un Chaudron dans la Dive

avril 25, 2007 at 10:43 (archéologie, symboles)

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En 1996, dans une parcelle du marais de la Dive (cf « la Dive, une rivière divine »), deux habitants d’Ouzilly-Vignolles (86) ont découvert un chaudron gaulois, unique dans le Centre Ouest et qui date d’au moins 6 à 8 siècles av. JC.

 

Le chaudron haut de 40 cm a un diamètre de 47 cm au col et de 56 cm au plus large. Il est composé de trois tôles de bronze (87 % de cuivre pour 12 % d’étain) martelées et assemblées par rivetage, ce qui permet de changer la partie inférieure. Les deux tôles de la partie supérieure sont plissées au col, où sont fixées deux anses en bronze coulé.

 

Des points de comparaison auraient permis d’établir des similitudes avec des découvertes faites hors de Gaule en Germanie, vers la Belgique et l’Allemagne.Et il est probable que le chaudron avait été offert , il y a de celà 26 siècles environ, à Divona, la déesse gauloise des eaux.

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Dans la mythologie celtique et sa symbolique, le Chaudron est Chaudron de la Connaissance, de l’Abondance et de l’Immortalité. C ‘est dans ce Chaudron que Teutatès trempe les guerriers pour leur redonner vie (Gundestrup) (http://jfbradu.free.fr/celtes/les-celtes/cadre-mythologie.htm) mais c’est aussi dans ce Chaudron que Keridwen prépare sa potion dont trois gouttes qui débordent donneront la Connaissance des choses à Taliesin. Et c’est encore ce Chaudron qui permet au Dagda de nourrir des troupes entières sans jamais qu’il s’épuise. Le Chaudron du Dagda, apporté par le Druide Semias de l’Ile de Murias, est un des quatre objets sacrés apportés par les Tuatha de Danann en Irlande, avec la Pierre de Fal, la Lance de Lug et l’Epée de Nuada.

 

Pour d’autres traditions, le Chaudron est le ventre de la Mère, le plus féminin des « outils ». Il est le pendant féminin du maillet qui donne la vie par un bout et la mort par l’autre car lui aussi peut donner la vie comme la mort. C’est un récipient qui nourrit mais également qu’on nourrit soi même en y rajoutant des choses petit à petit : ce n’est pas forcément les mêmes ingrédients, mais c’est toujours la même soupe, de celui (celle) qui l’alimente et surveille le feu qui permet de mijoter, même si parfois elle peut attacher un peu au fond… Mais si on y fait des soupes ou des potions, on y fait aussi du feu, notamment pour y bruler les voeux qu’on peut faire à certains occasions (Samonios, Beltaine). Et c’est aussi une porte ouverte sur l’Autre Monde en même temps que sur le monde intérieur, celui qui nourrit l’âme et les visions dans la divination.

Mais c’est encore un objet qui allie le sacré et le profane, et qui est un symbole très fort, familial et clanique. Symbole communautaire autour duquel se réunissait le clan chaque soir :

« Le soir, autour du feu, dans les ombres qui dansent, alors que tout prêt, la rivière murmure dans sa courbe, nous vibrons à l’écoute des exploits, des amours de chacun. Et nos silences, et nos mots, et nos chants et nos rires montent dans le noir, se mêlent aux flammes qui s’élancent vers le ciel, se mêlent et s’accordent aux cris des bêtes magiques qui peuplent la nuit. »

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Nous avons une connivence particulière avec le Chaudron parce que ce blog est un peu un Chaudron dans lequel nous entassons pour y laisser mijoter des informations, des données géographiques, historiques, topologique, archéologiques et symboliques, des paysages et des sites sacrés, des forêts et des sources.. sans oublier ce que nous pouvons/pourrons collecter de coutumes et de légendes locales pour mieux comprendre et (re) découvrir les interactions qui ont pu se jouer entre le sol que nous foulons ici, dans ce pagus, et nos ancêtres qui l’ont foulé avant nous…

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petite histoire des gens de la terre – 2ème partie

avril 20, 2007 at 2:39 (histoire)

     L’affranchissement des colliberts et des serfs commencé à la fin du XIIe siècle, se poursuit au XIIIe. Au XIVe, le servage ne subsistait plus que dans la marche poitevine. Les « villains » ne sont plus astreints qu’au cens, en argent ou en nature. Au XIVe, apparait la coutume du fermage (ou: bail à temps). On distingue deux catégories de paysans: la plus nombreuse est celle des petits propriétaires, métayers et fermiers, l’autre, celle des vignerons et des journaliers. Il semble que jamais la condition des habitants de la campagne n’a été aussi heureuse, sous l’Ancien Régime, qu’à cette époque.    

  Pourtant, la Guerre de Cent ans et les épidémies de peste laissent le Poitou et l’Angoumois pour ainsi dire déserts: bois coupés, ceps de vigne arrachés, arbres fruitiers déracinés, moulins détruits. On est entré dès le première moitié du XIVe dans une récession de l’économie qui peut aller jusqu’à la moitié des productions et qui, après une reprise au moment du retour au calme à la fin du siècle, se poursuit et s’amplifie jusqu’au milieu du XVe siècle. Bien des terres sont abandonnées et, souvent, seules les terres proches des places où l’on peut se retirer en sécurité le soir sont mises en culture. Les denrées renchérissent, les pauvres gens ne mangent que des choux et des navets sans pain ni sel.      Lors de la période de paix continentale qui s’étend de 1453 à 1562, on en profite pour augmenter le rendement du sol, et les états de Saintonge, Angoumois et Poitou décident de concéder les terres en friche à tous ceux qui s’engagent à les mettre en culture, contre une simple redevance. Mais, si quelques paysans réussissent à s’enrichir et à constituer une petite bourgeoisie rurale, d’autres sont obligés d’emprunter et ne peuvent se libérer. La plupart, malgré le poids des impôts royaux et seigneuriaux arrivent pourtant à vivre. Il semble que la première moitié du XVIe siècle soit globalement favorable à la paysannerie. Peu de famines, des terres à défricher, des salaires élevés pour les journaliers, des droits seigneuriaux modérés, allégés par la hausse ds prix favorisant le développement d’une petite et moyenne paysannerie. Ces « laboureurs à boeufs » et « laboureurs à bras » sont en majorité des petits propriétaires parcelleaires qui prennent en surplus quelques terres en fermage ou métayage.    

