les bachelleries

avril 13, 2007 at 7:16 (fêtes)

 

(résumé de lecture)

Nicole Pellegrin : les Bachelleries (Société des Antiquaires de l’Ouest)

Bacheliers et bachelleries. Les mots et leurs usages

Les associations de jeunesse et leurs fêtes portent dans une large partie de la France de l’Ouest et pendant au moins tout l’Ancien Régime, le nom de « bachelleries »; les jeunes hommes qui les animent sont désignés comme les « bacheliers » et leurs compagnes -quand elles ont un rôle cérémoniel- « bachelières » ou « bachelettes »; le chef de la jeunesse enfin est reconnu comme « roi des bacheliers ».

Les revenus des bachelleries

Dans la plupart des cas, les bacheliers ont recours à la consommation ou à la vente du produit de quêtes rituelles. Ainsi, au début de l’année, l’usage de l’aguillaneuf.
Les bacheliers ont aussi, sur les nouveaux mariés un droit de redevance analogue à celui du seigneur mais ils ne l’exercent jamais concurremment avec lui.. D’autres revenus, au contraire, proviennent d’une délégation expresse mais temporaire de ses droits sur les marchés et de ses pouvoirs judiciaires.
Il est difficile d’apprécier la valeur des revenus des bacheliers, néanmoins ils existent, qui ne sont pas symboliques, preuve que la bachellerie est bien une personne morale dont l’importance économique et sociale dans la vie des communautés d’habitants est sanctionnée par une reconnaissance matérielle sous forme de redevances ou de biens fonciers.
Ainsi quand n’existe pas de pouvoir politique centralisé doté de corps spécialisé prenant en charge les services publics, la jeunesse tend souvent à se poser en agent social autonome en travaillant collectivement pour la collectivité.
Il faut bien aussi croire à une abondance plus grande des ressources tirées de la communauté et de la seigneurie, et au long maintien d’une mentalité où la quête n’est pas encore considérée comme une extorsion.
Les prérogatives maintenues ou réduites des jeunes gens, ont leur principale justification dans l’importance sociale, reconnue par tous de leur groupe d’âge.

Devenir bachelier.

Lieu de naissance, sexe et situation de famille conditionnent l’appartenance à la bachellerie et le nombre de ses membres.
L’autonomie du groupe des jeunes filles est toujours très relative. Les activités féminines dans la bachellerie (hommages, processions, cérémonies diverses et danses) sont toujours la réplique ou l’appendice des activités masculines, et le rôle des bachelettes, comme de leur reine, semble essentiellement décoratif. En a-t-il toujours été ainsi ou n’est-ce pas plutot le reflet ou d’une décadence des sociétés féminines (seuls des groupements religieux associent encore au XIXe les femmes et les filles) ou de la rareté des écrits concernant les femmes ?
La règle du célibat des bacheliers souffre de nombreuses exceptions qui ne sont jamais antérieures au XVIIe et qui ne sont peut être que des modifications tardives de la tradition. Ces exceptions révelent en tout cas le rôle cérémoniel de premier plan des nouveaux mariés dans le calendrier des fêtes du Centre Ouest. Assimilés ou confrontés aux jeunes gens dans toutes les festivités où s’exprime une forte emprise seigneuriale, c’est seulement la naissance de leur premier enfant qui permet à un jeune couple de se libérer des devoirs féodaux ou juvéniles qui le lient ancore à la jeunesse et de s’assimiler définitivement au groupe des gens mariés chefs de famille.

Désignation du roi des bacheliers.

Le chef de la jeunesse dans le Centre Ouest peut être désigné par le vote, par la chance et l’habileté au jeu, par la richesse.
A Naintré, par exemple, le but de l’épreuve imposée aux bacheliers était d’attraper vivant un roitelet, « nommé le roy Berault » et une charte médiévale indique qu’ils « doivent prendre à la course, et celluy qui le prent est nommé toute l’année le roy des bacheliers ».
La valeur de rite d’initiation des jeux de cette sorte est évidente et rappelle la fonction guerrière et défensive de la classe d’âge des jeunes gens .

Le règne de la diversité.

La plupart des fêtes de bachelleries se présentent comme des droits seigneuriaux mais un certain nombre se déroulent librement sans qu’intervienne aucune autorité étrangère.

Classe d’âge et seigneurie.

