Etude des traditions non écrites

août 10, 2008 at 11:28 (Généralités, archéologie, druidisme, paganisme, vie quotidienne)

Toute renaissance du druidisme est impossible, selon le professeur Guyonvarc’h, spécialiste en la matière s’il en fut, parce que, d’une part, la langue sacrée qu’employaient les druides a disparu et d’autre part, que la société celtique indépendante à laquelle la figure du druide était liée, n’existe plus non plus … On voit tout de suite que nous ne parlons pas de la même chose … le professeur Guyonvarc’h parle de « sa » spécialité, c’est à dire du druidisme vu à travers la lorgnette universitaire réductrice , du druidisme envisagé dans sa définition sacerdotale, c’est à dire d’un « corps » de sacerdotes et de son rôle dans les domaines tant religieux, que savants, philosophiques, économiques ou politiques… on ne voit pas dans cette « définition » la moindre trace de ce que j’appellerai « paganisme vécu » mais une sorte d’inventaire froid et sans vie, de simples fiches signalétiques sur des hommes (et peut être des femmes) dont, effectivement, nous n’avons plus grand chose à faire, si ce n’est à nous y intéresser d’un point de vue historique… Il n’a jamais été dans nos propos ni dans nos voeux de restaurer ce druidisme académique là, mais bien plutôt de vivre nos croyances païennes d’enfants de la terre Celte comme auraient (peut être) pu la vivre nos ancêtres si le monothéisme n’avait imposé sa chape de plomb depuis des siècles.

Considérer que toute « restauration » du paganisme celte est impossible est donc, à mon sens, le premier écueil à éviter. Le second se trouve à l’autre extrême et consiste à se dire que, le paganisme étant par essence adogmatique, on peut faire à peu près tout ce qu’on veut, « n’écouter que son ressenti » (ce qui me fait bondir … ) et, suivant une terminologie complètement aberrante, « se construire sa propre tradition » en venant remplir selon son humeur, son caddie aux rayons du super marché de la spiritualité.

On pense ce qu’on veut d’Alain de Benoist, c’est pourtant lui qui a écrit ces mots qui forment une ligne directrice aussi cohérente qu’ enthousiasmante…: « ”Le paganisme aujourd’hui ne consiste pas à dresser des autels à Apollon ou à ressusciter le culte d’Odhinn. Il implique par contre de rechercher, derrière la religion, et selon une démarche désormais classique, l’« outillage mental » dont elle est le produit, à quel univers intérieur elle renvoie, quelle forme d’appréhension du monde elle dénote. Bref, il implique de considérer les dieux comme des « centres de valeurs » (H. Richard Niebuhr), et les croyances dont ils font l’objet comme des systèmes de valeurs: les dieux et les croyances passent, mais les valeurs demeurent. C’est dire que le paganisme, loin de se caractériser par un refus de la spiritualité ou un rejet du sacré, consiste au contraire dans le choix (et la réappropriation) d’une autre spiritualité, d’une autre forme de sacré. Loin de se confondre avec l’athéisme ou l’agnosticisme, il pose, entre l’homme et l’univers, une relation fondamentalement religieuse - et d’une spiritualité qui nous apparaît comme beaucoup plus intense, plus grave, plus forte que celle dont le monothéisme judéo-chrétien se réclame. Loin de désacraliser le monde, il le sacralise au sens propre, il le tient pour sacré - et c’est précisément en cela, qu’il est païen.”

Il n’est pas question de refaire l’histoire , “réinventer des dieux, à la manière antique”, est impossible. Retrouver le paganisme tel qu’il était ? je ne vois pas comment cela serait possible et je ne sais même pas si ce serait souhaitable (d’autant plus qu’il devait y avoir autant de “variantes” que d’”écoles” et “tendances”…) en revanche, il est possible, j’en suis certain, de retrouver le paganisme tel qu’il aurait pu devenir… Nous ne voulons pas reconstruire à l’identique, nous voulons forger les outils qui nous permettront de vivre notre foi de manière cohérente. Malgré tout ce qu’on a pu dire de la tradition orale il est faux de prétendre qu’on a tout perdu de l’enseignement des druides: les découvertes archéologiques et leur interprétation, le comparatisme avec les textes irlandais et gallois débarrassés de leurs scories chrétiennes, et le recours à l’hindouisme et autres traditions indo-européennes peuvent nous donner de sérieuses pistes pour une sorte de reconstructionnisme basé sur un archéo futurisme intelligemment pensé … retrouver les dieux locaux, je pense que c’est réellement possible et (re) construire “en respectant l’esprit des Anciens”, je suis certain que ça l’est aussi…

Une des méthodes, non exclusive, utile à l’apprenti « re-constructionniste » et qui est l’une de nos finalités, à la Main Rouge, est l’étude des traditions non écrites…

Que faut-il entendre par « traditions »? On laissera la parole à Etienne Renardet (« Vie et croyances des Gaulois avant la conquête romaine ») qui répondra bien mieux que je ne saurais le faire moi même:

« la Langue . Elle sert à exprimer les idées, les besoins, les sentiments d’un groupe social, à transmettre les connaissances, à communiquer. Elle est donc un support privilégié de la culture.

La linguistique permet de déterminer la présence et les mouvements d’une civilisation. Elle reste imprécise dans le domaine du temps.

Les Habitudes. Généralement elles relèvent de la bienséance. Leur origine est parfois difficile à ,déterminer. Si l’on se découvre devant une personne à qui l’on doit le respect ou que l’on veut honorer, c’est que la coiffure était signe d’autorité. Tendre la main droite manifeste que l’on est désarmé. Offrir des voeux au Nouvel An se faisait déjà à l’époque néolithique, etc. Toutes les habitudes ont à l’origine une signification symbolique ou une raison pratique. Elles ont acquis un statut conventionnel. Par exemple les hommes laissent les femmes passer devant eux, ils offrent leur bras gauche, sauf s’ils sont militaires (à cause du sabre), le maître de maison verse quelques gouttes de vin dans son verre avant de servir ses invités. Ces habitudes s’expliquent mais il n’en est pas toujours ainsi.

Les Coutumes. Elles se rapportent aux activités ou aux cérémonies. Elles composent des sortes de rituels domestiques, professionnels, religieux, festifs. On les classe dans la discipline nommée folklore. Celui ci a entrepris de nombreuses enquêtes pour recueillir les rites attachés aux diverses circonstances de la vie sociale. Fort heureusement, on a rassemblé avec le plus grand nombre de détails possibles les pratiques effectuées lors des mariages, des naissances, des enterrements, des fêtes… Ainsi possède-t-on déjà une riche documentation qui éclaire le comportement social.

Les Dictons, Maximes, Proverbes. Les uns ont une portée morale, d’autres ont valeur de conseil ou simplement d’indication, d’autres encore se rapportent aux prévisions météorologiques (ce mot seul est indicatif). L’étude de ces formules lapidaires est fort instructive quant à la mentalité, le comportement et les règles de vie d’autrefois.
De nombreuses études ont été entreprises mais la chronologie mériterait d’être approfondie.

Les Contes, fables, légendes, anecdotes se rapportant à des personnages ou des évènements historiques. Ce domaine a été largement exploré par les historiens. Les travaux récents exploitent cette source de documentation non seulement pour mieux connaître les biographies et les faits, mais aussi pour pénétrer dans le domaine des us et coutumes et des courants sociologiques.