  Mais avec les guerres de religion, les pillages de récoltes, les destructions des fermes et du capital de cultures, l’insécurité permanente désorganisent l’économie et la société rurale.     Au XVIIe siècle, les paysans ne sont pas heureux, les impots royaux et seigneuriaux sont lourds, le peuple n’arrive pas à les payer.Souvent ce qui reste aux paysans leur est enlevé par les brigands et de nombreux seigneurs accablent de corvées leurs paysans, abimant leurs récoltes par les chasses à cour. Des émeutes éclatent , des bandes de paysans font la chasse aux « gabeleurs ».     A la mort du cardinal de Richelieu, suite à de mauvaises récoltes, le prix du pain a augmenté et la perception d’impots nouveaux porte à son comble l’exaspération du peuple. Les gentilshommes du Poitou et d’Angoumois prennent fait et cause pour leurs paysans mais les troupes royales interviennent, pillent les pays insurgés et font rentrer les impots.      Au début du XVIIIe, on assiste, dans la société rurale, à la domination des « laboureurs » (gros contribuables: 20 à 30% de la population) auxquels il faut ajouter les marchands ruraux et les meuniers. Au sommet de ce groupe, on trouve quelques « coqs de village », gros laboureurs devenus fermiers seigneuriaux cumulant l’exploitation de plusieurs métairies en même temps marchends de blé et de bestiaux. La majorité des « laboureurs à boeufs » se limiteent à l’exploitation d’une ferme ou d’une métairie dont ils sont rarement propriétaires. Cependant, dotés d’un solide cheptel et de réserves, ils restent normalement à l’abri des aléas de la conjoncture.     A côté, une grosse majorité de « dépendants » inclut la masse de la petite et moyenne paysannerie: petits métayers, « colons », bordiers, vignerons charentais, « laboureurs à bras », « riverons », ainsi que la gamme des modestes artisans ruraux du textile et du bois, et les maréchaux et les maçons. Auxquels il faut encore ajouter les gros bataillons de journaliers et de manouvriers.     

  A la Révolution, dans les quatre provinces, plus de 300 000 hectares de terrains restent improductifs, landes ou marais, même si les intendants Tourny, Turgot et Blossac ont encouragé l’agriculture, introduit la culture de la pomme de terre, autorisé la libre circulation des grains, favorisé l’élevage, lutté contre les épizooties.    

  Au XXe siècle, le progrès des sciences entraine celui de l’économie agricole plus ou moins rapidement suivant la nature des cultures, la répartition de la propriété, la distance des grandes voies de communication. Mais il fallut attendre le début du XXe pour que la Charrue Brabant, la herse articulée, le rouleau, la houe à cheval figurent dans les bonnes fermes. A ce moment là, il y a même une moissonneuse-lieuse dans chaque village.

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petite histoire des gens de la terre – 1ère partie

avril 20, 2007 at 2:35 (histoire)

     L’homme préhistorique a laissé beaucoup de traces en Poitou Charentes, notamment dans de nombreuses grottes ornées: la frise du Roc à Sers (16) est le plus important ensemble sculpté du Solutréen. Celle du Roc aux Sorciers à Angles sur l’Anglin (86) est un chef d’oeuvre de la sculpture magdalénienne sans équivalent du point de vue de la qualité artistique et par l’ampleur de l’oeuvre. Les peintures gravetiennes de la Grotte de Vilhonneur (16) sont plus anciennes que Lascaux et les gravures de La Marche à Lussac les Chateaux (86) représentent l’humain avec un réalisme inconnu par ailleurs (cf « Symboles pictons »).  Dans cet art magdalénien de la région, le thème de la procréation chez l’homme et l’animal a fait l’objet d’une multitude de représentations.  

    Après avoir connu une économie « individuelle » et vécu de la collecte de graines, de fruits et de racines, et de la chasse de petites espèces d’animaux, ou de bêtes blessées ou malades, il semble que l’homme, ou son ancêtre, soit passé au stade de l’économie tribale au Paléolithique supérieur, devenu chasseur de mammouths et surtout de rennes. Ces rennes surtout, fournissent la viande pour la nourriture, les peaux pour les vêtements et les tentes, la graisse pour les lampes, les ramures et les os pour les armes et les outils, les nerfs pour le fil à coudre et les lanières.     Avec la disparition du renne au Mésolithique, les tribus passent à une économie mixte de chasse, de pêche et cueillette des coquillages, des racines et des graminées. Le gros gibier de base qui remplace le renne est le cerf et les sangliers, avec le chevreuil, les bovidés et les capridés.     Le Néolithique apporte des transformations fondamentales: à l’invention de l’agriculture se joint celle de la domestication des animaux et les stocks permettent de prévoir l’avenir et d’éviter les famines. L’économie agricole coexistera pendant 2 ou 3 millénaires avec l’ancienne économie de chasse. La sédentarisation se généralise progressivement.       A l’époque gauloise, les agriculteurs-éleveurs sont une des composantes avec les commerçants et les artisans, de la classe productrice auxquels s’ajoutent les marins pêcheurs dans les régions côtières.     La culture la plus usitée était celle des céréales (blé, épeautre, seigle, avoine, orge) et des légumineuses (petits pois, fèves, lentilles). Ces cultures couvraient parfois de vastes étendues territoriales et dans certaines régions étaient communes. Le blé était cultivé en grand et les sous-produits résultant de sa transformation étaient nombreux.     L’autre grande partie de l’alimentation était assurée par l’élevage qui fournissait viande et lait en quantité. Les instruments sont multiples: araires à soc fixe, charrues à roues, machines à faucher et même des moissonneuses à dents de fer.       On ignore presque tout de la vie des campagnes au VIIe siècle. Les grandes familles de propriétaires fonciers de l’époque gallo-romaine semblent s’être perpétuées sans solution de continuité. On ne doit pas connaitre le partage franc entre réserves et tenures, et à côté de l’esclavage qui persiste, il doit exister maintes petites propriétés exploitées par des hommes libres. L’Aquitaine reste par ailleurs attachée à la simple foi jurée au puissant qui assure protection, tout en demeurant hostile à la vassalité franque qui implique une domination.    