L’originalité des bachelleries du Centre Ouest au XVIIIe semble provenir de la superposition de deux ordres de faits: une très massive et très ancienne main mise seigneuriale sur la communauté villageoise et le maintien d’une classification par l’âge des membres de cette même communauté.

La Fête de Bachellerie.

Essentielles au maintien de la cohésion villageoise, les fêtes locales sont préparées et animées par la classe d’âge des jeunes gens, la dernière à survivre dans le Centre Ouest à l’époque moderne et qui ne continue peut être à fonctionner comme classe d’âge que parce qu’elle est investie de ce rôle festif. Fête patronale, cérémonies calendaires du carnaval, de la saint Jean et des Douze Jours, rites de noces, divertissements où la communauté locale châtie ceux dont la conduite lui déplait, les interventions de la jeunesse sont nombreuses; elles isolent nettement les bacheliers au sein de la société mais font de leur groupe la personnification même de la communauté tout entière.
L’organisation des fêtes définit donc la jeunesse et lui donne un rôle fondamental dans la vie villageoise, rôle positif donc bénéfique qui lui est depuis longtemps refusé par les communautés urbaines mais qui subsiste dans les campagnes jusqu’au milieu du XIXe et au delà.

Les éléments de la fête.

Partage et consommation de produits alimentaires (nourriture et boisson). Selon les lieux et surtout selon la saison et l’heure, le cabaret ou un pré sont le cadre de ces agapes.
Remise de bouquets
Cueillette de branchages ou quête d’un arbre de mai. La remise du bouquet et la plantation du Mai sont toujours précédées par un raid, autorisé ou non, dans un secteur non déffriché, moins humanisé du terroir, mais ces préliminaires de la fête ne font pas toujours l’objet d’une ritualisation explicitement dévoilée par les documents.
Danse. Omniprésente dans toutes les fêtes villageoises.
Messe dans un édifice religieux. La présence à l’office des bacheliers est généralement précédée par leur participation à une procession et s’accompagne souvent de l’offrande-consommation de pain bénit.
Eléction du roi des bacheliers par ses compagnons ou proclamation de sa royauté quand elle est acquise au terme d’une compétition.
Hommage rendu au seigneur ou à son représentant.
Jeu de type compétitif. Bataille ou jeu au sens propre.
Plantation d’un mai.
Parcours. Le caractère déambulatoire des cérémonies auxquelles participent les bacheliers font qu’elles sont accomplies en dehors et dans l’espace habité de la paroisse, avec un caractère profane ou religieux.
Procession religieuse.
Perception de redevances, exigées des nouveaux mariés, payées par les meuniers ou métayers de la seigneurie, dues par le seigneur ou gratification de ce dernier, obtenus des quêtes (généralement des denrées)
Tribunal burlesque ou exercice temporaire de droits de justice.

Analyse de la fête de la Bachellerie

L’originalité de cette fête est flagrante. Certes des éléments communs à toutes les fêtes populaires d’Ancien Régime y sont présents: passage à l’église, repas plus riche qu’à l’ordinaire, danses nombreuses, mais ces éléments eux mêmes prennent une coloration particulière (la danse se fait hommage, le repas se fait « sauvage » dans un cadre inhabituel, le religion devient marginale) et cette modification semble le résultat du contact des traits communs à toutes les fêtes avec ce qui constitue l’originalité de la Bachellerie: une compétition dont les jeunes gens sont les principaux protagonistes; un espace festif qui a les dimensions du terroir villageois dans sa totalité; un étalement dans le temps des principaux épisodes de la fête.

La Compétition.

La Lutte : entre hommes (batailles de paroisses à paroisses, joutes), contre des objets (course de bague, quintaine, « casser le pot »), contre des animaux (chasse du roitelet, jeu de l’oiseau, « fesser le mouton »).
Les Lancers: à la main ou au pied (soule, éteuf, pelote, paume), avec accessoires (quilles, boules, biolles, crosses).
Les Courses : de vitesse, de vitesse et d’adresse (« jeux de l’épée »)

Course de bague : « c’est un anneau de cuivre qui pend au bout d’une espèce de potence et qui s’en détache assez facilement quand on est assez adroit pour l’enfiler avec une lance en courant à cheval de toute sa vitesse ».

Quintaine: « campé à l’arrière d’un bateau mené à force rames par plusieurs bateliers, le joueur devait brisé une perche contre un écu fixé à un poteau qui se dressait au milieu de la rivière ». Pour la quintaine à cheval, les bacheliers « doibvent se trouver avec lances et chevaux, courir et rompre leurs lances contre une quintaine qui est plantée dans la place publique dudict lieu ».