Les Contes, légendes et dictons se rapportant à un site ou un objet déterminé. Ce domaine est celui qui nous intéresse particulièrement car il est à peu près inexploré. Des auteurs, depuis peu de temps du reste, signalent à propos d’un site les traditions qui s’y rapportent. Mais à notre connaissance, il n’existe pas d’études systématiques et comparatives d’envergure.
Pour étudier cette documentation, il convient avant tout d’en recueillir les éléments aussi fidèlement et complètement que possible. D’autre part on ne doit pas négliger qu’ils ont avec les autres sortes de traditions des liens plus ou moins étroits qu’il convient d’établir et d’analyser. Enfin, les traditions sont une matière vivante. Contrairement aux vestiges archéologiques témoignant avec précision de l’époque à laquelle ils appartiennent, les données traditionnelles sont en perpétuelle évolution. Il importe de déterminer les phases de leurs mutations et leurs formes successives. C’est ce que André Varagnac appelle la stratigraphie des âges.

Comme on le voit ce domaine comporte une multitude de composantes d’une très grande richesse. Mais leur étude suppose une rigueur dans la recherche et une méthode adaptée. Nous appliquons la méthode suivante:

Analyse des Composantes.

Il convient tout d’abord de déterminer le noyau central de la tradition qui présente une permanence. Ce noyau se rapporte à des réalités psychologiques de la nature humaine: les archépsychés. Leur essence n’apparaît pas au premier abord, c’est donc plutôt leur permanence qu’on recherchera.
Puis, on examinera les composantes au moyen des apports en tenant compte du cadre culturel et des habitudes de l’époque considérée, des contingences économiques, politiques, sociales. Des comparaisons avec les modifications constatées pour la même période sur des tradition, écrites ou orales, sur l’art, les moeurs, faciliteront cette étude.

Confrontation des traditions entre elles et avec les autres agents.

Des confrontations destinées à vérifier des hypothèses et même des rapprochements systématiques sont à faire. Ces confrontations sont indispensables non seulement pour permettre la compréhension des traditions mais aussi pour que l’interprétation que l’on propose soit crédible.

Interprétation.

Nous avons vu que les objets archéologiques pouvaient être datés parfois avec précision. Il en est de même des faits historiques qui, après critiques, ont de grandes chances de se présenter comme authentiques. Mais en raison même de leur caractère instable, les traditions ne sont susceptibles de refléter que des courants d’idées, des tendances, des orientations de croyances ou de pratiques.

La première démarche du chercheur consiste à se départir autant que possible de ses propres cadres de références. Il est évident qu’une telle attitude n’est pas pleinement réalisable. Il importe à tout le moins d’y tendre.

Puis on recherchera les cadres de la population considérée en s’efforçant de découvrir sa culture, celle ci étant composée du fonds antérieur, des acquisitions, du genre de vie, des pressions et réactions.

Contrôle.

Sachant que l’interprétation est nécessairement marquée par la personnalité de celui qui la présente et de l’incertitude des documents, un contrôle s’impose. Il portera sur la remise en question des conclusions, si attrayantes soient-elles et sur la comparaison entre diverses propositions. Ainsi obtiendra-t-on confirmation des hypothèses qui ne seront retenues que lorsqu’une convergence aura pu s’établir par rapprochement, comparaison, similitude et opposition.

Une telle méthode est longue à appliquer. Elle s’impose pourtant à celui qui veut étudier consciencieusement les traditions ».

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les lieux de cultes : les pierres

mars 17, 2008 at 12:29 (coutumes, nature, vie quotidienne, écologie sacrée)

Etienne Renardet : “Vie et Croyances des gaulois avant la conquête romaine” (A.& J. Picard) :

“L’homme n’a jamais oublié que la pierre fut sa première auxiliaire et que, lui ayant servi d’outil, lelle lui a permis de se séparer de l’espèce animale pour devenir l’homo faber. dans le paysage elle constitue des protubérances, des excavations, des falaises qui sculptent la Terre-Mère pour lui donner son visage. Le mégalithisme et l’aménagement des cavités se sont inspirés des constructions naturelles. Leur caractère religieux procède des mêmes motivations profondes mais plus élaborées.
Si nous nous plaçons à l’époque gauloise, il est vraisemblable que  certaines confusions se sont produites. En effet la pierre gardait son sens symbolique mais la distinctiojn profonde, autrefois introduite dans le culte par les constructeurs mégalithiques, s’était estompée. Il est même vraisemblable que les traditions les plus anciennes demeuraient les plus vivantes et que, suivant une règle assez générale, le culte le plus récent s’était plus rapidement effacé. Néanmoins les monuments mégalithiques ont été utilisés pour des cérémonies nouvellement introduites par les Celtes et les druides ont officié sur des dolmens, ce qui, par la suite, les a fait appeler “pierres druidiques”.
Au risque de simplifier à l’extrême, on pourrait dire que les roches naturelles ont été fréquentées par le peuple, alors que les constructions mégalithiques dont les Celtes ne connaissaient pas l’objet originel ont servi aux cérémonies officielles. Nous retrouvons là un aspect du dualisme culturel. Une grande prudence s’impose toutefois et la distinction entre un bloc erratique et une pierre implantée par l’homme est souvent impossible à établir. D’autre part des pierres taillées de mains d’homme ont pu doubler des roches naturelles.
Cette observation faite, examinons le rôle des pierres. Elles ont servi de jalons sur les routes et celles des carrefours prenaient un sens quasi religieux. Le voyageur avait recours à la protection des esprits non seulement pour éviter les accidents et les attaques, mais plus simplement pour ne pas se tromper de direction. A la pointe des clairières culturales, des bornes avaient précédé les croix des rogations. Dans la forêt des pierres levées servaient de points de ralliement et de repère. Ces humbles vestiges sont arrachés chaque jour à l’occasion surtout des remembrements. Parmi ces bornes certaines servaient de jalons pour la transmission des nouvelles. Peut être étaient-elles visitées en des circonstances particulières par la foule. Des promontoires naturels d’où la voix portait à de longues distances et sur lesquels parfois s’élevent des croix ou des statues jouaient un rôle semblable.
pierres-mars-2008-105.jpg  Des roches naturelles ou des dalles aménagées étaient utilisées pour les offrandes. Des cupules et des saignées permettaient aux liquides de circuler avant de pénétrer dans la terre. Le peuple s’y rendait en foule. Des grottes étaient honorées dans des conditions semblables.
Des ensembles de pierres rangées en cercle permettaient des réunions cultuelles. Des cromlechs dont nous ignorons la fonction d’origine ont été aménagés à cette fin.
Parmi les roches naturelles, les escarpements au pied desquels jaillissent des sources étaient les plus fréquentés par les pélerins, en groupes ou individuellement. Le temple de plusieurs villes était constitué par une masse rocheuse. C’est par exemple le cas de la Pierre à la Vouivre qui s’élève sur le plateau de Bibracte.
Le pouvoir fécondant de la pierre se manifestait par la fréquentation des roches qui par leur forme se prêtaient au chevauchement par les femmes désireuses d’être mères. Ces dernières s’y rendaient individuellement ou à quelques unes. Il en allait autrement des dalles sur lesquelles les malades étaient étendus, car c’est au cours de  pèlerinages que cette pratique s’accomplissait. On étendait également les morts sur des dalles avant de les confier aux entrailles de la terre.
Les Gaulois avaient un sens profond du mystère. Passionnés de la vie sous toutes ses formes, ils cherchaient à en retrouver l’”origine et remontaient à la conception. Celle ci a lieu dans les entrailles de la terre ou du ventre maternel pour le corps, dans le tréfonds de la conscience pour l’âme humaine. Les contes celtiques nous permettent de cheminer dans cette recherche vers l’analyse de psychisme comme les traditions nous aident à partager la joie de remonter aux sources de la vie. La grande nuit de l’année était le symbole de la conception qui précède la vie apparente. Il importait d’en déterminer la date afin de porter l’attention méditative sur elle.
Les obsrvatoirts naturels que constituent certaines roches jouaient un rôle pratique pour fixer la période du solstice d’hiver sans négliger le caractère symbolique du lien entre la pierre et le Soleil. Dans chaque région, des observatoires composés de roches et de repères étaient en usage. Parmi eux figurent en bonne place nos actuelles “pierres qui virent”. Celles ci mériteraient une étude approfondie qui nous entrainerait hors de notre cadre (1).
Il est fort possible que les celtes aient repris à leur compte en les rendant plus précis d’anciens dispositifs d’observation solaire. De même ont-ils fort bien pu compléter de vastes ensembles de pierres levées comme celui de Carnac qui était probablement unique en Gaule. Seules des corporations de spécialistes ont construit et utilisé de tels dispositifs. Ces deux catégories de monuments illsurtrent le dualisme des cultures.
Parmi les autres lieux de célébrations liturgiques, il faut citer les champs et les marchés et plus généralement les théâtres des activités professionnelles et économiques.