  A la fin du IXe siècle et au Xe, la population est presque totalement rurale. On y distingue « libres » et « non libres ».. L’esclavage est encore en vigueur qui fait de l’esclave la propriété du maître. A partir de la fin du Xe siècle, le vocabulaire change, les termes propres à l’esclavage disparaissent sauf l’un d’eux (servus) et il semble qu’alors le servage est la condition normale des paysans, le serf étant un non-libre attaché à l’ exploitation d’une terre pour le seigneur. Le servage se transmet par naissance , mais l’homme libre peut aussi choisir d’aliéner sa liberté, par piété envers une églsie ou, dans une époque de violence quotidienne, par souci d’être protégé.    

 Les colons forment une classe intermédiaire entre hommes libres et serfs : attachés à la culture d’une terre à titre héréditaire, ils ont, comme les « libres », la capacité d’ester en justice. Mais il semble qu’au XIe siècle, ils se confondent avec les serfs. Les avis diffèrent entre historiens sur ce qu’il faut entendre par « colliberts », sans doute des « non-libres » n’ayant pas de tenure réelle et pouvant posséder des biens à titre personnel. Mais plus ou moins tôt, la distinction entre « libres » et « non-libres » va tendre à s’estomper. Libres et serfs, soumis au ban du châtelain sont astreints aux mêmes coutumes, et les alleux (terres libres) se transforment en tenures soumises aux mêmes redevances que les terres exploitées par les serfs:  cens, part de récolte appelée agrier, ou terrage, dîme. Le mot « servus » figure en Poitou dans une soixantaine de chartes au Xe siècle, une trentaine au XIe, une douzaine au XIIe. On parlera alors plutot d' »homme », d' »homme coutumier », d' »homme propre » avant que ne l’emporte, dans la région d’abord puis dans toute la France, le terme de « roturier » (ruptuarius), celui qui rompt la terre pour la mettre en culture. 

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la Dive, une rivière divine

avril 19, 2007 at 10:10 (paysages)

dive2.jpgLa Dive est une rivière qui porte un nom d’origine celtique et qui, comme beaucoup, fut sacrée pour nos ancêtres gaulois. Elle tire en effet son nom de celui de la Déesse Gauloise des sources sacrées, Divona, et de la racine indo européenne « diew », la divine (mais aussi « la riche »). Sur ses rives, à l’époque gallo romaine, mais le culte devait remonter beaucoup plus loin dans le temps, on adorait la déesse-mère Matrona, dont dérive également le nom de la Marne comme celui de la petite ville de Marnes qui fut Madronas au VIIe siècle. En 976, la Dive était « déjà/encore » appelée la diva ou déesse en gaulois, dans la mesure où elle portait « déja » quasiment le nom qu’elle porte aujourd’hui, et où elle était « encore » considérée comme sacrée après presqu’un millénaire de christianisme… Prenant sa source à la Grimaudière (86), la Dive arrose 6 communes dont Marnes dont on a déja parlé, alimentant en force motrice 28 moulins jusqu’à se jeter dans le canal de Pas-de-Jeu (79), dont 13 sur la seule commune de Marnes. La Vallée de la Dive est jalonnée de témoins de l’implantation humaine dès la préhistoire, de menhirs et de dolmens, en même temps que tous les lieux d’habitation traversés semblent être d’anciens sanctuaires pré-chrétiens ou en présenter certains aspects.. geo_jar_gargantua.jpgPour commencer, la rivière prend donc sa source près de Maisonneuve, un village qui fut fondé par les Templiers de la Commanderie de Montgauguier , or Montgauguier est une variante de Mont Gaudier, à l’origine un Mont Gargarius ou Mont Goguet, un « Monte Gualgarie » vers 1084, de toute évidence un Mont Gargan … et l’on retrouve Gargantua qui s’est longuement promené dans les environs… Il y fit aussi un repas monstrueux composé de deux (ou quatre) paires de bœufs et d’une charretée d’épines ainsi que d’un malheureux moucheron qui s’était approché trop près… pour faire couler tout ça, il se pencha sur le Gouffre de la Grimaudière pour y boire mais se retrouva les deux pieds englués dans les marais. En secouant vigoureusement le pied gauche, le patin de boue alla s’écraser au sud de Saint Chartres pour y former la butte du Puy Taillé (qui est un tumulus de l’époque du Bronze) tandis que celui du pied droit alla constituer au nord du petit village de Villiers, la colline de Puy-Mouron, sur laquelle on a retrouvé des débris de poteries attestant de l’occupation des lieux par un camp datant lui aussi de l’âge du Bronze.On remarque aussi par la même occasion que les Templiers se sont bien souvent installés sur d’anciens haut-lieux sacrés pré-chrétiens …

Pas très loin non plus, on a Saint Jouin- de- Marnes avec son église abbatiale du XIIe siècle qui arbore la curieuse sculpture d’une femme nue dont les seins sont tétés par des serpents..

