la Dive, une rivière divine

avril 19, 2007 at 10:10 (paysages)

dive2.jpgLa Dive est une rivière qui porte un nom d’origine celtique et qui, comme beaucoup, fut sacrée pour nos ancêtres gaulois. Elle tire en effet son nom de celui de la Déesse Gauloise des sources sacrées, Divona, et de la racine indo européenne « diew », la divine (mais aussi « la riche »). Sur ses rives, à l’époque gallo romaine, mais le culte devait remonter beaucoup plus loin dans le temps, on adorait la déesse-mère Matrona, dont dérive également le nom de la Marne comme celui de la petite ville de Marnes qui fut Madronas au VIIe siècle. En 976, la Dive était « déjà/encore » appelée la diva ou déesse en gaulois, dans la mesure où elle portait « déja » quasiment le nom qu’elle porte aujourd’hui, et où elle était « encore » considérée comme sacrée après presqu’un millénaire de christianisme… Prenant sa source à la Grimaudière (86), la Dive arrose 6 communes dont Marnes dont on a déja parlé, alimentant en force motrice 28 moulins jusqu’à se jeter dans le canal de Pas-de-Jeu (79), dont 13 sur la seule commune de Marnes. La Vallée de la Dive est jalonnée de témoins de l’implantation humaine dès la préhistoire, de menhirs et de dolmens, en même temps que tous les lieux d’habitation traversés semblent être d’anciens sanctuaires pré-chrétiens ou en présenter certains aspects.. geo_jar_gargantua.jpgPour commencer, la rivière prend donc sa source près de Maisonneuve, un village qui fut fondé par les Templiers de la Commanderie de Montgauguier , or Montgauguier est une variante de Mont Gaudier, à l’origine un Mont Gargarius ou Mont Goguet, un « Monte Gualgarie » vers 1084, de toute évidence un Mont Gargan … et l’on retrouve Gargantua qui s’est longuement promené dans les environs… Il y fit aussi un repas monstrueux composé de deux (ou quatre) paires de bœufs et d’une charretée d’épines ainsi que d’un malheureux moucheron qui s’était approché trop près… pour faire couler tout ça, il se pencha sur le Gouffre de la Grimaudière pour y boire mais se retrouva les deux pieds englués dans les marais. En secouant vigoureusement le pied gauche, le patin de boue alla s’écraser au sud de Saint Chartres pour y former la butte du Puy Taillé (qui est un tumulus de l’époque du Bronze) tandis que celui du pied droit alla constituer au nord du petit village de Villiers, la colline de Puy-Mouron, sur laquelle on a retrouvé des débris de poteries attestant de l’occupation des lieux par un camp datant lui aussi de l’âge du Bronze.On remarque aussi par la même occasion que les Templiers se sont bien souvent installés sur d’anciens haut-lieux sacrés pré-chrétiens …

Pas très loin non plus, on a Saint Jouin- de- Marnes avec son église abbatiale du XIIe siècle qui arbore la curieuse sculpture d’une femme nue dont les seins sont tétés par des serpents..

Saint Chartres est une petite bourgade qui présente un attrait particulier pour un Ovate puisqu’en part un sentier qui présente les plantes qui poussent sur les terrains des bords de Dive et que l’homme a su très tôt utiliser pour se soigner: verveine officinale, prêle, bardane, orties, mauve, guimauve, valériane, reine des prés, houblon, sureau noir, angélique, menthe aquatique, etc..

 

Notre Dame d’Or a révélé une cachette de fondeur, datant du Bronze terminal et contenant une grande diversité d’objets.

 

Au VIIe siècle, Marnes s’appelait donc Madronas, dérivé du nom de la déesse-mère Matrona qui, pour le peuple, incarnait la terre nourricière, les sources, l’eau qui coule. Avec la proximité de la Dive c’est donc un lieu doublement sacré…

 

Il y a aussi Saint Laon (prononcez « Lon ») dont on ne sait pas trop s’il s’agissait de l’évêque de Coutances ou d’un saint local qui vivait sur les bords de la Dive. Quoi qu’il en soit l’endroit était occupé dès l’époque préhistorique et s’y dressent encore trois dolmens, le dolmen de Chantebrault, dit de la Grande Pierre Levée, celui dit de la Petite Pierre Levée et celui dit dela Pierre de Verne.

 

Enfin, on arrive à Pas-de-Jeu qui doit son origine à un étranglement des marais de part et d’autre de la Dive. Le lieu était donc un gué, grand comme un pas de jo, c’est à dire un pas de coq. On dit aussi qu’il se serait appelé en 1300, « pas-de-joco » qui serait un nom d’origine celtique signifiant « passage », « défilé entre des hauteurs boisées », donc rien de contradictoire là non plus. Certains ont vu, dans ce toponyme, une déformation de Jovis, génitif de Jupiter. Ainsi, on serait dans un « Passus Jovis », passage protégé par Jupiter, mais si tel est le cas, nul doute que le dieu romain remplaçait là un culte indigène bien plus ancien . Et cela montre aussi qu’il fut une époque où la traversée à gué était suffisamment dangereuse pour qu’elle nécessite que le gué soit placé sous la protection d’une divinité.

 

Tout au long de la rivière, court un sentier pédestre, « la Sente Divine ». Au coeur de cet ensemble, ce sont en fait cinq sentiers découvertes qui abordent des thèmes spécifiques: le sentier des lavoirs, la sente de l’eau vive, la sente des plantes sacrées, la sente de la source sacrée et la sente de la maresche qui sillonne le territoire des marais où naissent et perdurent les légendes fantastiques.

 

Comme si la Dive voulait montrer qu’elle n’a rien perdu de sa sacralité…

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3 commentaires

  1. Onouava said,

    Est-ce qu’on sait si Saint Laon est lié au nom de la ville de Laon dans le Nord ?
    (Très chouette votre blog !)
    bises

  2. lamainrouge said,

    Non, je crois que Laon dans l’Aisne est dérivé du nom antique de la ville : Alaudanum (habitants: Alauduni), de Alauda, qui signifie Alouette, mais qui est aussi une divinité (tutélaire de la ville) parfois compagne de Lug… en 497, saint Rémi en fit un évêché du nom de Laudunensis.
    Merci pour tes encouragements

  3. lamainrouge said,

    Dans sa « Médecine en Gaule », à propos de Divona, Gwenc’hlan Le Scouëzec écrit : « Nous la connaissons surtout parce qu’Ausone l’a chantée, dans son fief de Bordeaux: « Salut, fontaine au jaillissement inconnu,fontaine sacrée, nourricière, éternelle, claire comme le verre, glauque, profonde, bruissante, sans souillure, ombreuse. Salut, génie de la ville, à boire en gorgées médicinales, Divona, dont le nom dans la langue des Celtes signifie fontaine, et qui plus est, divine ».
    Ce qui est, convenons en , un fort bel hymne …

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