Un culte à Mithra à Chardonchamp (86)
Les spécialistes semblent s’accorder sur un point: on a longtemps posé Mithra comme le rival de Jésus et les chances du mithriacisme étaient quasi équivalentes à celles du christianisme dans le grand match religieux qui les a opposés durant les premiers siècles de notre ère. On sait la propension du christianisme à « emprunter » les traits de ses rivaux qui étaient susceptibles de faire pencher la balance : récupération des anciens dieux païens à travers les attributs et fonctions des différents saints, mise en place du culte marial pour évincer la fidélité vouée à la Grande Déesse Mère, « christianisation » des mégalithes par adjonction de croix, érection des lieux saints ou lieux de culte sur des sites anciens sans parler des fêtes qui, toutes sans exception ont pris la place, parfois la symbolique et la finalité des anciennes fêtes païennes… C’est particulièrement vrai vis à vis du mithriacisme. Les deux sont des religions de salut à Mystères, la date de naissance du Christ, le 25 décembre, nuit la plus longue de l’année, est celle de Mithra. Comme Mithra, Jésus naît dans une grotte, d’une vierge, sorti de la pierre. Il semble que la croix fut un symbole mithriaque, de même que sont mithriaques la mitre et la crosse des évêques, le titre de pape, la tonsure des clercs. Il n’est pas jusqu’à la Cène qui soit clairement un emprunt aux Mithriastes qui consomment ensemble, le dimanche, jour du Soleil, le pain et le vin substituts de la chair et du sang du taureau sacrifié. 
Ethique
Mais qu’est donc le Mithriacisme ? Dans son « Parcours Païen », Christopher Gérard en dresse un exact aperçu:
« Mithra est un dieu indo-iranien,de la fidélité, de l’amitié et du contrat. Il symbolise l’harmonie personnelle, sociale et cosmique. La morale mithriaque est une morale solaire, une éthique de la lumière: amour de la vérité, fidélité à la parole donnée sont centraux. Il s’agit aussi d’une religion de l’énergie car Mithra vainc le taureau grâce à sa volonté inflexible et à la force de ses bras. Ce qui lui permet de restaurer l’ordre cosmique un instant menacé par les forces du chaos, du non-être et de la mort. Par la dexiôsis, l’étreinte des mains droites, Mithra scelle son alliance avec Sol. La main droite symbolise dans de nombreuses traditions, la puissance te la volonté. Il s’agit aussi ici d’un engagement, d’une parole donnée, à laquelle une fidélité sans faille est de mise. Le succès du Mithriacisme dans les milieux militaires surtout, mais également dans la haute administration et les milieux d’affaires peut s’expliquer par cette sacralisation du lien fraternel et indissoluble, garanti par un serment et gage de salut. La loyauté, la fides romaine, source de bonheur et de salut dans un monde difficile, ne pouvait que séduire l’esprit juridique et moral des cadres de l’Empire romain. Il y aurait d’ailleurs des recherches à faire quant aux liens entre éthique mithriaque et éthique féodale et/ou chevaleresque. Les points communs sont nombreux: exaltation de la notion de service, morale de l’action et de l’énergie, lutte contre le mal, nécessité de l’obéissance et d’une hiérarchie stricte, exaltation de l’honneur et de l’amitié, non point l’amour abstrait et universel des Chrétiens (et qui a pour corollaire obligé l’ingérence dans la vie de l’autre et la « correction fraternelle ») mais solidarité concrète à l’égard des membres de la phratrie ».
Un culte interdit
La région Poitou-Charentes est riche en sites en milieu souterrain: carrières, grottes et gouffres, habitats troglodytes et souterrains. Le souterrain qui nous occupe ici, situé au 14 de la rue du Temps Perdu à Chardon Champ (Migné Auxances) fut découvert en 1923, puis aussitôt refermé jusqu’en 1947. Comme de nombreux souterrains de même type, il est creusé très proche de la surface du sol et constitué principalement de couloirs avec aménagements divers qui appellent les questions. Sa fin de fréquentation ne doit pas remonter après le XIe siècle puisque les tessons de céramique qui ont été découverts dans l’escalier d’accès datent de l’an mil environ, ou peu après.
Depuis 35 ans, les archéologues n’ont pu avancer d’explication crédible à l’utilisation d’une telle cavité creusée de main d’homme. Il semble qu’il faille abandonner le classement dans les souterrains de refuge contre des agresseurs éventuels comme il en existe beaucoup, dans la mesure où les objets et autres obstacles rencontrés dans les couloirs, une fois la cachette découverte, ne pouvaient être que des inconvénients aussi bien pour l’assailli que pour l’assaillant.
Plus construite fut l’explication avancée en 2007 par deux frères dominicains, archéologues au Proche Orient, Jean Baptiste Humbert de l’école biblique de Jérusalem, qui dirige une mission archéologique à Gaza, et Manuel Maicas, qui s’intéresse aux civilisations et religions disparues: le souterrain aurait pu abriter un culte local à Mithra. Consultez avec intérêt le document fourni par les propriétaires.
A l’appui de cette thèse, une sculpture en haut relief présentant un taurobole au croisement de deux corridors même si l’endroit semble bien exigu pour avoir pu permettre le sacrifice d’un taureau. Cette représentation taurine est assez grossière et usée par les nombreux passages et le temps. Le torse et les pattes avant du bovin sont assez difficiles à saisir. Le mufle, érodé, présente du côté droit ce que l’on peut voir comme une corne et une longue oreille. S’il se peut que ce relief ne soit pas intentionnel et que la lecture en soit due au hasard, il n’en reste pas moins que la ferveur populaire a très bien pu y voir la face d’un taureau…
Comme toutes les religions païennes, le culte de Mithra a été officiellement interdit en 391 par Théodose au bénéfice d’un christianisme hégémonique dont les dévots martelèrent les figures de Mithra et ruinèrent les mithraea.
Mithra est une divinité indo-iranienne qui remonte au second millénaire av. JC. Son culte a été propagé dans l’empire romain, au 1er siècle, par des légionnaires de retour des frontières orientales de l’empire. La pratique de ce culte, toujours lié au rocher et à l’obscurité souterraine a laissé des vestiges un peu partout en Europe. Ce sont les mithraea plus ou moins construits sur le même modèle, même si celui de Chardon Champ, très exigu (
on accède notamment à la salle où se trouve l’autel en rampant sur deux mètres et les banquettes sont séparées par une paroi de roc) rassemble le maximum de caractéristiques en un minimum de place…
Une religion de la crypte
Il faut savoir que le Mithriacisme est une religion de la crypte et le temple de Mithra est appelé « la tanière ». Il s’agira donc d’une grotte naturelle ou reconstituée (symbole du cosmos) qui servira de lieu de réunion et de salle à manger aux initiés.
