à propos de la légende du pied griffé : pistes analogiques

mai 24, 2007 at 5:24 (contes et légendes, divinités, histoire)

On l’a vu lors de notre balade païenne à Angles sur l’Anglin , une curieuse légende est attachée au site du « pied griffé »

En des temps très anciens, un artisan qui travaillait en ce lieu, avait deux fils dont l’un se nommait Bartoumé, l’autre Bonifait. Désireux de leur offrir une destinée, il remit à chacun d’eux un marteau qu’il leur ordonna de lancer au loin. L’outil de Bartomé alla tomber sur un roc escarpé, près de Mérigny, aux lisières du berry, celui de Bonifait vint s’abattre à l’opposé dans la paroisse de La puye, près d’une source. Chaque enfant rejoignit le lieu qui lui avait ainsi été assigné par le sort. Bartoumé sur son roc (roc de saint Bartoumé) et dans la grotte sous-jacente se vit attribuer le pouvoir de guérir la colique rouge (appendicite). Bonifait, près de sa fontaine dont il remplaça la divinité païenne protectrice, celui de calmer les fièvres et de faire pleuvoir en temps de sécheresse (fontaine de saint Bonifait). A noter que saint Bonifait n’a rien à voir avec saint Boniface, mais comme son nom l’indique il est le génie « bienfaisant » du lieu.

Cette légende évoque sans conteste un des grands mythes fondateurs de diverses civilisations…Pour ce qui nous occupe, même si la raison plus plausible à cette migration gauloise était la crainte des Cimbres et le fait qu’à tout prendre il valait encore mieux fuir devant eux que se retrouver pris sous les roues de leurs chariots, il est dit qu’il était une fois (et par cette formule, on voit bien qu’on rentre de plain pied dans le mythe), sous le règne du grand roi Ambigatos… La Gaule était devenue si riche et si peuplée qu’il était devenu bien difficile de gouverner la masse de ses habitants. Ambigatos décida donc de faire partir ses neveux, en quête de nouveaux territoires (on dit aussi qu’ils étaient remuants et ambitieux et qu’il était donc plus prudent de les éloigner avant la mort du Roi). Acceptant de se soumettre au sort, ceux ci se rendirent chez un oracle, vivant à l’embouchure de la Loire, dont les deux corbeaux sacrés leur assignèrent chacun une direction à prendre. Ségovèse partit vers l’est et la forêt hercynienne formant l’avant garde de ceux qui allaient en Asie Mineure fonder l’empire des Galates et Bellovèse vers l’Italie pour fonder la Gaule Cisalpine. Voilà pour ce qui est des mythes fondateursrapprocher de la légende du pied griffé (anedoctiquement, il est amusant de rappeler aussi que les Brennus mythiques appartenaient à ces mouvements de migration, le Brennus du célèbre « Vae Victis », le Brennus de la prise de Rome accompagnait Bellovèse, celui de Delphes était dans la descendance des guerriers de Ségovèse).

brennus3.jpg

Il est tentant de faire une autre analogie… avec Gargantua cette fois qui arpente la campagne dans une terre grasse et pour le moins « amicale » si ce n’est « collante » puisqu’il est à de nombreuses reprises obligé de secouer les pieds pour décoller la terre de ses semelles. Les patins ainsi décollés, lancés, vont atterrir en des endroits souvent improbables pour former à travers tout le territoire nombre de tertres de collines et autres monticules … Gargantua est ainsi le créateur du paysage dans son rôle d’ordonnateur du Cosmos. Et d’ailleurs si Gargantua est un géant, Bartoumé et Bonifait qui lancent leur marteau évoquent eux aussi irrésistiblement des figures de géants…

