les lieux de cultes : les pierres
Etienne Renardet : “Vie et Croyances des gaulois avant la conquête romaine” (A.& J. Picard) :
“L’homme n’a jamais oublié que la pierre fut sa première auxiliaire et que, lui ayant servi d’outil, lelle lui a permis de se séparer de l’espèce animale pour devenir l’homo faber. dans le paysage elle constitue des protubérances, des excavations, des falaises qui sculptent la Terre-Mère pour lui donner son visage. Le mégalithisme et l’aménagement des cavités se sont inspirés des constructions naturelles. Leur caractère religieux procède des mêmes motivations profondes mais plus élaborées.
Si nous nous plaçons à l’époque gauloise, il est vraisemblable que certaines confusions se sont produites. En effet la pierre gardait son sens symbolique mais la distinctiojn profonde, autrefois introduite dans le culte par les constructeurs mégalithiques, s’était estompée. Il est même vraisemblable que les traditions les plus anciennes demeuraient les plus vivantes et que, suivant une règle assez générale, le culte le plus récent s’était plus rapidement effacé. Néanmoins les monuments mégalithiques ont été utilisés pour des cérémonies nouvellement introduites par les Celtes et les druides ont officié sur des dolmens, ce qui, par la suite, les a fait appeler “pierres druidiques”.
Au risque de simplifier à l’extrême, on pourrait dire que les roches naturelles ont été fréquentées par le peuple, alors que les constructions mégalithiques dont les Celtes ne connaissaient pas l’objet originel ont servi aux cérémonies officielles. Nous retrouvons là un aspect du dualisme culturel. Une grande prudence s’impose toutefois et la distinction entre un bloc erratique et une pierre implantée par l’homme est souvent impossible à établir. D’autre part des pierres taillées de mains d’homme ont pu doubler des roches naturelles.
Cette observation faite, examinons le rôle des pierres. Elles ont servi de jalons sur les routes et celles des carrefours prenaient un sens quasi religieux. Le voyageur avait recours à la protection des esprits non seulement pour éviter les accidents et les attaques, mais plus simplement pour ne pas se tromper de direction. A la pointe des clairières culturales, des bornes avaient précédé les croix des rogations. Dans la forêt des pierres levées servaient de points de ralliement et de repère. Ces humbles vestiges sont arrachés chaque jour à l’occasion surtout des remembrements. Parmi ces bornes certaines servaient de jalons pour la transmission des nouvelles. Peut être étaient-elles visitées en des circonstances particulières par la foule. Des promontoires naturels d’où la voix portait à de longues distances et sur lesquels parfois s’élevent des croix ou des statues jouaient un rôle semblable.
Des roches naturelles ou des dalles aménagées étaient utilisées pour les offrandes. Des cupules et des saignées permettaient aux liquides de circuler avant de pénétrer dans la terre. Le peuple s’y rendait en foule. Des grottes étaient honorées dans des conditions semblables.
Des ensembles de pierres rangées en cercle permettaient des réunions cultuelles. Des cromlechs dont nous ignorons la fonction d’origine ont été aménagés à cette fin.
Parmi les roches naturelles, les escarpements au pied desquels jaillissent des sources étaient les plus fréquentés par les pélerins, en groupes ou individuellement. Le temple de plusieurs villes était constitué par une masse rocheuse. C’est par exemple le cas de la Pierre à la Vouivre qui s’élève sur le plateau de Bibracte.
Le pouvoir fécondant de la pierre se manifestait par la fréquentation des roches qui par leur forme se prêtaient au chevauchement par les femmes désireuses d’être mères. Ces dernières s’y rendaient individuellement ou à quelques unes. Il en allait autrement des dalles sur lesquelles les malades étaient étendus, car c’est au cours de pèlerinages que cette pratique s’accomplissait. On étendait également les morts sur des dalles avant de les confier aux entrailles de la terre.
Les Gaulois avaient un sens profond du mystère. Passionnés de la vie sous toutes ses formes, ils cherchaient à en retrouver l’”origine et remontaient à la conception. Celle ci a lieu dans les entrailles de la terre ou du ventre maternel pour le corps, dans le tréfonds de la conscience pour l’âme humaine. Les contes celtiques nous permettent de cheminer dans cette recherche vers l’analyse de psychisme comme les traditions nous aident à partager la joie de remonter aux sources de la vie. La grande nuit de l’année était le symbole de la conception qui précède la vie apparente. Il importait d’en déterminer la date afin de porter l’attention méditative sur elle.