Traditionnellement, un mithraeum est une salle de culte, allongée, d’orientation variable, que l’on atteint en descendant quelques marches depuis un vestibule d’entrée.
Le vestibule : un vestiaire, un coin cuisine et une sacristie. C’est aussi là que les candidats à l’initiation étaient informés, interrogés, puis soumis à diverses épreuves destinées à s’assurer de leur résistance à la chaleur, au froid, à la douleur et à la solitude dans l’obscurité. S’il réussit, le candidat doit encore prêter serment et reçoit le premier grade au sein de la confrérie.
La salle de culte est exigue. Elle est semi-enterrée, parfois souterraine, dépourvue de fenêtres. Son plafond voûté évoque le Ciel avec ses étoiles peintes. Deux longues banquettes, inclinées vers le mur, sont prêtent à recevoir les initiés, qui s’y allongent pieds vers le mur et visage tourné vers le mur du fond. L’icône de Mithra occupe le centre de ce mur du fond, au dessus d’un podium. Au milieu du large couloir séparant les banquettes, se dressent des autels, des statues de dieux divers, des braséros où brûle l’encens. L’éclairage est fourni par des lampes à huile.
Les plus anciens et les plus complets sont connus à Rome mais on en trouve aussi dans des endroits aussi éloignés que le nord de l’Angleterre ou la Palestine et beaucoup d’entre eux furent convertis en cryptes sous des églises chrétiennes. En Poitou Charentes, les vestiges ne sont pas rares, le Mithraeum d’Aubeterre-sur-Dronne, près d’Angoulême, sous l’église monolithe de Saint Jean. A Poitiers, la découverte au XIXe siècle d’une partie d’un autel taurobolique indiquait l’existence au IIe siècle d’un culte de Mithra. La sculpture de Poitiers est d’une excellente facture digne d’une grande ville à la romaine, tandis que celle de Chardon Champ, à même la roche et d’une relative médiocre qualité pour ce qu’on peut en juger, témoignerait d’une manifestation populaire.
Survivance tardive
La fréquentation du souterrain remonte donc semble-t-il au IIIe et IVe siècles, époque à laquelle le Mithriacisme était très répandu et pas simplement au XIe. Il est intéressant de noter d’ailleurs qu’à la même époque, moins d’un siècle avant que la chape de plomb du christianisme ne s’abatte, on assistait aussi à une résurgence des traditions indigènes les plus anciennes : on peut citer à l’appui de cette thèse, le sanctuaire dédié à Mithra à Mackwiller dans le Bas Rhin qui fut en partie ruiné à la fin du IIIe siècle et au lieu d’être reconstruit fut remplacé alors par un « sanctuaire de source », construit sur un plan indigène, l’ancien dieu gaulois reprenant toute la place en un lieu qu’il n’avait probablement jamais abandonné.
Il serait instructif de chercher à quelle population ce souterrain a pu servir. Dans les proches environs, il y avait de vastes installations gallo-romaines et certains habitants de l’époque ont du être gagnés par des religions nouvelles. On peut tout aussi bien envisager qu’à défaut d’un culte en référence précise à Mithra, il y ait eu, dans les campagnes, des pratiques dérivées, dans des anfractuosités naturelles ou non (c.f. La balade païenne à Angles sur l’Anglin). Quoi qu’il en soit, nous sommes ici confrontés à la survivance tardive d’un culte issu de celui qui fut dédié à Mithra jusqu’à la fin du IVe siècle et dont la population locale de Chardon Champ aurait encore eu connaissance au Moyen Age et jusqu’au XIe siècle, démontrant s’il en était besoin la vitalité des traditions païennes.
Le souterrain peut être visité gratuitement sur simple demande auprès de ses propriétaires. Pour des raisons de sécurité, l’accès est limité à sept personnes. L’accueil est charmant et enthousiaste, les chats sont fournis en accompagnateurs bénévoles, et avec un peu de chance vous croiserez le résident permanent.
Contact: Lucette et Jean Galland, 14 rue du Temps-Perdu, Chardonchamp (Migné-Auxances), tél. 05 49 51 75 35 ou 06 20 15 77 75.
De la persistance des dragons - suite
Petite parenthèse préalable - Il faut en convenir : la plus grande partie des recherches et des articles proposés sont l’œuvre de Setanta. Je profite sans vergogne des tendres liens qui nous unissent pour l’assurer de mon soutien sans réserve et lui promettre des articles sans trop préciser de dates de livraison. Mais parfois j’arrive à me secouer et à reprendre le harnais, voilà donc la suite des aventures et des avatars de nos vieux dragons. - fin de la parenthèse.

POITIERS et la Grand’Goule
Notre chère Radegonde , célébrité poitevine s’il est, reine des Francs en rupture de ban, avait préféré le Dieu chrétien à son mari Clotaire, et coulait des jours heureux et pieux dans son monastère. Elle a à son palmarès de sainte divers miracles dont celui d’avoir vaincu la Grand Goule : un corps de dragon ou de serpent ailé, une haleine pestilentielle,une queue en pince de scorpion, des pattes fourchues et griffues, des cris à l’avenant. La dite bête rode à cette époque dans les caves du monastère : la ville de Poitiers est bâtie sur un piton calcaire “trouilloté” de grottes et de caves.
Donc, notre bête rôde et dévore une par une les imprudentes qui s’aventurent sur son terrain. Radegonde n’y tenant plus descend l’affronter et lui colle un pain dans la gueule. Si, si, le ton a l’air badin et l’expression triviale mais pour l’occasion strictement littérale. Radegonde s’empare d’un des pains qui étaient dans la remise où était tapie la Grand Goule, y trace une croix et le jette dans sa gueule fumante. La Grand Goule s’étouffe et meurt dans l’instant. Triomphe de Radegonde.
Mais le souvenir de la Grand Goule demeure vivace dans la ville de Poitiers et chaque année à l’époque des Rogations les pâtissiers faisaient cuire une grande quantité de “casse museaux”, petits gâteaux que l’on jetait, avec les premières cerises, sur la sculpture qui la représentait. Promenée en procession, les dévotes y frottaient leurs chapelets en appelant sur elles la protection de la “bonne sainte veurmine”. La représentation de la Grande Goule était brandie en tête de cortège par un homme vêtu d’un surplis et portant une coiffure décoré d’une cocarde aux couleurs de la ville.