Dieu géant, le Dagda, c’est à dire l’équivalent irlandais du Sukellos gaulois, a aussi pour attribut un marteau, plus précisément une massue avec laquelle il tue d’un bout et ressuscite de l’autre ce qui en fait le maître de la vie et de la mort. Dieu « bon à tout », en plus de guerrier et de magicien il est donc aussi artisan. Il est en outre détenteur d’ un chaudron d’abondance qui peut nourrir indéfiniment tous les êtres humains. C’est aussi lui qui, paillard, rustre, goinfre et ventru, pendant la bataille de Mag Tured, fut invité par les Fomoiré et dut manger un gigantesque porridge fait de lait, de farine, de graisse, de cochons et de chèvres, en quantité suffisante pour rassasier cinquante hommes, ce qu’il fit de bon coeur en se servant d’une louche en bois « si énorme qu’un homme et une femme pouvaient coucher dedans ». La fin fut nettement plus tragique pour les Illyriens que les gaulois menés par Ségovèse dans leur marche vers l’est, durent affronter. Selon la légende, pour justifier de leur réputation de ripailleurs et buveurs, ceux ci acceptèrent l’invitation gauloise, sous couvert de bonnes relations, à de copieux repas où la viande avait été mélangée à une herbe dont la propriété était de relâcher le ventre. C’est ainsi que les Illyriens succombèrent à leur goinfrerie.
(on n’oublie pas non plus que Nantosuelta, la compagne de Sukellos est une déesse-rivière, et qu’elle représente l’esprit des eaux, principe féminin de fécondité et de santé. cf. la fontaine de saint Bonifait).

*** Le Roc de saint Barthoumé est situé sur la rive droite de l’Anglin, dans la commune de Mérigny (Indre), à la lisière de cette dernière et celle d’Angles (Vienne). Sa position face au site de Pied griffé (voir « balade païenne à Angles sur l’Anglin ») et certains signes (des niches dans le roc, de larges incisions, etc.) laissent penser qu’en des temps éloignés, peut être pré-celtiques, des cérémonies païennes rituelles relevant d’un culte commun étaient célébrées dans ces lieux.

Publicités

Permalien Laisser un commentaire

la grotte des Perrats (16) : le casque d’Agris

mai 15, 2007 at 10:15 (archéologie, coutumes, histoire)

casque-dagris.png Chez les celtes, seuls les chefs, qui disposaient d’un char, portaient, semble-t-il, le casque, signe distinctif par excellence. Celui qui fut trouvé dans la grotte des Perrats, datant du IVeme siècle avant JC, et qu’on appelle communément le casque d’Agris, ne fut pourtant probablement réalisé que dans un but cultuel (même si c’est sans doute un casque similaire que portait Brennus lors du sac de Rome), par des artisans formés à l’école nord-alpine caractérisée par la technologie de la coque de fer au couvre nuque riveté et le placage de feuilles d’or sur le bronze avec ornementation végétale avec palmettes et lotus et motifs géométriques indéfiniment répétés.

L’absence de tout reste humain dans les parages de la découverte excluant l’hypothèse du dépot funéraire, les spécialistes s’accordent pour privilégier alors celle de l’offrande faite aux divinités du monde souterrain, aux entités chtoniennes. Les populations celtiques et pré celtiques considéraient en effet la grotte comme accès vers l’Autre Monde. C’est aussi l’archétype de la matrice maternelle, lieu de naissance et de régénération par l’initiation.

La Grotte des Perrats ne serait pas le seul sanctuaire chtonien, on en connait d’autres dans le monde celtique, en Belgique, en Bourgogne et en Dordogne notamment et le riche décor, mais surtout le serpent cornu de la paragnathide (protège joue), dont c’est la figuration la plus ancienne connue, confirme donc qu’il s’agit bien d’une pièce à finalité non utilitaire mais cultuelle: le casque serait alors un dépot -peut être dépôt de fondation- d’un petit lieu de culte rupestre. Le serpent à tête de bélier, symbole hybride de la fécondité du sol et de la force primale apparait comme on l’a vu, sur le chaudron de Gundestrup, tenu par Cernunnos, comme un attribut mais parfois aussi comme une divinité indépendante. Jean Paul Persigout, dans son “dictionnaire de mythologie celte”, cite même un nom: Segomonos, un dieu chtonien, tellurique. Celui qui décore le casque dégage d’ailleurs une impression de puissance plus accentuée par sa ressemblance avec un dragon ou un animal carnassier. On pense ici à la Vouivre, émanation de la Terre, ou au dragon qui incarne la force primordiale, tellurique, la puissance qu’on doit conquérir et maitriser, ainsi que « notre propre énergie naturelle initiale ». Dans les mythes européens, « c’est souvent le dragon, comme la sorcière, qui possède les armes qui tuent et les secrets qui guérissent » (cf Siegfried et le dragon gardien de trésor, Fafnir, ainsi que Heracles et l’Hydre de Lerne); en astrologie comme en géomancie, on retrouve la tête et la queue du dragon (noeuds lunaires ascendant et descendant) qui illustrent la base de notre existence consciente et les influences passées qui doivent être harmonisées et dépassées pour nous accomplir.

