui par quelqu’un d’autre, praticien (médecin ou sorcier) ou sa (son) partenaire qui souhaite que le “patient” retrouve son ardeur…

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la tablette de plomb de Rom (79)

novembre 11, 2007 at 10:18 (archéologie, coutumes, vie quotidienne)

Les tabellae defixionum se présentent sous la forme de lamelles de plomb rectangulaires, petites plaques ou petites barres qui peuvent être roulées et que traverse un grand clou. Elles sont gravées d’inscriptions et de formules magiques le plus souvent d’exécration ou d’envoutement et leur nom vient du verbe “defigere”, fixer, ficher en bas, transpercer. Elles participent d’une opération magique par laquelle on plante un clou pour torturer quelqu’un ou son substitut: cette plaquette même. Cette magie est largement répandue, surtout tout autour du bassin méditerranéen. En Grèce, c’est la “katadesmos”(= ligature). Mais elle est aussi présente dans la Gaule romaine…

Les tabellae sont déposées dans des puits, ou bien dans des tombes (le Plomb du Larzac fut découvert dans une sépulture rutène), des sources (comme la Tablette arverne de Chamalières) ou encore des fosses, qui sont des voies d’accès traditionnelles à l’Autre Monde , par lesquelles on peut communiquer avec les divinités chthoniennes.

La tablette d’exécration de Rom (dans les Deux-Sèvres, à 35 kms au SO de Poitiers) a été découverte en 1887 dans le puits d’une villa gallo-romaine alors que Rom s’appelait Rauranum et s’élevait sur 40 ha, sur l’importante voie romaine reliant Saintes (Mediolanum Santonum) à Poitiers (Lemonum). Rauranum est citée dans l’”Itinéraire d’Antonin” et la “Carte de Peutinger”. La Tablette se trouvait à une profondeur de 17 mètres, avec d’autres tablettes de plomb roulées et traversées par un clou (une dizaine au total), mesure 9 cm de haut pour 7 cm de large et remonte au IIIe ou IVe siècle, rédigée dans une écriture cursive tardive faite peut être de latin vulgaire associé à des mots celtes.

Dans l’utilisation du plomb, Christian-J. Guyonvarc’h (”Magie, médecine et divination chez les Celtes”) voit un peu rapidement à notre avis, l’origine non celtique de l’inscription et affirme qu’ “une defixio celtique devrait être gravée sur du bois d’if”. C’est passer un peu vite sur le fait que la tablette fut gravée au IIIe-IVe siècle, où les pratiques magiques de l’exécration étaient interdites, et que la classe sacerdotale druidique devait déjà pratiquement être en voie de disparition. On se trouve alors très certainement en présence non pas d’un acte magique réalisé par un dignitaire du clergé druidique dans des conditions et circonstances idéales mais d’un acte probablement individuel, de sorcellerie populaire, réalisé dans l’urgence avec “les moyens du bord”, en conservant ce qui avait pu l’être des pratiques druidiques mais, pour le reste en s’adaptant aux circonstances et aux pratiques d’ alors …

maldicion3.jpg une tablette d’exécration

La magie des tabellae defixionum est liée à l’importance qu’on donne au Verbe et au Nom et on sait que les romains liaient le nomen (de “nom”) et le numen (puissance magique). En clair, il est important de nommer pour pouvoir atteindre. Il est probable que comme dans tout le monde antique, les gaulois de l’époque indépendante comme les gallo-romains plus tard attachaient une importance extrême au nom, qu’ils lui attribuaient une puissance profonde et pensaient qu’en possédant le nom d’une personne ou d’une divinité, ils pouvaient profiter de son pouvoir (c.f. le nom “Teutates” générique des dieux particuliers de chaque tribu) et, dans le cas d’un être humain, avoir une influence sur sa vie, et donc sur sa mort : En Egypte, un des rites magiques les plus puissants associé au Nom était pratiqué dès l’Ancien Empire. Il consistait à écrire les noms des ennemis de Pharaon sur des vases - ou sur des statuettes - qui étaient ensuite brisés (et donc”tués”) puis enterrés.

