Un culte à Mithra à Chardonchamp (86)

août 14, 2008 at 9:47 (archéologie, divinités, histoire)

Les spécialistes semblent s’accorder sur un point: on a longtemps posé Mithra comme le rival de Jésus et les chances du mithriacisme étaient quasi équivalentes à celles du christianisme dans le grand match religieux qui les a opposés durant les premiers siècles de notre ère. On sait la propension du christianisme à « emprunter » les traits de ses rivaux qui étaient susceptibles de faire pencher la balance : récupération des anciens dieux païens à travers les attributs et fonctions des différents saints, mise en place du culte marial pour évincer la fidélité vouée à la Grande Déesse Mère, « christianisation » des mégalithes par adjonction de croix, érection des lieux saints ou lieux de culte sur des sites anciens sans parler des fêtes qui, toutes sans exception ont pris la place, parfois la symbolique et la finalité des anciennes fêtes païennes… C’est particulièrement vrai vis à vis du mithriacisme. Les deux sont des religions de salut à Mystères, la date de naissance du Christ, le 25 décembre, nuit la plus longue de l’année, est celle de Mithra. Comme Mithra, Jésus naît dans une grotte, d’une vierge, sorti de la pierre. Il semble que la croix fut un symbole mithriaque, de même que sont mithriaques la mitre et la crosse des évêques, le titre de pape, la tonsure des clercs. Il n’est pas jusqu’à la Cène qui soit clairement un emprunt aux Mithriastes qui consomment ensemble, le dimanche, jour du Soleil, le pain et le vin substituts de la chair et du sang du taureau sacrifié. 

Ethique

Mais qu’est donc le Mithriacisme ? Dans son « Parcours Païen », Christopher Gérard en dresse un exact aperçu:

« Mithra est un dieu indo-iranien,de la fidélité, de l’amitié et du contrat. Il symbolise l’harmonie personnelle, sociale et cosmique. La morale mithriaque est une morale solaire, une éthique de la lumière: amour de la vérité, fidélité à la parole donnée sont centraux. Il s’agit aussi d’une religion de l’énergie car Mithra vainc le taureau grâce à sa volonté inflexible et à la force de ses bras. Ce qui lui permet de restaurer l’ordre cosmique un instant menacé par les forces du chaos, du non-être et de la mort. Par la dexiôsis, l’étreinte des mains droites, Mithra scelle son alliance avec Sol. La main droite symbolise dans de nombreuses traditions, la puissance te la volonté. Il s’agit aussi ici d’un engagement, d’une parole donnée, à laquelle une fidélité sans faille est de mise. Le succès du Mithriacisme dans les milieux militaires surtout, mais également dans la haute administration et les milieux d’affaires peut s’expliquer par cette sacralisation du lien fraternel et indissoluble, garanti par un serment et gage de salut. La loyauté, la fides romaine, source de bonheur et de salut dans un monde difficile, ne pouvait que séduire l’esprit juridique et moral des cadres de l’Empire romain. Il y aurait d’ailleurs des recherches à faire quant aux liens entre éthique mithriaque et éthique féodale et/ou chevaleresque. Les points communs sont nombreux: exaltation de la notion de service, morale de l’action et de l’énergie, lutte contre le mal, nécessité de l’obéissance et d’une hiérarchie stricte, exaltation de l’honneur et de l’amitié, non point l’amour abstrait et universel des Chrétiens (et qui a pour corollaire obligé l’ingérence dans la vie de l’autre et la « correction fraternelle ») mais solidarité concrète à l’égard des membres de la phratrie ».

Un culte interdit

La région Poitou-Charentes est riche en sites en milieu souterrain: carrières, grottes et gouffres, habitats troglodytes et souterrains. Le souterrain qui nous occupe ici, situé au 14 de la rue du Temps Perdu à Chardon Champ (Migné Auxances) fut découvert en 1923, puis aussitôt refermé jusqu’en 1947. Comme de nombreux souterrains de même type, il est creusé très proche de la surface du sol et constitué principalement de couloirs avec aménagements divers qui appellent les questions. Sa fin de fréquentation ne doit pas remonter après le XIe siècle puisque les tessons de céramique qui ont été découverts dans l’escalier d’accès datent de l’an mil environ, ou peu après.

Depuis 35 ans, les archéologues n’ont pu avancer d’explication crédible à l’utilisation d’une telle cavité creusée de main d’homme. Il semble qu’il faille abandonner le classement dans les souterrains de refuge contre des agresseurs éventuels comme il en existe beaucoup, dans la mesure où les objets et autres obstacles rencontrés dans les couloirs, une fois la cachette découverte, ne pouvaient être que des inconvénients aussi bien pour l’assailli que pour l’assaillant.

Plus construite fut l’explication avancée en 2007 par deux frères dominicains, archéologues au Proche Orient, Jean Baptiste Humbert de l’école biblique de Jérusalem, qui dirige une mission archéologique à Gaza, et Manuel Maicas, qui s’intéresse aux civilisations et religions disparues: le souterrain aurait pu abriter un culte local à Mithra. Consultez avec intérêt le document fourni par les propriétaires.

A l’appui de cette thèse, une sculpture en haut relief présentant un taurobole au croisement de deux corridors même si l’endroit semble bien exigu pour avoir pu permettre le sacrifice d’un taureau. Cette représentation taurine est assez grossière et usée par les nombreux passages et le temps. Le torse et les pattes avant du bovin sont assez difficiles à saisir. Le mufle, érodé, présente du côté droit ce que l’on peut voir comme une corne et une longue oreille. S’il se peut que ce relief ne soit pas intentionnel et que la lecture en soit due au hasard, il n’en reste pas moins que la ferveur populaire a très bien pu y voir la face d’un taureau…

Comme toutes les religions païennes, le culte de Mithra a été officiellement interdit en 391 par Théodose au bénéfice d’un christianisme hégémonique dont les dévots martelèrent les figures de Mithra et ruinèrent les mithraea.

Mithra est une divinité indo-iranienne qui remonte au second millénaire av. JC. Son culte a été propagé dans l’empire romain, au 1er siècle, par des légionnaires de retour des frontières orientales de l’empire. La pratique de ce culte, toujours lié au rocher et à l’obscurité souterraine a laissé des vestiges un peu partout en Europe. Ce sont les mithraea plus ou moins construits sur le même modèle, même si celui de Chardon Champ, très exigu ( on accède notamment à la salle où se trouve l’autel en rampant sur deux mètres et les banquettes sont séparées par une paroi de roc) rassemble le maximum de caractéristiques en un minimum de place…

Une religion de la crypte

Il faut savoir que le Mithriacisme est une religion de la crypte et le temple de Mithra est appelé « la tanière ». Il s’agira donc d’une grotte naturelle ou reconstituée (symbole du cosmos) qui servira de lieu de réunion et de salle à manger aux initiés.

Traditionnellement, un mithraeum est une salle de culte, allongée, d’orientation variable, que l’on atteint en descendant quelques marches depuis un vestibule d’entrée.

Le vestibule : un vestiaire, un coin cuisine et une sacristie. C’est aussi là que les candidats à l’initiation étaient informés, interrogés, puis soumis à diverses épreuves destinées à s’assurer de leur résistance à la chaleur, au froid, à la douleur et à la solitude dans l’obscurité. S’il réussit, le candidat doit encore prêter serment et reçoit le premier grade au sein de la confrérie.

La salle de culte est exigue. Elle est semi-enterrée, parfois souterraine, dépourvue de fenêtres. Son plafond voûté évoque le Ciel avec ses étoiles peintes. Deux longues banquettes, inclinées vers le mur, sont prêtent à recevoir les initiés, qui s’y allongent pieds vers le mur et visage tourné vers le mur du fond. L’icône de Mithra occupe le centre de ce mur du fond, au dessus d’un podium. Au milieu du large couloir séparant les banquettes, se dressent des autels, des statues de dieux divers, des braséros où brûle l’encens. L’éclairage est fourni par des lampes à huile.

Les plus anciens et les plus complets sont connus à Rome mais on en trouve aussi dans des endroits aussi éloignés que le nord de l’Angleterre ou la Palestine et beaucoup d’entre eux furent convertis en cryptes sous des églises chrétiennes. En Poitou Charentes, les vestiges ne sont pas rares, le Mithraeum d’Aubeterre-sur-Dronne, près d’Angoulême, sous l’église monolithe de Saint Jean. A Poitiers, la découverte au XIXe siècle d’une partie d’un autel taurobolique indiquait l’existence au IIe siècle d’un culte de Mithra. La sculpture de Poitiers est d’une excellente facture digne d’une grande ville à la romaine, tandis que celle de Chardon Champ, à même la roche et d’une relative médiocre qualité pour ce qu’on peut en juger, témoignerait d’une manifestation populaire.

Survivance tardive

La fréquentation du souterrain remonte donc semble-t-il au IIIe et IVe siècles, époque à laquelle le Mithriacisme était très répandu et pas simplement au XIe. Il est intéressant de noter d’ailleurs qu’à la même époque, moins d’un siècle avant que la chape de plomb du christianisme ne s’abatte, on assistait aussi à une résurgence des traditions indigènes les plus anciennes : on peut citer à l’appui de cette thèse, le sanctuaire dédié à Mithra à Mackwiller dans le Bas Rhin qui fut en partie ruiné à la fin du IIIe siècle et au lieu d’être reconstruit fut remplacé alors par un « sanctuaire de source », construit sur un plan indigène, l’ancien dieu gaulois reprenant toute la place en un lieu qu’il n’avait probablement jamais abandonné.

Il serait instructif de chercher à quelle population ce souterrain a pu servir. Dans les proches environs, il y avait de vastes installations gallo-romaines et certains habitants de l’époque ont du être gagnés par des religions nouvelles. On peut tout aussi bien envisager qu’à défaut d’un culte en référence précise à Mithra, il y ait eu, dans les campagnes, des pratiques dérivées, dans des anfractuosités naturelles ou non (c.f. La balade païenne à Angles sur l’Anglin). Quoi qu’il en soit, nous sommes ici confrontés à la survivance tardive d’un culte issu de celui qui fut dédié à Mithra jusqu’à la fin du IVe siècle et dont la population locale de Chardon Champ aurait encore eu connaissance au Moyen Age et jusqu’au XIe siècle, démontrant s’il en était besoin la vitalité des traditions païennes.

Le souterrain peut être visité gratuitement sur simple demande auprès de ses propriétaires. Pour des raisons de sécurité, l’accès est limité à sept personnes. L’accueil est charmant et enthousiaste, les chats sont fournis en accompagnateurs bénévoles, et avec un peu de chance vous croiserez le résident permanent.