Elle est toujours exposé au Musée Sainte-Croix “construite planches sculptées
et peintes de couleurs criardes. Le corps, très allongé, cambré à l’encolure, et recourbé en plusieurs replis à la partie postérieure, était annelé de la tête aux pieds, et terminé, à la queue, par une pince de scorpion, dentelée. La tête, percée de gros yeux féroces, enfoncés sous deux gibbosités proéminentes, ouvrait une large gueule, munie de dents aigües, et dont un bec d’aigle, surmonté d’une éminence charnue, terminait la mâchoire supérieure. Une longue langue en métal, fourchue à son extrémité, des ailes fantastiques, armées d’ongles crochus, et deux pieds à trois griffes, s’ajustant au poitrail, achevaient la représentation de la Grand’Goule. Enfin, l’artiste avait peint en vert le corps et les ailes, en rouge les parties charnues et en blanc sale le poitrail et le ventre de cet animal extraordinaire.” de la Marsonnière , membre de la Société des Archives Historiques de la Saintonge et de l’Aunis.
Mais il existe une autre version de cette aventure, ce n’est plus Radegonde qui défait le monstre et délivre la ville de Poitiers mais un prisonnier anonyme auquel on promet la vie sauve en cas de réussite. Pour preuve de cette aventure on peut encore au 18ème siècle admirer sa dépouille (hé oui, encore un crocodile empaillé) accroché au mur du Palais de Justice de Poitiers. L’ancien Palais Comtal, devenu Palais de Justice tombe en ruines faute d’entretien mais est encore paré de sa dépouille comme le raconte en 1665, Sir John LAUDER, gentilhomme écossais dans son journal de voyage :
“Their hinges bound upon the wall wt iron chaines the reliets of a dead hideous crocodile, witch, tho’it be infinitly diminished from what it was (it being some hundred years since it was salin), yet its monstrously great wt a was throat. This, they say, was found in one of their prisoners, which i saw also. On a tyme a number of prisoners being put in for some offences, on the morrow as some came to sie the prisoners not one of them could be found, it having eaten and devored them every one. Not knowing whow to be red of this trubulsom beat no man daring attempt to kill it, they profered one who was condemned to dy for some crime his life he killed it. Wheir upon he went to the prison wt a weill charges pistoll as it seimingly being very hungry was advancing furiously to worry him he shoot in at a white spot of its breast wheir its no so weill armed wt scalles as elsewheir and slow and wan his life.
I enquiring whow tha beast might come their it seimed most probable that it was engendred their ex putri materia, as the philosphers speaks, tho I could hardly believe that the sun could give life to such monsrtuous big creatures as it“(*)
Toujours dans les limites de notre pagus, la même aventure est racontée à NIORT (Deux-Sèvres) où on pouvait voir autrefois une représentation d’un serpent ailé, cette pierre appartenait précédemment à un mausolée dédié à celui qui l’avait vaincu. En 1692, un déserteur condamné à mort accepte en échange de sa grâce d’affronter le monstre qui désole les marais aux portes de la ville. Pour ne pas périr de son souffle empoissonné il est muni d’un masque de verre, malheureusement celui-ci se brise alors qu’il venait de terrasser la bête et elle l’entraine dans son trépas. Le dragon et le soldat sont enterrés ensemble au cimetière de l’hopital de NIORT, hélas la stèle n’existe plus mais des témoignages l’attestent et citent l’épitaphe ” Siste viator, rem habes paucis//Hi periere simul; homo occubuit,// Serpentis veneno” “Arrête toi voyageur, l’histoire tient en peu de mots// Ici ils sont morts en même temps, l’homme fut tué// par le venin du Serpent”
De la persistance des dragons
ou : pourquoi trouve-t’on un crocodile empaillé sur les murs du château du Chat Botté ?
Question lancinante qui hante tous ses admirateurs.

Il est communément admis que le Château D’Oiron et la réussite de la famille GOUFFIER a inspiré Charles PERRAULT pour sa création du fantasmagorique marquis de Carabas, particulièrement Claude GOUFFIER richissime Grand Ecuyer du Roi . On peut voir en lui aussi bien le Marquis de Carabas que le Chat Botté ou même Barbe Bleue ! Le Marquis de Carabas rappelons le pour mémoire était un grand seigneur, un géant et un magicien. Il régnait sur sa contrée en maître incontesté. Il chute cependant, victime de son orgueil, et transformé par ses propres soins en souris se fait avaler par le Chat Botté, petit malin de la fable, chat doué de la parole et portant épée, chapeau à panache et bottes, afin d’assurer situation et richesses à son benêt de maître.
Mais, mais … quel est le rapport avec le crocodile et le chat botté ?
Ou le rapport entre le Chat Botté, les dragons et les annales pictes ?
Oiron, situé sur les chemins de Compostelle, possède une église dotée par la famille GOUFFIER où on trouve accroché à un des murs un crocodile empaillé, officiellement comme symbole lié à l’enfer. Mais le crocodile d’Oiron n’était pas si saugrenu ni isolé. Il semblerait qu’on ait trouvé peu partout des crocodiles empaillés au mur des églises du Moyen Age, souvent ramenés des croisades ces «cocodrilles», devenant «cocadrilles» et «coquatrix», ou «cocatrics» ont rarement survécu à la « tornade blanche » du 19ème siècle qui a dévasté tant de monuments
Il existe cependant encore quelques exemplaires comme celui de la Cathédrale de Séville. Accroché au-dessus de la porte du lézard (« el lagarto »), il aurait été offert en cadeau en 1260 par le Sultan d’Egypte qui souhaitait épouser une des filles du Roi Alphonse X. Ce portail dessert le Patio de los Naranjos, dernier vestige la mosquée, où les musulmans pratiquaient leurs ablutions avant d’y entrer. La fontaine qui s’y trouve date sinon des Wisigoths du moins d’anciennes sources thermales romaines.
Autre crocodile empaillé célèbre, celui qui orne un des piliers de la Cathédrale Saint-Bertrand-de-Comminges. Bertrand né au milieu du 11ème siècle à l’Isle Jourdain en Gascogne dans
une famille illustre apparentée aux comtes de Toulouse et aux rois capétiens. Quittant le métier des armes il entre dans les ordres et est nommé évêque du Comminges en 1073. C’est là qu’il va vaincre son dragon : « Il était caché, dit-on, dans un vallon des Pyrénées, et par ses vagissements attirait les curieux imprudents. Plusieurs fois on avait essayé de le détruire, mais il avait dévoré ses assaillants. Saint-Bertrand, touché du malheur de son peuple, s’avança vers lui sans autre arme que son bâton. Il touche l’animal, pose sur sa tête le bout de son étole, et le dragon le suit comme un agneau jusque sur la place de la Cathédrale, où il expire ».