Les obsrvatoirts naturels que constituent certaines roches jouaient un rôle pratique pour fixer la période du solstice d’hiver sans négliger le caractère symbolique du lien entre la pierre et le Soleil. Dans chaque région, des observatoires composés de roches et de repères étaient en usage. Parmi eux figurent en bonne place nos actuelles “pierres qui virent”. Celles ci mériteraient une étude approfondie qui nous entrainerait hors de notre cadre (1).
Il est fort possible que les celtes aient repris à leur compte en les rendant plus précis d’anciens dispositifs d’observation solaire. De même ont-ils fort bien pu compléter de vastes ensembles de pierres levées comme celui de Carnac qui était probablement unique en Gaule. Seules des corporations de spécialistes ont construit et utilisé de tels dispositifs. Ces deux catégories de monuments illsurtrent le dualisme des cultures.
Parmi les autres lieux de célébrations liturgiques, il faut citer les champs et les marchés et plus généralement les théâtres des activités professionnelles et économiques.
(1) Retenons seulement que des traditions postérieures ont gardé l’idée qu’au milieu de la nuit du solstice ces pierres se soulevaient pour livrer des trésors. La notion de trésor est adventice et montre une rupture de mémoire comme c’est le cas pour la corne d’abondance d’où sort les richesses. A l’origine cette corne était destinée à transporter le feu avant l’époque du feu produit. Le trésor est la matérialisation des bienfaits promis.”
des plantes tinctoriales à Bougon (79)
Les fragments les plus anciens de tissus découverts ont été identifiés au Moyen Orient et sont vieux de 9000 ans. Mais si les indices archéologiques sont rares, les premiers tissus sont vraisemblablement apparus avec l’époque néolithique. Comme ils sont généralement réalisés dans des matières souples qui ne se conservent pas, il a fallu des conditions exceptionnelles de conservation, notamment dans des milieux aquatiques ou humides pour que dans certaines régions, comme dans les lacs alpins par exemple, soient découverts des restes de morceaux de tissu datant du IIIème millénaire. La glace est également un bon moyen de conservation et la découverte dans un glacier de la momie d’ Ötzi, a permis de connaitre l’ habillement de nos ancêtres il y a 3500 ans (http://www.hominides.com/html/ancetres/otzi2.htm)
Toujours dans le pagus picton, mais du côté des Deux Sèvres, à Bougon, dans un ensemble de tumulus remarquablement restaurés et entretenus, le musée présente un certain nombre d’ateliers évoquant les activités liées à l’époque du néolithique et notamment celles en relation avec le tissage et la teinte des fibres utilisées
L’histoire du tissage remonte peut être aux temps où l’homme a remarqué des tiges entrelacées dans la forêt et réalisé qu’en tressant lui-même ces tiges il pouvait en faire des repères utiles dans la nature. Puis vinrent des pièges et des liens divers, des objets en tous genres, enfin les vêtements quand il s’avisa de l’intérêt, évident de ces secondes peaux.
Des analyses effectuées sur de nombreux échantillons ont permis de déterminer que la première fibre végétale utilisée a été le lin majoritairement mais les gaulois tissaient également le chanvre. Quoi qu’il en soit, on pratiquait donc le tissage dès l’époque néolithique et de cette époque date aussi l’élevage des moutons dont la laine se prête particulièrement bien à la confection de fils. Mais d’autres matières ont pû être aussi employées (feuilles de roseaux, fibres d’orties, libers de chêne et de tilleul…) On tissait alors sur de simples cadres constitués de quatre bâtons de bois attachés ensemble. On enroulait les fils de chaîne autour du cadre pour les tendre et on passait le fil de trame en écartant les fils de chaîne avec les doigts. Puis les métiers se sont perfectionnés en métiers verticaux munis de pesons en pierre ou en terre cuite et composés essentiellement de trois barres parallèles dont une fixe et deux mobiles afin de permettre d’ entrecroiser les fils chaque fois que la navette a passé le contrefil qui assure la composition de la trame. Dans chaque village il devait s’ en trouver un certain nombre. Les hommes actionnaient probablement les barres alors que les femmes lançaient la navette.