Contact: Lucette et Jean Galland, 14 rue du Temps-Perdu, Chardonchamp (Migné-Auxances), tél. 05 49 51 75 35 ou 06 20 15 77 75.

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Beltaine - Belotenedos

mai 3, 2008 at 1:38 (divinités, fêtes, symboles)

Beltaine

Beltaine ou Belotenedos (en celtique ancien). Les avis sont partagés sur l’étymologie des mots. Si l’on peut voir « Belo » comme « celui qui tue », et « tenedos » comme « feu et ténèbres », selon Xavier Delamarre, dans son « dictionnaire de la langue gauloise », Belenos comme Belisama seraient à rapprocher effectivement de la racine « belo » qui, là, correspondrait à « force, fort » et l’appellatif Belisama serait donc à comprendre comme « la très puissante » et Belenos comme « le Maître de Puissance ». jan de Vries, lui, rapproche l’élément « bel » de la racine indo-européenne « Guel », « briller », tandis que pour Le Roux et Guyonvarc’h, « Bel » est « la lumière » et « teine », « le feu ». Belisama serait donc « la très brillante ». Selon eux, la racine indo-européenne “bhel » insiste, en celtique, sur la notion religieuse de “lumière vive, éclat lumineux » alors que les autres branches i.e. se contentent de la simple notion de « pâleur, blancheur » (ce qui curieusement, pourrait nous rapprocher de la lune). Beletonedos, ou Beltaine serait donc littéralement « le feu de Bel », de Belenos qu’on peut prendre comme un visage de Lug (certains auteurs comme Raimonde Reznikov nous signalent qu’ils sont parfois interchangeables) sous son aspect de lumière sans être pour autant le soleil lui même mais l’Esprit Solaire dont le soleil est l’organisme visible.
Belotenedos nous apparaît donc comme une fête du Feu et des Druides, maîtres du Feu et des éléments atmosphériques, et les différents sens donnés au nom de la fête semblent aisément superposables et se renforcer les uns les autres.

Protection et fécondité

Le Feu abolit la nuit et donc la période sombre de l’année ce qui fait de beltaine une fête à caractère solaire. Du feu et par extension du soleil, on attend la chaleur et la luminescence nécessaires pour faire lever les grains ensevelis et assurer, par leur floraison, une vie nouvelle.
Le rayonnement solaire et l’énergie du Feu (qui est, bien entendu, le symbole terrestre de l’Energie) font naître la vigueur dans les reins des bêtes comme dans ceux des hommes. Car le feu présente aussi un aspect nettement sexuel, « par le caractère fécond propre à la régénération, par la chaleur qu’il dégage et que l’on associe à la passion et à la sensualité ou, encore, par le frottement de deux corps nécessaire à l’obtention de la première flamme » (Marion Dufour : « la magie de la femme celte »).
Par ailleurs on demandait à l’esprit du feu de protéger les cultures et les animaux, d’apporter la victoire aux guerriers, et de donner l’inspiration aux Druides.
Sans oublier que c’est aussi par un grand feu les empêchant de revenir en arrière que les Tuatha détruisirent leurs bateaux après avoir débarqué en Irlande un jour de Beltaine (ce qui souligne encore l’aspect « commencement » de la fête).
Etant la richesse principale des Celtes, l’usage était de faire passer le bétail entre deux grands feux purificateurs afin de préserver les animaux durant l’année avant, dès le lendemain, de les conduire dans les pâturages d’été. Sur la nature des deux feux , les interprétations varient : il pouvait s’agir du Feu de Belenos et du Feu de Belisama, ou bien du Feu du Soleil et du Feu de la Lune, mais le caractère purificateur reste indiscuté.
On recherchait aussi en général les bénédictions protégeant les maisons, les cultures et le bétail. Et c’était aussi un temps privilégié pour la cueillette de certaines plantes médicinales ou protectrices comme l’ortie.

L’opposé de Samonios

Pour satisfaire au principe selon lequel chacune des fêtes celtiques a son pendant symétrique, son opposé polaire, son vis à vis qui vient l’équilibrer six mois plus tard, Beltaine est le pendant lumineux de Samonios, le début de la saison claire et de l’été, alors que le second débutait la saison sombre et l’hiver. Le Roux et Guyonvarc’h, là encore, verraient « volontiers dans Bel(enos) un surnom de Lug vu dans son aspect de lumière, opposé symétriquement au Lug de Samain préparant, dans la chaleur et la lumière des festins, à l’hiver et à l’obscurité ».
Au niveau rituel, correspondant à la dichotomie de l’année partie claire/partie sombre, nos ancêtres précipitaient un arbre tête en bas dans un puits (avec feuilles et racines) avec des armes sacrifiées et des offrandes, avant de le combler, qui était probablement le reflet de l’Arbre de Mai planté (tête en bas) pour relier la Terre au Ciel (Axe du Monde).
Beltaine débute aussi la saison guerrière (chasse, guerre, conquête) comme Samonios correspondait à la fin de cette saison. Ces deux fêtes correspondent aux principaux faits de la mythologie irlandaise : la seconde bataille de Mag Tured, l’accouplement du Dagda et de la Morrigane, la mort de Cuchulainn pour Samonios, et pour Beltaine, l’arrivée de tous les habitants de l’Irlande et notamment des Tuatha De Danann.
Au niveau du calendrier agraire, Samonios est le temps où l’on rentre les troupeaux pour l’hiver, Beltaine où on les sort pour les mener aux pâturages. Le premier correspond au début du temps des veillées, le second au temps des corvées champêtres.
Il est donc évident que Beltaine est donc une fête du commencement et de changement du rythme de vie : « du rythme hivernal, on passe au rythme estival et l’on pare au mieux aux risques multiples du passage » (Le Roux- Guyonvarc’h).

Beltaine et le Taureau

Le signe astrologique du Taureau (l’Auroch des traditions protoceltiques ?) règne sur Beltaine. Outre qu’il représente la puissance des forces naturelles, le sensualisme, la volonté, le sens de la beauté et l’amour, épanouit et concrétise les promesses du signe précédent. C’est à dire qu’il correspond dans la nature, à la condensation de l’élan du Bélier, la matérialisation des forces créatrices qui se concrétisent dans l’abondance des formes. C’est la seconde tranche du printemps, de la végétation massive et de l’apparition des premiers fruits. En analogie avec le bovin, c’est un rythme qui est à la lenteur et à la stabilité par la lourdeur, l’épaisseur et la densité de la matière. Mais cette incarnation est particulièrement riche et s’assimile à la Terre nourricière, à la Mère Nature, féconde par excellence. C’est aussi la paix, la joie de vivre dans l’épanouissement des sens et l’on sait que le signe est gouverné par Vénus : sous son aspect « fertilité virile », on peut aussi honorer Kernunnos lors de Beltaine.
Car le Taureau est un symbole de fécondité et Beltaine est une fête de la Fertilité, ce que démontrent les traditions de l’Arbre de Mai, Axe du Monde, mais aussi symbole phallique, et de la Reine de Mai. En Grèce, le taureau était consacré à Dionysos, dieu de la virilité féconde. Le dieu Védique Indra est aussi assimilé à un taureau : c’est lui que les hommes de guerre invoquaient avant le combat (cf. Beltaine, début de la saison guerrière) et le sens originel de son nom semble être celui de « puissance, force » (cf. étymologie de Belotenedos).
Le taureau Indra est aussi rattaché au symbolisme de la fécondité mais il est aussi l’emblème de Shiva et à ce titre il symbolise par ailleurs le Dharma (appelé Dedma par les Celtes), ou loi du bon ordre de l’univers. S’arrêter là serait faire peu de cas de l’extrême richesse symbolique du taureau : on pense aussi au taureau de Mithra, aux taureaux brun et blanc, de l’Ulster et du Connaught, au taureau aux trois cornes et au taureau aux trois grues dont le sacrifice, s’il faut en croire l’interprétation de J.J.Hatt, permettra le retour de la déesse Rigantona à laquelle s’unira Esus au moment de Beltaine, etc.
Le « dictionnaire des symboles » précise : « toutes les ambivalences, toutes les ambiguités existent dans le taureau. Eau et Feu : il est lunaire (Sirona) en tant qu’il s’associe aux rites de la fécondité ; solaire par le Feu de son sang (Belenos-Belisama) et le rayonnement de sa semence ».

Sur Belenos

Si Belenos est une divinité solaire, il est avant tout l’esprit solaire et non le soleil physique qui est plutôt considéré comme son corps ou comme son véhicule.
Belenos représente le principe de la Lumière (« jeune dieu aux boucles d’or »). Il représente aussi la force de l’homme jeune (« fils chéri de la Grande Déesse » -déesse dont Belisama est l’une des personnifications) mais il est avant tout, à mon sens, l’Harmonie et la Beauté sous toutes ses formes. Il a intégré tous les contraires, le conscient et l’inconscient, le masculin et le féminin (Belenos/Belisama), le soleil et la lune, le feu et l’eau (Sirona). Hécatée d’ Abdère (300 av. JC) rapportait : « Apollon se rend dans l’île (où se trouve un curieux temple de forme circulaire consacré au dieu solaire) tous les 19 ans lorsque le soleil et la lune sont alignés l’un sur l’autre ».
Analogiquement à ce qui se réalise alors dans la nature, à savoir la fusion de toutes les polarités, Belenos symbolise le processus alchimique d’union et de combinaison des différents éléments du moi pour parvenir à la totalité (et il peut nous aider dans notre quête de cette union : pour trouver la Lumière il importe au préalable de l’allumer en soi. Qui mieux que lui pourrait nous y aider ?)
Imbolc correspondait symboliquement à l’éveil initiatique et à la préparation qui aboutissent, lors de Beltaine, à la Renaissance dont le dieu Belenos est le maître.
Par ailleurs, si l’on considère le soleil comme l’image emblématique de la loi, de l’ordre, de la régularité et de la stabilité , de la force et de l’énergie, Belenos serait donc l’un des principaux garants de la Dedma (mais il est vrai que toutes les divinités sont garantes de la loi du bon ordre de l’Univers…)

Feu et Eau

Belenos peut être associé à Belisama, la Très Rayonnante ou la Très Puissante, qui est, entre autres, une déesse guerrière et guérisseuse, patronne des forgerons et maîtresse du Feu, et qui peut être son épouse, sa sœur ou sa mère… Quoi que principe solaire au féminin, elle correspond aussi à la Pleine Lune et symbolise la maturité et l’épanouissement (et par extension, à la période de développement « extérieur » de la personnalité et de l’individualité).
On peut aussi lui associer Sirona, représentant l’astre lunaire, pour former une « dualité lumineuse à la manière d’Artémis et Apollon » (RJ Thibaud : dictionnaire mytho symbolique celte). Cette association peut encore être renforcée par le fait que si Belenos, le guérisseur, est à l’origine du jaillissement des sources bienfaisantes, Sirona est celle qui protège les fontaines…
Car on sait que l’Eau et le Feu, bien qu’antagonistes, sont aussi complémentaires : l’eau principe passif et humide, opposé au principe actif et sec du feu, est associée à la lune, à l’inconscient et au rêve, tandis que le feu évoque le soleil, le conscient et l’activité, ce qui renvoie au couple ciel et terre et à la fécondité. On se rappelle aussi que ces deux éléments sont symboles de purification et qu’ils jouent tous les deux un rôle fondamental dans les rites d’initiation.