Mais ce n’est pas la peine de descendre jusqu’aux Pyrénées pour retrouver la trace du dragon - crocodile. Il suffit de se tourner vers La Couronne (Charente). Ce village en périphérie d’Angoulême, s’appelait à l’origine Paludibus « les Marais », il prend le nom de Corona lors de la construction du monastère en 1124 (corona beate Maria). Son premier abbé, Lambert, dans ses jeunes années était plus ardent aux arts de la chasse qu’à ses devoirs religieux ce qui lui donna les moyens de réussir à trouver le gîte du dragon qui dévastait la région et à le tuer en le décapitant de son épée (Chronique latine de l’Abbaye de la Couronne - 1100-1789 par J-F Eusèbe CASTAIGNE, bibliothécaire de la ville d’Angoulême)
La dépouille du monstre fut empaillée et offerte à l’évêque d’Angoulême. On pouvait encore l’admirer jusqu’en 1780 accroché au mur de la première travée de droite de l’église cathédrale de Saint-Pierre d’Angoulême. Lors de l’installation des nouvelles orgues, la peau de celui qu’on reconnaît alors comme un crocodile est donnée au conservateur du Musée qui l’incorpore à son cabinet d’histoire naturelle. On perd sa trace quand cet ensemble est transféré au lycée et que vers 1868 il est jeté , sûrement dans un mouvement d’enthousiasme estudiantin, par dessus le rempart de la ville. Ces péripéties sont rappelées dans le compte rendu de la séance du 7 février 1899 de la société archéologique et historique de la Charente où on note également : « que dans certains pays les anciens avaient l’habitude de pendre aux murs des églises des animaux empaillés. Ces faits […] semblent indiquer une coutume dont il serait intéressant de connaître l’origine. […] cf. le Bâton pastoral, étude archéologique, par l’Abbé Barrault et Arthur Martin : « durant tout le moyen âge, il était d’usage dans bon nombre d’églises de porter en procession des dragons suspendus en haut d’un pique avant ou derrière la Croix, comme pour ajouter au triomphe de celle-ci en montrant le vaincu à côté du vainqueur ».[…] les crocodiles empaillés suspendus dans les églises étaient peut être destinés à cet usage ».
Du pagus
Dans notre présentation, nous écrivons: “dans l’espoir d’une renaissance païenne, nous nous proposons de récolter un maximum d’informations dans tous les domaines qui peuvent aider à mieux connaitre l’identité de notre Pagus, la vie quotidienne et les rites de nos Ancêtres. Nous irons à la recherche des Dieux et Déesses du sol que nous foulons à travers notre imaginaire, les lieux, les récits historiques, les légendes, les coutumes et les fêtes toujours vivantes…”
C’est dire pour nous l’importance de la notion de Pagus. Nous employons plus volontiers le mot latin, qu’employait aussi César dans ses Commentaires puisqu’il recouvre une réalité connue et précise… nous ne sommes pas convaincus que tel était le cas pour le gaulois “brog(i)” puisque rien n’atteste en vérité que du sens initial de “frontière, marche”, il soit passé partout en Gaule à “territoire, pays”…
Dans sa “Vie et croyances des Gaulois avant la conquête romaine”, Etienne Renardet écrit:
“Les impératifs économiques et le besoin d’assurer la sécurité ont incité les familles à se réunir entre elles pour former des clans, les clans des tribus.. De même les villages gaulois qui constituaient des unités bien définies ont ressenti le besoin de s’associer à des agglomérations voisines pour faciliter des échanges de produits abondants ici et rares là. De plus, la civilisation en se développant, supposait des installations dont un seul village ne pouvait assurer la création et l’entretien. Les greniers à sel du Moyen Age en donnent une idée.. Les chemins, en particulier, requéraient la mise en oeuvre de travaux considérables. Jusqu’au siècle dernier, chaque village, si petit soit-il, avait son cantonnier. Ce dernier était requis pour travailler avec ses collègues sur les chemins du canton. De là lui vient du reste son nom. Par ailleurs, il n’aurait servi à rien de construire une route si, sur les territoires voisins, elle n’avait eu son prolongement, ce qui suppose un plan concerté.. L’aménagement des rivières supposait aussi un effort commun.
Ainsi sont nés les cantons. Leur constitution remonte peut être à l’époque pré-celtique. Mais ils subsistèrent jusqu’à la féodalité. On sait à vrai dire peu de choses sur chacun d’eux. Pourtant on a retrouvé certains limites de ces circonscriptions. L’une d’elles, en particulier, est caractéristique. C’est l’equoranda qui a donné de nombreux dérivés comme Aigurande, Ingrande, etc. Il semble bien que ce mot gaulois [qui aurait le sens de "limite d'eau"] évoque à la fois l’eau et le cheval. Plusieurs lieux portant ce nom pourraient bien correspondre au point où les charges, transportées par eau, devaient être reprises par des transports terrestres. des traditions relatives à saint Eloi et à des pélerinages de chevaux liés à ces equoranda appuient cette hypothèse.
Au canton est donc liée la notion de réseau de voies terrestres et fluviales. Par ailleurs, on sait que le christianisme, lors de son implantation, a calqué ses structures sur les circonscriptions existantes. Avant de créer les paroisses il a mis en place des baptistères, souvent dédiés à Jean le Baptiste, où les habitants du pagus venaient adhérer à la nouvelle religion. Après la création des paroisses dans chaque village, des “églises-mères” ont gardé certaines prérogatives qui rappelleraient leur situation au chef -lieu du pagus. L’examen de la géographie ecclésiastique primitive et du réseau des voies est susceptible de donner des indication intéressantes sur les cantons gaulois.
On rencontre de nombreux toponymes de la forme “mediolanos” nettement celtique et signifiant “plaine du milieu”. Les agglomérations occupant cette situation pourraient bien être les chefs-lieux de cet ensemble de villages ou de clairières constituant le pagus. S’il en est bien ainsi la constitution des cantons remonterait à une très haute époque, ce qui n’est pas pour nous surprendre. Cette structure, bien antérieure à l’époque gauloise, aurait subsisté mais l’importance prépondérante du medialonos aurait été supplantée par celle de la cité”.
Il est à noter qu’on peut tout à fait remplacer le mot “canton” par celui de “région” sans crainte d’extrapoler …
à propos de la légende du pied griffé : pistes analogiques
On l’a vu lors de notre balade païenne à Angles sur l’Anglin , une curieuse légende est attachée au site du “pied griffé”
En des temps très anciens, un artisan qui travaillait en ce lieu, avait deux fils dont l’un se nommait Bartoumé, l’autre Bonifait. Désireux de leur offrir une destinée, il remit à chacun d’eux un marteau qu’il leur ordonna de lancer au loin. L’outil de Bartomé alla tomber sur un roc escarpé, près de Mérigny, aux lisières du berry, celui de Bonifait vint s’abattre à l’opposé dans la paroisse de La puye, près d’une source. Chaque enfant rejoignit le lieu qui lui avait ainsi été assigné par le sort. Bartoumé sur son roc (roc de saint Bartoumé) et dans la grotte sous-jacente se vit attribuer le pouvoir de guérir la colique rouge (appendicite). Bonifait, près de sa fontaine dont il remplaça la divinité païenne protectrice, celui de calmer les fièvres et de faire pleuvoir en temps de sécheresse (fontaine de saint Bonifait). A noter que saint Bonifait n’a rien à voir avec saint Boniface, mais comme son nom l’indique il est le génie “bienfaisant” du lieu.