La chasse au roitelet. Le premier jour de l’an, c’est toujours à un groupe de jeunes enfants, d’adolescents ou de nouveaux mariés qu’ incombe la tâche d’attraper l’oiseau au cours d’une véritable expédition de chasse à mains nues et d’en faire un très solennel hommage au seigneur (l’oiseau est attaché à des cordes neuves sur un chariot trainé par des boeufs dans la seigneurie de la Mardelle)

« Fesser le mouton ». Le dernier samedi d’avril, les bacheliers en compagnie des nouvelles mariées se rendent auprès d’un tonneau debout servant de table et couvert d’une nappe sur lequel on sert un pain et du vin pour le repas d’un mouton qu’on y amène. Quand cet animal a mangé et bu, la dernière mariée, armée d’une baguette, lui fait faire trois fois le tour du tonneau en le frappant de sa baguette; ensuite de quoi chaque bachelier le met sur son dos et le fait tourner trois fois autour de sa tête; après cela on danse…
(poursuivi, égorgé ou donné en prix dans diverses fêtes pôitevines, le bêlier pour lequel s’affrontent les bacheliers est un élément-clef des fêtes de jeunesse).

Soule. Confrontation annuelle de deux camps opposés, la soule est traditionnellement disputée à Vouillé le lendemain de Noël. C’était une boule d’un poids énorme en bois tourné. Exposée aux regards de tous sur la fenêtre d’un cabaret, décorée de lauriers et flanquée de bouteilles et de verres, elle devait être saluée par tous les passants. Injures et coups pleuvaient sur ceux qui n »obtempéraient pas.Sur la fin du jour les hommes et les femmes se séparaient des garçons et des filles. Le dernier marié allait porter la boule sur la pointe d’un rocher très escarpé. A un signal, les habitants se jetaient sur la boule. Quand les hommes et les femmes s’en emparaient, ils la portaient au milieu de la rivière; quand c’étaient les garçons et les filles, ils la jetaient dans un puits; un des garçons y descendait la tête en bas afin de la remonter. Tous les moyens étaient bons, coups de pied, coups de poing, course rapide et mêlée furieuse permettaient de pousser la soule jusqu’à l’endroit désiré. C’est cette violence même qui fait le prix d’une compétition où des classes d’âge rivalisent entre elles à un moment précis de l’année. Les joueurs ne soulent pas seulement pour se divertir, ils jouent pour défendre l’honneur et la réputation de courage de leur groupe d’âge et de leur paroisse, peut être même jouent-ils pour maintenir l’ordre du monde.

Le territoire de la fête.

C’est un espace souvent vaste et toujours ouvert.La fête se déroule en effet en plein air et elle ignore le confinement de la salle de bal, du théâtre à l’italienne et des autres enclos de la fête aristocratique. Confinement qui est aussi celui des fêtes religieuses. Son espace est celui du village mais aussi de la nature environnante; envahie par les bacheliers en quête de victuailles, de branchages oiu de mauvais coups, les champs et les bois envahissent à leur tour le domaine bâti de la paroisse sous la forme des Mais, de bouquets et de feuillages qui ornent les maisons et les hommes.

Insignes et costumes.

Il n’y a pas de masque lors de la bachellerie et c’est à visage découvert que les bacheliers courent de nuit et de jour, agressent les filles et exigent leur dû. Leur identité doit être proclamée et pour être connue de tous, un habillement particulier les distingue des autres tranches d’âge (au minimum leurs meilleurs habits, souvent l’allure martiale)

Mais et bouquets.