La Tablette de Plomb de Rom ne fait pas exception à la règle. Le texte, qui est écrit sur ses deux faces semble être le fait d’un mime, d’un acteur d’une troupe, ambulante ou locale (on ne sait pas non plus s’il l’a rédigé lui même ou fait appel à un “sorcier”). On a donc, dans le milieu des mimes de théâtre gallo-romains, la mise en œuvre d’une magie, pour satisfaire la jalousie du demandeur, animé de motifs prosaïquement professionnels et dont les souhaits sont divers: lier, humilier, faire souffrir physiquement, empêcher d’accomplir le sacrifice d’ordre religieux. Dans ce but il voue aux “démons” Apecius, Aquannos et Nana une bonne dizaine de ses collègues et tout particulièrement son rival Sosio… Mais la lecture du texte divise toujours les spécialistes, et nous présentons ici la traduction de Christian Guyonvarc’h à partir d’une lecture de Rudolph Egger:

Apecius, tu dois lier Trinemetos et Caticnos / tu dois faire mettre nus Seneciolus, Asedis, Tritios, Neocarinos, Dido / Sosio doit souffrir du délire et des frissons de fièvre / Sosio doit souffrir quotidiennement / Sosio ne doit pas pouvoir parler / Sosio ne doit pas triompher de Maturus et Eridunna / Sosio ne doit pas pouvoir sacrifier /Aquannos doit te torturer / Nana doit te martyriser / Sosio ne doit pas pouvoir briller au dessus du mime Eumolpus / il ne doit pas pouvoir représenter, dans la force de l’ivresse, la femme sur le poulain / il ne doit pas pouvoir sacrifier / Sosio ne doit pas pouvoir arracher pour son compte la victoire au mime Fotius“.

Il ne semble pas qu’Apecius, Aquannos et Nana soient des divinités mais plutôt des “génies” mineurs et plutôt maléfiques (ce qui tendrait encore à ce qu’on privilégie la mise en œuvre d’une sorcellerie populaire plutôt individuelle et non pas la mise en œuvre d’une haute magie par un membre du clergé druidique). Aquannos pourrait bien être l’esprit des eaux du puits et Nana, une de ces créatures naines qu’on rencontre souvent dans le folklore populaire. En ce qui concerne Apecius, le seul à porter un nom celtique, on ne sait rien …

Rom a un petit musée archéologique qu’on peut visiter. Des activités y sont proposées selon la saison et suivant l’état des fouilles en cours sur les divers sites qu’on y a découverts, auxquelles participent des groupes de reconstitution aussi sérieux et de qualité que les Gaulois d’Esse ou Aremorica. On ne peut malheureusement pas y voir les Tablettes puisqu’elles ont été rachetées par la Musée de Saint Germain en Laye, mais les divers objets et panneaux d’exposition sont particulièrement intéressants, comme l’accueil y est particulièrement agréable … comme on a pu le constater un dimanche après midi, froid et nuageux, 11 novembre qui plus est …

http://www.musee-rauranum.com/musee_rom/index.htm

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une “dame de Vix” pictonne ?

septembre 15, 2007 at 10:23 (archéologie)

