les réjouissances populaires de mai

avril 12, 2007 at 10:06 (coutumes, vie quotidienne)

« Dans la vie quotidienne des Gaulois, au premier jour de notre actuel mois de mai se produisait un renversement de la situation. La période de fécondation était terminée, celle de la production commençait. La communauté villageoise allait avoir à effectuer des travaux de récolte. Les cérémonies étaient adaptées à ces deux aspects: fertilité, travaux communs.
La fertilité avait pour symbole une espèce d’arbre, généralement le charme. Les femmes en âge d’être mère en étaient pourvues pour rapprocher le rôle fertilisant de la femme et de l’arbre. Il est probable qu’un rassemblement de la population avait lieu au centre du village.
Ce dernier représentait la société réunie pour les travaux des champs. Au milieu de la place, un arbre était élevé pour servir de point de ralliement, il était également le signe de l’autorité sous laquelle chacun se trouvait placé. Sous l’arbre de la fertilité et de l’autorité on rassemblait tous les instruments aratoires à la fois pour les répartir entre les ouvriers et pour les placer sous le signe de la fertilité. Cette manifestation austère des travaux prochains s’accompagnait de fêtes joyeuses. Le début de cette période où le rythme de l’existence allait prendre un tour nouveau était l’occasion d’un bruyant désordre. On menait vacarme et charivari.D’autre part un jeu symbolique était organisé. Des mâts étaient dressés, au sommet desquels se trouvaient placées des friandises. Pour tenter de les « décrocher », des grimpeurs se hissaient le long des troncs. Ce jeu s’est perpétué sous l’appellation de mâts de Cocagne. Ce mot définissant un royaume imaginaire d’abondance, on perçoit la signification de l’opération.
L’organisation du travail au sein du village étant réglée, il convenait de se rendre dans les champs pour affecter aux équipes leur tâche. Sur la place de la commune on avait placé la répartition de l’ouvrage sous le double signe de l’autorité et de la fertilité. La cérémonie champêtre avait ces deux aspects également.
Considérons tout d’abord le lieu où elle se déroulait. Nous avons vu que le territoire cultivé était constitué de l’ensemble des portions défrichées successivement au début de l’ère néolithique. Ces portions avaient la forme d’une tranche de gâteau dont la pointe se situait vers l’agglomération. Des chemins en marquaient les limites. Ainsi, tout autour du village, on rencontrait des carrefours de voies rayonnantes. Beaucoup de ces carrefours sont encore marqués par des croix dites « des Rogations » qui ont remplacé les anciens repères: bornes, oratoires…
Toute la population se rendait successivement en ces lieux, inchangés depuis des millénaires. Des instruments aratoires ou des symboles les représentant étaient probablement fichés en terre. Des branchages, prélevés sur les charmes dressés dans le village, étaient cérémonialement apportés aux carrefours et fichés en terre également pour signifier que travail et fertilité ne devaient pas être dissociés.
Puis, sans plus attendre, chacun se mettait à l’ouvrage sous le soleil chaque jour plus chaud. L’été approchait. Le point où le soleil atteint sa hauteur maximale à midi en marquait la date. Une courte trève dans les travaux harassants était alors permise. »

Etienne Renardet: « Vie et Croyances des Gaulois avant la conquête romaine ». (ed. Picard)

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Commentaires et pistes de réflexion

Dans son livre sur le Polythéisme hindou, Alain Daniélou écrit: « Dans la conception hindoue de l’existence, il n’y a pas de séparation entre des activités sacrées et des activités profanes. La vie entière de l’homme est une participation à la symphonie cosmique. Il n’y a pas d’actions indifférentes. La vie est un sacerdoce. Tous nos gestes, tous nos actes ont des conséquences. Ils doivent donc être réglés pour se conformer au dessein harmonieux de l’Univers ».
C’est aussi, me semble-t-il, notre position païenne sur le sujet: pas de séparation entre la vie profane et la vie sacrée. Il m’a donc paru intéressant de donner cet extrait du livre d’E. Renardet, traitant de la vie quotidienne des gaulois avant la conquête. Car on ne pourra toucher du doigt la réalité religieuse de nos Ancêtres que quand leur vie quotidienne aura été exhumée de l’oubli.
Il est en effet évident que, notamment en ce qui concerne les fêtes cycliques, on a beaucoup plus tendance à voir la Cérémonie, le Cercle, les Officiants, les Symboles, les Sacrifices, que ce que pouvait penser et faire le peuple. On voit plus souvent le côté cérémoniel que l’aspect populaire et f’estif. On voit beaucoup plus souvent les actes et les gestes des deux premières fonctions, rarement ceux de la fonction productrice qui nous touche pourtant de plus près… c’est cet oubli que j’ai envie de réparer … et c’est à l’Ancien qui va porter sa branche de charme pour la planter en terre au carrefour avant de se mettre au travail que j’ai envie de redonner vie…

 

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