Certains objets ou accessoires en bois ont pu être également conservés, qui servaient pour le tissage dont l’ artisanat semble avoir été particulièrement élaboré(fuseaux, peignes à tisser, aiguilles en os, pesons, couteaux de tissage, etc.)
A l’époque gauloise, on tisse donc le lin et le chanvre. Les tiges de ces plantes sont soumises au « rouissage » c’est-à-dire qu’ on les fait macérer pendant une dizaine de jours dans une eau dormante pour que les parties ligneuses fermentent et se détachent par la suite au « battage ». Ces techniques étaient connues probablement depuis l’époque néolithique. Les tissus étaient blanchis par exposition au soleil quand on voulait obtenir des produits de qualité.
La laine brute, elle, attachée en haut de la quenouille tenue sous le bras, était « filée » entre les doigts pour constituer le fil par torsade qui était enroulé sur le fuseau. Ce travail était sans doute réservé aux femmes qui pouvaient l’ effectuer assises, lors des veillées par exemple ou même en marchant. Et la quantité de fil pouvait donc être ainsi considérable.
Pour enjoliver les tissus, des industries annexes se sont greffées sur celle du tissage, la principale étant la teinture, puisque nous savons que les Gaulois aimaient beaucoup la couleur et que leurs vêtements étaient très colorés.
Teindre, c’est imprégner, profondément et de manière durable des fibres textiles d’une substance colorante. Mais au préalable, il faut procéder au mordançage du tissu qui consiste à le faire tremper dans une solution spéciale, le préparer au moyen d’un mordant (cendre de bois, cuivre, sel d’alun…) pour permettre aux matières naturelles colorantes de mieux s’y fixer. Un exemple avec l’ALUN : Pour 1 kg de laine : 200 g d’alun. Dissoudre l’alun dans de l’eau bouillante. Y introduire la laine humectée. Porter à ébulition en remuant pendant une heure. Laisser refroidir. Sortir la laine et l’égoutter (ne pas la tordre).
Les colorants minéraux sont connus depuis des millénaires (terre de sienne, ocre, manganèse, etc…) il doit en être de même pour les colorants végétaux puisque la nature a toujours fourni à l’homme les matériaux nécessaires à son activité. Mais comme très peu de tissus ont conservé leurs colorations d’origine, on ne peut que supposer que telle ou telle plante a été utilisée en teinture, surtout en ce qui concerne l’époque néolithique en se basant sur des croisements d’informations et grâce aux pollens ou macro-restes retrouvés dans certaines fouilles.
Deux techniques de teinture sont observées à travers les âges et le monde:
- la teinture par fermentation (à froid) : les plantes sont mises à macérer dans de l’eau pendant un certain temps puis on en fait autant des fibres à colorer, dans la macération obtenue. La matière finit par s’imprégner de la couleur du bain dans lequel elle a été plongée.
- la teinture à chaud : les fibres sont mises à “bouillir” pendant une durée limitée dans une décoction de plantes préparée au préalable.
Le jardin botanique du musée des tumulus de Bougon, dans les Deux Sèvres présente les plantes cultivée il y a plus de 6000 ans, à l’époque de la construction de l’ensemble de cinq tumulus (à visiter de toute urgence !!!). Il fait partie d’ un parcours de découverte au long duquel ont été reconstitués des habitats néolithiques , y paissent des moutons primitifs, ont lieu des animations l’ été de taille de silex, vannerie ou céramique. Le musée, en complément du parcours, resitue le Néolithique dans la vaste chronologie de la Préhistoire. Les quelques essences présentées dans cet espace sont des exemples des différentes espèces probablement utilisées durant la période néolithique pour teindre les fibres textiles.
Sureau Noir : partie utilisée en teinture : fleur, baie et feuille. Couleurs obtenues: jaune, gris.
Chêne: partie utilisée en teinture: écorce. Couleur obtenue: marron clair.
Solidage: partie utilisée en teinture: plante entière. Couleur obtenue: jaune.
Noisetier: partie utilisée en teinture: feuille. Couleur obtenue: ocre jaune.
Garance: partie utilisée en teinture: racine. Couleur obtenue: rouge.
Tanaisie: partie utilisée en teinture: feuille, fleur. Couleur obtenue: jaune.
Noyer: partie utilisée en teinture: brou. Couleur obtenue: marron foncé.
Millepertuis: partie utiliser en teinture: fleur. Couleur obtenue: jaune.