Saint Chartres est une petite bourgade qui présente un attrait particulier pour un Ovate puisqu’en part un sentier qui présente les plantes qui poussent sur les terrains des bords de Dive et que l’homme a su très tôt utiliser pour se soigner: verveine officinale, prêle, bardane, orties, mauve, guimauve, valériane, reine des prés, houblon, sureau noir, angélique, menthe aquatique, etc..

 

Notre Dame d’Or a révélé une cachette de fondeur, datant du Bronze terminal et contenant une grande diversité d’objets.

 

Au VIIe siècle, Marnes s’appelait donc Madronas, dérivé du nom de la déesse-mère Matrona qui, pour le peuple, incarnait la terre nourricière, les sources, l’eau qui coule. Avec la proximité de la Dive c’est donc un lieu doublement sacré…

 

Il y a aussi Saint Laon (prononcez « Lon ») dont on ne sait pas trop s’il s’agissait de l’évêque de Coutances ou d’un saint local qui vivait sur les bords de la Dive. Quoi qu’il en soit l’endroit était occupé dès l’époque préhistorique et s’y dressent encore trois dolmens, le dolmen de Chantebrault, dit de la Grande Pierre Levée, celui dit de la Petite Pierre Levée et celui dit dela Pierre de Verne.

 

Enfin, on arrive à Pas-de-Jeu qui doit son origine à un étranglement des marais de part et d’autre de la Dive. Le lieu était donc un gué, grand comme un pas de jo, c’est à dire un pas de coq. On dit aussi qu’il se serait appelé en 1300, « pas-de-joco » qui serait un nom d’origine celtique signifiant « passage », « défilé entre des hauteurs boisées », donc rien de contradictoire là non plus. Certains ont vu, dans ce toponyme, une déformation de Jovis, génitif de Jupiter. Ainsi, on serait dans un « Passus Jovis », passage protégé par Jupiter, mais si tel est le cas, nul doute que le dieu romain remplaçait là un culte indigène bien plus ancien . Et cela montre aussi qu’il fut une époque où la traversée à gué était suffisamment dangereuse pour qu’elle nécessite que le gué soit placé sous la protection d’une divinité.

 

Tout au long de la rivière, court un sentier pédestre, « la Sente Divine ». Au coeur de cet ensemble, ce sont en fait cinq sentiers découvertes qui abordent des thèmes spécifiques: le sentier des lavoirs, la sente de l’eau vive, la sente des plantes sacrées, la sente de la source sacrée et la sente de la maresche qui sillonne le territoire des marais où naissent et perdurent les légendes fantastiques.

 

Comme si la Dive voulait montrer qu’elle n’a rien perdu de sa sacralité…

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le théâtre gallo-romain des BOUCHAUDS (16)

avril 18, 2007 at 2:15 (archéologie, divinités, histoire)

Longtemps laissé à l’abandon sur les hauts des collines charentaises surplombant la vallée de la NOUERE, le théâtre des BOUCHAUDS était tombé dans l’oubli depuis le 3ème siècle de l’ère commune. On le croyait château en ruines, le Château des Fades, le domaine des fées. Ses pierres avaient servi au cours des siècles à construire une grande partie des villages qui entourent le site et ses ruines avaient sombré au milieu des broussailles. Ce n’est qu’à partir de la seconde moitié du 19ème siècle que les BOUCHAUDS sortent de leur sommeil lorsque le propriétaire de l’époque entame une première série de fouilles. A la recherche d’un hypothétique trésor féodal, il ne trouve que de vieilles pierres et vendra une partie des derniers vestiges à une fabrique de chaux. Malgré cela, ses découvertes suscitent l’intérêt et permettront d’établir qu’il s’agit de constructions gallo-romaines. Le site sera classé monument historique le 22 décembre 1881. Des fouilles sporadiques et souvent dévastatrices se poursuivront sans méthode jusqu’au début du 20ème siècle. De 1901 à 1906, les travaux du Père Camille de la Croix permettent un meilleure compréhension du site. Propriété du département depuis 1957, les chantiers de fouilles plus récents (1974-1995) ont mis à jour et exploré le sanctuaire attenant au théâtre.

théâtre des bouchauds

Les ruines du théâtre donnent encore la mesure de ce qu’il était au temps de son activité. Construction atypique car il occupe la partie supérieure d’un vallon orienté vers le Nord, la vue s’ouvre librement sur la région qu’il domine. Encastré dans la colline, il respecte cependant le plan dit de Vitruve. Ce type de construction profitant du paysage a du permettre une importante économie de matériau, ce qui explique peut être ses dimensions considérables : d’un diamètre de 105,6 mètres, il fait partie des plus grands théâtres du monde gallo-romain, surpassant même celui d’ORANGE (104 mètres).

plan des ruines

Les vestiges permettent de reconstituer sa composition :
– un postcaenium , une scena et proscenium
– un orchestra
– trois caeva
– trois précinctions auxquelles on accédait au moyen de six escaliers rayonnants (parados) et cinq passages latéraux (vomitorium).

L’ima caeva était composée de trois gradins, la media caeva pouvait contenir 17 ou 18 et la summa caeva 13 gradins, l’ensemble pouvait contenir 5 à 6 000 personnes.
Construit vers la fin du Ier siècle, il connaît des remaniements au 2ème siècle : trois rangées de gradins en pierre dans l’orchestra réservées aux notables ainsi que des escaliers permettant la circulation entre l’orchestra et la cavea. Il est abandonné et détruit en partie au 3ème 4ème siècles qui verront arriver les « invasions barbares ».