Saint Georges les Baillargeaux occupe une place stratégique dans la région puisque située en plein “Seuil du Poitou”. Elle a ainsi été le lieu de passage de toutes les migrations et les premières traces d’occupation des sols remontent au Paléolithique. A coté de ces découvertes d’outils datant du moustérien, la continuité d’occupation des lieux est confirmée au Néolithique, attestée par la présence de deux dolmens: celui de la Roche aux Oies et la Pierre Levée d’Aillé. On y trouva des perles de verre bleu avec des incrustations jaunâtres et des sarcophages gallo-romains furent exhumés non loin de là ainsi que les restes d’une dame romaine. On a découvert aussi sur le site de Varennes un important ensemble néolithique mais on aura l’occasion d’y revenir lors d’un prochain article.
Ce qui nous occupe aujourd’hui c’est la découverte fortuite, en 1937 d’une sépulture féminine probablement princière au lieu dit “les Millas”, datant du Premier Age de Fer (- 800 - 600…..).
Elle est en effet tout à fait remarquable par la qualité et le type de parures qu’on y trouva. Le squelette dont la tête était protégée par trois moellons reposait dans une fosse qui contenait par ailleurs un riche mobilier métallique, symptomatique des pratiques funéraires à la fin du premier Age de Fer:
millat.jpgUn pectoral à pendeloques “composé d’une chaîne de 43 anneaux de fer et de bronze et de neuf chaînes plus petites accrochées à celle ci et terminées par des têtes de crotales stylisées. Une autre chaîne formée de 105 petits anneaux de bronze fermée par un grand anneau d’où part une autre chaîne à laquelle est suspendu un grelot-cage. Au centre du collier est attaché un peigne”. Il est important de souligner que le grelot et les têtes de crotales de ces deux bijoux présentent des ressemblances avec des objets provenant de tumulus de la forêt de Moidans en Franche Comté …
Il y avait aussi une “plaque de ceinture rectangulaire à languette retournée en crochet portant un décor géométrique disposé en quatre registres de lignes et dents à plusieurs traits parallèles incisés”, dont le type est répandu en de nombreux endroits, notamment dans la péninsule ibérique et dans le Roussillon.
“Un torque et quatre anneaux ainsi que deux petites sphères (têtes d’épingle) et des applique de vêtement faisaient partie du mobilier” mais “l’élément le plus remarquable de cette sépulture est le brassard brassard.jpgcomposé de 26 armilles en chevrons s’emboitant parfaitement les unes dans les autres et assemblées par un lien”.

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la grotte des Perrats (16) : le casque d’Agris

mai 15, 2007 at 10:15 (archéologie, coutumes, histoire)

casque-dagris.png Chez les celtes, seuls les chefs, qui disposaient d’un char, portaient, semble-t-il, le casque, signe distinctif par excellence. Celui qui fut trouvé dans la grotte des Perrats, datant du IVeme siècle avant JC, et qu’on appelle communément le casque d’Agris, ne fut pourtant probablement réalisé que dans un but cultuel (même si c’est sans doute un casque similaire que portait Brennus lors du sac de Rome), par des artisans formés à l’école nord-alpine caractérisée par la technologie de la coque de fer au couvre nuque riveté et le placage de feuilles d’or sur le bronze avec ornementation végétale avec palmettes et lotus et motifs géométriques indéfiniment répétés.

L’absence de tout reste humain dans les parages de la découverte excluant l’hypothèse du dépot funéraire, les spécialistes s’accordent pour privilégier alors celle de l’offrande faite aux divinités du monde souterrain, aux entités chtoniennes. Les populations celtiques et pré celtiques considéraient en effet la grotte comme accès vers l’Autre Monde. C’est aussi l’archétype de la matrice maternelle, lieu de naissance et de régénération par l’initiation.

La Grotte des Perrats ne serait pas le seul sanctuaire chtonien, on en connait d’autres dans le monde celtique, en Belgique, en Bourgogne et en Dordogne notamment et le riche décor, mais surtout le serpent cornu de la paragnathide (protège joue), dont c’est la figuration la plus ancienne connue, confirme donc qu’il s’agit bien d’une pièce à finalité non utilitaire mais cultuelle: le casque serait alors un dépot -peut être dépôt de fondation- d’un petit lieu de culte rupestre. Le serpent à tête de bélier, symbole hybride de la fécondité du sol et de la force primale apparait comme on l’a vu, sur le chaudron de Gundestrup, tenu par Cernunnos, comme un attribut mais parfois aussi comme une divinité indépendante. Jean Paul Persigout, dans son “dictionnaire de mythologie celte”, cite même un nom: Segomonos, un dieu chtonien, tellurique. Celui qui décore le casque dégage d’ailleurs une impression de puissance plus accentuée par sa ressemblance avec un dragon ou un animal carnassier. On pense ici à la Vouivre, émanation de la Terre, ou au dragon qui incarne la force primordiale, tellurique, la puissance qu’on doit conquérir et maitriser, ainsi que “notre propre énergie naturelle initiale”. Dans les mythes européens, “c’est souvent le dragon, comme la sorcière, qui possède les armes qui tuent et les secrets qui guérissent” (cf Siegfried et le dragon gardien de trésor, Fafnir, ainsi que Heracles et l’Hydre de Lerne); en astrologie comme en géomancie, on retrouve la tête et la queue du dragon (noeuds lunaires ascendant et descendant) qui illustrent la base de notre existence consciente et les influences passées qui doivent être harmonisées et dépassées pour nous accomplir.