Par ailleurs, le fait que les garnitures extérieures du casque aient été démontées et fracturées, ainsi que le choc que son timbre a reçu, provoquant un fort enfoncement, apparaissent comme « un des prémices de cette pratique de destruction des armes abondamment illustrée dans les sanctuaires plus tardifs (IIIe au Ier siècle av.JC) à dépôts d’armes sacrifiées connus de l’Atlantique à l’Allemagne du sud ».

Selon José Gomez de Soto, « La fabrication du casque a mis en oeuvre des matériaux variés qui composent plusieurs centaines de pièces : fer (coque du timbre et supports des autres éléments), bronze coulé ou en feuille travaillée au repoussé (en placage sur le fer), or (en placage sur le bronze, fils, têtes de rivets), argent (rivets), corail (cabochons emplissant les alvéoles du décor et en applique sur la paragnathide), bois, cuir, et même une sorte de colle (glue?) pour fixer les pièces de corail avant rivetage ! »

Permalien Un commentaire

la grotte des Perrats (16): cannibalisme rituel ?

mai 15, 2007 at 9:53 (archéologie, coutumes, histoire)

A quelque distance d’Angoulême (16), sur la commune d’Agris, en 1992 puis en 1994, on découvrit dans la grotte des Perrats des fragments d’os humains portant des marques d’incisions faites au silex, appartenant à au moins trois adultes et à deux enfants de deux et quatre ans, concentrés sur une surface n’excédant pas les 5 mètres sur 5 sous le « porche » de la grotte et remontant à sept mille ans. Un crâne notamment qui portait les traces d’une grande incision allant du nez à l’occipital, montre que la tête a été scalpée puis coupée en deux probablement pour permettre l’extraction du cerveau. La plupart des ossements, par ailleurs, portent des encoches intentionnelles, des traces de percussion avec des outils en silex et certains présentent des traces de brûlures faites sur des os encore « frais ».

Pour M. Gomez de Soto, archéologue, qui constate que les os ont été broyés comme ceux du gibier, pour en extraire la moelle, « Ce traitement semble être le même que celui appliqué par ces hommes du néolithique moyen à la viande animale. Tout ceci fait donc fortement penser à du cannibalisme ».

Il y a plusieurs sortes de cannibalisme, à savoir le « cannibalisme de carence » induit par le risque de mourir de faim qui ne semble pas pouvoir s’appliquer à cette présente découverte puisque des ossements de cerfs et de grands bovidés ont été trouvés au même niveau archéologique, le « cannibalisme rituel » et magique quand on mange le coeur, le foie ou le cerveau de son ennemi valeureux ou de son ascendant pour s’approprier ses qualités, et le cannibalisme lié à des rites funéraires. On fait aussi la différence entre l’ exocannibalisme qui implique le sacrifice de l’étranger, de l’homme extérieur au clan, à l’ethnie. Il est associé à la guerre et à la capture de prisonniers destinés à la manducation rituelle des vainqueurs selon des règles très précises ( loin d’être une expression sauvage de la  » nature  » en l’homme, il s’agit d’une manifestation culturelle dont chaque détail est soigneusement réglé), et l’endocannibalisme, rite funéraire propre à certaines sociétés qui font du corps de leurs membres la sépulture de ceux qui meurent. Leur chair est rituellement consommée et partagée selon des règles sociales précises.