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imbolc

janvier 21, 2008 at 10:43 (divinités, fêtes, symboles)

brigantia-2-jpg.jpg Imbolc, ( environ le 1er février, soit le mois d’anagantios selon le calendrier de Coligny), qu’on appelle aussi Ambivolcios ( celtique ancien), est présidé par Brigantia, qui correspond à l’irlandaise Brigit, fille et mère du Dagda. Par ses attributions (patronne des poètes, des médecins et des forgerons avec un aspect guerrier) elle participe des trois fonctions celtiques. Elle correspond à la nouvelle lune, ascendante. Elle est une déesse vierge mais cela n’a rien à voir avec la conception chrétienne, triste et réductrice de la virginité, car elle ne refuse pas pour autant “les devoirs liés à la féminité”.
La fête est le pendant, symétrique, de Lughnasad (car c’est une constante des fêtes d’avoir chacune leur opposé symétrique, leur vis à vis qui vient l’équilibrer six mois plus tard), quand la Terre, fatiguée par les moissons, était redevenue vierge . Pour Imbolc, la Déesse, tout comme la Terre, sont toujours vierges mais l’une comme l’autre sont redevenues fécondables: la Déesse vierge est alors la préfiguration de la Déesse Mère. A ce titre elle est aussi la Déesse de fécondité, et donc associée à la Nature, au moment de sa correspondance avec le cycle saisonnier et agraire. C’est le début du Printemps.
Pourtant, Imbolc semble être un peu la fête mal aimée du festiaire celto druidique, celle sur laquelle on trouve le moins de témoignages, de survivances ou de pages d’étude consacrées (15 seulement dans “les Fêtes Celtiques” de Guyonvarc’h). On la sous estime un peu dans la mesure où l’on ne retrouve pas beaucoup de traces et que l’on ne sait pas grand chose à son sujet si ce n’est que les chrétiens l’ont récupérée, selon leur habitude, et consacrée à Ste Brigitte (avec quelques survivances folkloriques). On estime alors qu’elle n’était peut être pas très importante ou/et qu’elle n’était destinée qu’à la 3ème fonction. Raimonde Reznikov et d’autres auteurs avancent pourtant une théorie séduisante: les autres fêtes celto druidiques sont essentiellement connues grace aux copistes chrétiens qui n’en ont pourtant laissé transparaitre que ce qu’ils voulaient bien. Si l’on ne sait presque rien sur Imbolc, ne serait-ce pas parce que c’était une fête ésotérique si importante (le 4ème pilier du monde, selon la Tradition) que les chrétiens se seraient efforcés d’en supprimer tout souvenir ?…
Comme symboles de la fête nous avons le Houx (Colenos) et le Bouleau (Betua), le signe astrologique du Verseau et la sève des arbres. C’est aussi une fête de Feu, la “fête des chandelles” où l’on fête le retour de la lumière.
bouleau1.jpg Le Bouleau, étroitement associé à la jeune Déesse est l’arbre du commencement, un arbre de sagesse, d’illumination, de protection, de purification au sortir d’une épreuve, et de renaissance. En ce qui concerne la purification, il faut souligner le fait que la sève de bouleau est un diurétique, dépuratif, sudorifique, entrant dans les cures de printemps: que rêver de mieux comme produit de purification ?…
Comme Uranus (qui gouverne le signe du verseau), le bouleau (divination par les oghams) nous incite à remplacer ce qui est vieux et mauvais par ce qui est nouveau et bon, ce qui est la traduction même d’un nouveau départ et ce qui correspond tout à fait à ce moment de l’année.
Le Houx, lui, est symbole de protection et d’équilibre, qui sont deux notions complètement nécesaires à tout nouveau départ.
Avec la sève, on pense à la Vie, au Sang qui recommence à monter dans les veines d’une Nature qui s’éveille peu à peu. Mais on pense aussi au Soma des Hindous, symbole d’un breuvage d’immortalité (immortalité que symbolise aussi le Houx, toujours vert) qui ne s’obtient que par une “véritable transsubstantiation des sucs végétaux, laquelle ne s’achève que dans le monde des Dieux” (dictionnaire des Symboles).
Le rite le plus représentatif de la fête est la purification: “se laver les pieds, les mains, la tête”.
On admet généralement qu’Imbolc est une fête lustrale destinée à la purification après les rigueurs et les souillures de l’hiver. Mais la fête correspond aussi symboliquement à l’éveil initiatique et à la préparation qui aboutiront à la Renaissance de Beltaine. C’est une fête initiatique d’un passage primordial.
On sait que la tenue de chaque rituel nécessite une purification préalable. On comprend donc que cette purification est d’autant plus nécessaire quand il s’agit d’un véritable rituel initiatique. Et à cette occasion précise, la purification devient le rite lui même.
La purification se fait de deux manières:
eau1.jpg 1) par l’Eau (et l’on précise bien ici, “se laver les pieds, les mains, la tête”),
et 2) par le Feu: Imbolc est une fête ou le feu joue un rôle primordial puisqu’il symbolise le Soleil, source de chaleur et de lumière. Outre son rôle purificateur il est aussi le protecteur des hommes et des animaux (la fête est d’ailleurs aussi connue sous le nom de “fête des chandelles” et ces chandelles, parfois des flambeaux, sont restés dans certaines coutumes: processions,etc…)
Les aliments rituels d’Imbolc sont les crèpes, le miel et le cidre.
La crèpe est l’image du jeune Soleil, apparu au solstice d’Hiver, et qui commence à prendre des forces (les jours ont commencé à rallonger et la lumière à regagner un peu sur les ténèbres) mais elle peut aussi être l’image de la Lune dont la plénitude (attendue pour Beltaine) est annoncée par son premier quartier, image de la jeune déesse vierge qu’on honore lors de cette fête.
Je signalerai au passage qu’on peut faire un cidre de la sève de Bouelau. Quant au miel, on sait qu’il est à la base de l’hydromel, boisson d’immortalité, comme la Soma (et dans la préparation de laquelle il peut d’ailleurs être associé au cidre).
Les qualités propres du signe du Verseau qui gouverne Imbolc sont l’éveil de l’intellect et des facultés mentales, et l’ouverture de l’esprit aux idées nouvelles et à la spiritualité.

Dans la nature, le signe du Verseau correspond à la première assimilation de la graine semée (le stade de la graine enfouie correspondait au Capricorne) qui s’intègre au sol. Le germe de blé est donc la promesse du champ qui s’épanouira sous le soleil du Lion.
Le dictionnaire des Symboles précise: “la signe a été mis en rapport avec Saturne dans la mesure où l’astre libère l’être de ses chaînes instinctives et dégage ses forces spirituelles sur une voie de dépossession. On lui donne aussi Uranus pour maître qui remobilise l’être libéré dans le feu de la puissance prométhéenne en vue de se dépasser”. Et si “l’étoffe de ce type zodiacal est pour ainsi dire angélique, il existe aussi un Verseau uranien, prométhéen qui est l’être de l’avant garde, du progrès , de l’émancipation, de l’aventure”.
Cette image prométhéenne me parait personnellement plus en accord avec le sens de la fête en tant que “fête initiatique d’un passage primordial” et en tant qu’étape du Chemin entre le solstice d’hiver et le solstice d’été: Cernunnos pouvant être honoré à ces deux dates, à la première en tant que “lumière nouvelle”, à la seconde comme “lumière renouvelée” ce que symbolise l’image astrologique de la chèvre cornue escaladant une montagne ( le Capricorne), le cheminement de l’homme cherchant à s’élever à l’image du cycle du grain de blé: le grain enfoui dans la terre pour mourir en hiver pour renaitre au printemps et porter les épis de l’été.
Si les jours rallongent, on remarque pourtant que l’hiver exerce toujours son emprise sur la terre. Néanmoins les graines qui dormaient jusque là en son sein, commencent à s’éveiller à une vie nouvelle: c’est du plus profond des ténèbres que nait la lumière, comme c’est de la mort que nait la vie.
lever-soleil.jpg  C’est donc une fête d’ouverture de la vie, déjà contenue dans le sein de la Terre et c’est le retour du soleil qui permettra à ces graines de donner en été les fruits et les récoltes espérés. D’ailleurs, c’est autour de ce thème que tournent toutes les coutumes relatives à la crèpe qu’on a pu conserver: lancer la 1ère crèpe avec une pièce d’argent dans l’autre main, lancer cette 1ère crèpe sur le haut de l’armoire et l’y garder toute l’année, etc…Il faut dire aussi que la crèpe avait un effet pour ainsi dire multiplicateur: confectionnée avec de la farine, des oeufs, du lait, c’était l’espérance d’avoir de ces produits en abondance toute l’année. Enfin, souvent, autrefois, les paysans invitaient leurs voisins à venir manger des crèpes pour avoir une belle moisson ou pour préserver les blés de la maladie.

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Gargantua et les divinités celtiques

août 1, 2007 at 3:44 (contes et légendes, divinités)

Gargantua est très présent dans toute la région mais avant de partir plus précisément sur ses traces, il nous a paru intéressant de présenter ce texte, “reproduit de DRUVIDIA organe du C.D.L.” pour définir quel sera notre angle de recherche.

“Jusqu’à ce jour, la tradition Gauloise ne nous était connue que par quatre séries de documents.
1) Quelques textes de l’Antiquité émanant d’étrangers, nous relatent ce que géographes et historiens Gréco-romains ont cru comprendre des conceptions des Celtes continentaux .
2) De nombreux monuments Gallo-romains (autels, stèles, laraires, etc…) qui sont malheureusement muets le plus souvent, le nom même de la divinité représentée y apparaissant rarement.
3) Les monnaies Gauloises sur lesquelles figurent fréquemment des symboles “Druidiques” mais qui n’ont été que peu étudiés du point de vue traditionnel.
4) Quelques décisions des premiers conciles d’évêques Gallo-romains contiennent, parmi les défenses qu’elles formulent, des allusions précises à certains rites encore pratiqués à basse époque par la population Gauloise “païenne”.