(1) Retenons seulement que des traditions postérieures ont gardé l’idée qu’au milieu de la nuit du solstice ces pierres se soulevaient pour livrer des trésors. La notion de trésor est adventice et montre une rupture de mémoire comme c’est le cas pour la corne d’abondance d’où sort les richesses. A l’origine cette corne était destinée à transporter le feu avant l’époque du feu produit. Le trésor est la matérialisation des bienfaits promis.”

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le cycle du Carnaval avant la conquête romaine

janvier 21, 2008 at 4:37 (fêtes, vie quotidienne)

“L’hiver n’en finit pas d’agoniser. Les provisions soigneusement conservées dans les récipients ou dans les silos enfouis sous la terre commencent à s’épuiser. Le bois sec se fait rare et pourtant le froid reste vif. La neige, le vent et les gelées ont totalement dépouillé la terre devenue aride et triste.. C’est l’angoissante fin de l’hiver où la neige, refusant de disparaitre, se répand en rafales agressives devant lesquels les jours cléments battent en retraite.
scilla_bifolia_070406.jpg Pourtant la Nature pressent déjà la belle saison. Au milieu des tapis blancs qui demeurent au fond des combes ombreuses, les “gouttes de lait” sortent du sol toutes blanches pour ne pas se faire remarquer. Dans les sous-bois, les scilles minuscules exposent leur douce couleur bleue aux moindres rayons du soleil qu’aucune frondaison n’arrête. La mâche étale ses feuilles dans les champs qui portent ainsi le premier produit de l’année. Parmi les oiseaux qui s’essaient à chanter , le merle continue sa mélodie commencée en plein hiver pour fixer sans retard les limites de son domaine. Avant que la campagne soit en mesure d’assurer une nourriture suffisante, l’instinct de reproduction pousse les animaux à préparer la saison des amours. L’eau sourd de toutes parts et les ruisseaux chantonnent leur plénitude.
Puis dans les prés, les pâquerettes sortent en toute hâte leur petite tête ronde pour dire aux oiseaux qu’il est temps de pondre car les insectes prennent leur vol hésitant et les vermisseaux se glissent sous les feuilles mortes.. Les reptiles se réveillent lentement à la chaleur des pierres. Après les buissons, les arbres se parent de pousses qui n’arrivent pas à contenir les jeunes feuilles. Cependant qu’ en terre les graines se muent en tiges prometteuses. Ces germes se libèrent de la graine comme le foetus fait du placenta devenu inutile et voué à la disparition. Au ciel les giboulées ont mené un vigoureux combat d’arrière garde. Victorieusement le vent est parvenu à libérer l’azur qui se partage à égalité avec la nuit, la durée du jour.
Ce drame du réveil de la nature qui va effacer toute tracée de la saison morte, où le prédateur attaque les proies avec audace pour nourrir ses petits, où chaque branche bouscule ses voisines pour se tailler un espace, où les mères défendent avec témérité leur progéniture, ca drame, l’homme de pouvait pas ne pas le ressentir très fortement.
Il l’a représenté de sorte à rappeler symboliquement les évènements mais surtout leurs causes transcendantes et à exprimer ses propres émotions. Cette représentation constitue le cycle de printemps qui commence au début du bois de mars pour finir avec le mois de mai.
Pour les Gaulois le monde des âmes envahit progressivement la terre avant même que ses habitants en aient bien pris conscience. Aussi sont-ils surpris de constater les effets de cette conquête générale qui s’observe dans les bois, les champs, les maisons aussi. Cette prise de possession du peuple souterrain, c’est le monde à l’envers. Comment cela se traduit-il ?
Les jeunes gens sautillants et facétieux, méconnaissables sous les déguisements sont habillés sens dessus dessous. Puisque le visage représente la personne, les garçons cachent le leur derrière des masques excentriques, comme il sied à des êtres surnaturels. Parmi eux se trouvent des animaux puisque ceux ci peuplent l’au delà. La troupe turbulente se répand partout sans vergogne. Sa première incursion a pour objet le lieu où l’on se rassemble pour les veillées d’hiver ou “écraignes” (*). Elles ne sont plus de mise. Les participants sont dispersés au milieu des cris, les filles et les femmes sont particulièrement poursuivies car il est temps qu’elles reprennent leur place dans l’oeuvre de procréation.
Plusieurs jours durant, ils sèment le trouble dans le village, entrent dans les maisons, n’hésitant nullement à prendre les aliments qui s’y trouvent. Les habitants, du reste, ont à coeur de leur offrir tout ce qui leur plaît. En échange, ils distribuent par poignées de la farine sur les gens qu’ils rencontrent en signe de fertilité.
Une multitude de rites pratiqués dans telle ou telle région, rappellent ce bouleversement causé par l’envahissement des êtres surnaturels. Là, c’est le jugement improvisé des notables, là c’est la course imposée à un mauvais sujet assis à l’envers sur un mulet… Les gâteaux consommés en ces jours-là rappellent eux mêmes le caractère insolite de tout ce qui advient. Le nom de “fantaisies” qui nous a été transmis en est le signe.
Un géant était de la fête et, dans le Nord en particulier, il la présidait en compagnie de ses émules. Mais ce grand personnage avait une fin tragique puisqu’on le mettait à mort. Il s’agit là d’une pratique héritée des époques pré-celtiques dont les Gaulois avaient gardé la tradition sans en connaitre la cause. André Varagnac pense que les traditions relatives aux géants ont pris naissance après le mégalithisme. Les Celtes, incapables de réaliser de tels monuments auraient imaginé qu’ils étaient l’oeuvre de puissants personnages. Une autre explication a été proposée. Un roi conquérant honni aurait laissé un souvenir tellement mauvais que, bien des générations après, on le met encore à mort. Cette interprétation historique nous parait moins vraisemblable.
roue-en-feu.jpg Une autre tradition consistait à garnir une roue de paille sèche et à la faire dévaler sur les pentes après l’avoir enflammée. En certaines régions des disques étaient lancés en l’air. La roue, signe solaire, répandait ainsi sur son parcours le feu fécondant. C’est probablement en partant de la même idée que les oeufs étaient “roulés” en certains endroits déterminés. L’oeuf était lié à la saison printanière, aussi jouait-il un rôle important dans les rites carnavalesques. Comme le poussin doit casser la coque pour sortir, l’oeuf doit être brisé pour être signe de naissance. C’est pourquoi il était rituel de casser des oeufs soit lors des “roulées” soit dans des gâteaux.
Le cycle de Carnaval se terminait par des feux. Chacun apportait un peu de bois au bûcher pour rappeler son caractère communautaire. Des danses s’animaient autour du foyer et les jeunes gens effectuaient des sauts au dessus des flammes, signifiant le passage. Les filles et les jeunes femmes, en accomplissant ce geste, participaient à l’oeuvre de fécondation générale. Celle ci était complétée par l’éparpillement des brandons ou de torches d’herbes sèches dans les champs. Dans certaines régions, des braises et des cendres étaient également répandues sur les sépultures pour appeler les défunts à revivre en union avec toute la nature.
D’autres pratiques avaient lieu en divers endroits. Elles avaient pour thème la pousse des plantes. Ici on fichait en terre une branche ou une tige. Si elle prenait racine et fournissait des bourgeons, c’était signe de prospérité. Là on allait cueillir des branchages pour en tresser des couronnes que rehaussaient des décorations composées de rubans ou de colifichets aux couleurs éclatantes. Des “rondes” accompagnaient ces cueillettes.
(*) Ces lieux de réunion souterrains sont en contact avec la Terre-Mère, mieux, ils sont en son sein. Ceux qui s’y rendent se trouvent pour ainsi dire au milieu du petit peuple des âmes. En Bourgogne on appelle un homme de très petite taille “écraignot”. Il est normal que l’invasion de ce peuple sur la Terre se produise à partir de ces souterrains.”