Une végétation cueillie, cassée, domestiquée est présente dans la totalité des bachelleries. La nature s’incarne dans les bacheliers eux mêmes, elle devient hommage ou insigne, elle se fait décor même au milieu de l’hiver et sa présence obsédante, en plein coeur de l’espace bâti, renvoie peut être à de vieux rituels agraires.. A La Copéchaignière, la végétation pénètre dans la bachellerie au point de se personnifier dans le roi des bacheliers lui même, les jeunes gens « ont droit de prendre leur roy, le mener en un pré du curé de leur paroisse, couper les branches des testarts qui sont autour dudit pré, en couvrir leur roy, le mettre ainsi en une chaire et le porter jusque dans l’église en criant Feuille le Roy, au premier jour de May ».
Le personnage du Feuillu ou Moussu n’est pas rare dans le folklore européen où son caractère magique d’esprit de la végétation . En fait les pays du Centre Ouest n’ont pas ignoré ces formes anciennes d’un déguisement végétal dont l’efficacité résidait au départ dans l’effacement de toute trace d’humanité. Le mai vivant n’était pas totalement oublié à la fin du siècle dernier lors du Carnaval de Champdeniers; des jeunes gens y apparaissaient masqués, couverts de feuilles de lierre et porteurs d’un chapeau vert et pointu, fait avec les petits joncs des chemins qui, plus anciennement, s’utilisaient à la Pentecôte.
Dans les lettres de rémission selon les lieux, les bacheliers vont soit « quérir le mai », soit « cueillir » et « ramasser du mai ». Deux expressions qui désignent les différentes formes du mai : un gros arbre plus ou moins dégarni de ses feuilles, un rameau qui peut être orné de rubans, un bouquet de feuillages et de fleurs. Une forme peu orthodoxe de mai est peut être représentée à Châtillon sur Sèvres où, en 1777, les nouveaux mariés se promènent avec « leurs épées nues et ayant chacune une orange à la pointe ».

Lieux de la bachellerie.

C’est la limite entre deux parsoisses et cette limite est souvent un carrefour ou un ruisseau. Mais les courses à cheval, quintaines ou jeux de bague, qu’exigent les seigneurs, ont lieu généralement aux portes du chateau.
Les jeux de balle, au pied ou à la main, avec ou sans accessoire, englobent généralement un espace beaucoup plus vaste (fonction de traversée du terroir) mais le coup d’envoi du jeu est toujours donné dans un endroit bien localisé près de l’eau (par exemple, dans un cercle tracé avec le manche de l’étendard des bacheliers dans le pré de l’éteuf à Champdeniers). Quant au théâtre des autres jeux, ce sont généralement les carrefours, « caroirs » ou « quéreux » qui, dans l’espace urbain comme dans l’espace agricole de l’Ancien Régime, laissent de vastes étendues libres et souvent livrées, dans le légfendaire traditionnel, aux émissaires de l’Au-delà.

Le temps de la fête.

Couronnes de roses, courses dans les bois, danses autour de l’arbre, sauts au dessus de l’eau profonde, ces images évoquent le vert profond et les fleurs éclatantes du printemps (une analyse de la ronde enfantine « les lauriers sont coupés » emporte la conviction comme un rite de la ronde de ma i: ceuillette des rameaux, danse particulière, saut caractéristique de la magie agraire, indépendance des filles en mai). Néanmoins les bachelleries n’ont pas toutes lieu en mai, beaucoup sont célébrées un jour de grandes fêtes religieuses et certaines le sont même plusieurs jours par an. En fait, les bachelleries sont concentrées sur trois périodes: début mai, Pentecôte et Noël-premier de l’An.

Rôles et fonctions de la Bachellerie.

Distraire.

Le Rire. Certaines séquences du scénario de la Bachellerie ont pour principale finalité de faire rire, mais généralement aux dépens des bacheliers eux mêmes (le geste maladroit du joueur de quintaine ou de lances qui tombe à l’eau ou par terre). L’absurde, aussi, fait éclater les rires, comme l’offrande du roitelet mené en grand harroi, ligoté solidement sur un char trainé par de nombreuses bêtes.
La Musique. La Danse.

Représenter.

D’un point de vue quantitatif, la bachellerie n’est qu’une faible portion de la communauté, celle des jeunes gens célibataires et récemment mariés. Pourtant, elle apparait aux divers moments de la vie festive, comme l’émanation de la communauté tout entière. Porteur d’insignes particuliers, gardien des emblèmes du village, chargé enfin de rôles spécifiques auprès des autorités villageoises des autres communautés et des habitants du lieu en situation difficile, le groupe des bacheliers représente l’ensemble des habitants.

Juger (avec les trois degrés de charivari).

Conjurer.

Des cavalcades, courses de chevaux et jeux à cheval figurent dans plusieurs fêtes des bachelleries.