Par ailleurs, le fait que les garnitures extérieures du casque aient été démontées et fracturées, ainsi que le choc que son timbre a reçu, provoquant un fort enfoncement, apparaissent comme “un des prémices de cette pratique de destruction des armes abondamment illustrée dans les sanctuaires plus tardifs (IIIe au Ier siècle av.JC) à dépôts d’armes sacrifiées connus de l’Atlantique à l’Allemagne du sud”.

Selon José Gomez de Soto, “La fabrication du casque a mis en oeuvre des matériaux variés qui composent plusieurs centaines de pièces : fer (coque du timbre et supports des autres éléments), bronze coulé ou en feuille travaillée au repoussé (en placage sur le fer), or (en placage sur le bronze, fils, têtes de rivets), argent (rivets), corail (cabochons emplissant les alvéoles du décor et en applique sur la paragnathide), bois, cuir, et même une sorte de colle (glue?) pour fixer les pièces de corail avant rivetage !”

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la grotte des Perrats (16): cannibalisme rituel ?

mai 15, 2007 at 9:53 (archéologie, coutumes, histoire)

A quelque distance d’Angoulême (16), sur la commune d’Agris, en 1992 puis en 1994, on découvrit dans la grotte des Perrats des fragments d’os humains portant des marques d’incisions faites au silex, appartenant à au moins trois adultes et à deux enfants de deux et quatre ans, concentrés sur une surface n’excédant pas les 5 mètres sur 5 sous le “porche” de la grotte et remontant à sept mille ans. Un crâne notamment qui portait les traces d’une grande incision allant du nez à l’occipital, montre que la tête a été scalpée puis coupée en deux probablement pour permettre l’extraction du cerveau. La plupart des ossements, par ailleurs, portent des encoches intentionnelles, des traces de percussion avec des outils en silex et certains présentent des traces de brûlures faites sur des os encore “frais”.

Pour M. Gomez de Soto, archéologue, qui constate que les os ont été broyés comme ceux du gibier, pour en extraire la moelle, « Ce traitement semble être le même que celui appliqué par ces hommes du néolithique moyen à la viande animale. Tout ceci fait donc fortement penser à du cannibalisme ».

Il y a plusieurs sortes de cannibalisme, à savoir le “cannibalisme de carence” induit par le risque de mourir de faim qui ne semble pas pouvoir s’appliquer à cette présente découverte puisque des ossements de cerfs et de grands bovidés ont été trouvés au même niveau archéologique, le “cannibalisme rituel” et magique quand on mange le coeur, le foie ou le cerveau de son ennemi valeureux ou de son ascendant pour s’approprier ses qualités, et le cannibalisme lié à des rites funéraires. On fait aussi la différence entre l’ exocannibalisme qui implique le sacrifice de l’étranger, de l’homme extérieur au clan, à l’ethnie. Il est associé à la guerre et à la capture de prisonniers destinés à la manducation rituelle des vainqueurs selon des règles très précises ( loin d’être une expression sauvage de la ” nature ” en l’homme, il s’agit d’une manifestation culturelle dont chaque détail est soigneusement réglé), et l’endocannibalisme, rite funéraire propre à certaines sociétés qui font du corps de leurs membres la sépulture de ceux qui meurent. Leur chair est rituellement consommée et partagée selon des règles sociales précises.

” S’il ne s’agit pas de cannibalisme, ce pourrait être le témoignage d’un rite proche de celui pratiqué par certaines populations actuelles du Népal qui consiste à dépecer le mort, à hacher la chair, à broyer les os et à abandonner cette « bouillie » aux oiseaux de proie”. Si l’on sait que le guerrier mort pouvait être abandonné à pourrir à l’air libre, offert aux vents, à l’air et aux charognards, ce serait en revanche la première fois que cette coutume serait observée en Europe.

Par la suite, la présence des hommes dans les environs de la grotte se manifeste sans interruption: elle fit office de complément d’habitats de plein air plutôt que d’habitat proprement dit, elle fut également un complexe funéraire pendant une période assez longue, et fut aussi utilisée de manière plus profane, par exemple pour stocker des céréales à quelques reprises jusqu’au IVème siècle où l’homme y enfouit le célèbre Casque d’Agris.