Etienne Renardet: “Vie et Croyances des Gaulois avant la conquête romaine”

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autour d’Imbolc

janvier 21, 2008 at 12:06 (fêtes, vie quotidienne)

 Etienne Renardet: “Vie et Croyances des Gaulois avant la conquête romaine”.

“Entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps, les Celtes célébraient une fête. Quel était son objet ? On sait que le thème de la purification se retrouve en plusieurs religions. Le calendrier gaulois comportait peut être ce thème. Encore faudrait-il déterminer ce qu’il convient de mettre sous ce mot. Il ne concerne pas une personne comme c’est le cas pour la Chandeleur. En revanche il semble bien qu’il définisse la qualité et la pureté des produits de la terre ou les aliments conditionnés par les hommes. Les rites consistaient à offrir des gâteaux aux divinités des sources afin de se concilier leurs bonnes grâces et d’obtenir qu’elles assurent une excellente qualité aux récoltes et aux aliments tout au long de l’année. Mais la prière ne se limitait pas à ce domaine. Les femmes sollicitaient d’être fécondes dans les mois à venir. Tout se passait comme si, après avoir demandé l’ abondance des biens aux jours du grand renouveau, on s’adressait à des puissances quelque peu ambigües pour obtenir la qualité des dons.
La visite aux sources se faisait avec un grand concours de peuple qui se livrait à des manifestations de danses plus rituelles que joyeuses. Les enfants, les jeunes filles et les nouveaux mariés avaient des rôles qui leur étaient propres. Ces rassemblements étaient parfois accompagnés de foires où s’échangeaient plutôt des objets fabriqués que des produits agricoles.
L’ancienne tradition selon laquelle les luminaires de la Chandeleur étaient conservés pour servir de protection contre la foudre indiquerait des rites du feu. Mais en l’état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons en dire davantage.
Après avoir sollicité les bienfaits des puissances de l’autre monde, il était logique de chercher à savoir si l’on avait été exaucé. Des rites divinatoires accompagnaient les offrandes. Les uns s’effectuaient dans les sources, d’autres à la maison à l’occasion de la confection de galettes de farine. Certains signes annonçaient profusion de récoltes, abondance de nourriture, espérance d’heureuses maternités.”

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“viens moi en aide, art magique …”

janvier 12, 2008 at 7:37 (archéologie, coutumes, médecine, vie quotidienne)

On a vu (c.f. “la tablette de plomb de Rom”) que les tabellae defixionum gallo romaines gravées d’inscriptions et de formules magiques d’exécration ou d’envoutement étaient déposées dans des puits, ou bien dans des tombes, des sources ou encore des fosses, qui sont des voies d’accès traditionnelles à l’Autre Monde , par lesquelles on peut communiquer avec les divinités chthoniennes pour notamment leur demander des faveurs.Un autre exemple nous est fourni par la tablette d’argent découverte dans une sépulture à Poitiers, en 1858. Conservée actuellement au musée de saint Germain en Laye, elle date du IVème ou Vème siècle et elle est rédigée en un latin tardif mêlé de mots grecs même si on a cru longtemps qu’il s’agissait d’une langue celtique.
Ce “mélange” donne un curieux résultat: “Bis gontaurion analabis, bis gontaurion ce analabis, Gontaurios catalages vim,s(cilicet) anima(m), vim s(cilicet) paternam. Asta, magi ars, secuta te, lustina, quem peperit Sarra
C’est sans doute cette imprécision (le travail de reconstitution est ardu) qui a fait que plusieurs traductions se sont opposées. On cite généralement celle de R. Le Moniès de Sagazan : “tu iras deux fois cueillir de la centaurée et tu en recueilleras chaque fois le suc. Pour celà fais un extrait aqueux que tu concentres au four jusqu’à obtention d’une masse pilulaire que tu divises en trois pilules. Que cette préparation bénéfique, à elle seule, te protège, toi, Justine, fille de Sara
Aussi invraisemblable qu’il paraisse, c’est le même texte que d’Arbois de Jubainville traduit par “deux fois tu prendras de la centaurée, et deux fois tu prendras de la centaurée. Que la centaurée te donne la force (c’est à dire la vie), la force (c’est à dire la force) paternelle. Viens moi en aide, art magique, en suivant Justine qu’a enfantée Sara”.(on remarquera que puisqu’il est question de prendre de la centaurée deux fois, on le dit deux fois ce qui est une pratique magique typique)
Il est fort probable qu’il s’agisse là d’un charme pour guérir une impuissance sexuelle puisqu’ on n’hésite pas à traduire la “force paternelle” par membre viril dans la mesure où Asta, astae, voir hasta, ae, f. signifie: - 1 - bois de lance, hampe de javelot. - 2 - lance, pique, javeline, javelot, trait, dard. - 3 - encan, vente publique (annoncée par une pique enfoncée en terre). - 4 - thyrse. - 5 - sceptre. - 6 - baguette. - 7 - sorte de comète. Et dans son “dictionnaire érotique”, en 1978, Pierre Guiraud cite pratiquement les mêmes mots parmi ses 550 synonymes populaires ou argotiques du sexe masculin : arc, baguette, baïonnette, bâton, branche, cognée, dard, épée, lance, sceptre …

petite-centauree.jpg Il semble donc s’agir d’une formule de magie médicale, utilisant à la fois les propriétés pharmacologiques de la centaurée (ce tonique des voies digestives parait employé ici plutôt comme tonique de l’activité génitale) et la puissance de l’incantation. On signalera au passage que si on connait le nom gaulois de la Petite Centaurée, Exacon, c’est grace à Pline qui indique : “elle croît au bord des sources… C’est par son suc qu’elle est efficace … en Italie, on nomme cette centaurée fiel de terre à cause de son extrême amertume, en Gaule Exacum parce que prise en boisson elle évacue toutes les substances nocives et ensemble les grosses humeurs“.