 » S’il ne s’agit pas de cannibalisme, ce pourrait être le témoignage d’un rite proche de celui pratiqué par certaines populations actuelles du Népal qui consiste à dépecer le mort, à hacher la chair, à broyer les os et à abandonner cette « bouillie » aux oiseaux de proie ». Si l’on sait que le guerrier mort pouvait être abandonné à pourrir à l’air libre, offert aux vents, à l’air et aux charognards, ce serait en revanche la première fois que cette coutume serait observée en Europe.

Par la suite, la présence des hommes dans les environs de la grotte se manifeste sans interruption: elle fit office de complément d’habitats de plein air plutôt que d’habitat proprement dit, elle fut également un complexe funéraire pendant une période assez longue, et fut aussi utilisée de manière plus profane, par exemple pour stocker des céréales à quelques reprises jusqu’au IVème siècle où l’homme y enfouit le célèbre Casque d’Agris.

 

 

 

Permalien Laisser un commentaire

des plantes tinctoriales à Bougon (79)

mai 9, 2007 at 9:25 (artisanat, nature, vie quotidienne)

Les fragments les plus anciens de tissus découverts ont été identifiés au Moyen Orient et sont vieux de 9000 ans. Mais si les indices archéologiques sont rares, les premiers tissus sont vraisemblablement apparus avec l’époque néolithique. Comme ils sont généralement réalisés dans des matières souples qui ne se conservent pas, il a fallu des conditions exceptionnelles de conservation, notamment dans des milieux aquatiques ou humides pour que dans certaines régions, comme dans les lacs alpins par exemple, soient découverts des restes de morceaux de tissu datant du IIIème millénaire. La glace est également un bon moyen de conservation et la découverte dans un glacier de la momie d’ Ötzi, a permis de connaitre l’ habillement de nos ancêtres il y a 3500 ans (http://www.hominides.com/html/ancetres/otzi2.htm)

 

Toujours dans le pagus picton, mais du côté des Deux Sèvres, à Bougon, dans un ensemble de tumulus remarquablement restaurés et entretenus, le musée présente un certain nombre d’ateliers évoquant les activités liées à l’époque du néolithique et notamment celles en relation avec le tissage et la teinte des fibres utilisées

 

L’histoire du tissage remonte peut être aux temps où l’homme a remarqué des tiges entrelacées dans la forêt et réalisé qu’en tressant lui-même ces tiges il pouvait en faire des repères utiles dans la nature. Puis vinrent des pièges et des liens divers, des objets en tous genres, enfin les vêtements quand il s’avisa de l’intérêt, évident de ces secondes peaux.
Des analyses effectuées sur de nombreux échantillons ont permis de déterminer que la première fibre végétale utilisée a été le lin majoritairement mais les gaulois tissaient également le chanvre. Quoi qu’il en soit, on pratiquait donc le tissage dès l’époque néolithique et de cette époque date aussi l’élevage des moutons dont la laine se prête particulièrement bien à la confection de fils. Mais d’autres matières ont pû être aussi employées (feuilles de roseaux, fibres d’orties, libers de chêne et de tilleul…) On tissait alors sur de simples cadres constitués de quatre bâtons de bois attachés ensemble. On enroulait les fils de chaîne autour du cadre pour les tendre et on passait le fil de trame en écartant les fils de chaîne avec les doigts. Puis les métiers se sont perfectionnés en métiers verticaux munis de pesons en pierre ou en terre cuite et composés essentiellement de trois barres parallèles dont une fixe et deux mobiles afin de permettre d’ entrecroiser les fils chaque fois que la navette a passé le contrefil qui assure la composition de la trame. Dans chaque village il devait s’ en trouver un certain nombre. Les hommes actionnaient probablement les barres alors que les femmes lançaient la navette.
métier à tisser

Certains objets ou accessoires en bois ont pu être également conservés, qui servaient pour le tissage dont l’ artisanat semble avoir été particulièrement élaboré(fuseaux, peignes à tisser, aiguilles en os, pesons, couteaux de tissage, etc.)