Le Géant Gargantua

Son nom apparait dans la toponymie et le folklore en plus de 300 lieux. C’est un héros civilisateur qui défriche le pays: il se rattache ainsi aux plus anciennes races (Partholon et Nemed de la tradition irlandaise). Il est tour à tour bûcheron (comme Esus) et faucheur. Il règne:
a) sur les montagnes qu’il a élévées en transportant les matériaux dans sa hotte (dont les bretelles se sont souvent cassées); ce sont quelquefois ses tombeaux.
b) sur les buttes, Tumuli et Oppida, qui sont les “décrottures” de ses sabots; de même les tertres irlandais appartiennent aux Tuatha de Danann.
c) sur les eaux, car il a creusé des lacs, bu ou alimenté des rivières et des marais.
d) sur les blocs erratiques et les mégalithes, qui sont ses excréments ou des graviers sortis de son sabot; les menhirs sont aussi des pierres pour aiguiser sa faux, ou les quilles avec lesquelles il joue, les tables des dolmens lui servant de palets.
Le Gargantua picard est fils d’un ours (ce qui pourrait faire supposer un rapport avec le Mythe Arthurien) et nait dans un baume (au centre du Cosmos)
gargantua-dore.jpg Dans sa jeunesse, Gargantua est invité à creuser un puits: il semble bien qu’il s’agisse là d’un rite d’initiation, et la légende wallonne précise que gargantua “meurt”; il ne s’agit que d’une mort symbolique, ainsi que le montre la suite du mythe.
Il fonde des villes de même que l’ Hercule Gaulois a fondé Alésia. Repoussé de Quantilly (Cher), le géant lance son marteau dans les airs et construit à l’endroit où tombe ce marteau, la forteresse d’Avaricum (Bourges). Ce geste rituel se retrouve dans le légendaire chrétien: M. Varennes mentionne une source sacrée du Bourbonnais, jaillissant à l’endroit où saint Mazeran a lancé son marteau (ndlr. voir aussi “à propos de la légende du pied griffé”)
Un statère des Baïocasses représente un chevalier, brandissant une épée, qui vient de lancer un marteau dont la trajectoire est figurée par une ligne brisée; sous le cheval se trouve une sorte de chaudron. De même le géant de Guérande (Loire Atlantique), outre sa faux et son fléau, est armé de trois marteaux.

Gargantua est une figure riche et complexe qui parait avoir hérité des traits particuliers à plusieurs divinités Celtiques. Il n’est pas méchant, mais glouton et habillé comme un rustre, et les paysans ont complaisamment retenu certains aspects obscènes de son mythe. Par tous ces traits, il évoque Eochaid “Oll-Athair” (le père de tous) dit “Dag-Da” (le Dieu Bon), le Dieu-Druide de “l’Etat Major” des Tuatha De Danann.
dagda1.jpg Gargantua s’appuie sur un gourdin (qui est le plus souvent un Chêne déraciné, d’où son surnom de “Tord-Quêne”, “Teurd-Quêne”, etc.) et porte une hotte. Ces deux attributs sont symboliquement équivalents à la Massue de Chêne et au Chaudron du Dagda.
De même que la trace d’une seule des roues du chariot servant au transport de la massue du dagda est un fossé aussi large que la frontière de deux provinces, Gargantua trace derrière Quantilly un fossé de 10 km de long sur 3 km de large. Une fois par an, l’écuelle de pierre du géant versait le vin aux pauvres de Bourges, de même nul ne quittait le chaudron du Dagda sans être rassasié.
Eochaid Ollathir s’accouple rituellement, au bord d’une rivière, à certaines périodes de l’année, avec les divinités féminines du pays, - et nous voyons Gargantua traverser la Loire pour aller “voir les filles de Saint Genouph”, sur les rives du fleuve médian de la gaule. Rappelons brièvement les conclusions d’une étude sur le Dagda qui semble valables pour Gargantua: “Dieu-Chef, il est en tant que tel considéré comme le père de son peuple dont il est, par sa science, le premier magicien, -par sa masse, le défenseur, -par son chaudron, le nourricier. Ses orgies de nourriture sont à la fois démonstrations de vitalité et rites d’abondance, (outre le sens spirituel qu’elles ont, la nourriture pouvant être symboliquement “Spirituelle”). Par ses accouplements périodiques avec les divinités du sol, il assure à son peuple la protection de celles ci et consacre en sa personne l’union de la tette et de l’homme”.

Par ailleurs le Gargantua d’Avranches (Manche) est accompagné d’un blaireau qui lui sert de chien, de même que Sukellos, le dieu au maillet à la coupe est représenté avec un chien à sa droite. Ce Dieu Gaulois a été assimilé au Dis-Pater de césar, père de la race Celtique, Maître de la vie et de la mort.
Or Gargantua possède un marteau, et règne sur les Tumuli, séjour des morts.. Comme le dieu au maillet, il est barbu et son juron “Par ma barbe !” évoque le caractère sacré et magique à la fois de l’ ornement mâle par excellence, comme le “Honte sur nos barbes” des Gallois.
La plupart des sites à légendes et toponymes se rapportant au mythe gargantuin jalonnent d’anciennes voies romaines et préromaines. Gargantua facilité le “passage”, il boit aux gués, “pontifie” et établit la communication entre la terre et le ciel, entre le monde sensible et le monde suprasensible. On retrouve d’ailleurs le même symbolisme, lorsque Gargantua inscrit dans le firmament Bressan un magnifique arc-en-ciel.
Non seulement il construit des ponts mais dans plusieurs légendes, il “est” lui même le pont, suivant la formule galloise (”Que le Chef soit Pont”) et le mortel présomptueux qui emprunte ce pont est précipité dans la rivière. Gargantua apparait comme le Chef, le Roi du Monde (Bitu-Rix) de la tradition Gauloise et cela explique pourquoi il fonde Avaricum (Bourges), capitale des Bituriges et pourquoi la population de cette ville communiait une fois par an en une beuverie rituelle.

Le protecteur des voies de communication est dans la mythologie romaine, Mercure, substitut de Lug “grianainech” (au visage de soleil). Or nous voyons Gargantua en action près du “dun” de Lug: il joue au palet près de Lyon et construit l’oppidum de Laon (Aisne).
Henri Dontenville a insisté sur la course d’ Est en Ouest que mène Gargantua du Donon (Lorraine) au Mont-Tombe (Mont Saint Michel- Manche). St Christophe, substitut chrétien du géant fait le tour de la terre en 24 enjambées et dans le Vexin, les rayons du soleil qui filtrent entre les nuages sont les “jambes de Gargantua”.
Si le nom de Gargantua n’apparait pas dans la tradition Irlandaise, les chroniques Galloises mentionnent un Gurgunt, “roi” doux et ferme, fils de Belinus le fondateur de Caerleon (ndlr. ville ruinée du Pays de Galles, une des principales places fortes d’Arthur) et l’effigie de ce Gurgunt processionnait encore sur les remparts de Norwich (Norfolk. Angleterre) en 1578.
“Les Grandes et Inestimables Chroniques” qui représentent des réminiscences folkloriques rapportent que les parents de Gargantua ont été “fabriqués”, sur la plus haute montagne de l’Orient avec les ossements d’une baleine mâle et d’une baleine femelle, dans lesquelles M. Dontenville a reconnu les divinités gauloises Belenos et Belisama.
Toutefois il convient de noter que les os de la baleine sont mentionnés dans les Textes Gallois: c’est un pont d’os de baleine qui permet à Maxen d’ embarquer à bord du navire merveilleux. De même, la relique que les Angevins, en pélerinage au mont Saint Michel, rapportent dans leur pays est également un os de baleine. Le Mont Saint Michel porte d’ailleurs dans ses armoiries des coquilles Saint Jacques qui, en bas normand, sont appelées “godefiches” (du vieux norrois gudh-fiskr: de poisson de Dieu) et les stries régulières de ce coquillage, qui servit d’insigne aux pélerins chrétiens, symbolisent les rayons du soleil se couchant sur l’horizon marin.
Remarquons que Gargantua est parfois décrit à cheval sur sa Grande Jument, qui est l’équivalent exact du nom de la déesse gauloise Epona. Le nom du dieu irlandais auquel nous avons comparé Gargantua est, dans le Livre de Ballymote, Eochaid (génitif Eochado) que l’on explique par le vieux celtique iuo-katus, “qui combat avec l’ If”, c’est à dire avec le javelot en bois d’If, arbre des morts; mais dans le Livre de Leinster, antérieur de deux siècles, on trouve la forme “Eocho” (génitif Echach) qui représente un vieux gaëlique Eqôs (gaulois et vieux-britonnique Epôx) “cavalier, chevalier”.

Gargantua unit donc ainsi l’autorité spirituelle au pouvoir temporel; il est donc bien le Roi Pontife, ainsi que nous l’avons déjà montré précédemment.
M. Dontenville a rapporté les nombreuses étymologies par lesquelles on a tenté d’expliquer le nom rocailleux de Gargantua; on pourrait également mentionner Gargenos, nom d’un roi Gaulois de Cisalpine, où l’on reconnait la racine du mot irlandais “garg”: “farouche”. Le cycle épique irlandais mentionne d’ailleurs un Muinremur Mac Gergend, personnage épisodique qui joue un rôle peu reluisant dans le ” Festin de Bricriu” et dans “l’Histoire du porc de Mac Dâthô”, mais Gergend n’est pour nous qu’un nom.
(…)
Les quelques exemples cités suffisent à montrer la valeur de la documentation recueillie par M. Dontenville et l’intérêt que présentent ses recherches pour l’étude de la Tradition Celtique Continentale et prouvent la régularité et l’orthodoxie traditionnelle des légendes relatives aux Grands Etres du terroir; ces légendes sont d’ailleurs localisées autour des sites remarquables.”