A Chatillon sur Sèvre, tous les documents insistent sur la couleur blanche des habits des cavaliers et on sait la valeur emblématique du couple bachelier-cavalier en tenue de parade.. On sait aussi dans les religions indo européennes la valeur ambivalente du cheval, psychopompe et hiérophante initiatique qui porte le défunt dans l’Au-delà et devient symbole de mort et d’immortalité, puisque comme le soleil auquel il est parfois assimilé, il descend dans le domaine des morts (chaque nuit s’il est le soleil), guide les âmes à travers les régions de l’Autre Monde et les ramène ensuite (avec le jour) à la lumière. L’union entre le monde des morts et le cheval est à l’origine, dans le Centre Ouest, de thèmes légendaires très riches: la chasse galerie, ou chasse infernale, marquée par l’apparition d’un cavalier chassant devant lui un troupeau d’âmes, mais aussi légendes des saints cavaliers où le caractère démoniaque du déchainement de l’Au-delà se renverse en son contraire, bénéfique. Ailleurs, la vertu fécondante des cavalcades, par le martèlement du sabot des chevaux, a subsisté jusqu’à nos jours dans des courses de la Saint Jean ou de la Saint Eloi d’été. Il est dès lors probable que les chevauchées des bacheliers n’étaient pas seulement destinées à les transformer en héros d’un jour mais à les charger d’un rôle d’agents magiques bénéfiques.
L’association de la jeunesse, de l’éternité et du cheval dans les mythologies i.e. anciennes révelent que la durée et la vitalité du groupe étaient attendues et obtenues dans de nombreux sociétés, de croyances en l’existence de monstres galopants, de héros à cheval ou d’une déesse Juventas. Les Luperques, dont les bandes en février, rompaient l’ordre social à Rome par leurs courses, le corps dénudé, et les flagellations qu’ils infligeaient aux femmes étaient eux mêmes membres d’une confrérie dont le monopole revenait aux equites: ébranlant les fondements de la société et du monde, « ils les purifiaient, revigoraient et purifiaient pour une nouvelle période »-G.Dumézil.

A Chatillon sur Sevre d’autres rites de la Bachellerie peuvent s’interpréter en termes de magie agraire, en effet à la fin du mois d’avril « le samedi soir les bacheliers et les nouvelles mariées se rendent dans deux endroits différents dans chacun desquels ils fessent le mouton ».

Pourquoi cet animal ovin, par ailleurs si souvent offert en prix dans les jeux des bacheliers ? Pourquoi ces coups ? Pourquoi cette triple circumbulation ? L’ovin évoque nécessairement le mouton des sacrifices antiques et de la Pâque juive et l’agneau pascal chrétien « qui enlève les péchés du monde ». L’autel, fait d’un tonneau renforce l’aura religieux de cet épisode, mais comment savoir si la bête est perçue à la lettre comme l’animal à sacrifier, action de grâces de la communauté ou « bouc émissaire » de tous les méfaits, ou si le rite qui l’entoure est perçu seulement comme une parodie de célébration ? De plus, si l’animal est un bélier, comment ne pas penser à son pouvoir fécondateur et cela d’autant plus que c’est la dernière mariée de l’année qui le frappe ? Elle n’a pas à coup sûr, été mère et elle peut espérer, par contact avec l’animal, attirer sur ele la fécondité qui lui donnera définitivement rang parmi les femmes mariées. Le mouton fessé serait alors le responsable de la stérilité des femmes et des hommes (les bacheliers le font tourner autour de leur tête), le support de tous les péchés de la communauté et la victime expiatoire. Le frapper c’est le punir mais c’est aussi attirer la prospérité sur tous et en particulier sur la jeunesse.

L’univers du magisme, ses rites, sinon ses croyances enveloppe complètement ce moment de la fête de Chatillon. L’épisode tout entier se déroule dans un espace circulaire délimité au sol par les pas de la jeune femme et du mouton, en l’air par le geste des bacheliers ; la répétition même du rite en deux endroits distincts de la ville et les trois tours imposés à l’animal soulignent l’aspect conjuratoire sinon apotropaïque, d’un amusement destiné à éloigner des forces mauvaises.

 

C’est en grande pompe une fois par an, le jour de la Pentecôte, que se réunissent les habitants de Cellefrouin (angoumois) pour constituer une sorte de tribunal populaire. Les bacheliers en sont les juges et ils s’installent « autour d’une table mise à cet effet au bout de la halle (lieu communautaire par excellence) pour juger celui qu’ils appellent le baron. Cet homme est volontaire comme ceux qui, tout à l’heure, le jetteront à l’eau, mais ce baron « reçoit trois livres pour sa peine, et, outre ce, a le droit de présenter des bouquets à tous les spectateurs, qui sont forcés de lui donner la pièce ». Il fait chaque année l’objet de la même accusation burlesque dans son contenu explicite (« avoir porté de l’eau avec un crible (…) pour faire noyer les lièvres, ainsi que d’avoir fait bruler le poisson dans la rivière ») mais conjuratoire dans son principe.

