pagus picton – 2ème partie

avril 12, 2007 at 8:38 (Généralités)

En ce qui concerne les lieux de culte gallo-romains, on peut noter une pérennité d’utilisation des sites : à Saint Léomer (Mazamas-Vienne), à Barzan (Le Fa-Charente Maritime), à Faye l’Abesse (Deux Sèvres), le sanctuaire d’époque romaine a succédé à un autre d’époque gauloise. A Rivières (Ribérolles-Charente), un fanum fermé par un péribole en pierre séche vient clore chronologiquement un important sanctuaire du Second Age du Fer.
Les manifestations du sacré se présentent à nous sous la forme de bâtiments cultuels, d’inscriptions, dédicaces et ex votos, de figures divines, statues et bas reliefs de pierre, figurines de bronze ou terre cuite; elles ont semé la terre des nécropoles d’offrandes et de viatiques, l’ont pétrie de mille gestes rituels souvent difficiles à comprendre aujourd »hui. Eles variaient d’un lieu à l’autre, d’un individu à l’autre.
Les cultes domestiques ne nécessitaient pas d’édifice spécial mais un simple petit laraire semblable à celui découvert rue des Carmes à Poitiers. A Saintes , des statues de déesses mères ont été mises à jour dans des puits d’habitations privées, laissant à penser qu’elles trônaient dans de petites chapelles aménagées dans ces demeures.

Les édifices cultuels devaient être, le plus souvent, des temples classiques, de plan et de décor gréco romain, mais on y rencontrait aussi sans doute, reconstruits in situ et en dur à l’emplacement même de temples de la période de l’indépendance, de ces fana à plan carré où la cella était entourée d’une galerie périphérique à colonade. Le seul temple attesté à Poitiers s’élevait hors la ville, dans la grande boucle de l’actuelle route de Nantes, au quartier de la Roche (deux temples jumeaux où on a retrouvé des monnaies de la fin de l’indépendance , un vase de bronze dédié à Mercure Adsmerius, et une colonne supportant le mot ‘Mercurio » et le dessin d’un phallus).

Pour ce qui est des Divinités, le poids des traditions indigènes marque une bonne partie de la statuaire et des inscriptions retrouvées dans la région: un dieu Rouvre (?) (Roboris c.f. Les travaux du pasteur Fevre) à Angoulême témoignant d’un culte aux arbres contre lequel saint Martin luttait encore, un Mercure Adsmerius à Poitiers, d’autres Mercure « indigènes » assis en tailleur derrière lesquels on devine Cernunnos, nous montrent les divinités celtiques se cachant derrière leurs modéles romains, telles les déesses-mères, divinités peu fréquentes en Italie mais bien représentées dans les trois cités de la région. Quelques fois, c’est la divinité celtique même qui est évoquée ou représentée: on connait une Damona « Matuberginnis » à Rivières (Charente), des Epona, seule divinité gauloise assimilée par les romains, à Rouillac (Charente), Poitiers et Saintes, et on ne dispose parfois même pas du nom de la divinité qui se cache sous une représentation romanisée, comme ce dieu fleuve à la barbe ondulée, présent à Saintes, et peut être à Angoulême.
Le Poitou possède des autels à quatre divinités, selon un modèle qui n’est connu qu’en Gaule de l’Est et en Germanie. Il est impossible d’affirmer que, derrière des statues de facture très classique, tel le Mercure de Sanxay (Vienne) ou la Diane de Saint Fraigne (Charente), ne se dissimulent pas des croyances celtiques.
Le Monde des morts lui même témoigne de pratiques diversifiées. La Saintonge semble préferer l’inhumation, pratique non romaine, à l’incinération, adoptée en Poitou et Limousin.