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Loubressac (86) : de Sukellos à saint Sylvain

juillet 22, 2007 at 1:43 (contes et légendes, divinités, paysages)

Non loin de Lussac les Chateaux (86), célèbre pour les plaques gravées (premiers portraits humains, datant de -15000) de sa Grotte de la Marche (c.f.”symboles pictons”), s’élève le dolmen de Loubressac où l’on retrouva des ossements humains d’adultes et d’enfants ainsi que des tessons de poterie et un petit tranchet en silex, et dont la légende locale, en pervertissant le mythe de la fée bâtisseuse, dit qu’il fut l’oeuvre de la sainte Vierge qui piqua en terre ses huit fuseaux et posa dessus la pierre plate qu’elle portait sur la tête.
Ce dolmen témoigne d’une présence humaine à l’époque néolithique et reste un des rares vestiges des sépultures mégalithiques laissées par les tribus dispersées sur les rives de la Vienne. La Grotte de Loubressac, sur Mazerolles, a livré aussi un bois de renne gravé de deux bisons, le lieu-dit “la Ganne” un ensemble sépulcral celtique et Loubressac une petite urne funéraire gallo romaine.
Mais Loubressac nous intéresse encore à un autre titre. faunus.jpgComme Lubersac en Corrèze, Lupersat en Creuse, Loubressac dérive de Lupercus (de “lupus”= loup) qui était un autre nom du dieu romain Faunus, protecteur des troupeaux, dieu des champs et des bergers et dieu oraculaire lié aux bosquets sacrés. Les Luperques, ses prêtres, pour la fête des Lupercales (15 février) se répandaient dans les rues de Rome pour fouetter les femmes avec des lanières de peau de bouc et les rendre ainsi fécondes.
Comme on lui attribue des pattes et des cornes de chèvre, il fut assimilé au dieu Pan et puis, en Gaule, avec les mêmes attributions, il devient aussi Silvanus ( “silva”= forêt : on trouve souvent son image dans les bosquets sacrés) auquel on assimile Sukellos, le dieu gaulois au maillet, sous son aspect “dieu des forêts et des bois”. Il semble donc que Loubressac ait été, dès la plus haute antiquité, un lieu de culte païen, et son étymologie suggère l’existence en ce lieu d’un temple important dédié à Lupercus, un Lupercale sacrum, probablement à l’endroit où s’élevait auparavant un sanctuaire dédié à une divinité topique. Et d’ailleurs la chapelle du village est dédiée à saint Sylvain qui semble avoir pris la place, dans la ferveur populaire du Silvanus païen…
On ne sait rien de ce Sylvain, si ce n’est qu’il fut un évangélisateur zélé des terroirs du Limousin, de la Marche, de l’Angoumois, du Bas Berry et de la partie sud orientale du Poitou. Il était de ces missionnaires qui avaient délaissé les voies romaines rectilignes, menant d’une cité à une autre, pour emprunter les anciens chemins gaulois et aller porter la vérité de son dieu unique auprès des gens des campagnes, souvent au bout de l’épée, dans le bruit et la fureur… à tel point qu’on dit qu’il fut tué et jeté dans la Vienne par les Limousins, porté par le courant jusqu’à Loubressac et inhumé en ce lieu.
sanctuaire.jpg On peut facilement imaginer la scène…
un petit village, la forêt proche, le fleuve qui coule doucement, la scène pourrait être charmante, bucolique en cette matinée de printemps, mais des nuages d’une fumée âcre viennent obscurcir les lieux… des hommes passent en courant, affolés, des femmes aussi qui serrent dans leurs bras des enfants qui toussent et crachotent… c’est d’une extrême confusion qu’entretient encore la présence d’animaux qui viennent se jeter dans les jambes des villageois, en bêlant, en grognant, en jappant…des cris fusent, des chevaux hennissent, les hommes porteurs d’armes improvisées se précipitent vers le sanctuaire pour se heurter à une troupe de brutes avinées, soudards solidement armés qui accompagnent un petit homme en noir qui hurle ses ordres et tentent d’abattre les piliers qui soutiennent le temple … les premiers villageois qui tentaient de s’opposer à leur approche, gisent dans la poussière ensanglantée… les brutes tentent de mettre le feu au sanctuaire après en avoir profané les entours, commencé d’abattre le bosquet sacré …certains d’entre eux, surs de la victoire s’ éloignent déja vers l’orée de la forêt en traînant des femmes par les cheveux… mais la fortune change de camp, les sectateurs du dieu unique sont peu à peu repoussés par les villageois … ceux qui le peuvent s’enfuient sur leurs chevaux, les autres gisent à leur tour dans la poussière … y compris le petit homme en noir dont on ne sait trop s’il est mort ou vivant… qu’importe, les villageois le jettent dans un sac, le traïnent jusqu’au fleuve et l’y précipitent … quand il abordera en amont à Loubressac, il sera enterré sur place et sur sa tombe s’élevera un sanctuaire, lieu de pélerinage très fréquenté.
silvanus.jpg mais on dit qu’il pourrait y avoir une autre version … la scène est la même jusqu’à l’épisode des femmes traînées vers la forêt … et puis … on a cru que la fortune aurait pu changer de camp mais les brutes sont trop aguerries et bientôt les villageois qui ne sont pas morts s’enfuient vers les bois… le temple en flammes s’écroule sous les cris de victoire des soudards, beaucoup de maisons du village brûlent aussi, et le petit homme en noir aux yeux de fou se campent sur les débris fumants pour y planter une grande croix faite de deux branches nouées … puis il se dirige vers le fleuve, trouvant le symbole plus fort, pour y jeter l’idole de bois du dieu qui était honoré là depuis des temps immémoriaux … les Pictons de Loubressac restés païens reconnurent dans cette statuette échouée sur leur rive l’image de leur dieu familier, la déposèrent pieusement dans leur Lupercale Sacrum…et l’honorèrent encore longtemps…
Le pouvoir bénéfique de saint Sylvain s’exerçait surtout sur les enfants atteints du “mal violet” (convulsions et autres maladies nerveuses) et c’est pour cette raison qu’on en peignait autrefois les effigies en violet. Mais on l’invoque aussi pour guérir certaines affections dont la furonculose et les dermatoses. Pour rappeler les Luperques, on précisera aussi que son homologue de l’Isle Jourdain conjurait plus spécialement la stérilité des femmes… Jusqu’à la seconde guerre , le pélerinage fut un des plus importants de la région et l’on y venait de fort loin pour accomplir les pratiques rituelles de guérison et faire trois fois le tour du sanctuaire dans le sens de la marche du soleil…Beaucoup plus discret, on dit pourtant aujourd’hui qu’il n’a pas disparu…

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(Hypothèse de reconstitution du sanctuaire de Gournay-sur-Aronde (Oise).
Aquarelle de reconstitution Jean-Claude Blanchet.)

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Commentaires et pistes de réflexion
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De Faunus à Pan et à Silvanus et à Sukellos, si je puis dire, on ne sort pas de la forêt … et je ne peux pas m’empêcher de penser à une autre grande figure indissociable des bois et des forêts: Merlin .
Dans l’univers celtique, la forêt est un sanctuaire, un lieu de résidence des divinités. Par sa folie, par son séjour sylvestre, par le fait qu’il se fond complètement dans cet environnement, l’enchanteur Merlin se rapproche de la divinité. Il devient l’authentique divinité des bois. De plus il lui arrive d’utiliser des cerfs comme monture (il a des sabots de cerf ? comme Pan à des pattes de chèvre ? on pense aussi à Kernunnos), et durant l’hiver, il vit en compagnie d’un loup gris (on dit parfois de saint Sylvain qu’il est “loup, chasseur de loups”, et Lupercus vient de “lupus”-loup), ce qui le rattache au chamanisme. Le loup est maître Blaise, scribe de Merlin, en fait son double, comme le loup est le compagnon de l’Homme Sauvage (saint Sylvain qui a pris la place de Silvanus-Sukellos, l’Homme Sauvage…). Et puis Merlin, à sa naissance, est velu comme un ours
Il semble donc bien que Merlin soit l’héritier d’une longue mémoire de divinités sylvestres. Saisi dans son expression la plus ancienne, le mythe de Merlin pourrait présenter des traits archaïques pré indo européens; il tournerait autour d’une figure qui n’incarnerait ni la fécondité ni la prouesse guerrière (tout au moins à priori) mais bien une forme de souveraineté plutôt magique, une sorte de royauté chamanique.

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lughnasad

juillet 7, 2007 at 9:36 (divinités, fêtes, symboles)

Contrairement aux fêtes pré-celtiques à détermination solaire et qui reviennent à dates fixes (solstices et équinoxes) les autres fêtes, celto-druidiques, qui marquent le début des saisons sont à détermination lunaire, c’est à dire que la date de leur célébration est choisie en fonction des cycles de la lune.
En ce qui concerne Lughnasad, qui débute l’Automne, la fête devrait être célébrée à la Pleine Lune se rapprochant le plus du 1er aout (« lune noisette »), date en fait souvent matériellement retenue pour plus de commodité.

Selon des sources essentiellement irlandaises, chez les Celtes anciens, Lughnasad semble être un divertissement collectif de plein air où toutes les classes sociales sont tenues de participer, et constitue aussi une trêve militaire puisque les guerriers y viennent sans armes.
On s’y livre à des courses de chevaux, d’hommes et de femmes. C’est d’ ailleurs lors d’une telle occasion que la déesse Macha, qui était alors enceinte et que l’on contraignit d’affronter les chevaux du roi à la course, donna naissance à deux jumeaux, après sa victoire, et lança sa fameuse malédiction contre les Ulates qui, excepté Cuchulainn, allaient alors souffrir périodiquement les souffrances de l’enfantement durant 5 nuits et 4 jours.
La foule s’y presse compacte, pour assister à des luttes et à des régates, à des expositions de chefs d’œuvre ert à des tournois d’échec (on se souviendra au passage qu’après son admission au festin, Lug bat le roi Nuada aux échecs…), ainsi qu’a des concours d’éloquence et de musique.(symboliquement, par sa victoire, Lug l’artisan s’approprie la marche complète du monde et le vieux roi, nuada, l’accueille alors à la place d’honneur et lui transmet son pouvoir).
La fête est prétexte à une grande foire qui perdura longtemps et dont on trouve encore quelques exemples aujourd’hui, où se vendent et s’achetent toutes sortes de biens et produits, y copmpris des concubines comme le rapporte Henri Hubert.
On y célèbre aussi des mariages et l’on y conclue des alliances. Mais surtout on y réparti tous les biens de consommation et de production issus de ce qui appartient à la collectivité, et non au seul individu, en fait toutes les richesses du royaume : terres, produits de le terre, bétail, etc.
C’est le roi qui se chargeait de cette redistribution et de cette répartition en sa qualité de Distributeur. L’enrichissement personnel en général était considéré comme une tare par nos ancetres, mais c’était encore beaucoup plus grave en ce qui concernait le Roi Distributeur des biens, et le fait de garder pour lui ces richesses était considéré comme un crime et puni de la peine de mort.
De la même manière et par extension, le roi était le garant de la richesse et de la productivité du territoire dont il avait la charge, une série de mauvaises récoltes entrainait sa responsabilité, sa destitution et son éxécution si sa responsabilité volontaire (circonstance aggravante) était reconnue.