L’emplacement du théâtre des BOUCHAUDS s’explique par sa proximité avec la Via Agrippa qui partait de MEDIOLANUM SANTONUM, la capitale des Santons (SAINTES) pour rejoindre LUGDUNUM (LYON). Grâce aux travaux d’érudits locaux au 19ème siècle l’établissement a été identifié à GERMANICOMAGUS (SERMANICOMAGUS), une étape signalée sur la Table de PEUTINGER. Cette identification semble confirmée par l’ampleur du site qui comprend non seulement le théâtre mais encore un sanctuaire avec au moins deux temples et un ensemble d’habitats qui n’ont pas encore été explorés. On trouve également les restes d’un aqueduc dans deux villages voisins, un vivier où on a retrouvé des coquilles d’huître, et dans des puits voisins des monnaies, des fibules, des débris de vases, des patères …ainsi qu’une statue de MERCURE.

Dans le monde gallo-romain, LUG a souvent été assimilé à MERCURE, et il y a de fortes chances que ces constructions aient remplacées un sanctuaire plus ancien situé sur cette imposante colline. Le nom lui-même des BOUCHAUDS vient de boscalis/boscus l’étendue de bois, la forêt défrichée à l’époque gallo-romaine. Et les Lucs étaient des bosquets sacrés au sommet d’une éminence, colline ou montagne (cf. LUGDUNUM). A proximité immédiate des BOUCHAUDS se trouve le village de SAINT-CYBARDEAUX, anciennement St Cybard d’Elz puis St Cybard d’Eu, Eu signifiant Yeuse, le Chêne vert, à rapprocher de la dédicace trouvée à ICULISMA (ANGOULEME) – autre grande ville santone avant son indépendance sous l’administration romaine – à ROBOR, un dieu chêne.
Il est possible qu’une partie des activités des BOUCHAUDS, GERMANICOMAGUS signifiant le marché de GERMANICUS, se soient reportées sur les localités environnantes, notamment dans la ville de ROUILLAC, célèbre localement pour son marché aux chevaux et autres animaux de ferme le 27 de chaque mois . Cette ville devrait son nom à RULLUS, important propriétaire de l’époque gallo-romaine qui aurait bâti sa villa en bordure de VIA AGRIPPA, et on y a retrouvé une statuette caractéristique de la Déesse EPONA d’une trentaine de centimètres de haut, assise du coté droit du cheval dont elle tient la bride elle a un petit animal sur ses genoux.

epona

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notes en vrac

avril 15, 2007 at 9:01 (archéologie)

Notes en vrac

 

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Dans la Gaule romaine, les temples consacrés à Mercure s’élevaient sur des sommets.

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Non contente de les abattre, l’Eglise construisit souvent des chapelles aux endroits où s’élevaient des arbres sacrés.

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A saint Germain sur Vienne, près de Confolens (16), un grand dolmen a carrément été transformé au XIIe siècle pour devenir une chapelle.Voilà ce qu’en disait le Bulletin de la Société Archéologique & Historique de la Charente, année 1867 : « le dolmen est devenu lui-même comme le centre de tout un édifice qui rayonne autour de lui et réalise un type parfait de temple chrétien, à la fois grâcieux et plein de receuillement. Il se trouve entouré d’une enceinte creusées en contre bas du sol extérieur et garnie d’un mur de souténement encore visible, quoique en partie ruiné par l’éboulement des terres et les plantes parasites. La forme de cette enceinte est carrée vers l’ouest, circulaire vers l’est, comme l’abside d’une petite basilique chrétienne; elle mesure 9 mètres de long sur 4.85 mètres de large; une entrée ménagée à l’ouest y donnait accès par quelques marches. Les grossiers supports du dolmen ont disparu ou ont été convertis eux-même en élégantes colonnes à chapitaux, pour continuer de soutenir l’ancienne table de granit. L’énorme pierre, ainsi élevée, abritait un autel que nous voyons encore aujourd’hui, véritable choeur de ce sanctuaire, et sur lequel le monolithe remplissait le respectueux office du dais ou ciborum, que la liturgie, éminemment soucieuse, à cette époque, de traduire le sentiment de respect religieux par l’art chrétien, se faisait un devoir imprescriptible d’édifier au-dessus de tout ce qui devait et doit être le plus honoré. »
Il est dit que Sainte Madeleine vint autrefois faire pénitence dans l’île qui avoisine Saint-Germain et qu’on appelle depuis ce temps là l’île de Sainte-Madeleine. En y abordant, elle portait une pierre énorme sur sa tête et quatre chandeliers dans son tablier. Le bénitier était dans sa poche. Elle filait en même temps sa quenouille. Elle posa la pierre qui était sur sa tête sur les quatre chandeliers de pierre et construisit ainsi la chapelle de Sainte-Catherine…
…encore une fée bâtisseuse ?

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Les pierres à cupules où se creusaient des bassins minuscules qu’emplissait l’eau des pluies étaient l’objet d’un culte depuis les temps préhistoriques. Les paysans leur restèrent fidèles, aussi le clergé s’en empara-t-il pour les transformer en innombrables « pas de saints ».

pierre-cupules.jpg

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Les églises ne remplacèrent pas seulement les chapelles et les temples païens des villes et les sanctuaires rustiques conscrés aux « divinités » des eaux, des arbres, des pierres et des montagnes, elles prirent dans les villes la place des laraires domestiques. Plusieurs églises s’élèvent donc aussi sur des ruines de villas gallo-romaines.

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Quand, en traversant un village on remarque à côté d’une église du XIIe qui en a remplacé plusieurs autres, un antique chateau féodal retouché et embelli par une longue suite de générations, c’est généralement que le chateau a remplacé une villa gallo-romaine et l’église son laraire.