Parmi les divinités romaines, la plus souvent représentée est Mercure: trois autels seuls comportent sa figure mais quantité de statues ont été identifiées surtout en Charente; à Poitiers, cinq effigies ont été recensées. Plus de vingt statues aussi, de Vénus, anadyomène ou pudique. Très répandu semble avoir été le culte à Apollon, du moins chez les Pictons. Jupiter est attesté aussi sur plusieurs autels, de même que Mars ou Minerve. Saintes a donné une image de Diane d’Ephèse. Le culte de Magna Mater (Cybèle) existait à Poitiers.
Par contre, il y eut de toute évidence une vigoureuse continuité des cultes autochtones. Si Mercure et Vénus ont joui d’une faveur spéciale, c’est bien parce que le premier était assimilé au Teutatès gaulois, ou à Lug le polytechnicien et que la seconde profitait du vieux culte de la Fécondité.
Ressortissant au groupe des dieux romains, en quelque sorte travestis, Apollon « Matuicius » à Poitiers, le Jupiter « Taranis » à la Roue repéré à Dompierre les Eglises (Haute Vienne), comme à Anais, en Angoumois, cet autre Jupiter qui parait terrasser l’anguipède.
D’autre part, la tradition survit à l’état pur de plusieurs façons. D’abord par certaines figurations que n’accompagne aucun nom et qui restent énigmatiques. Le « dieu au Maillet » est signalé trois fois (en Limousin et à Saintes), et, en Poitou un dieu tricéphale. Le dieu accroupi sur ses jambes croisées, Cernunnos, est une divinité chtonienne de l’abondance qui a été trouvé en quatre points du Limousin comme en pays charentais. Il arrive que siège à son côté une divinité saluée du nom de « Mère ». Sous la forme d’une figure unique parfois, plus souvent dédoublée ou triple, on la voit assise, accompagnée d’attributs qui symbolisent l’abondance, ou bien de deux ou trois enfants qu’elle allaite. On en a retrouvé une dizaine d’exemplaires rien qu’à Poitiers.
A l’inverse, des inscriptions nous livrent des noms sans figure. De la sorte on a rencontré Duoricos; sur deux points de la Charente, Damona, associée dans l’un des cas à la divinité impériale. Il s’agit incontestablement de divinités topiques. Parfois nous nous trouvons en présence de temples groupés par deux ou trois ce qui révèle l’association de plusieurs divinités. Par exemple, deux temples voisins, entourés ou non d’un péribole, reliés par une galerie à la Roche de Poitiers en l’honneur du dieu Mercure Adsmerius et de sa parèdre comme en une demi douzaine de points; ainsi à Saintes, dans le quartier saint Vivien. Ailleurs, un dieu et une déesse, sans noms, sont associés dans telle sculpture. Et en un certain nombre de lieux, on croit pouvoir reconnaitre des traces du culte de divers héros.
Il existe aussi une quantité de divinités topiques, c’est à dire attachées à un lieu déterminé : les Dames ou les Mères qui protègent les familles et les domaines et sont devenues dans la tradition populaire les fées ou les fadets; les divinités des eaux , dont gardent le souvenir les fonts ou fontaines des Demoiselles, des Dames, des Fées et qui, la plupart du temps, ont perdu leur nom au profit , soit de saints célèbres: saint Pierre, saint Jean, soit de saints locaux: saint Armand, saint maixent; saint Eutrope, saint Vivien, saint Martin… Mélusine, la grande bâtisseuse du moyen age poitevin, le génie tutélaire de la famille des Lusignan, est à l’origine la divinité de la Font de Cé, dans la forêt de Coulombiers; aussi à Lusignan représente-t-on Mélusine sous la forme d’une femme poisson dont les cuisses et les jambes étaient remplacées par une queue de poisson et qui nageait dans une cuve. Beaucoup de ces sources ont, aux yeux des gaulois, des vertus curatives ou magiques: ils apportent des offrandes à la divinité du lieu. Ils en apportent aussi aux divinités des forêts. Le culte des arbres était très répandu dans ces pays boisés. Certaines parties de la forêt consacrées à une divinité, constituaient un bois sacré, auquel les romains donnèrent le nom de lucus. Les bourgades qui s’établirent auprès des ces lucs en ont pris le nom: le village de les Lucs, le Luc, le Grand Luc, le Petit Luc se rencontrent en Poitou et en Saintonge.

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