le dépôt de la Prairie de Vénat (16)

avril 15, 2007 at 11:23 (archéologie)

La Prairie de Vénat est un lieu dit de la commune de Saint Yrieix, dans la banlieue d’Angoulême. Encore au début du siècle, du sable alluvionnaire y était extrait de nombreuses carrières.
C’est dans une de ces sablières qu’en 1893 des enfants trouvèrent un grand vase contenant environ 75 kg d’objets de bronze (plus de 2000, entiers ou brisés) datant de la fin de l’Age du Bronze en France.
La pratique de l’enfouissement volontaire de quantités plus ou moins importantes d’objets de métal est presque aussi ancienne que la métallurgie elle même. Pourquoi ? Les hypothèses varient selon les spécialistes : cachettes de marchands colporteurs en même temps récupérateurs d’objets abîmés, stocks de métal de fondeurs, offrandes votives: les plus petits, offrandes de simples particuliers, les plus considérables offrandes de clans ou déja de petits états ou même butin voué aux Dieux après la guerre. Il est probable que l’explication n’est pas la même partout mais pour le Vénat l’hypothèse du stock d’un artisan semble acceptable.
L’enfouissement parait lié à un désir de sécurité. La multiplicité des dépôts à la fin de l’Age du Bronze témoigne d’une période de troubles, ce que confirme l’installation systématique des villages sur des plateaux élevés, souvent ceinturés d’abruptes falaises et protégés d’énormes remparts de pierre et de terre: tels sont en Charente les Camps de Recoux à Soyaux ou de Merpins et dans la Vienne, le Camp Alaric à Aslonnes. La dégradation du climat attestée vers 750 av.jc qui, avec la recrudescence de l’humidité rend les récoltes aléatoires, n’est sans doute pas étrangère à cet état de fait en incitant à piller chez d’autres peuples les subsistances dont on est dépourvu.
Les variétés des objets du dépôt est considérable. Chaque aspect des modes de vie de cette époque y sont illustrés: la guerre et la chasse, le travail des artisans (bronzier), la parure et la toilette, le rôle du cheval et du char, la religion… Enfin le dépôt est un bon témoin des larges relations culturelles et des courants d’échanges dans l’Europe occidentale du VIIIe siècle avant notre ère.

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Commentaires et pistes de réflexion

En plus de l’importance archéologique d’une telle découverte, j’aime bien ce genre de détails qui nous rendent nos ancêtres plus proches, qui nous les rendent plus familiers. Et ce n’est pas sans émotion qu’on peut ainsi les imaginer dans leur vie quotidienne, les suivre à travers leurs préoccupations de tous les jours, de leurs peurs, de leurs envies, de leurs besoins, tributaires du climat, de l’humeur de leurs voisins et de toutes les autres circonstances extérieures …sensiblement les mêmes que les nôtres en fait. Et ça permet d’éviter toute idéalisation facile et stérile (après tout les gaulois respectaient peut être plus la nature que nous ce qui ne les empêchait pas d’être de grands essarteurs). Et j’aime bien cette image aussi de nos anciens, dans un monde dangereux, plutot que de se replier sur eux mêmes, qui voyageaient un peu partout (on dit par exemple que les Santons avaient lié de forts liens avec les Helvètes ce qui expliquerait le désir de ces derniers de venir s’installer dans le centre-ouest de la Gaule… prélude à la Guerre des Gaules)

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