Cette légende évoque sans conteste un des grands mythes fondateurs de diverses civilisations…Pour ce qui nous occupe, même si la raison plus plausible à cette migration gauloise était la crainte des Cimbres et le fait qu’à tout prendre il valait encore mieux fuir devant eux que se retrouver pris sous les roues de leurs chariots, il est dit qu’il était une fois (et par cette formule, on voit bien qu’on rentre de plain pied dans le mythe), sous le règne du grand roi Ambigatos… La Gaule était devenue si riche et si peuplée qu’il était devenu bien difficile de gouverner la masse de ses habitants. Ambigatos décida donc de faire partir ses neveux, en quête de nouveaux territoires (on dit aussi qu’ils étaient remuants et ambitieux et qu’il était donc plus prudent de les éloigner avant la mort du Roi). Acceptant de se soumettre au sort, ceux ci se rendirent chez un oracle, vivant à l’embouchure de la Loire, dont les deux corbeaux sacrés leur assignèrent chacun une direction à prendre. Ségovèse partit vers l’est et la forêt hercynienne formant l’avant garde de ceux qui allaient en Asie Mineure fonder l’empire des Galates et Bellovèse vers l’Italie pour fonder la Gaule Cisalpine. Voilà pour ce qui est des mythes fondateursrapprocher de la légende du pied griffé (anedoctiquement, il est amusant de rappeler aussi que les Brennus mythiques appartenaient à ces mouvements de migration, le Brennus du célèbre “Vae Victis”, le Brennus de la prise de Rome accompagnait Bellovèse, celui de Delphes était dans la descendance des guerriers de Ségovèse).
Il est tentant de faire une autre analogie… avec Gargantua cette fois qui arpente la campagne dans une terre grasse et pour le moins “amicale” si ce n’est “collante” puisqu’il est à de nombreuses reprises obligé de secouer les pieds pour décoller la terre de ses semelles. Les patins ainsi décollés, lancés, vont atterrir en des endroits souvent improbables pour former à travers tout le territoire nombre de tertres de collines et autres monticules … Gargantua est ainsi le créateur du paysage dans son rôle d’ordonnateur du Cosmos. Et d’ailleurs si Gargantua est un géant, Bartoumé et Bonifait qui lancent leur marteau évoquent eux aussi irrésistiblement des figures de géants…
Dieu géant, le Dagda, c’est à dire l’équivalent irlandais du Sukellos gaulois, a aussi pour attribut un marteau, plus précisément une massue avec laquelle il tue d’un bout et ressuscite de l’autre ce qui en fait le maître de la vie et de la mort. Dieu “bon à tout”, en plus de guerrier et de magicien il est donc aussi artisan. Il est en outre détenteur d’ un chaudron d’abondance qui peut nourrir indéfiniment tous les êtres humains. C’est aussi lui qui, paillard, rustre, goinfre et ventru, pendant la bataille de Mag Tured, fut invité par les Fomoiré et dut manger un gigantesque porridge fait de lait, de farine, de graisse, de cochons et de chèvres, en quantité suffisante pour rassasier cinquante hommes, ce qu’il fit de bon coeur en se servant d’une louche en bois « si énorme qu’un homme et une femme pouvaient coucher dedans”. La fin fut nettement plus tragique pour les Illyriens que les gaulois menés par Ségovèse dans leur marche vers l’est, durent affronter. Selon la légende, pour justifier de leur réputation de ripailleurs et buveurs, ceux ci acceptèrent l’invitation gauloise, sous couvert de bonnes relations, à de copieux repas où la viande avait été mélangée à une herbe dont la propriété était de relâcher le ventre. C’est ainsi que les Illyriens succombèrent à leur goinfrerie.
(on n’oublie pas non plus que Nantosuelta, la compagne de Sukellos est une déesse-rivière, et qu’elle représente l’esprit des eaux, principe féminin de fécondité et de santé. cf. la fontaine de saint Bonifait).
*** Le Roc de saint Barthoumé est situé sur la rive droite de l’Anglin, dans la commune de Mérigny (Indre), à la lisière de cette dernière et celle d’Angles (Vienne). Sa position face au site de Pied griffé (voir “balade païenne à Angles sur l’Anglin”) et certains signes (des niches dans le roc, de larges incisions, etc.) laissent penser qu’en des temps éloignés, peut être pré-celtiques, des cérémonies païennes rituelles relevant d’un culte commun étaient célébrées dans ces lieux.
la grotte des Perrats (16) : le casque d’Agris
Chez les celtes, seuls les chefs, qui disposaient d’un char, portaient, semble-t-il, le casque, signe distinctif par excellence. Celui qui fut trouvé dans la grotte des Perrats, datant du IVeme siècle avant JC, et qu’on appelle communément le casque d’Agris, ne fut pourtant probablement réalisé que dans un but cultuel (même si c’est sans doute un casque similaire que portait Brennus lors du sac de Rome), par des artisans formés à l’école nord-alpine caractérisée par la technologie de la coque de fer au couvre nuque riveté et le placage de feuilles d’or sur le bronze avec ornementation végétale avec palmettes et lotus et motifs géométriques indéfiniment répétés.
L’absence de tout reste humain dans les parages de la découverte excluant l’hypothèse du dépot funéraire, les spécialistes s’accordent pour privilégier alors celle de l’offrande faite aux divinités du monde souterrain, aux entités chtoniennes. Les populations celtiques et pré celtiques considéraient en effet la grotte comme accès vers l’Autre Monde. C’est aussi l’archétype de la matrice maternelle, lieu de naissance et de régénération par l’initiation.
La Grotte des Perrats ne serait pas le seul sanctuaire chtonien, on en connait d’autres dans le monde celtique, en Belgique, en Bourgogne et en Dordogne notamment et le riche décor, mais surtout le serpent cornu de la paragnathide (protège joue), dont c’est la figuration la plus ancienne connue, confirme donc qu’il s’agit bien d’une pièce à finalité non utilitaire mais cultuelle: le casque serait alors un dépot -peut être dépôt de fondation- d’un petit lieu de culte rupestre. Le serpent à tête de bélier, symbole hybride de la fécondité du sol et de la force primale apparait comme on l’a vu, sur le chaudron de Gundestrup, tenu par Cernunnos, comme un attribut mais parfois aussi comme une divinité indépendante. Jean Paul Persigout, dans son “dictionnaire de mythologie celte”, cite même un nom: Segomonos, un dieu chtonien, tellurique. Celui qui décore le casque dégage d’ailleurs une impression de puissance plus accentuée par sa ressemblance avec un dragon ou un animal carnassier. On pense ici à la Vouivre, émanation de la Terre, ou au dragon qui incarne la force primordiale, tellurique, la puissance qu’on doit conquérir et maitriser, ainsi que “notre propre énergie naturelle initiale”. Dans les mythes européens, “c’est souvent le dragon, comme la sorcière, qui possède les armes qui tuent et les secrets qui guérissent” (cf Siegfried et le dragon gardien de trésor, Fafnir, ainsi que Heracles et l’Hydre de Lerne); en astrologie comme en géomancie, on retrouve la tête et la queue du dragon (noeuds lunaires ascendant et descendant) qui illustrent la base de notre existence consciente et les influences passées qui doivent être harmonisées et dépassées pour nous accomplir.