Lughnasad est placé sous le signe zodiacal du Lion qui représente la culmination végétale, la plénitude du fruit, toute magnificence ou maturité sous le plus éclatant soleil de l’année. Psychologiquement il est le signe de la pleine affirmation de l’individualité, de la volonté et de la conscience du « je ». Le feu fixe du Lion est l’expression d’une force maitrisée, d’une énergie lumière disciplinée, d’un feu individualisé, consacré aux puissances du Moi, de la volonté dirigée, force centrale régulatrice et irradiante de vie, de chaleur, de lumière et d’éclat. C’est un signe solaire.
Cette fête correspond à la maturité de tous les fruits et c’est à ce moment là que la terre et la végétation sont à leur maxiumum de fructification. C’est la dernière fête de l’abondance, les dernières récoltes, la Fête des Moissons et sa plante symbolique est le blé qu’on consomme pour la circonstance sous diverses formes : bouillies, pains, gateaux,etc.
ble.jpgLe grain de blé enfoui dans la terre meurt en hiver pour renaitre au printemps et porter les épis de l’été, et symbolise le cycle éternel de la vie et de la mort, ainsi que celui des transformations.

Lughnasad signifie l’Assemblée de Lugh et ce dernier apparait sous trois aspects : Il est d’abord le dieu solaire qui féconde la nature. A ce niveau il est source de vie que ce soit au plan matériel, psychologique ou spirituel et à ce titre il occupe une place importante dans le monde des dieux et des humains.
Mais à côté de cette apparence lumineuse, il présente aussi un aspect obscur quasi lunaire et parfois redoutable. Il est un dieu chtonien, dieu de la terre et du monde souterrain (son oiseau est le corbeau)
Enfin il est le dieu des arts et techniques, dans lesquels il excelle tous à la fois.
Certains considèrent donc Lugh comme le Dieu des Dieux mais Pierre Lance (« Alésia, un choc de civilisations »), même s’ il voit bien dans Lugh un dieu prestigieux, estime que les celtes étaient trops passionnés d’indépendance pour accepter de donner à certaines de leurs divinités des fonctions de « chef des dieux ». Il est donc « inutile de chercher dans ce panthéon l’équivalent d’un Zeus potentat. Et s’il faut traduire en termes socio politiques cette attitude spirituelle, je dirais qu’elle implique le respect de la hiérarchie des valeurs en même temps que le refus de la hiérarchie des autorités ». Lugh symbole meme de la civilisation, « artisan, poète et chercheur, créateur amoureux de la chose bien pensée, bien dite et bien faite » illustrerait donc les valeurs que les celtes mettaient au dessus des autres, c’est à dire l’intelligence, la raison, la réflexion, la création et l’expression.
Le fait que ce soit un dieu tri fonctionnel peut indiquer qu’en temps normal, la primauté de ces valeurs était respectée par tous les membres de la société. Mais en période plus chaotique, il semble dans cette optique bien évident qu’il était toujours possible d’appeler à la rescousse une divinité plus exclusivement spécialisée, par exemple Teutates en temps de guerre.
Quand il voulut participer à un grand festin donné par Nuada le roi des Tuatha, le portier pour le laisser entrer lui demanda ce qu’il savait faire « car personne ne vient sans art à Tara ». Il se présente successivement comme charpentier, forgeron, champion de lutte, harpiste, héros, poète et historien, sorcier/magicien, médecin, échanson et fondeur de bronze. Tous ces arts étaient déjà représentés par les différentes divinités convives du festin mais c’est parce que Lugh, prototype de l’Homme Parfait, les possédait tous à lui seul, « Homme des Sciences et de tous les Arts », qu’il fut accepté.
Le fait que Dagda soit le « dieu bon » (c.a.d. bon dans tous les domaines) pourrait montrer que ce « vieux » dieu même s’il survécut (en Gaule sous les traitys de Sukellos) a peut être été remplacé par Lugh plus jeune et correspondant mieux à l’évolution de la société celtique.

Lughnasad fête son Roi qui fête sa Mère. Tailtiu, étymologiquement, est le nom de la Terre et si c’est avant tout le nom d’un site bien localisé dont la légende a fait une Déesse éponyme, Teltown où se déroulent les fêtes de Lughnasad, Tailtiu est en fait une des personnifications de l’Irlande, c’est à dire par extension, de l’Univers.
Elle nous est présentée comme la fille de Magmor, roi d’Espagne, femme d’Eochaid, fils d’Erc, dernier roi des Fir Bolg. A la mort de son mari, elle épouse Eochaid Garb, fils de Duach Dall qui commandait dans les Tuatha. Elle était la nourrice de Lugh jusqu’à ce qu’il fut capable de porter les armes, et si tout la rattache à l’Autre Monde, on est tenté de voir en elle une déesse de la Terre à laquelle, d’une manière ou d’une autre, s’est uni le dieu Lugh (illustratioin de l’union des deux grands principes originels).
En mourant d’épuisement d’avoir transformé les forêts d’Irlande en verts paturages et riches plaines fleuries de trèfles (emblème de l’Irlande et plante souvent associée à l’équinoxe de printemps), « Tailtiu meurt en divinité » (Le Roux Guyonvarc’h) et elle assure par son sacrifice la pérennité et le bien être matériel de son peuple (« blé et lait dans chaque maison, paix et temps agréable »).
Tailtiu annonce la venue de la fin du cycle de descente du soleil qui se situera à Samonios mais la prospérité devra se renouveler et la célébration de la fête apparaît comme la contrepartie de ce bien être.
Enfin, la fête de Lughnasad représente un point culminant dans les rapports entre le Roi et la déesse de la Terre (confirmation de souveraineté). On se rappelle aussi au passage que s’il en faut en croire l’interprétation de J.J.Hatt du chaudron de Gundestrup, c’est à ce moment là que la Grande Déesse (de la Terre) abandonne son époux terrestre pour rejoindre Taranis le dieu céleste (roi du Ciel) (un lien avec l’Assomption chrétienne, fêtée le 15 aout ?)

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le solstice d’été

juin 7, 2007 at 5:01 (coutumes, divinités, fêtes, symboles)

LE SOLSTICE D’ETE

A proprement parler, il semble que les Celtes n’ “adoraient ” pas le Soleil comme certaines autres cultures ont pu le faire, en revanche, il est incontestable que l’élément solaire jouait un rôle très important dans leurs croyances. Pour eux, le soleil était avant tout source de lumière, de chaleur et de vie ce qui justifiait qu’il ait été représenté par un grand nombre de divinités qui en illustraient chacune une ou plusieurs facettes.

Au solstice d’été, le 21 juin, le soleil atteint le point le plus septentrional le long de l’horizon et est sur le point de faire un long voyage vers le sud jusqu’au solstice d’hiver à la mi-décembre. C’est le jour le plus long de l’année et l’événement est fêté comme une extension de Beltaine dans les mois d’été, en en reprenant certains éléments et notamment le feu. Rappelons que Beltaine est la grande fête sacerdotale annuelle honorant le dieu Bel, débutant la seconde saison celte, l’été, le jour du 1er mai.

Le feu est à la fois un purificateur (en sanskrit, pur et feu se disent par le même mot) et un régénérateur (c.f. le chaudron de la résurrection sous lequel était allumé un grand feu pour que les morts renaissent), ainsi que le prolongement igné de la Lumière.

Il revêt 3 formes générales :

  • le Feu de la terre qui est le nôtre

  • le Feu de l’atmosphère qui est la foudre

  • le Feu du Ciel qui est le soleil

A ce moment là de l’année une importance primordiale est donc accordée au pouvoir magique du Feu. On allumait des feux de joie pour célébrer le soleil au sommet de sa puissance et l’implorer de ne pas se retirer dans l’obscurité hivernale car les feux d’été, feux de jubilation et de purification sont également feux propitiatoires destinés à apaiser l’angoisse humaine devant le déclin solaire. Les feux donnaient aussi rituellement de la force au soleil pour faire mûrir les fruits et les grains, et protégeaient les hommes et le bétail des maladies . De nos jours, en cette ère vulgaire, la fête a lieu le 24 juin pour le St Jean Baptiste, fameux prêcheur du désert et grand mangeur de sauterelles et de miel sauvage., sous le nom des « feux de la St Jean ». Avec Jean l’évangéliste, fêté le 27 décembre, ils contrôlent tous les deux les « portes » solsticiales, notion construite sur l’alternance des saisons et des cycles végétaux. Ne parvenant pas à abolir des rites coriaces, l’église a donc du les christianiser mais certaines traditions qui y sont attachées ont pu se perpétuer dans le temps. Les cérémonies druidiques du solstice , quant à elles, interviennent au lever du jour et à midi. Le rite de l’aube célèbre l’arrivée du jour le plus long (l’observance de ce rite à Stonehenge est connues de tous).Très schématiquement, on y souhaite la bienvenue au soleil en tant que symbole du bannissement des ténèbres.

En premier lieu, les feux qu’on dresse ne sont pas un simple amas de branchages, de fagots et de bottes de paille mais une œuvre d’architecture en forme de meule autour d’un mât avec des cheminées d’allumage et les guirlandes de feuillage qui le parent le relient au « Mai ». A Beltaine : l’arbre de mai, détenteur de l’énergie vitale, symbole de la fécondité nouvelle, était le centre de la fête autour duquel on organisait des danses. Tout à fait à la cime du feu, la jeunesse plaçait aussi souvent une couronne de roses mais on y ficelait aussi parfois un chat vivant ( !)

Dans les régions vallonnées, on fait rouler du haut en bas d’une colline une roue garnie de paille enflammée pour favoriser le voyage du soleil et l’ inciter à développer sa course. La roue est un signe de perpétuel renouveau et la paille est le symbole du dessèchement et de la mort.

C’est aussi le temps du ramassage des herbes médicinales qui sont au mieux de leur pouvoir à ce moment de l’année. Parmi les plantes de la St Jean (rite de cueillette : en marchant à reculons avant que le soleil se lève, et de la main gauche) : achillée, angélique, armoise, hysope, lierre terrestre, millepertuis, héliotrope, origan, camomille, sauge, fougère mâle, verveine, gentiane jaune, fleur de sureau, menthe poivrée, bouillon blanc, églantier, chèvrefeuille, scrofulaire, coudrier commun, arnica, grande marguerite, etc.