A l’époque gauloise, on tisse donc le lin et le chanvre. Les tiges de ces plantes sont soumises au « rouissage » c’est-à-dire qu’ on les fait macérer pendant une dizaine de jours dans une eau dormante pour que les parties ligneuses fermentent et se détachent par la suite au « battage ». Ces techniques étaient connues probablement depuis l’époque néolithique. Les tissus étaient blanchis par exposition au soleil quand on voulait obtenir des produits de qualité.
La laine brute, elle, attachée en haut de la quenouille tenue sous le bras, était « filée » entre les doigts pour constituer le fil par torsade qui était enroulé sur le fuseau. Ce travail était sans doute réservé aux femmes qui pouvaient l’ effectuer assises, lors des veillées par exemple ou même en marchant. Et la quantité de fil pouvait donc être ainsi considérable.

Pour enjoliver les tissus, des industries annexes se sont greffées sur celle du tissage, la principale étant la teinture, puisque nous savons que les Gaulois aimaient beaucoup la couleur et que leurs vêtements étaient très colorés.
Teindre, c’est imprégner, profondément et de manière durable des fibres textiles d’une substance colorante. Mais au préalable, il faut procéder au mordançage du tissu qui consiste à le faire tremper dans une solution spéciale, le préparer au moyen d’un mordant (cendre de bois, cuivre, sel d’alun…) pour permettre aux matières naturelles colorantes de mieux s’y fixer. Un exemple avec l’ALUN : Pour 1 kg de laine : 200 g d’alun. Dissoudre l’alun dans de l’eau bouillante. Y introduire la laine humectée. Porter à ébulition en remuant pendant une heure. Laisser refroidir. Sortir la laine et l’égoutter (ne pas la tordre).
Les colorants minéraux sont connus depuis des millénaires (terre de sienne, ocre, manganèse, etc…) il doit en être de même pour les colorants végétaux puisque la nature a toujours fourni à l’homme les matériaux nécessaires à son activité. Mais comme très peu de tissus ont conservé leurs colorations d’origine, on ne peut que supposer que telle ou telle plante a été utilisée en teinture, surtout en ce qui concerne l’époque néolithique en se basant sur des croisements d’informations et grâce aux pollens ou macro-restes retrouvés dans certaines fouilles.

Deux techniques de teinture sont observées à travers les âges et le monde:
– la teinture par fermentation (à froid) : les plantes sont mises à macérer dans de l’eau pendant un certain temps puis on en fait autant des fibres à colorer, dans la macération obtenue. La matière finit par s’imprégner de la couleur du bain dans lequel elle a été plongée.
– la teinture à chaud : les fibres sont mises à « bouillir » pendant une durée limitée dans une décoction de plantes préparée au préalable.

Le jardin botanique du musée des tumulus de Bougon, dans les Deux Sèvres présente les plantes cultivée il y a plus de 6000 ans, à l’époque de la construction de l’ensemble de cinq tumulus (à visiter de toute urgence !!!). Il fait partie d’ un parcours de découverte au long duquel ont été reconstitués des habitats néolithiques , y paissent des moutons primitifs, ont lieu des animations l’ été de taille de silex, vannerie ou céramique. Le musée, en complément du parcours, resitue le Néolithique dans la vaste chronologie de la Préhistoire. Les quelques essences présentées dans cet espace sont des exemples des différentes espèces probablement utilisées durant la période néolithique pour teindre les fibres textiles.

 

Sureau Noir : partie utilisée en teinture : fleur, baie et feuille. Couleurs obtenues: jaune, gris.
Chêne: partie utilisée en teinture: écorce. Couleur obtenue: marron clair.
Solidage: partie utilisée en teinture: plante entière. Couleur obtenue: jaune.
Noisetier: partie utilisée en teinture: feuille. Couleur obtenue: ocre jaune.
Garance: partie utilisée en teinture: racine. Couleur obtenue: rouge.
Tanaisie: partie utilisée en teinture: feuille, fleur. Couleur obtenue: jaune.
Noyer: partie utilisée en teinture: brou. Couleur obtenue: marron foncé.
Millepertuis: partie utiliser en teinture: fleur. Couleur obtenue: jaune.