Le baron est noyé et son châtiment intrigue. On a pu y voir un souvenir des sacrifices offerts à Teutates où on dit que la victime était elle aussi noyée. En fait le baron resurgit de l’eau et sa renaissance (survie miraculeuse ? baptême ? ordalie ?) est celle de toute la nature alentour. Encore trempé, il « a le droit de présenter des bouquets à tous les spectateurs » (comme le Feuillu de la Copechaignère, il est porteur de végétation) et les bacheliers, qui l’entourent, reviennent avec lui du pré qui borde la rivière du châtiment, les mains couvertes d’herbes, arrachées avec leur bouche. Tous sont alors dotés d’un formidable pouvoir puisque nul ne peut refuser les bouquets du baron ni de « lui donner la pièce ». En fait la participation à cette fête ne peut s’expliquer que par la croyance commune aux bienfaits résultant pour tous des dommages subis par quelques uns (puisqu’y sont insultés impunément « surtout les personnes d’un certain rang et les femmes »).


Les fonctions


La fête de bachellerie comme fête unanimiste.

L’unanimité de la communauté éclate au cours de la fête. Divertissement collectif et utile, parfois même obligatoire quand elle est imposée par le seigneur, elle attire tous les membres du village, du bourg ou de la ville avec ses faubourgs.

La fête de bachellerie comme fête de classement.

La fête est caractérisée par un double type de rites de passage : elle signale pour les jeunes gens l’entrée dans le groupe des bacheliers (élection d’un roi, présentation au seigneur, épreuves et parades devant les habitants témoignent de leur nouvelle appartenance), elle marque aussi pour les nouveaux mariés une nouvelle étape dans le processus qui progressivement les sépare du groupe des bacheliers et les agrège à celui des membres à part entière de la communauté.

La fête de bachellerie, fête d’initiation.

Les bacheliers ont des tâches positives à effectuer dont la finalité utilitaire est bénéfique à l’ensemble de la collectivité et reconnue comme telle par elle. Pour les bacheliers ce sont les premiers rôles sociaux qu’ils ont à remplir : s’organiser entre eux, préparer ds jeux pour chaque âge, illustrer leur village par leurs prouesses personnelles et leurs victoires sur les garçons des autres paroisses, aller en délégation présenter l’hommage au seigneur, attirer la prospérité sur les nouvelles unions et faciliter peut être même le passage des saisons, leurs interventions ont pour théâtre et spectateurs la collectivité toute entière. Ces fêtes opèrent donc une socialisation progressive de leurs participants qui tout en leur permettant d’attendre le moment où ils seront à leur tour, avec le mariage et la naissance du premier enfant, des adultes à part entière, les initient à leurs tâches futures.
(selon Van Gennep, ces passages « comportent régulièrement trois stades équivalents : celui de séparation, celui d’attente ou de marge et celui d’agrégation », et «elles sont toujours groupées d’une certaine manière (séquences) par rapport à un certain but qui est de passer sans danger d’un état de fait, ou d’un état social, ou d’un état moral ou affectif à un autre, généralement considéré comme supérieur et meilleur)
La fête de bachellerie apparaitrait alors sans doute et comme une fête d’initiation pour les jeunes gens et comme un rite de passage pour les nouveaux mariés, rite dont les agents seraient à la fois les jeunes gens qu’ils quittent et la seigneurie ou la communauté auxquelles ils cherchent à s’agréger : pour les jeunes époux, payer les bacheliers serait alors un rite de séparation et rendre hommage au seigneur, un rite d’agrégation.

La plupart des fêtes de bachellerie ont été supprimées jusqu’à la Révolution, certaines résurgences plus ou moins réussies au XIXe. La dernière fête eut lieu à Melle au début du XXe siècle. Mais certains communes parlent aujourd’hui de faire revivre la Soule…

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Commentaires et pistes de réflexion

Les commentaires ont été faits au début du premier texte sur les bachelleries…

… les pistes de réflexion sont soulignées, dans le texte, par un changement de police … de la vigilance, donc.

 

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