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Les puissances protectrices de la route étaient particulièrement honorées dans les carrefours: c’étaient des déesses qui s’appelaient Biviae, Triviae, Quadriviae suivant le nombre des chemins qui se croisaient là. On y voyait généralement un autel avec une image de la Déesse, parfois un petit laraire avec sa statue, parfois un temple de dimension modeste. Ces lieux furent parfois sanctifiés par la construction d’une chapelle ou l’érection d’une simple croix. Quand elle est accompagnée d’un petit oratoire, on devine qu’il s’est substitué au laraire païen.

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le dépôt de la Prairie de Vénat (16)

avril 15, 2007 at 11:23 (archéologie)

La Prairie de Vénat est un lieu dit de la commune de Saint Yrieix, dans la banlieue d’Angoulême. Encore au début du siècle, du sable alluvionnaire y était extrait de nombreuses carrières.
C’est dans une de ces sablières qu’en 1893 des enfants trouvèrent un grand vase contenant environ 75 kg d’objets de bronze (plus de 2000, entiers ou brisés) datant de la fin de l’Age du Bronze en France.
La pratique de l’enfouissement volontaire de quantités plus ou moins importantes d’objets de métal est presque aussi ancienne que la métallurgie elle même. Pourquoi ? Les hypothèses varient selon les spécialistes : cachettes de marchands colporteurs en même temps récupérateurs d’objets abîmés, stocks de métal de fondeurs, offrandes votives: les plus petits, offrandes de simples particuliers, les plus considérables offrandes de clans ou déja de petits états ou même butin voué aux Dieux après la guerre. Il est probable que l’explication n’est pas la même partout mais pour le Vénat l’hypothèse du stock d’un artisan semble acceptable.
L’enfouissement parait lié à un désir de sécurité. La multiplicité des dépôts à la fin de l’Age du Bronze témoigne d’une période de troubles, ce que confirme l’installation systématique des villages sur des plateaux élevés, souvent ceinturés d’abruptes falaises et protégés d’énormes remparts de pierre et de terre: tels sont en Charente les Camps de Recoux à Soyaux ou de Merpins et dans la Vienne, le Camp Alaric à Aslonnes. La dégradation du climat attestée vers 750 av.jc qui, avec la recrudescence de l’humidité rend les récoltes aléatoires, n’est sans doute pas étrangère à cet état de fait en incitant à piller chez d’autres peuples les subsistances dont on est dépourvu.
Les variétés des objets du dépôt est considérable. Chaque aspect des modes de vie de cette époque y sont illustrés: la guerre et la chasse, le travail des artisans (bronzier), la parure et la toilette, le rôle du cheval et du char, la religion… Enfin le dépôt est un bon témoin des larges relations culturelles et des courants d’échanges dans l’Europe occidentale du VIIIe siècle avant notre ère.

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Commentaires et pistes de réflexion

En plus de l’importance archéologique d’une telle découverte, j’aime bien ce genre de détails qui nous rendent nos ancêtres plus proches, qui nous les rendent plus familiers. Et ce n’est pas sans émotion qu’on peut ainsi les imaginer dans leur vie quotidienne, les suivre à travers leurs préoccupations de tous les jours, de leurs peurs, de leurs envies, de leurs besoins, tributaires du climat, de l’humeur de leurs voisins et de toutes les autres circonstances extérieures …sensiblement les mêmes que les nôtres en fait. Et ça permet d’éviter toute idéalisation facile et stérile (après tout les gaulois respectaient peut être plus la nature que nous ce qui ne les empêchait pas d’être de grands essarteurs). Et j’aime bien cette image aussi de nos anciens, dans un monde dangereux, plutot que de se replier sur eux mêmes, qui voyageaient un peu partout (on dit par exemple que les Santons avaient lié de forts liens avec les Helvètes ce qui expliquerait le désir de ces derniers de venir s’installer dans le centre-ouest de la Gaule… prélude à la Guerre des Gaules)

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le tumulus de Gros Guignon (86)

avril 15, 2007 at 10:57 (archéologie)

Gallica. Société d’Anthropologie de Paris.
Séance du 6 mars 1884

Sur le Tumulus de Gros Guignon, par M. Gustave Chauvet

Messieurs, je viens vous indiquer sommairement une découverte qui m’a semblé avoir un grand intérêt pour l’histoire de la Gaule. C’est une sépulture sous tumulus, à incinération partielle, comme celles d’Halstatt avec char et curieux ornements de bronze.
Ce tumulus en terre est situé sur la rive droite de la Charente, au lieu dit « le Gros Guignon », commune de Savigné, près de Charroux (Vienne); il a environ 35 m. de diamètre et 6 de hauteur; dans la partie sud ouest, il contenait une voûte ou calotte en pierres et moellons, épaisse de 1 m.50, recouverte de 2 m. de terre. C’est sur cette voûte que le squelette avait été déposé. De chaque coté de lui, en ligne droite, gisaient les roues d’un char et une série d’ornements de bronze que j’ai déposés sur le bureau.
Je ne veux pas abuser de vos moments; mais il est utile que vous connaissiez l’inventaire succinct des objets recueillis:

1) Revêtements en fer des roues, épais de 3 centimètres comme ceux trouvés à la Gorge Meillet;
2) Fragments de petits cercles en fer destinés à consolider les moyeux;
3) Un mors formé de tiges en fer ornées d’une virole en bronze;
4) Série de rouelles en bronze, de grandeurs différentes, percées d’un trou à leur centre, et fixées à des bandes de bois ou de fer droites par de gros clous en bronzes, à tête hémisphérique;
5) Nombreux clous en bronze fondus d’une seule coulée;
6) Clous en fer sur lesquels on a coulé des têtes en bronze;
7) Feuilles de bronze ayant recouvert des barres de bois droites;
8 Séries de sphères creuses qui se fixaient sur des tiges de bois, à la façon d’une pomme de canne et qui ornaient probablement les côtés du char;
9) Série de petits ornements en bronze coulé, formant des cercles et des dents de loup, qui devaient orner le bas du char. On retrouve des motifs analogues d’ornementation dans les chars assyriens;
10) Deux urnes en terre brune, incontestablement gauloises.