Même si on peut raisonnablement affirmer, au vu de l’usage de l’Empire romain comme de celui de la Gaule indépendante que des femmes médecins exerçaient en Gaule soit comme prêtresses traditionnelles, soit comme thérapeutes selon l’art grec, on a de fortes raisons de croire pourtant qu’au IVe siècle de notre ère c’était une occupation plutot masculine et qu’avant la romanisation, c’était le Druide qui était médecin. On sait aussi qu’à l’époque indépendante, la médecine druidique était triple : la médecine incantatoire, ou magique (correspondant à la 1ère fonction, sacerdotale), la médecine sanglante (2ème fonction, guerrrière) et végétale (3ème fonction, productrice). Ce qu’on ne sait pas, en revanche, c’est s’il y a une médecine gallo romaine prolongeant une médecine celtique continentale, pratiquée parallèlement à la médecine grecque adoptée, pour l’essentiel, par la Gaule romaine. Certains auteurs, comme Christian Guyonvarc’h, sont dubitatifs. Pourtant , cet exemple qui nous occupe semble donc ressortir d’un mélange de médecine incantatoire et de médecine végétale et pourrait correspondre à une évolution d’une médecine druidique “réfugiée dans les bois” (et donc quelque peu altérée) par crainte de la répression romaine à moins qu’elle ne soit le fait d’un de ces sorciers de campagne habiles à des pratiques dont certaines remontent aux âges préhistoriques et qui ont de tous temps concurrencé les praticiens officiels.
On ne sait pas trop qui est celui qui fait cette demande et qui est l’occupant(e) de la tombe. Est-ce Justine et celui (celle) qui a écrit le message lui demande de la transmettre aux dieux, c’est ce qui semble la thèse “officielle” et c’est effectivement ce qui parait le plus vraisemblable…la demande suivrait alors la morte dans son périple vers l’Autre Monde… on ne voit pas trop, si l’auteur de ces lignes était Justine, pourquoi elle se citerait ainsi .. mais on ne sait pas qui est Justine, si elle est l’occupante de la tombe, pourquoi la choisir, elle précisément ? est-ce une sorcière et lui fait-on alors plus confiance qu’à n’importe qui pour transmettre la demande ? ou est-ce une tombe prise au hasard, l’essentiel étant d’avoir une porte ouverte vers le monde chthonien ? et dans ce cas on confie le message à la sépulture, donc au sein de la terre, plus près des divinités chthoniennes mais en même temps c’est comme quand on enterre un grain pour qu’il repousse … Le rituel viserait à conjurer l’impuissance, donc la mort, à éloigner la mort en allant lui rendre visite, en s’adressant directement à elle. Pour que d’elle naisse la vie… attendre de la mort qu’elle redonne la vie au sexe, donc à l’homme défaillant et on retombe sur le vieux principe suivant lequel il n’y a pas de vie sans mort et pas de mort sans vie … On précisera aussi qu’on ne sait pas non plus si l’auteur, donc, est celui qui souffre d’impuissance, ou si la demande est faite pour lui par quelqu’un d’autre, praticien (médecin ou sorcier) ou sa (son) partenaire qui souhaite que le “patient” retrouve son ardeur…

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les 12 jours

décembre 16, 2007 at 4:15 (coutumes, fêtes, vie quotidienne)

Le 1er janvier

Les étrennes, reçues ou données, accompagnées d’échanges de voeux et de souhaits divers sont la préoccupation essentielle du 1er janvier, même si l’Eglise a choisi ce jour là pour fêter la circoncision du Christ. Il se trouve à mi chemin des “deux Noëls”, cette vieille tradition solsticiale des douze jours dont le christianisme n’a pas pu venir à bout et pendant lequel on faisait bonne chair et on travaillait peu (il était par exemple interdit de laver ou filer, de faire du pain ou nettoyer les étables.). Les étrennes nous viennent des Romains depuis une coutume introduite sous l’autorité du roi Tatius Sabinus, qui se vit offrir le premier la verbène (verveine) du bois sacré de la déesse Strénia, pour le bon augure de la nouvelle année.
Il semble aussi qu’à l’époque celtique les tournées de quêtes existaient déjà : des jeunes gens masqués effectuaient dans le voisinage une quête, le plus souvent de nourriture. Les dons recueillis étaient destinés à repaître les “esprits” réprésentés par ces jeunes gens. En retour les “esprits” repus devaient assurer des récoltes abondantes et un cheptel nombreux.
Ces tournées existaient encore au début du XXe siècle: le 31 décembre, à partir de minuit les jeunes gens de 15 à 25 ans allaient en cortège de porte en porte pour souhaiter bonne année à chacun en chantant des “chants d’aguilaneuf” et en réclamant leur récompense, leurs étrennes. Et gare à ceux qui ne donnaient pas car dans ce cas là, la chanson prenait bien vite un tour insultant et scatologique. Le matin laissait la place à la fête et aux réjouissances diverses qui dégénéraient parfois en orgies et furent interdites à maintes reprises.
De nos jours, le gui est toujours présent au 1er de l’An: on en accroche un bouquet à la porte de sa maison ou à l’intérieur et tout le monde s’embrasse sous ce bouquet à minuit sonnant parce que “ça porte bonheur”. Pour les fiancés ou les jeunes mariés, c’est le symbole de leur bonheur futur. On dit que les Druides coupaient le gui (plante sacrée, pour eux, qui guérit tout) au cri de: « O Ghel an Heu » ce qui signifie littéralement « Que le blé germe ». Au Moyen Âge cette expression deviendra « Au gui l’an neuf ».

L’Epiphanie, ou fête des Rois

galette_img_0001.jpgCélébrée le 6 janvier, elle clôture les fêtes du cycle des 12 jours en même temps qu’elle ouvre celui de Carnaval-Carême.
C’était le signal donné à toutes les festivités qui devaient se terminer le mercredi des Cendres. C’était une période bruyante, faite de cavalcades, de processions burlesques, de bals travestis et autres amusements: c’était le règne du plaisir sous toutes ses formes avant l’austérité du Carême.
La Fête des Rois mages était primitivement destinée à faire oublier les Saturnales païennes qui se déroulaient à peu près à cette période, pendant lesquelles l’ordre des choses était inversé, que les esclaves devenaient les maîtres et inversement, et qu’on nommait un roi bouffon grâce au tirage au sort d’une fève. De la même manière qu’à l’origine cette date du 6 janvier avait été retenue pour le baptême du Christ, aussi bien que pour la Nativité et si l’Eglise prit l’habitude de bénir ce jour là, les cours d’eau ce n’est pas tant que le baptême primitif se faisait par immersion, mais bel et bien parce qu’il fallait effacer le souvenir de la fête païenne de l’eau, célébrée ce jour dans les Mystères de Dionysos, et ceux d’Isis et d’Osiris.
Pour revenir à la fête des Rois, c’est au domicile du chef de famille, du doyen, que tous les membres se réunissaient. Celui ci découpait en fin de repas un grand gâteau dans lequel une fève avait été introduite, en autant de parts qu’il y avait de convives, plus deux: une part étant réservée pour la servante, la seconde, “la part de dieu” ou “la part du pauvre”, était réservée au premier mendiant qui se présenterait. Le plus jeune enfant assignait alors une des parts qui restaient à chacun, et celui qui trouvait la fève était déclaré “Roi”, mis dans l’obligation de se choisir une Reine.
Avait lieu ensuite la Quête des Rois, menée par les pauvres, surtout les enfants qui obtenaient pommes et noix et les mendiants qui réclamaient la part qui leur avait été réservée

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au temps du solstice d’hiver

décembre 15, 2007 at 1:01 (coutumes, fêtes, vie quotidienne)