 

http://lesfilsdutemps.free.fr/letissag.htm

Permalien 2 commentaires

balade païenne à Angles sur l’Anglin

mai 2, 2007 at 10:51 (paysages)

Angles sur l’Anglin, un des « plus jolis villages de France », célèbre pour les ruines de son imposant chateau médiéval qui domine la vallée et qui aurait été selon la légende, bâti par des Fées qui travaillaient la nuit pour que personne ne puisse les voir.

pivert.jpg   J’ai à peine fait quelques centaines de mètres sur la route qu’un étroit sentier qui escalade le talus me conduit à une vaste salle souterraine ouverte dans le roc, la « cave à Capioro », orientée au soleil levant et qui possède, sur la gauche, un diverticule à la grande profondeur. D’emblée le ton est donné : je suis dans un lieu magique qui fut jadis beaucoup fréquenté par mes lointains ancêtres (grotte refuge ou grotte cultuelle ?) ; je suis transporté dans un autre monde, et c’est une impression que vient curieusement renforcée le « tac tac » du bec d’un pivert contre un arbre qui me souhaite ainsi la bienvenue à sa façon.

chaudron.jpgPlus loin au sein d’un tunnel de verdure, je m’attarde au pied d’une roche massive bizarrement creusée dans sa paroi varticale qui me fait face, d’un orifice parfaitement circulaire. C’est « le Chaudron » et je me prends à rêver à quels rituels cette curiosité de la nature a bien pu servir.

Toujours en pleine forêt mes pas me mènent ensuite jusqu’à un calvaire édifié au point de rencontre de deux chemins, qui marque aussi le sommet du plateau où je me recueille quelques instants en souvenir de la divinité qu’ont dû adorer là nos lointains ancêtres. C’est la triple Hécate que les grecs honoraient aux carrefours, mais les Celtes ? pour les gallo-romains, c’étaient des déesses qui s’appelaient Biviae, Triviae, Quadriviae suivant le nombre des chemins qui se croisaient là, et qui prenaient selon toute vraisemblance la place d’une spécifiquement gauloise. Déesse chthonienne, elle relierait les trois étages du monde: le monde d’en dessous, le monde d’ici, le monde du dessus et, à ce titre, serait honorée comme la déesse des carrefours; car chaque décision à prendre à un carrefour commande, non seulement une direction horizontale à la surface de la terre, mais plus profondément une direction verticale vers l’un ou l’autre des niveaux de vie choisis. Dans les fourrés, un mouvement me surprend et j’entre aperçois un animal s’enfuir, si rapidement que je n’ai pas le temps de l’identifier. Assez gros, avec une très épaisse fourrure noire et je me plais à imaginer que c’est un animal fabuleux, lié au lieu, alors que ce n’est peut être qu’un chat…

Plus loin, à l’entrée d’un étroit chemin, comme semblant m’attendre, le mince tronc coupé d’un jeune charme. J’ai sur moi le couteau de mon grand-père qui, avec sa petite lame incurvée et son manche jaune en laiton me fait penser  à la faucille d’or des druides. Il est aussi muni d’une scie, ce qui me permet d’avoir assez rapidement en mains un fort bâton aussi haut que moi et que je me promets bien de me mettre à sculpter dès mon retour.

monade.jpgLe petit chemin qu’il m’indiquait, tel un signe des dieux, me mène en contre bas jusqu’à une petite fontaine, la « fontaine des blattiers » dont le niveau des eaux permettait jadis aux marchands de blé d’évaluer l’importance de leur future récolte. La pauvre source ne coule plus, pourtant joliement entourée de fortes pierres et ceinturée de trois petits murets de pierres sèches: elle est comblée sur une bonne profondeur de déchets organiques, feuilles pourries, etc.: ce serait un bien joli travail à faire que de la restaurer mais en attendant je peux toujours lui offrir un petit rituel de protection: Du bout du doigt mouillé, avec de la terre humide, je trace sur un des murets un triskèle (ou une monade si l’on préfère) que j’entoure d’un cercle et puis, en posant la main sur la figure, je dis trois fois: « gracieuse Déesse, je te prie de faire ici un abri avec ta force afin que jour comme nuit, aube et crépuscule, ton immense puissance soit un abri pour cette source » et je remercie en rebroussant chemin (le rituel est naturellement adaptable pour un arbre ou n’importe quel « objet » que l’on veut protéger).