Quelques autres objets ont été perdus ou dérobés, et je n’ai pas actuellement de renseignements pour en parler.
De cet ensemble d’objets, je crois pouvoir tirer les conclusions suivantes:
Les sépultures à char se trouvent dans l’ouest de la Gaule avec les dolmens.
Les chars avaient au moins deux côtés formés de parois droites, et étaient probablementr quadrangulaires.
Les plaques en bronze classées généralement comme des accessoires de harnachement, sont, au Gros Guignon, des ornements de char.
Et j’ajouterai que les populations de cette époque, antérieures à César, coulaient aussi bien le bronze que nous, du moins pour les objets de petit volume.

 

Discussion

 

M. G. de Mortillet fait observer que la communication de M. Chauvet offre d’autant plus d’intérêt qu’elle vient confirmer une découverte faite dernièrement par M. Henry Petersen, attaché au Musée des Antiquités nationales de Copenhague, découverte signalée par M. Undset dans le premier numéro du journal « l’Homme ». Deux chars en bois gisaient dans une tourbière du Jutland. Ces chars, comme celui de M. Chauvet, étaient formés d’une caisse rectangulaire. Le bois des chars danois était aussi,comme celui de M. Chauvet, garni extérieurement d’ornements en bronze. Il y a donc la plus grande analogie. Seulement notre collègue a eu le mérite d’arriver aux mêmes conclusions que M. Petersen, par une étude attentive et minutieuse de débris fort altérés par le temps et le mode de gisements tandis que l’archéologue danois a eu la bonne fortune de rencontrer des chars presque entiers, dont un au moins se restaurera parfaitement.

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divinités gallo-romaines – 2ème partie

avril 15, 2007 at 10:36 (divinités)

Les dieux indigènes

Bien que dès le Ier siècle avant notre ère, les Gaulois étaient capables de représenter un visage, leurs statues ont souvent été de simples morceaux de bois ou de pierre mal taillés, car les druides interdisaient de représenter les dieux sous des traits humains ; ce qui explique la rareté de figurations humaines avant la conquête.
Malgré la présence sur les monuments publics des dieux importés du panthéon gréco-romain, les dieux gaulois semblent n’avoir rien perdu de leur riche personnalité. En effet, certaines divinités indigènes subsistent conservant leur identité face à la culture romaine.

Divinité accroupie

Cette statuette, trouvée dans le sanctuaire du Gué-de-Sciaux (Antigny, Vienne), représente une divinité accroupie, vêtue d’une tunique ne dissimulant que la moitié du corps. Les côtés sont formés en ronde-bosse par les bras. De la main droite, elle tient un fruit ; sur l’avant-bras gauche, se trouve une patère ou une corbeille de fruits avec des figues. La tête d’un serpent enroulé pénètre dans la corbeille et se nourrit d’un fruit.
Cette divinité peu répandue en Gaule, rejoint un certain nombre de représentations sculptées mises au jour dans le Centre et le Centre -Est des Gaules. Elle est assimilée à Hygie, fille d’Esculape (dieu de la Médecine), est la déesse de la Santé.

Déesses-Mères

coupleb.jpgLe culte d’une divinité maternelle remonte en Gaule à la Préhistoire.
Les déesses-mères sont souvent représentées en groupe de trois ou de deux, assises l’une à côté de l’autre, parfois seule. Elles sont vêtues d’une tunique ou d’un drapé, et portent une coiffure couronnant sa tête. Elles tiennent dans leurs bras ou sur leurs genoux une corbeille de fruits ou une corne d’abondance, et parfois même un nourrisson.
Le culte de ces déesses, symboles de fécondité, se développe fréquemment dans le cadre restreint de la famille. C’est d’elles qu’on attendait richesse et prospérité. C’est pourquoi leur culte est surtout domestique. Chaque village avait en effet ses propres divinités de la fertilité, qui n’agissaient que sur son territoire.

Epona

La déesse est représentée chevauchant en amazone sur un cheval à l’allure celtique, les oreilles dressées, marchant vers la droite, la patte avant droite levée. Elle est vêtue d’une longue tunique plissée. Un bandeau torsadé lui couronne la tête. Parfois elle tient une patère ou une corne d’abondance. Les contraintes d’une représentation de face de la déesse lui donne une attitude assez hiératique.
La déesse Epona, protectrice des chevaux et des écuries, des cavaliers et même des voyageurs, est vénérée dans l’ensemble du monde celtique, surtout par les soldats. C’est la seule divinité gauloise à qui les Romains avaient consacré une fête. Epona est associé à l’eau, à la fertilité, à la mort (le cheval incarnant la monture des morts), autant d’attributs qui la rattachent à la Déesse Mère.
La découverte de la statuette en bronze de la déesse Epona, sur le vicus gallo-romain de Vieux-Poitiers (Naintré, Vienne), est particulièrement intéressante, il s’agirait de la seule représentation en bronze dans tout le Centre Ouest. En effet, on en connaît de multiples représentations en pierre ou en terre cuite dans notre région, notamment à Saintes et à Poitiers.