Passent les années, dans un grand nombre de maisons poitevines, le “tréfougeau” a toujours sa place dans la cheminée pour la nuit de Noël même s’ il tend de plus en plus à être remplacé par la buche pâtissière qui vient clôturer le réveillon. buche_noel_hist.gifLe tréfougeau, ou trifougeau, ou terfougeau, qu’on appelle aussi la cosse ou le moucheron de Nau, est posé dans l’âtre avant la messe de minuit et doit tenir le feu pendant trois jours, même parfois jusqu’au Nouvel An, ou bien bruler pendant chacune des trois veillées traditionnelles: Noël, la saint Sylvestre et les Rois (trois : on sait l’importance que revêtait le “3″ pour les Celtes). Au départ pour la messe, la maitresse de maison balayait devant l’âtre et installait une chaise à proximité pour que la sainte Vierge vienne s’y assoir pendant la durée de l’absence.
Quand la température était clémente et permettait de faire ce feu de joie en plein air, au sortir de la messe de minuit, la jeunesse du pays restait à danser jusqu’à la messe du point du jour. Mais à cause des conditions atmosphériques défavorables, ce feu de plein air est devenu le grand feu de cheminée actuel qui ne rassemble plus guère que les membres de la famille.
Tout un cérémonial se déroulait devant la buche, qui était généralement une “cosse” c’est à dire une souche réservée tout spécialement à cet usage. Le feu était soigneusement installé par le plus ancien qui l’aspergeait parfois d’eau et de sel, ou bien d’eau bénite, et on considérait qu’il possédait des vertus magiques: on gardait précieusement l’un des tisons jusqu’au prochain Noël qu’on jetait dans le foyer quand le tonnerre grondait pour éloigner la foudre et protéger la maison de l’incendie. Ce tison servait aussi à se protéger contre la grippe et de talisman contre les sorciers.Quant aux cendres, on les gardait car elles étaient censées calmer le mal aux dents.
A certains endroits, la souche devait bruler chaque jour un peu et pendant 9 jours (trois fois trois) pour que le paysan ait de l’argent toute l’année.
flambee.jpgParfois, le père de famille en faisait jaillir des étincelles à coups de pincette en formant des voeux. Et pratiquait une sorte de magie divinatoire puisqu’ il en tirait aussi des prédictions concernant les prochaines récoltes, la réussite de son bétail ou le nombre de volailles qui seraient élevées dans le cours de l’année.
Au retour de la messe de minuit, le réveillon était bien souvent une véritable communion alimentaire qui réunissait tous les participants de la veillée qui s’était tenue en début de soirée, avant le départ pour la messe: on y dégustait souvent un plat traditionnel de cagouilles ou lumas (escargots) (*).
A partir du XVe siècle, les chants étaient caractéristiques de cette période de l’année, on les chantait le plus souvent pendant cette première partie de la veillée: chants de Noël pieux, mais aussi chants de Noël gaillards, prétextes à satires et railleries, mais qui , pour la plupart, traitaient de la vie populaire et de ce que produisaient les paysans.

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(*) recette sauce aux lumas: pour 4 personnes:
- 120 lumas moyens
- 250 g de chair à saucisses
- Mie de pain
- 2 gousses d’ail
- Persil
- Bouquet garni
- 1/2 à 3/4 lt de vin blanc
- Sel poivre
- Huile
1. Laver soigneusement les escargots après les avoir laissés jeuner , ajouter une poignée de gros sel et les faire baver en remuant quelques minutes, rincer et egoutter.
2. Dans une cocotte en fonte faire chauffer 5 cl d’huile sur feu vif, y ajouter les escargots et remuer jusqu’à ce que le jus soit presque totalement réduit et légèrement caramélisé. Incorporer la chair à saucisses et la faire rissoler.
3. Ajouter la mie de pain, l’ail et le persil hachés. Mouiller avec le vin blanc et un peu d’eau, saler, poivrer et ajouter le bouquet garni. Laissez mijoter 1h1/2 à 2 h. heures)

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le solstice d’hiver au quotidien

décembre 10, 2007 at 12:25 (coutumes, fêtes, vie quotidienne)