Poursuivant mon chemin, je ramasse des glands de chêne et des noix que j’offrirai à mon autel dès mon retour. Des plumes aussi, des plumes de chouette mais aussi une jolie petite plume de corbeau aux jolis et forts reflets bleutés. Tout en marchant, à travers les viornes, les troènes, les aubépines, érables champêtres, prunelliers, coudriers et daphnées, je guette un dolmen « des Liboureaux », partiellement effondré, mais dont la table intacte donne encore, parait-il, une parfaite idée de l’importance du monument… en vain… puisqu’en rentrant je m’apercevrai que si je le guettais sur ma gauche, il était en fait sur ma droite…

En revanche, plus loin,  je m’attarde dans une charmante petite clairière plantée en son centre de deux jeunes chênes et visitée de nombreux papillons : quelle belle clairière ce serait pour un rituel … malheureusement elle est bien trop visible du chemin balisé en jaune et bleu… Même si j’ai les fesses trempées de m’être assis sur le tapis de mousse, je remercie l’esprit du Lieu avec gratitude pour son accueil.

Toujours plus loin, après un passage sur la route, où je passe devant un calvaire manchot pour lequel je n’éprouve aucune compassion (qu’a-t-il fallu détruire pour l’ériger, lui ?) je rentre à nouveau sous le couvert de la forêt. Le ciel s’est couvert et le sous bois est très sombre : j’ai une pensée pour la forêt magique du Seigneur des Anneaux et je pense aussi aux formes torturées des arbres de Bibracte; je pense surtout à tous les bosquets sacrés, à tous les arbres sacrés détruits par les chrétiens dans leur rage à imposer leur nouvelle religion par tous les moyens et surtout par la hache et l’épée…

Au milieu des genévriers, des cornouillers, des noisetiers et des chênes, il y a des buis en cascades partout et je m’imprègne de leur odeur tout en faisant attention où je mets les pieds puisque je n’ai aucune envie de dévaler la pente sur les fesses tant les pierres sont glissantes. Le chemin descend jusqu’au bord de l’Anglin où la forêt est moins dense. Je m’assois là, sur un tronc moussu, abattu mais sur lequel pousse la vie, symbole exemplaire, pour avaler mon sandwich en face des eaux dont je perçois les clapotis cristallins. Je me rends compte alors que je n’entends pas d’autres oiseaux que les corbeaux et leurs croassements sont rapidement remplacés par le bruit des gouttes de pluie sur les feuilles des arbres qui me sont comme un grand parapluie.

Quand je repars en laissant dans le creux d’un arbre un bon morceau de mon sandwich pour l’esprit du Lieu, la pluie cesse. Et plus loin, en grimpant un peu dans la falaise je découvre une grotte qui surplombe la rivière. Elle est sombre et la pile de ma lampe est morte mais à la lueur de la bougie que j’ai pensé à apporter, je m’aperçois que rien ni personne n’a du pénétrer ici depuis longtemps: aucune canette vide, aucun papier de bonbon, aucune empreinte dans la poussière alors que mes semelles en laissent de bien visibles et profondes. Je m’installe au milieu de cette grotte, dans l’obscurité, dans les Ténèbres, en regardant la lumière au delà de son ouverture, et les arbres sur fond de ciel. Et je suis parfaitement conscient de la complémentarité de l’obscur et du clair et je me laisse aller à une longue rêverie où il est question du sein de la Terre Mère, du ventre de la mère, d’initiation, de rituels d’un autre âge réactivés.