Par ailleurs, le fait que les garnitures extérieures du casque aient été démontées et fracturées, ainsi que le choc que son timbre a reçu, provoquant un fort enfoncement, apparaissent comme “un des prémices de cette pratique de destruction des armes abondamment illustrée dans les sanctuaires plus tardifs (IIIe au Ier siècle av.JC) à dépôts d’armes sacrifiées connus de l’Atlantique à l’Allemagne du sud”.
Selon José Gomez de Soto, “La fabrication du casque a mis en oeuvre des matériaux variés qui composent plusieurs centaines de pièces : fer (coque du timbre et supports des autres éléments), bronze coulé ou en feuille travaillée au repoussé (en placage sur le fer), or (en placage sur le bronze, fils, têtes de rivets), argent (rivets), corail (cabochons emplissant les alvéoles du décor et en applique sur la paragnathide), bois, cuir, et même une sorte de colle (glue?) pour fixer les pièces de corail avant rivetage !”
la grotte des Perrats (16): cannibalisme rituel ?
A quelque distance d’Angoulême (16), sur la commune d’Agris, en 1992 puis en 1994, on découvrit dans la grotte des Perrats des fragments d’os humains portant des marques d’incisions faites au silex, appartenant à au moins trois adultes et à deux enfants de deux et quatre ans, concentrés sur une surface n’excédant pas les 5 mètres sur 5 sous le “porche” de la grotte et remontant à sept mille ans. Un crâne notamment qui portait les traces d’une grande incision allant du nez à l’occipital, montre que la tête a été scalpée puis coupée en deux probablement pour permettre l’extraction du cerveau. La plupart des ossements, par ailleurs, portent des encoches intentionnelles, des traces de percussion avec des outils en silex et certains présentent des traces de brûlures faites sur des os encore “frais”.
Pour M. Gomez de Soto, archéologue, qui constate que les os ont été broyés comme ceux du gibier, pour en extraire la moelle, « Ce traitement semble être le même que celui appliqué par ces hommes du néolithique moyen à la viande animale. Tout ceci fait donc fortement penser à du cannibalisme ».
Il y a plusieurs sortes de cannibalisme, à savoir le “cannibalisme de carence” induit par le risque de mourir de faim qui ne semble pas pouvoir s’appliquer à cette présente découverte puisque des ossements de cerfs et de grands bovidés ont été trouvés au même niveau archéologique, le “cannibalisme rituel” et magique quand on mange le coeur, le foie ou le cerveau de son ennemi valeureux ou de son ascendant pour s’approprier ses qualités, et le cannibalisme lié à des rites funéraires. On fait aussi la différence entre l’ exocannibalisme qui implique le sacrifice de l’étranger, de l’homme extérieur au clan, à l’ethnie. Il est associé à la guerre et à la capture de prisonniers destinés à la manducation rituelle des vainqueurs selon des règles très précises ( loin d’être une expression sauvage de la ” nature ” en l’homme, il s’agit d’une manifestation culturelle dont chaque détail est soigneusement réglé), et l’endocannibalisme, rite funéraire propre à certaines sociétés qui font du corps de leurs membres la sépulture de ceux qui meurent. Leur chair est rituellement consommée et partagée selon des règles sociales précises.
” S’il ne s’agit pas de cannibalisme, ce pourrait être le témoignage d’un rite proche de celui pratiqué par certaines populations actuelles du Népal qui consiste à dépecer le mort, à hacher la chair, à broyer les os et à abandonner cette « bouillie » aux oiseaux de proie”. Si l’on sait que le guerrier mort pouvait être abandonné à pourrir à l’air libre, offert aux vents, à l’air et aux charognards, ce serait en revanche la première fois que cette coutume serait observée en Europe.
Par la suite, la présence des hommes dans les environs de la grotte se manifeste sans interruption: elle fit office de complément d’habitats de plein air plutôt que d’habitat proprement dit, elle fut également un complexe funéraire pendant une période assez longue, et fut aussi utilisée de manière plus profane, par exemple pour stocker des céréales à quelques reprises jusqu’au IVème siècle où l’homme y enfouit le célèbre Casque d’Agris.
petite histoire des gens de la terre - 2ème partie
L’affranchissement des colliberts et des serfs commencé à la fin du XIIe siècle, se poursuit au XIIIe. Au XIVe, le servage ne subsistait plus que dans la marche poitevine. Les “villains” ne sont plus astreints qu’au cens, en argent ou en nature. Au XIVe, apparait la coutume du fermage (ou: bail à temps). On distingue deux catégories de paysans: la plus nombreuse est celle des petits propriétaires, métayers et fermiers, l’autre, celle des vignerons et des journaliers. Il semble que jamais la condition des habitants de la campagne n’a été aussi heureuse, sous l’Ancien Régime, qu’à cette époque.
Pourtant, la Guerre de Cent ans et les épidémies de peste laissent le Poitou et l’Angoumois pour ainsi dire déserts: bois coupés, ceps de vigne arrachés, arbres fruitiers déracinés, moulins détruits. On est entré dès le première moitié du XIVe dans une récession de l’économie qui peut aller jusqu’à la moitié des productions et qui, après une reprise au moment du retour au calme à la fin du siècle, se poursuit et s’amplifie jusqu’au milieu du XVe siècle. Bien des terres sont abandonnées et, souvent, seules les terres proches des places où l’on peut se retirer en sécurité le soir sont mises en culture. Les denrées renchérissent, les pauvres gens ne mangent que des choux et des navets sans pain ni sel. Lors de la période de paix continentale qui s’étend de 1453 à 1562, on en profite pour augmenter le rendement du sol, et les états de Saintonge, Angoumois et Poitou décident de concéder les terres en friche à tous ceux qui s’engagent à les mettre en culture, contre une simple redevance. Mais, si quelques paysans réussissent à s’enrichir et à constituer une petite bourgeoisie rurale, d’autres sont obligés d’emprunter et ne peuvent se libérer. La plupart, malgré le poids des impôts royaux et seigneuriaux arrivent pourtant à vivre. Il semble que la première moitié du XVIe siècle soit globalement favorable à la paysannerie. Peu de famines, des terres à défricher, des salaires élevés pour les journaliers, des droits seigneuriaux modérés, allégés par la hausse ds prix favorisant le développement d’une petite et moyenne paysannerie. Ces “laboureurs à boeufs” et “laboureurs à bras” sont en majorité des petits propriétaires parcelleaires qui prennent en surplus quelques terres en fermage ou métayage.