 

 

 

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un Chaudron dans la Dive

avril 25, 2007 at 10:43 (archéologie, symboles)

icochaudron.jpg

En 1996, dans une parcelle du marais de la Dive (cf “la Dive, une rivière divine”), deux habitants d’Ouzilly-Vignolles (86) ont découvert un chaudron gaulois, unique dans le Centre Ouest et qui date d’au moins 6 à 8 siècles av. JC.

 

Le chaudron haut de 40 cm a un diamètre de 47 cm au col et de 56 cm au plus large. Il est composé de trois tôles de bronze (87 % de cuivre pour 12 % d’étain) martelées et assemblées par rivetage, ce qui permet de changer la partie inférieure. Les deux tôles de la partie supérieure sont plissées au col, où sont fixées deux anses en bronze coulé.

 

Des points de comparaison auraient permis d’établir des similitudes avec des découvertes faites hors de Gaule en Germanie, vers la Belgique et l’Allemagne.Et il est probable que le chaudron avait été offert , il y a de celà 26 siècles environ, à Divona, la déesse gauloise des eaux.

images.jpg

Dans la mythologie celtique et sa symbolique, le Chaudron est Chaudron de la Connaissance, de l’Abondance et de l’Immortalité. C ‘est dans ce Chaudron que Teutatès trempe les guerriers pour leur redonner vie (Gundestrup) (http://jfbradu.free.fr/celtes/les-celtes/cadre-mythologie.htm) mais c’est aussi dans ce Chaudron que Keridwen prépare sa potion dont trois gouttes qui débordent donneront la Connaissance des choses à Taliesin. Et c’est encore ce Chaudron qui permet au Dagda de nourrir des troupes entières sans jamais qu’il s’épuise. Le Chaudron du Dagda, apporté par le Druide Semias de l’Ile de Murias, est un des quatre objets sacrés apportés par les Tuatha de Danann en Irlande, avec la Pierre de Fal, la Lance de Lug et l’Epée de Nuada.

 

Pour d’autres traditions, le Chaudron est le ventre de la Mère, le plus féminin des “outils”. Il est le pendant féminin du maillet qui donne la vie par un bout et la mort par l’autre car lui aussi peut donner la vie comme la mort. C’est un récipient qui nourrit mais également qu’on nourrit soi même en y rajoutant des choses petit à petit : ce n’est pas forcément les mêmes ingrédients, mais c’est toujours la même soupe, de celui (celle) qui l’alimente et surveille le feu qui permet de mijoter, même si parfois elle peut attacher un peu au fond… Mais si on y fait des soupes ou des potions, on y fait aussi du feu, notamment pour y bruler les voeux qu’on peut faire à certains occasions (Samonios, Beltaine). Et c’est aussi une porte ouverte sur l’Autre Monde en même temps que sur le monde intérieur, celui qui nourrit l’âme et les visions dans la divination.

Mais c’est encore un objet qui allie le sacré et le profane, et qui est un symbole très fort, familial et clanique. Symbole communautaire autour duquel se réunissait le clan chaque soir :

“Le soir, autour du feu, dans les ombres qui dansent, alors que tout prêt, la rivière murmure dans sa courbe, nous vibrons à l’écoute des exploits, des amours de chacun. Et nos silences, et nos mots, et nos chants et nos rires montent dans le noir, se mêlent aux flammes qui s’élancent vers le ciel, se mêlent et s’accordent aux cris des bêtes magiques qui peuplent la nuit.”

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Nous avons une connivence particulière avec le Chaudron parce que ce blog est un peu un Chaudron dans lequel nous entassons pour y laisser mijoter des informations, des données géographiques, historiques, topologique, archéologiques et symboliques, des paysages et des sites sacrés, des forêts et des sources.. sans oublier ce que nous pouvons/pourrons collecter de coutumes et de légendes locales pour mieux comprendre et (re) découvrir les interactions qui ont pu se jouer entre le sol que nous foulons ici, dans ce pagus, et nos ancêtres qui l’ont foulé avant nous…

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