Le solstice d’hiver “se situe au milieu de la saison morte. C’est dans la nature une période où rien de particulier ne se passe sinon qu’elle est généralement suivie des jours les plus froids. La détermination de sa date est donc exclusivement due à l’observation solaire et non à des phénomènes terrestres.
On sait que les Gaulois comptaient le temps en nuits ce qui est logique eu égard à leurs conceptions de l’existence, s’appuyant sur la notion de la renaissance de la vie au sein des ténèbres et de la mort apparente. Pour eux la cycle quotidien débutait dans le mystère de l’obscurité. Il n’est pas surprenant que la même conception se soit appliquée au cycle solaire. Le solstice, caractérisé par le maximum de durée nocturne, représentait pour l’année ce qu’était la nuit pour la journée.
Le milieu de la nuit la plus longue constituait le point central de l’année. La détermination de ce moment privilégié supposait une série d’observations difficiles puisque les jours commencent à croître le soir depuis le 21 décembre alotrs qu’il faut attendre le 3 janvier pour qu’ils grandissent le matin. C’est le 23 décembre que se produit le solstice. La fête de Noël qui a pris la place de la célébration solennelle du solstice a été finalement fixée au 24 décembre dans la nuit. Ce décalage d’un jour s’explique par les diverses réformes du calendrier.
Soulignons que la détermination de cette fête requérait des calculs abstraits à partir d’observations concrètes. D’autre part, on perçoit le sens mystique des croyances attachées à cette nuit unique. On pressent le caractère fidéiste d’une adhésion à des phénomènes invisibles.
La célébration se déroulait sur douze jours. Mais on ignore si ces derniers encadraient le solstice ou s’ils le suivaient. La première hypothèse se soutient parce qu’il parait logique qu’une fête soit l’objet d’une préparation et d’une suite. La seconde éventualité trouve se justification dans le fait que notre actuelle Epiphanie remplace la célébration de l’accroissement matinal des jours. Quoi qu’il en soit, cette fête comportait une “veille” nocturne et donnait lieu à des manifestations symboliques en rapport avec tous les éléments de la nature: feu, eau, roches, animaux, végétaux.
En tant que représentation du soleil, source de la vie, le feu était l’objet de rites particulièrement importants. Il était recouvert de cendres avec précautions de façon à “couver” plusieurs jours dans l’âtre. Au cours de la nuit sainte, il était dégagé et réanimé. la première partie de cette nuit était réservée à la veillée plus solennelle et longue que les veillées quotidiennes. On prélevait des aliments en conserve pour en placer quelques échantillons près du foyer. Des gateaux étaient confectionnés et, dans les étables, on garnissait les mangeoires. Ces préparatifs s’effectuaient discrètement à l’intérieur des maisons. Au milieu de la nuit, le grand réveil se produisait. Chacun sortait de chez lui pour participer à l’explosion générale du renouveau invisible. On mangeait les gateaux de circonstance jusqu’à l’aube.
Puis, on allait répandre à travers les champs nus, la cendre qui avait protégé le feu afin qu’elle exerce son action bénéfique sur la terre endormie. Les charbons éteints étaient mis de côté pour protéger les maisons lors des orages d’été.
Les éléments : pierre, eau, air, étaient associés au renouveau général.
menhir-jpg.jpgLes pierres étaient l’objet d’une vénération particulière. Réceptacles d’esprits, elles avaient la réputation de féconder les champs. Aussi allait-on visiter celles qui avaient servi à observer le soleil dans sa course : pierres verticales ou blocs surmontés d’un repère, appelées depuis “Pierres qui virent”. Des unions mystiques étaient censées se produire au cours de la nuit de Noël. Des pierres avaient la réputation de se déplacer pour aller se tremper dans une source ou une rivière voisine. D’autres se soulevaient pour libérer les richesses de l’An nouveau.
Les sources accueillaient les esprits bienfaisants qui venaient danser joyeusement alentour. Certaines d’entre elles voyaient leur eau devenir rouge comme le sang vivifiant ou le feu. Des serpents sortis des profondeurs de la terre ou de la roche, se rendaient aux fontaines pour y déposer les semences de vie.
Les airs frémissaient des poursuites d’animaux symboliques chassant devant eux les esprits de la mort afin d’assurer le triomphe de la vie nouvelle. Cette croyance est restée très vivace au cours des siècles. Elle prit le nom de Mesnie Hellequin au Moyen Age ou de Chasse Sauvage et représentait la lutte entre les puissances destructrices et celles du renouveau, lutte gigantesque qui assurait finalement la victoire des dernières.
Les animaux ne restaient pas étrangers à ce renouveau. Certains d’entre eux étaient plus représentatifs comme le cerf dont les bois tombent pour repousser plus grands chaque année. Ils étaient bien qualifiés pour anéantir les forces d’anéantissement. Le sanglier qui a des portées nombreuses, le cheval à la course rapide et d’autres étaient censés se livrer à la chasse des mauvais esprits. Les humbles habitants des étables participaient à l’oeuvre de renaissance. C’est pourquoi les hommes leur prodiguaient des soins vigilants en cette période cruciale. Durant cette dernière nos frères inférieurs participaient plus étroitement au monde de l’au-delà ce qui fit dire qu’ils étaient alors doués de la parole.
Les végétaux qui paraissent inanimés pendant l’hiver servaient aussi de symboles puisque au printemps ilsq vont de nouveau éclater d’activité. Les graines étaient associées aux rites du feu ou aux festivités alimentaires. Il est vraisemblable que ces graines, placées près du feu pendant les douze jours du cycle de renouveau, étaient mêlées le dernier jour à la provision destinée aux semis ou aux mets rituels de clôture, comme la fève enfermée dans le gateau du 6 janvier.
gui.jpgLe gui tenait une placé particulière. Cette petite plante parasite semble pleine de vigueur avec ses feuilles vertes et ses graines gorgées de liquide visqueux alors que l’arbre sur lequel elle se trouve est, lui, en complète léthargie. Bravant la chute des feuilles et le froid stérilisant, elle fait plus qu’annoncer la permanence de la vie qui va renaître, elle la contient déjà et le montre. De plus les oiseaux peuvent se nourrir de ses baies en ce temps de disette. C’est pourquoi les Gaulois allaient cérémonieusement en cueillir quelques bouquets qu’ils suspendaient au dessus du foyer. L’année se renouvelait sous le signe du gui. L’image des druides se rendant dans la forêt pour y cueillir le gui avec une faucille d’or sur le chêne est trop familière pour que nous nous y étendions. On sait que le chêne ne porte pour ainsi dire jamais cette plante parasite. La rareté même du phénomène pouvait inciter à des cérémonies solennelles. Mais la pratique plus simple effectuée par chaque famille était courante sans doute.
Comme nous venons de le voir la nuit sainte devait se situer au milieu du laps des douze nuits les plus longues. Les dix premiers jours comportaient des offrandes de toutes sortes aux puissances de l’Autre Monde. cupule1.jpgDivers aliments liquides étaient répandus sur les pierres aménagées à cet effet sous la forme de cupules et de rainures ou dans les fontaines. Ce rite rappelait l’habitude primitive de faire des cadeaux en vue d’obtenir des bienfaits en échange. La Natrure généreuse ne manquait pas de répondre à cette invitation et sans attendre ses dons printaniers on représentait sa générosité par des cadeaux mystérieux offerts aux enfants et par des gâteaux, prémices des récoltes à venir (*).
Ces diverses pratiques sont remarquables par l’étroite interpénétration des éléments qui les composent. Le bois sert au feu, les graines sont associées à son sommeil et à sa résurrection, le gui, les mets, les champs sont associés comme les animaux à l’activité mystérieuse de la gestation générale. Cette cohérence aux innombrables facettes est un trait caractéristique de la religion gauloise.

(*) Il semble bien que notre croissant, consommé le matin exclusivement, soit le successeur du gâteau de cette fête solsticiale. Dans certaines régions, il était distribué en même temps que l’on disait la formule “Aguilaneu” ce qu’on a traduit, probablement par erreur: Au gui l’an neuf. Certains rapprochent cette formule d’une phrase celtique signifiant: le blé lève.”

Etienne Renardet: “Vie et croyances des gaulois avant la conquête romaine”.

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la tablette de plomb de Rom (79)

novembre 11, 2007 at 10:18 (archéologie, coutumes, vie quotidienne)

Les tabellae defixionum se présentent sous la forme de lamelles de plomb rectangulaires, petites plaques ou petites barres qui peuvent être roulées et que traverse un grand clou. Elles sont gravées d’inscriptions et de formules magiques le plus souvent d’exécration ou d’envoutement et leur nom vient du verbe “defigere”, fixer, ficher en bas, transpercer. Elles participent d’une opération magique par laquelle on plante un clou pour torturer quelqu’un ou son substitut: cette plaquette même. Cette magie est largement répandue, surtout tout autour du bassin méditerranéen. En Grèce, c’est la “katadesmos”(= ligature). Mais elle est aussi présente dans la Gaule romaine…

Les tabellae sont déposées dans des puits, ou bien dans des tombes (le Plomb du Larzac fut découvert dans une sépulture rutène), des sources (comme la Tablette arverne de Chamalières) ou encore des fosses, qui sont des voies d’accès traditionnelles à l’Autre Monde , par lesquelles on peut communiquer avec les divinités chthoniennes.

La tablette d’exécration de Rom (dans les Deux-Sèvres, à 35 kms au SO de Poitiers) a été découverte en 1887 dans le puits d’une villa gallo-romaine alors que Rom s’appelait Rauranum et s’élevait sur 40 ha, sur l’importante voie romaine reliant Saintes (Mediolanum Santonum) à Poitiers (Lemonum). Rauranum est citée dans l’”Itinéraire d’Antonin” et la “Carte de Peutinger”. La Tablette se trouvait à une profondeur de 17 mètres, avec d’autres tablettes de plomb roulées et traversées par un clou (une dizaine au total), mesure 9 cm de haut pour 7 cm de large et remonte au IIIe ou IVe siècle, rédigée dans une écriture cursive tardive faite peut être de latin vulgaire associé à des mots celtes.

Dans l’utilisation du plomb, Christian-J. Guyonvarc’h (”Magie, médecine et divination chez les Celtes”) voit un peu rapidement à notre avis, l’origine non celtique de l’inscription et affirme qu’ “une defixio celtique devrait être gravée sur du bois d’if”. C’est passer un peu vite sur le fait que la tablette fut gravée au IIIe-IVe siècle, où les pratiques magiques de l’exécration étaient interdites, et que la classe sacerdotale druidique devait déjà pratiquement être en voie de disparition. On se trouve alors très certainement en présence non pas d’un acte magique réalisé par un dignitaire du clergé druidique dans des conditions et circonstances idéales mais d’un acte probablement individuel, de sorcellerie populaire, réalisé dans l’urgence avec “les moyens du bord”, en conservant ce qui avait pu l’être des pratiques druidiques mais, pour le reste en s’adaptant aux circonstances et aux pratiques d’ alors …

maldicion3.jpg une tablette d’exécration

La magie des tabellae defixionum est liée à l’importance qu’on donne au Verbe et au Nom et on sait que les romains liaient le nomen (de “nom”) et le numen (puissance magique). En clair, il est important de nommer pour pouvoir atteindre. Il est probable que comme dans tout le monde antique, les gaulois de l’époque indépendante comme les gallo-romains plus tard attachaient une importance extrême au nom, qu’ils lui attribuaient une puissance profonde et pensaient qu’en possédant le nom d’une personne ou d’une divinité, ils pouvaient profiter de son pouvoir (c.f. le nom “Teutates” générique des dieux particuliers de chaque tribu) et, dans le cas d’un être humain, avoir une influence sur sa vie, et donc sur sa mort : En Egypte, un des rites magiques les plus puissants associé au Nom était pratiqué dès l’Ancien Empire. Il consistait à écrire les noms des ennemis de Pharaon sur des vases - ou sur des statuettes - qui étaient ensuite brisés (et donc”tués”) puis enterrés.