Mais avec les guerres de religion, les pillages de récoltes, les destructions des fermes et du capital de cultures, l’insécurité permanente désorganisent l’économie et la société rurale. Au XVIIe siècle, les paysans ne sont pas heureux, les impots royaux et seigneuriaux sont lourds, le peuple n’arrive pas à les payer.Souvent ce qui reste aux paysans leur est enlevé par les brigands et de nombreux seigneurs accablent de corvées leurs paysans, abimant leurs récoltes par les chasses à cour. Des émeutes éclatent , des bandes de paysans font la chasse aux “gabeleurs”. A la mort du cardinal de Richelieu, suite à de mauvaises récoltes, le prix du pain a augmenté et la perception d’impots nouveaux porte à son comble l’exaspération du peuple. Les gentilshommes du Poitou et d’Angoumois prennent fait et cause pour leurs paysans mais les troupes royales interviennent, pillent les pays insurgés et font rentrer les impots. Au début du XVIIIe, on assiste, dans la société rurale, à la domination des “laboureurs” (gros contribuables: 20 à 30% de la population) auxquels il faut ajouter les marchands ruraux et les meuniers. Au sommet de ce groupe, on trouve quelques “coqs de village”, gros laboureurs devenus fermiers seigneuriaux cumulant l’exploitation de plusieurs métairies en même temps marchends de blé et de bestiaux. La majorité des “laboureurs à boeufs” se limiteent à l’exploitation d’une ferme ou d’une métairie dont ils sont rarement propriétaires. Cependant, dotés d’un solide cheptel et de réserves, ils restent normalement à l’abri des aléas de la conjoncture. A côté, une grosse majorité de “dépendants” inclut la masse de la petite et moyenne paysannerie: petits métayers, “colons”, bordiers, vignerons charentais, “laboureurs à bras”, “riverons”, ainsi que la gamme des modestes artisans ruraux du textile et du bois, et les maréchaux et les maçons. Auxquels il faut encore ajouter les gros bataillons de journaliers et de manouvriers.
A la Révolution, dans les quatre provinces, plus de 300 000 hectares de terrains restent improductifs, landes ou marais, même si les intendants Tourny, Turgot et Blossac ont encouragé l’agriculture, introduit la culture de la pomme de terre, autorisé la libre circulation des grains, favorisé l’élevage, lutté contre les épizooties.
Au XXe siècle, le progrès des sciences entraine celui de l’économie agricole plus ou moins rapidement suivant la nature des cultures, la répartition de la propriété, la distance des grandes voies de communication. Mais il fallut attendre le début du XXe pour que la Charrue Brabant, la herse articulée, le rouleau, la houe à cheval figurent dans les bonnes fermes. A ce moment là, il y a même une moissonneuse-lieuse dans chaque village.
petite histoire des gens de la terre - 1ère partie
L’homme préhistorique a laissé beaucoup de traces en Poitou Charentes, notamment dans de nombreuses grottes ornées: la frise du Roc à Sers (16) est le plus important ensemble sculpté du Solutréen. Celle du Roc aux Sorciers à Angles sur l’Anglin (86) est un chef d’oeuvre de la sculpture magdalénienne sans équivalent du point de vue de la qualité artistique et par l’ampleur de l’oeuvre. Les peintures gravetiennes de la Grotte de Vilhonneur (16) sont plus anciennes que Lascaux et les gravures de La Marche à Lussac les Chateaux (86) représentent l’humain avec un réalisme inconnu par ailleurs (cf “Symboles pictons”). Dans cet art magdalénien de la région, le thème de la procréation chez l’homme et l’animal a fait l’objet d’une multitude de représentations.
Après avoir connu une économie “individuelle” et vécu de la collecte de graines, de fruits et de racines, et de la chasse de petites espèces d’animaux, ou de bêtes blessées ou malades, il semble que l’homme, ou son ancêtre, soit passé au stade de l’économie tribale au Paléolithique supérieur, devenu chasseur de mammouths et surtout de rennes. Ces rennes surtout, fournissent la viande pour la nourriture, les peaux pour les vêtements et les tentes, la graisse pour les lampes, les ramures et les os pour les armes et les outils, les nerfs pour le fil à coudre et les lanières. Avec la disparition du renne au Mésolithique, les tribus passent à une économie mixte de chasse, de pêche et cueillette des coquillages, des racines et des graminées. Le gros gibier de base qui remplace le renne est le cerf et les sangliers, avec le chevreuil, les bovidés et les capridés. Le Néolithique apporte des transformations fondamentales: à l’invention de l’agriculture se joint celle de la domestication des animaux et les stocks permettent de prévoir l’avenir et d’éviter les famines. L’économie agricole coexistera pendant 2 ou 3 millénaires avec l’ancienne économie de chasse. La sédentarisation se généralise progressivement. A l’époque gauloise, les agriculteurs-éleveurs sont une des composantes avec les commerçants et les artisans, de la classe productrice auxquels s’ajoutent les marins pêcheurs dans les régions côtières. La culture la plus usitée était celle des céréales (blé, épeautre, seigle, avoine, orge) et des légumineuses (petits pois, fèves, lentilles). Ces cultures couvraient parfois de vastes étendues territoriales et dans certaines régions étaient communes. Le blé était cultivé en grand et les sous-produits résultant de sa transformation étaient nombreux. L’autre grande partie de l’alimentation était assurée par l’élevage qui fournissait viande et lait en quantité. Les instruments sont multiples: araires à soc fixe, charrues à roues, machines à faucher et même des moissonneuses à dents de fer. On ignore presque tout de la vie des campagnes au VIIe siècle. Les grandes familles de propriétaires fonciers de l’époque gallo-romaine semblent s’être perpétuées sans solution de continuité. On ne doit pas connaitre le partage franc entre réserves et tenures, et à côté de l’esclavage qui persiste, il doit exister maintes petites propriétés exploitées par des hommes libres. L’Aquitaine reste par ailleurs attachée à la simple foi jurée au puissant qui assure protection, tout en demeurant hostile à la vassalité franque qui implique une domination.