Et c’est en souvenir des rites de fertilité que les couples sautent au dessus des flammes quand il s’agissait de deviner la hauteur des récoltes à venir et d’assurer la fertilité des jeunes et nouveaux couples.

Dans plusieurs régions de France, on pratique le veille ou le matin de la St Jean, la St Jean des bêtes, destinée à la protection du bétail et des animaux qui doivent être exposés à la fumée des feux (« enfumer » les animaux) comme pour la fête de Beltaine.

La célébration des 4 fêtes solaires existait de toute antiquité parmi les peuples autochtones de l’Europe préhistorique et elles ont été assimilés par les conquérants celtes qui assirent une société dont les fondements économiques étaient d’essence agraire et pastorale.

Nos ancêtres divisaient l’année calendaire de 2 façons : les 4 saisons, reflets d’une civilisation agraire (aux origines néolithiques) débutées par un équinoxe ou un solstice. Et les 2 moitiés : la saison sombre et la saison claire qui commence à Beltaine pour culminer au solstice d’été (alban heruin : « sommet agraire ») . La saison sombre, quant à elle débute à Samain, la Toussaint chrétienne.

Lug est un dieu auquel on peut penser pour le solstice, même si la fête qui lui est consacrée est Lugnasad , le 1er août. C’est un dieu de lumière, de la lumière spirituelle, qui, comme beaucoup de héros solaire a dû tué le vieux roi, en l’occurrence, son grand père Balog, dont le règne était devenu stérile. Et comme c’est un polytechnicien, il détient aussi le pouvoir de soigner, ce qui le rattache aux herbes médicinales.

Bélénos est un autre dieu solaire qui incarne l’éclat du soleil, sa force vitale et créatrice : il fait donc partie des grandes divinités de la végétation et gère la croissance des végétaux, notamment des plantes médicinales. C’est lui qu’on fête le 1er mai, pour Beltaine. Est-ce donc étonnant de trouver ces deux fêtes dédiées à des aspects différents du soleil encadrer le solstice, point culminant de l’été, dédié, lui, à Taranis, le dieu de cette foudre qui est le feu de l’atmosphère ?

D’un autre côté, on sait que la souveraineté, pilier de la civilisation celtique, doit se conquérir. Et elle obéit aux lois, notamment cycliques où s’expriment les symboles de vie, de mort, de germination, de fécondité, de venue au monde. qui régissent le Cosmos.

Le Chêne, qui symbolise la force et la longévité, l’éternité des cycles de vie est associé à Taranis car il attire la foudre. Le mois de chêne s’étend du 10 juin au 7 juillet, autour du solstice, et c’est avec ses branches qu’on allume les feux de la St Jean. Dans l’alphabet druidique, le chêne correspondait à la lettre « Duir » signifiant aussi « porte », ce qui nous ramène à la notion de « portes solsticiales ». Deux chevaliers, celui du Chêne et celui du Houx combattaient chaque 1er mai. Vainqueur, le chevalier du Houx (dont le mois suit celui du chêne) laissait la vie au chevalier du Chêne, c’était le passage où les jours de grande lumière laissaient peu à peu la place aux nuits les plus longues. Et chaque année, au solstice d’hiver, le chevalier du chêne avait la suprématie sur le chevalier du houx qu’il laissait en vie après un difficile combat.

Le chevalier solaire qui devient le chevalier noir au service de la dame de la Fontaine est un passage solsticial de même nature. La dame de la fontaine garde une source qui est la manifestation permanente de la vie ; elle est dépositaire de la Connaissance sur tous les plans et elle transforme des jeunes gens en Chevalier Noir au service de la Grande Déesse selon un rituel qui s’apparente à celui de la mort du roi de l’ancienne année et de l’avènement de celui de la nouvelle (on se souvient de Lug tuant Balor). On peut noter que cette passation de pouvoir correspond symboliquement à la transformation d’un chevalier solaire (héros) en chevalier lunaire (noir) qui, pour obtenir la régénération et la purification, tant physique que spirituelle, doit tuer le chevalier (noir), gardien de la fontaine sacrée dont émane symboliquement l’énergie céleste venant s’unir à celle de la terre (cette alliance en fait la source d’Eau Vive, symbole de vie et de Connaissance, manifestation de la Grande Déesse) pour devenir à son tour chevalier noir, gardien de la Fontaine, et débuter un nouveau cycle d’apprentissage : car rien ne peut se transformer dans la vie du héros sans que les dualités de chacun des éléments composant sa psyché soient harmonisées et fondues dans une unité parfaite. Ce qui est aussi valable pour chacun d’entre nous.

Une autre piste de réflexion peut être trouvée dans le fait que les Solstice d’été et d’hiver marquent l’axe vertical du monde, les deux extrêmes de la course du soleil. Par analogie, l’axe vertical devient alors « l’arbre du monde » reliant le haut et le bas, porteur de vie, de durée et de sagesse. Et l’on sait aussi que symétriquement, les racines de l’arbre imagent les origines de l’homme, son passé et son devenir. Il suffit alors d’associer ces symbolismes à la « roue du temps » pour relier l’homme au Cosmos.

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à propos de la légende du pied griffé : pistes analogiques

mai 24, 2007 at 5:24 (contes et légendes, divinités, histoire)

On l’a vu lors de notre balade païenne à Angles sur l’Anglin , une curieuse légende est attachée au site du “pied griffé”

En des temps très anciens, un artisan qui travaillait en ce lieu, avait deux fils dont l’un se nommait Bartoumé, l’autre Bonifait. Désireux de leur offrir une destinée, il remit à chacun d’eux un marteau qu’il leur ordonna de lancer au loin. L’outil de Bartomé alla tomber sur un roc escarpé, près de Mérigny, aux lisières du berry, celui de Bonifait vint s’abattre à l’opposé dans la paroisse de La puye, près d’une source. Chaque enfant rejoignit le lieu qui lui avait ainsi été assigné par le sort. Bartoumé sur son roc (roc de saint Bartoumé) et dans la grotte sous-jacente se vit attribuer le pouvoir de guérir la colique rouge (appendicite). Bonifait, près de sa fontaine dont il remplaça la divinité païenne protectrice, celui de calmer les fièvres et de faire pleuvoir en temps de sécheresse (fontaine de saint Bonifait). A noter que saint Bonifait n’a rien à voir avec saint Boniface, mais comme son nom l’indique il est le génie “bienfaisant” du lieu.

Cette légende évoque sans conteste un des grands mythes fondateurs de diverses civilisations…Pour ce qui nous occupe, même si la raison plus plausible à cette migration gauloise était la crainte des Cimbres et le fait qu’à tout prendre il valait encore mieux fuir devant eux que se retrouver pris sous les roues de leurs chariots, il est dit qu’il était une fois (et par cette formule, on voit bien qu’on rentre de plain pied dans le mythe), sous le règne du grand roi Ambigatos… La Gaule était devenue si riche et si peuplée qu’il était devenu bien difficile de gouverner la masse de ses habitants. Ambigatos décida donc de faire partir ses neveux, en quête de nouveaux territoires (on dit aussi qu’ils étaient remuants et ambitieux et qu’il était donc plus prudent de les éloigner avant la mort du Roi). Acceptant de se soumettre au sort, ceux ci se rendirent chez un oracle, vivant à l’embouchure de la Loire, dont les deux corbeaux sacrés leur assignèrent chacun une direction à prendre. Ségovèse partit vers l’est et la forêt hercynienne formant l’avant garde de ceux qui allaient en Asie Mineure fonder l’empire des Galates et Bellovèse vers l’Italie pour fonder la Gaule Cisalpine. Voilà pour ce qui est des mythes fondateursrapprocher de la légende du pied griffé (anedoctiquement, il est amusant de rappeler aussi que les Brennus mythiques appartenaient à ces mouvements de migration, le Brennus du célèbre “Vae Victis”, le Brennus de la prise de Rome accompagnait Bellovèse, celui de Delphes était dans la descendance des guerriers de Ségovèse).

brennus3.jpg

Il est tentant de faire une autre analogie… avec Gargantua cette fois qui arpente la campagne dans une terre grasse et pour le moins “amicale” si ce n’est “collante” puisqu’il est à de nombreuses reprises obligé de secouer les pieds pour décoller la terre de ses semelles. Les patins ainsi décollés, lancés, vont atterrir en des endroits souvent improbables pour former à travers tout le territoire nombre de tertres de collines et autres monticules … Gargantua est ainsi le créateur du paysage dans son rôle d’ordonnateur du Cosmos. Et d’ailleurs si Gargantua est un géant, Bartoumé et Bonifait qui lancent leur marteau évoquent eux aussi irrésistiblement des figures de géants…

Dieu géant, le Dagda, c’est à dire l’équivalent irlandais du Sukellos gaulois, a aussi pour attribut un marteau, plus précisément une massue avec laquelle il tue d’un bout et ressuscite de l’autre ce qui en fait le maître de la vie et de la mort. Dieu “bon à tout”, en plus de guerrier et de magicien il est donc aussi artisan. Il est en outre détenteur d’ un chaudron d’abondance qui peut nourrir indéfiniment tous les êtres humains. C’est aussi lui qui, paillard, rustre, goinfre et ventru, pendant la bataille de Mag Tured, fut invité par les Fomoiré et dut manger un gigantesque porridge fait de lait, de farine, de graisse, de cochons et de chèvres, en quantité suffisante pour rassasier cinquante hommes, ce qu’il fit de bon coeur en se servant d’une louche en bois « si énorme qu’un homme et une femme pouvaient coucher dedans”. La fin fut nettement plus tragique pour les Illyriens que les gaulois menés par Ségovèse dans leur marche vers l’est, durent affronter. Selon la légende, pour justifier de leur réputation de ripailleurs et buveurs, ceux ci acceptèrent l’invitation gauloise, sous couvert de bonnes relations, à de copieux repas où la viande avait été mélangée à une herbe dont la propriété était de relâcher le ventre. C’est ainsi que les Illyriens succombèrent à leur goinfrerie.
(on n’oublie pas non plus que Nantosuelta, la compagne de Sukellos est une déesse-rivière, et qu’elle représente l’esprit des eaux, principe féminin de fécondité et de santé. cf. la fontaine de saint Bonifait).

*** Le Roc de saint Barthoumé est situé sur la rive droite de l’Anglin, dans la commune de Mérigny (Indre), à la lisière de cette dernière et celle d’Angles (Vienne). Sa position face au site de Pied griffé (voir “balade païenne à Angles sur l’Anglin”) et certains signes (des niches dans le roc, de larges incisions, etc.) laissent penser qu’en des temps éloignés, peut être pré-celtiques, des cérémonies païennes rituelles relevant d’un culte commun étaient célébrées dans ces lieux.