Les cultes animaliers , persistance des croyances gauloises :

Le taureau tricornu

Découverte dans le sanctuaire du Gué-de-Sciaux (Antigny, Vienne), la partie antérieure de cette statuette de taureau est traitée en ronde-bosse. Sur la tête, trois cavités devaient recevoir une corne ; une au-dessus de chaque oreille et une troisième sur le sommet.
La corne symbolise la force, la violence de l’animal. Ce taureau tricornu imposait le respect de sa puissance.
Le taureau, considéré comme l’animal sacrificiel par excellence, bénéficie d’une riche iconographie. Ses représentations en pierre sont peu nombreuses en Gaule, à la différence des statuettes de bronze. Ce culte gaulois n’est pas un phénomène isolé ; il est le prolongement d’une conception religieuse enracinée dans tout l’Orient méditerranéen.

Le sanglier

Il s’agit de la partie principale d’une statuette en ronde-bosse, provenant du sanctuaire du Gué-de-Sciaux (Antigny, Vienne), dont il manque le socle, les pattes et l’extrémité de la tête. Celle-ci dans le prolongement du corps marque la rigidité de l’animal, accentuée par la rectitude de l’échine. Les soies sont représentées par un motif stéréotypé en forme de crosse. Le corps est couvert d’un motif en forme de bandes parallèles.
Il faut voir dans cet animal, vigoureux et redoutable dans sa fureur, un symbole de la rage militaire. En effet, il figure souvent sur les insignes de l’armée. La représentation de cet animal est fréquente en Gaule ; mais plus rares sont celles en ronde-bosse.

(COPYRIGHT CONSEIL DES MUSEES DE POITOU-CHARENTES
rédigé par Delphine Daviaud)

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divinités gallo- romaines – 1ère partie

avril 15, 2007 at 10:27 (divinités)

Les dieux officiels

1/ La religion gréco-romaine est avant tout le culte des dieux de la cité. L’organisation en cités du territoire gaulois favorise l’intégration du panthéon gréco-romain. Les nouveaux dieux s’ajoutent aux anciens ou leur sont assimilés. Pour se mettre à la mode romaine, les Gallo-Romains ont vénéré certaines de leurs divinités sous l’identité romaine.

Mercure

L’iconographie de Mercure est le reflet du modèle romain. Il est représenté, au repos, nu, debout en appui sur la jambe droite, coiffé du pétase sommé de deux ailerons et chaussé de sandales ailées. Il tient dans la main droite une bourse et de la main gauche le caducée. Sa nudité est soulignée par une courte chlamyde, jetée sur l’épaule gauche et retenue par l’avant-bras.
Son culte est bien plus répandu que celui des autres dieux, dont il est le messager, et se maintient longtemps après la christianisation. Il protège la cité, les chemins ; il guide les voyageurs, mais aussi les morts. Il a une grande influence sur le commerce et l’enrichissement.

Minerve

stcroix_05.jpgMinerve est souvent représentée en armes, debout, vêtue de l’égide et casquée. Elle tient une lance dans la main droite.
La Minerve en marbre de Poitiers illustre l’influence classique romaine. Son esthétique contraste avec le style indigène plus schématique, de la statuaire de Vendeuvre.
Alors qu’à Rome, elle partage le rôle divin de la guerre avec Mars, en Gaule elle n’a qu’un rôle guerrier limité ; elle est avant tout la déesse des Arts et de l’artisanat. Minerve est honorée par les pictons pour être la divinité protectrice de la cité de Lemonum (Poitiers).

Apollon

L’Apollon en pierre trouvé à Poitiers se tient debout, nu, vêtu d’un drapé sur sa gauche, et figure son principal attribut, la lyre. Le second, en bronze découvert dans le vicus de Vieux-Poitiers (Naintré, Vienne), est figuré en buste, nu, les yeux en patte de verre, privé de son bras droit et de sa main gauche. Le traitement de son chignon est assimilable à celui d’un Apollon grec.
L’iconographie d’Apollon marque les différences stylistiques figuratives des deux civilisations celte et gréco-romaine. L’Apollon de Poitiers dénonce un style et une inspiration proprement celtiques, reconnaissables à l ’expression de son visage au regard figé, lointain, au dessin de sa chevelure et à la schématisation d’éléments morphologiques.
Apollon est invoqué comme dieu guérisseur et dieu de la jeunesse. Contrairement au dieu solaire romain, l’Apollon gaulois est avant tout un dieu sauveur. César le cite en seconde place dans ses commentaires.

Vénus

Vénus apparaît sous la forme de statuettes figurant un corps nu, une taille fine, de larges hanches et une poitrine menue. La chevelure retombe à l’avant, sur les épaules.
Le culte de cette déesse est surtout attesté par la multitude de belles petites statuettes en terre blanche retrouvées.  » Vénus  » n’est qu’une désignation latine des déesses celtiques de la fécondité. Derrière son personnage romanisé se cache l’antique déesse de la Terre.

2/ Les divinités orientales

Aux IIème et IIIème siècles, on trouve de plus en plus de sanctuaires consacrés à des divinités orientales, notamment à la déesse Cybèle, originaire d’Asie Mineure, dont les autels  » tauroboliques  » connaissent une diffusion importante, certainement en raison des déplacements de soldats et de marchands. Les Gaulois reconnaissent en elle la déesse de la fécondité et de la terre.

Les particuliers possède dans leur foyer un lieu sacré. Dans le laraire (petit autel ou niche en pierre en forme de temple) séjournent les dieux Lares, génies protecteurs de la maison, et autres divinités : déesses-mères, Epona, Hercule, Mercure…
Ils leur rendent un culte et leur offrent des libations sur un autel installé devant le laraire.

(COPYRIGHT CONSEIL DES MUSEES DE POITOU-CHARENTES
rédigé par Delphine Daviaud)

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