grotte.jpgJe pense à Jean Clottes qui présente la grotte comme un lieu de passage entre le monde des hommes et un monde parallèle. La grotte serait donc un sanctuaire dans lequel le chaman, reconnu par sa tribu, entre en transe pour restaurer l’harmonie entre l’homme et la nature. Et pour que les Paléolithiques se soient rendus régulièrement, pendant plus de vingt mille ans, au fond de cavernes où ils n’habitaient pas pour y dessiner sur les roches, il a obligatoirement fallu que ces lieux revêtent pour eux une importance extraordinaire. Ils devaient avoir conscience de pénétrer délibérément dans un monde-autre, celui des forces naturelles. . Ce voyage souterrain était donc l’équivalent du voyage chamanique, celui de la vision perçue durant la transe. (de l’autre côté d’Angles sur l’Anglin, à quelques kilomètres d’ici un site magdalénien, baptisé le « roc aux sorciers » et qui abrite des frises sculptées en bas-relief, témoigne de la présence de l’homme il y a 14 000 ans dans les environs)

Un peu à contre coeur je me lève pour reprendre mon chemin. Au pied de la falaise que je longe maintenant des tas d’énormes blocs de roche jonchent le sol devant moi: l’endroit est complètement irréel, les pierres forment des trous, des voûtes, des pièges, des obstacles, des ponts et des arches, des débuts de labyrinthe: la beauté de l’endroit me coupe le souffle… et son étrangeté aussi, l’impression d’un total dépaysement, même les plantes semblent différentes, plus exotiques, presque tropicales !..

pied-griffe.jpgDerrière, la paroi « sculptée de main d’homme dans le calcaire dur, haute et large d’une dizaine de mètres, s’incurve vers le sommet où elle dessine une amorce de voûte. A sa base est creusée une fosse rectangulaire de 2,50 m. sur 2 m. en manière de bassin et où l’on descend par un plan incliné. Les parois de la roche présentent de nombreuses et profondes incisions qui forment soit des sortes de bancs et de gradins, soit des espèces de loges quadrangulaires. A l’angle d’un banc de pierre qui, à gauche, surplombe la fosse centrale, on remarque une sculpture grossière » (« légendaire de la Vienne ». Mineau-Racinoux). certains y ont vu l’image d’un sphinx, d’autres celle du dieu Mithra personnifié par un taureau (en fait, on y discerne  » un muffle porté par un corps informe reposant sur deux pieds dont l’un semble armé de quatre griffes acérées »)

Car il ne semble faire aucun doute que la « carrière aux sarcophages », avant qu’on y taille des pierres à tombeaux dès l’époque gallo romaine et jusqu’au VIIeme siècle, fut consacrée, peut être même en des temps pré-celtiques, à un culte païen (une hypothèse hautement probable qui est encore confortée selon les spécialistes par la présence d’un bassin et la forme incurvée du sommet de la paroi).

Je m’arrache avec peine aux lieux et, après un long cheminement le long de la rivière où je m’essaie à reconnaitre les arbres, je rejoins la route au lieu dit « pied griffé ». Le « Légendaire de la Vienne » rapporte à ce propos une curieuse légende qui s’attache à cet endroit :

En des temps très anciens, un artisan qui travaillait en ce lieu, avait deux fils dont l’un se nommait Bartoumé, l’autre Bonifait. Désireux de les pourvoir d’un emploi, il remit à chacun d’eux un marteau qu’il leur ordonna de lancer au loin. L’outil de Bartomé alla tomber sur un roc escarpé, près de Mérigny, aux lisières du berry, celui de Bonifait vint s’abattre à l’opposé dans la paroisse de La puye, près d’une source. Chaque enfant rejoignit le lieu qui lui avait ainsi été assigné par le sort. Bartoumé sur son roc (roc de saint Bartoumé) et dans la grotte sous-jacente se vit attribuer le pouvoir de guérir la colique rouge. Bonifait, près de sa fontaine dont il remplaça la divinité païenne protectrice, celui de calmer les fièvres et de faire pleuvoir en temps de sécheresse (fontaine de saint Bonifait).

Permalien Un commentaire