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le théâtre gallo-romain des BOUCHAUDS (16)

avril 18, 2007 at 2:15 (archéologie, divinités, histoire)

Longtemps laissé à l’abandon sur les hauts des collines charentaises surplombant la vallée de la NOUERE, le théâtre des BOUCHAUDS était tombé dans l’oubli depuis le 3ème siècle de l’ère commune. On le croyait château en ruines, le Château des Fades, le domaine des fées. Ses pierres avaient servi au cours des siècles à construire une grande partie des villages qui entourent le site et ses ruines avaient sombré au milieu des broussailles. Ce n’est qu’à partir de la seconde moitié du 19ème siècle que les BOUCHAUDS sortent de leur sommeil lorsque le propriétaire de l’époque entame une première série de fouilles. A la recherche d’un hypothétique trésor féodal, il ne trouve que de vieilles pierres et vendra une partie des derniers vestiges à une fabrique de chaux. Malgré cela, ses découvertes suscitent l’intérêt et permettront d’établir qu’il s’agit de constructions gallo-romaines. Le site sera classé monument historique le 22 décembre 1881. Des fouilles sporadiques et souvent dévastatrices se poursuivront sans méthode jusqu’au début du 20ème siècle. De 1901 à 1906, les travaux du Père Camille de la Croix permettent un meilleure compréhension du site. Propriété du département depuis 1957, les chantiers de fouilles plus récents (1974-1995) ont mis à jour et exploré le sanctuaire attenant au théâtre.

théâtre des bouchauds

Les ruines du théâtre donnent encore la mesure de ce qu’il était au temps de son activité. Construction atypique car il occupe la partie supérieure d’un vallon orienté vers le Nord, la vue s’ouvre librement sur la région qu’il domine. Encastré dans la colline, il respecte cependant le plan dit de Vitruve. Ce type de construction profitant du paysage a du permettre une importante économie de matériau, ce qui explique peut être ses dimensions considérables : d’un diamètre de 105,6 mètres, il fait partie des plus grands théâtres du monde gallo-romain, surpassant même celui d’ORANGE (104 mètres).

plan des ruines

Les vestiges permettent de reconstituer sa composition :
- un postcaenium , une scena et proscenium
- un orchestra
- trois caeva
- trois précinctions auxquelles on accédait au moyen de six escaliers rayonnants (parados) et cinq passages latéraux (vomitorium).

L’ima caeva était composée de trois gradins, la media caeva pouvait contenir 17 ou 18 et la summa caeva 13 gradins, l’ensemble pouvait contenir 5 à 6 000 personnes.
Construit vers la fin du Ier siècle, il connaît des remaniements au 2ème siècle : trois rangées de gradins en pierre dans l’orchestra réservées aux notables ainsi que des escaliers permettant la circulation entre l’orchestra et la cavea. Il est abandonné et détruit en partie au 3ème 4ème siècles qui verront arriver les « invasions barbares ».

L’emplacement du théâtre des BOUCHAUDS s’explique par sa proximité avec la Via Agrippa qui partait de MEDIOLANUM SANTONUM, la capitale des Santons (SAINTES) pour rejoindre LUGDUNUM (LYON). Grâce aux travaux d’érudits locaux au 19ème siècle l’établissement a été identifié à GERMANICOMAGUS (SERMANICOMAGUS), une étape signalée sur la Table de PEUTINGER. Cette identification semble confirmée par l’ampleur du site qui comprend non seulement le théâtre mais encore un sanctuaire avec au moins deux temples et un ensemble d’habitats qui n’ont pas encore été explorés. On trouve également les restes d’un aqueduc dans deux villages voisins, un vivier où on a retrouvé des coquilles d’huître, et dans des puits voisins des monnaies, des fibules, des débris de vases, des patères …ainsi qu’une statue de MERCURE.

Dans le monde gallo-romain, LUG a souvent été assimilé à MERCURE, et il y a de fortes chances que ces constructions aient remplacées un sanctuaire plus ancien situé sur cette imposante colline. Le nom lui-même des BOUCHAUDS vient de boscalis/boscus l’étendue de bois, la forêt défrichée à l’époque gallo-romaine. Et les Lucs étaient des bosquets sacrés au sommet d’une éminence, colline ou montagne (cf. LUGDUNUM). A proximité immédiate des BOUCHAUDS se trouve le village de SAINT-CYBARDEAUX, anciennement St Cybard d’Elz puis St Cybard d’Eu, Eu signifiant Yeuse, le Chêne vert, à rapprocher de la dédicace trouvée à ICULISMA (ANGOULEME) - autre grande ville santone avant son indépendance sous l’administration romaine – à ROBOR, un dieu chêne.
Il est possible qu’une partie des activités des BOUCHAUDS, GERMANICOMAGUS signifiant le marché de GERMANICUS, se soient reportées sur les localités environnantes, notamment dans la ville de ROUILLAC, célèbre localement pour son marché aux chevaux et autres animaux de ferme le 27 de chaque mois . Cette ville devrait son nom à RULLUS, important propriétaire de l’époque gallo-romaine qui aurait bâti sa villa en bordure de VIA AGRIPPA, et on y a retrouvé une statuette caractéristique de la Déesse EPONA d’une trentaine de centimètres de haut, assise du coté droit du cheval dont elle tient la bride elle a un petit animal sur ses genoux.

epona

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divinités gallo-romaines - 2ème partie

avril 15, 2007 at 10:36 (divinités)

Les dieux indigènes

Bien que dès le Ier siècle avant notre ère, les Gaulois étaient capables de représenter un visage, leurs statues ont souvent été de simples morceaux de bois ou de pierre mal taillés, car les druides interdisaient de représenter les dieux sous des traits humains ; ce qui explique la rareté de figurations humaines avant la conquête.
Malgré la présence sur les monuments publics des dieux importés du panthéon gréco-romain, les dieux gaulois semblent n’avoir rien perdu de leur riche personnalité. En effet, certaines divinités indigènes subsistent conservant leur identité face à la culture romaine.

Divinité accroupie

Cette statuette, trouvée dans le sanctuaire du Gué-de-Sciaux (Antigny, Vienne), représente une divinité accroupie, vêtue d’une tunique ne dissimulant que la moitié du corps. Les côtés sont formés en ronde-bosse par les bras. De la main droite, elle tient un fruit ; sur l’avant-bras gauche, se trouve une patère ou une corbeille de fruits avec des figues. La tête d’un serpent enroulé pénètre dans la corbeille et se nourrit d’un fruit.
Cette divinité peu répandue en Gaule, rejoint un certain nombre de représentations sculptées mises au jour dans le Centre et le Centre -Est des Gaules. Elle est assimilée à Hygie, fille d’Esculape (dieu de la Médecine), est la déesse de la Santé.

Déesses-Mères

coupleb.jpgLe culte d’une divinité maternelle remonte en Gaule à la Préhistoire.
Les déesses-mères sont souvent représentées en groupe de trois ou de deux, assises l’une à côté de l’autre, parfois seule. Elles sont vêtues d’une tunique ou d’un drapé, et portent une coiffure couronnant sa tête. Elles tiennent dans leurs bras ou sur leurs genoux une corbeille de fruits ou une corne d’abondance, et parfois même un nourrisson.
Le culte de ces déesses, symboles de fécondité, se développe fréquemment dans le cadre restreint de la famille. C’est d’elles qu’on attendait richesse et prospérité. C’est pourquoi leur culte est surtout domestique. Chaque village avait en effet ses propres divinités de la fertilité, qui n’agissaient que sur son territoire.

Epona

La déesse est représentée chevauchant en amazone sur un cheval à l’allure celtique, les oreilles dressées, marchant vers la droite, la patte avant droite levée. Elle est vêtue d’une longue tunique plissée. Un bandeau torsadé lui couronne la tête. Parfois elle tient une patère ou une corne d’abondance. Les contraintes d’une représentation de face de la déesse lui donne une attitude assez hiératique.
La déesse Epona, protectrice des chevaux et des écuries, des cavaliers et même des voyageurs, est vénérée dans l’ensemble du monde celtique, surtout par les soldats. C’est la seule divinité gauloise à qui les Romains avaient consacré une fête. Epona est associé à l’eau, à la fertilité, à la mort (le cheval incarnant la monture des morts), autant d’attributs qui la rattachent à la Déesse Mère.
La découverte de la statuette en bronze de la déesse Epona, sur le vicus gallo-romain de Vieux-Poitiers (Naintré, Vienne), est particulièrement intéressante, il s’agirait de la seule représentation en bronze dans tout le Centre Ouest. En effet, on en connaît de multiples représentations en pierre ou en terre cuite dans notre région, notamment à Saintes et à Poitiers.

Les cultes animaliers , persistance des croyances gauloises :

Le taureau tricornu

Découverte dans le sanctuaire du Gué-de-Sciaux (Antigny, Vienne), la partie antérieure de cette statuette de taureau est traitée en ronde-bosse. Sur la tête, trois cavités devaient recevoir une corne ; une au-dessus de chaque oreille et une troisième sur le sommet.
La corne symbolise la force, la violence de l’animal. Ce taureau tricornu imposait le respect de sa puissance.
Le taureau, considéré comme l’animal sacrificiel par excellence, bénéficie d’une riche iconographie. Ses représentations en pierre sont peu nombreuses en Gaule, à la différence des statuettes de bronze. Ce culte gaulois n’est pas un phénomène isolé ; il est le prolongement d’une conception religieuse enracinée dans tout l’Orient méditerranéen.

Le sanglier

Il s’agit de la partie principale d’une statuette en ronde-bosse, provenant du sanctuaire du Gué-de-Sciaux (Antigny, Vienne), dont il manque le socle, les pattes et l’extrémité de la tête. Celle-ci dans le prolongement du corps marque la rigidité de l’animal, accentuée par la rectitude de l’échine. Les soies sont représentées par un motif stéréotypé en forme de crosse. Le corps est couvert d’un motif en forme de bandes parallèles.
Il faut voir dans cet animal, vigoureux et redoutable dans sa fureur, un symbole de la rage militaire. En effet, il figure souvent sur les insignes de l’armée. La représentation de cet animal est fréquente en Gaule ; mais plus rares sont celles en ronde-bosse.

(COPYRIGHT CONSEIL DES MUSEES DE POITOU-CHARENTES
rédigé par Delphine Daviaud)

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