A la fin du IXe siècle et au Xe, la population est presque totalement rurale. On y distingue “libres” et “non libres”.. L’esclavage est encore en vigueur qui fait de l’esclave la propriété du maître. A partir de la fin du Xe siècle, le vocabulaire change, les termes propres à l’esclavage disparaissent sauf l’un d’eux (servus) et il semble qu’alors le servage est la condition normale des paysans, le serf étant un non-libre attaché à l’ exploitation d’une terre pour le seigneur. Le servage se transmet par naissance , mais l’homme libre peut aussi choisir d’aliéner sa liberté, par piété envers une églsie ou, dans une époque de violence quotidienne, par souci d’être protégé.
Les colons forment une classe intermédiaire entre hommes libres et serfs : attachés à la culture d’une terre à titre héréditaire, ils ont, comme les “libres”, la capacité d’ester en justice. Mais il semble qu’au XIe siècle, ils se confondent avec les serfs. Les avis diffèrent entre historiens sur ce qu’il faut entendre par “colliberts”, sans doute des “non-libres” n’ayant pas de tenure réelle et pouvant posséder des biens à titre personnel. Mais plus ou moins tôt, la distinction entre “libres” et “non-libres” va tendre à s’estomper. Libres et serfs, soumis au ban du châtelain sont astreints aux mêmes coutumes, et les alleux (terres libres) se transforment en tenures soumises aux mêmes redevances que les terres exploitées par les serfs: cens, part de récolte appelée agrier, ou terrage, dîme. Le mot “servus” figure en Poitou dans une soixantaine de chartes au Xe siècle, une trentaine au XIe, une douzaine au XIIe. On parlera alors plutot d’”homme”, d’”homme coutumier”, d’”homme propre” avant que ne l’emporte, dans la région d’abord puis dans toute la France, le terme de “roturier” (ruptuarius), celui qui rompt la terre pour la mettre en culture.
le théâtre gallo-romain des BOUCHAUDS (16)
Longtemps laissé à l’abandon sur les hauts des collines charentaises surplombant la vallée de la NOUERE, le théâtre des BOUCHAUDS était tombé dans l’oubli depuis le 3ème siècle de l’ère commune. On le croyait château en ruines, le Château des Fades, le domaine des fées. Ses pierres avaient servi au cours des siècles à construire une grande partie des villages qui entourent le site et ses ruines avaient sombré au milieu des broussailles. Ce n’est qu’à partir de la seconde moitié du 19ème siècle que les BOUCHAUDS sortent de leur sommeil lorsque le propriétaire de l’époque entame une première série de fouilles. A la recherche d’un hypothétique trésor féodal, il ne trouve que de vieilles pierres et vendra une partie des derniers vestiges à une fabrique de chaux. Malgré cela, ses découvertes suscitent l’intérêt et permettront d’établir qu’il s’agit de constructions gallo-romaines. Le site sera classé monument historique le 22 décembre 1881. Des fouilles sporadiques et souvent dévastatrices se poursuivront sans méthode jusqu’au début du 20ème siècle. De 1901 à 1906, les travaux du Père Camille de la Croix permettent un meilleure compréhension du site. Propriété du département depuis 1957, les chantiers de fouilles plus récents (1974-1995) ont mis à jour et exploré le sanctuaire attenant au théâtre.

Les ruines du théâtre donnent encore la mesure de ce qu’il était au temps de son activité. Construction atypique car il occupe la partie supérieure d’un vallon orienté vers le Nord, la vue s’ouvre librement sur la région qu’il domine. Encastré dans la colline, il respecte cependant le plan dit de Vitruve. Ce type de construction profitant du paysage a du permettre une importante économie de matériau, ce qui explique peut être ses dimensions considérables : d’un diamètre de 105,6 mètres, il fait partie des plus grands théâtres du monde gallo-romain, surpassant même celui d’ORANGE (104 mètres).

Les vestiges permettent de reconstituer sa composition :
- un postcaenium , une scena et proscenium
- un orchestra
- trois caeva
- trois précinctions auxquelles on accédait au moyen de six escaliers rayonnants (parados) et cinq passages latéraux (vomitorium).
L’ima caeva était composée de trois gradins, la media caeva pouvait contenir 17 ou 18 et la summa caeva 13 gradins, l’ensemble pouvait contenir 5 à 6 000 personnes.
Construit vers la fin du Ier siècle, il connaît des remaniements au 2ème siècle : trois rangées de gradins en pierre dans l’orchestra réservées aux notables ainsi que des escaliers permettant la circulation entre l’orchestra et la cavea. Il est abandonné et détruit en partie au 3ème 4ème siècles qui verront arriver les « invasions barbares ».
L’emplacement du théâtre des BOUCHAUDS s’explique par sa proximité avec la Via Agrippa qui partait de MEDIOLANUM SANTONUM, la capitale des Santons (SAINTES) pour rejoindre LUGDUNUM (LYON). Grâce aux travaux d’érudits locaux au 19ème siècle l’établissement a été identifié à GERMANICOMAGUS (SERMANICOMAGUS), une étape signalée sur la Table de PEUTINGER. Cette identification semble confirmée par l’ampleur du site qui comprend non seulement le théâtre mais encore un sanctuaire avec au moins deux temples et un ensemble d’habitats qui n’ont pas encore été explorés. On trouve également les restes d’un aqueduc dans deux villages voisins, un vivier où on a retrouvé des coquilles d’huître, et dans des puits voisins des monnaies, des fibules, des débris de vases, des patères …ainsi qu’une statue de MERCURE.
Dans le monde gallo-romain, LUG a souvent été assimilé à MERCURE, et il y a de fortes chances que ces constructions aient remplacées un sanctuaire plus ancien situé sur cette imposante colline. Le nom lui-même des BOUCHAUDS vient de boscalis/boscus l’étendue de bois, la forêt défrichée à l’époque gallo-romaine. Et les Lucs étaient des bosquets sacrés au sommet d’une éminence, colline ou montagne (cf. LUGDUNUM). A proximité immédiate des BOUCHAUDS se trouve le village de SAINT-CYBARDEAUX, anciennement St Cybard d’Elz puis St Cybard d’Eu, Eu signifiant Yeuse, le Chêne vert, à rapprocher de la dédicace trouvée à ICULISMA (ANGOULEME) - autre grande ville santone avant son indépendance sous l’administration romaine – à ROBOR, un dieu chêne.
Il est possible qu’une partie des activités des BOUCHAUDS, GERMANICOMAGUS signifiant le marché de GERMANICUS, se soient reportées sur les localités environnantes, notamment dans la ville de ROUILLAC, célèbre localement pour son marché aux chevaux et autres animaux de ferme le 27 de chaque mois . Cette ville devrait son nom à RULLUS, important propriétaire de l’époque gallo-romaine qui aurait bâti sa villa en bordure de VIA AGRIPPA, et on y a retrouvé une statuette caractéristique de la Déesse EPONA d’une trentaine de centimètres de haut, assise du coté droit du cheval dont elle tient la bride elle a un petit animal sur ses genoux.