La Tablette de Plomb de Rom ne fait pas exception à la règle. Le texte, qui est écrit sur ses deux faces semble être le fait d’un mime, d’un acteur d’une troupe, ambulante ou locale (on ne sait pas non plus s’il l’a rédigé lui même ou fait appel à un “sorcier”). On a donc, dans le milieu des mimes de théâtre gallo-romains, la mise en œuvre d’une magie, pour satisfaire la jalousie du demandeur, animé de motifs prosaïquement professionnels et dont les souhaits sont divers: lier, humilier, faire souffrir physiquement, empêcher d’accomplir le sacrifice d’ordre religieux. Dans ce but il voue aux “démons” Apecius, Aquannos et Nana une bonne dizaine de ses collègues et tout particulièrement son rival Sosio… Mais la lecture du texte divise toujours les spécialistes, et nous présentons ici la traduction de Christian Guyonvarc’h à partir d’une lecture de Rudolph Egger:

Apecius, tu dois lier Trinemetos et Caticnos / tu dois faire mettre nus Seneciolus, Asedis, Tritios, Neocarinos, Dido / Sosio doit souffrir du délire et des frissons de fièvre / Sosio doit souffrir quotidiennement / Sosio ne doit pas pouvoir parler / Sosio ne doit pas triompher de Maturus et Eridunna / Sosio ne doit pas pouvoir sacrifier /Aquannos doit te torturer / Nana doit te martyriser / Sosio ne doit pas pouvoir briller au dessus du mime Eumolpus / il ne doit pas pouvoir représenter, dans la force de l’ivresse, la femme sur le poulain / il ne doit pas pouvoir sacrifier / Sosio ne doit pas pouvoir arracher pour son compte la victoire au mime Fotius“.

Il ne semble pas qu’Apecius, Aquannos et Nana soient des divinités mais plutôt des “génies” mineurs et plutôt maléfiques (ce qui tendrait encore à ce qu’on privilégie la mise en œuvre d’une sorcellerie populaire plutôt individuelle et non pas la mise en œuvre d’une haute magie par un membre du clergé druidique). Aquannos pourrait bien être l’esprit des eaux du puits et Nana, une de ces créatures naines qu’on rencontre souvent dans le folklore populaire. En ce qui concerne Apecius, le seul à porter un nom celtique, on ne sait rien …

Rom a un petit musée archéologique qu’on peut visiter. Des activités y sont proposées selon la saison et suivant l’état des fouilles en cours sur les divers sites qu’on y a découverts, auxquelles participent des groupes de reconstitution aussi sérieux et de qualité que les Gaulois d’Esse ou Aremorica. On ne peut malheureusement pas y voir les Tablettes puisqu’elles ont été rachetées par la Musée de Saint Germain en Laye, mais les divers objets et panneaux d’exposition sont particulièrement intéressants, comme l’accueil y est particulièrement agréable … comme on a pu le constater un dimanche après midi, froid et nuageux, 11 novembre qui plus est …

http://www.musee-rauranum.com/musee_rom/index.htm

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autour de Samhain

octobre 22, 2007 at 10:29 (fêtes, vie quotidienne)

“Les dernières récoltes ont lieu lorsque la forêt s’embrase de couleurs de feu. L’été de la Saint Martin arrive et la nature dans un magnifique sursaut d’exubérance s’apprête à dormir. Les hommes prennent leurs dispositions pour la période des longues nuits. Ils accomplissent les tractations qui préparent déjà les prochaines récoltes. C’est pourquoi, traditionnellement, les baux de fermage étaient autrefois renouvelés en ces jours-là qui étaient aussi réservés aux grandes foires. (…) Les animaux censés fécondants ont été rituellement sacrifiés en même temps que les derniers épis étaient coupés dans les champs. Ils se trouvaient symboliquement renvoyés dans le monde des esprits. La saison d’intense activité agraire avait incité les humains à solliciter le concours des âmes. Les relations entre les deux mondes allaient maintenant changer de forme.

feudebois2.jpgPendant les longues nuits d’hiver, la vie allait se régénérer dans le mystère. Cette période de calme apparent ne dispensait pas les hommes de garder contact avec les esprits.

Il convenait avant tout de les remercier et, par des offrandes, de les inciter à la générosité. Ce mode d’échange bien antérieur à l’époque néolithique, consistait à offrir des dons aussi somptueux que possible en vue d’obtenir du bénéficiaire qu’il fasse de même.Les Gaulois avaient conservé cette habitude mais sous une forme figurative: les dons consistant en offrandes des produits de la terre (on peut noter qu’aujourd’hui encore ce rite est conservé sous diverses formes. Par exemple, on apporte parfois un bouquet de fleurs ou un paquet de confiserie à l’intention de la maîtresse de maison qui reçoit). Il est probable également qu’au cours du repas de fête organisé ce jour là, une place était réservée pour les défunts ainsi associés à la joie commune. Des visites étaient elles organisées dans les nécropoles ? Ce n’est pas certain car les trépassés ne se tenaient pas exclusivement au lieu de leur sépulture et l’on pouvait entrer en relation avec eux n’importe où, mais plus particulièrement dans la maison. Par ailleurs les trépassés se trouvaient mêlés à tout le monde surnaturel et c’est avec ce dernier que l’on désirait communiquer.

La fête des morts comportait d’une part des cérémonies rituelles, d’autre part des réjouissances. Dans les grandes lignes, l’Eglise a repris ces deux caractères dans la fête de tous les saints et celle des morts. Le lien qui s’est établi entre la vénération de l’ensemble des habitants de l’au-delà et la fête de tous les saints nous est attesté de diverses manières. Citons deux exemples. Le Panthéon romain, construit sous Auguste et consacré, comme son nom l’indique, à toutes les divinités, fut dédié en 607 à la Vierge et à tous les martyrs (à cette époque seuls les martyrs étaient saints). A Dijon, la Cathédrale St-Bénigne s’élève en un lieu appelé “Vieux Temples en Pantée”. L’existence de l’apôtre de la Bourgogne en tant que personnage historique est contestée. Mais ce qui est remarquable, c’est la date de sa fête: le 1er novembre.

feuilles_automne.jpgLa nature a pris son éveil au milieu des fleurs et des couleurs douces des jeunes pousses. Elle va s’endormir après avoir manifesté sa puissance dans une débauche de coloris éclatants. Le Soleil radieux de l’”été de la Saint-Martin” rehausse le flamboiement de la forêt en fête que les oiseaux saluent de chants appropriés. On peut voir encore aujourd’hui dans le vieux cimetière le tilleul multi centenaire manifester par son feuillage doré la gloire des trépassés parmi lesquels plongent ses racines.

Il est fort possible que la période des festivités durait douze jours compris entre ce qui est devenu par la suite la Toussaint et la Saint-Martin.”

Etienne Renardet: “Vie et Croyances des Gaulois avant la conquête romaine”. Picard

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