des plantes tinctoriales à Bougon (79)

mai 9, 2007 at 9:25 (artisanat, nature, vie quotidienne)

Les fragments les plus anciens de tissus découverts ont été identifiés au Moyen Orient et sont vieux de 9000 ans. Mais si les indices archéologiques sont rares, les premiers tissus sont vraisemblablement apparus avec l’époque néolithique. Comme ils sont généralement réalisés dans des matières souples qui ne se conservent pas, il a fallu des conditions exceptionnelles de conservation, notamment dans des milieux aquatiques ou humides pour que dans certaines régions, comme dans les lacs alpins par exemple, soient découverts des restes de morceaux de tissu datant du IIIème millénaire. La glace est également un bon moyen de conservation et la découverte dans un glacier de la momie d’ Ötzi, a permis de connaitre l’ habillement de nos ancêtres il y a 3500 ans (http://www.hominides.com/html/ancetres/otzi2.htm)

 

Toujours dans le pagus picton, mais du côté des Deux Sèvres, à Bougon, dans un ensemble de tumulus remarquablement restaurés et entretenus, le musée présente un certain nombre d’ateliers évoquant les activités liées à l’époque du néolithique et notamment celles en relation avec le tissage et la teinte des fibres utilisées

 

L’histoire du tissage remonte peut être aux temps où l’homme a remarqué des tiges entrelacées dans la forêt et réalisé qu’en tressant lui-même ces tiges il pouvait en faire des repères utiles dans la nature. Puis vinrent des pièges et des liens divers, des objets en tous genres, enfin les vêtements quand il s’avisa de l’intérêt, évident de ces secondes peaux.
Des analyses effectuées sur de nombreux échantillons ont permis de déterminer que la première fibre végétale utilisée a été le lin majoritairement mais les gaulois tissaient également le chanvre. Quoi qu’il en soit, on pratiquait donc le tissage dès l’époque néolithique et de cette époque date aussi l’élevage des moutons dont la laine se prête particulièrement bien à la confection de fils. Mais d’autres matières ont pû être aussi employées (feuilles de roseaux, fibres d’orties, libers de chêne et de tilleul…) On tissait alors sur de simples cadres constitués de quatre bâtons de bois attachés ensemble. On enroulait les fils de chaîne autour du cadre pour les tendre et on passait le fil de trame en écartant les fils de chaîne avec les doigts. Puis les métiers se sont perfectionnés en métiers verticaux munis de pesons en pierre ou en terre cuite et composés essentiellement de trois barres parallèles dont une fixe et deux mobiles afin de permettre d’ entrecroiser les fils chaque fois que la navette a passé le contrefil qui assure la composition de la trame. Dans chaque village il devait s’ en trouver un certain nombre. Les hommes actionnaient probablement les barres alors que les femmes lançaient la navette.
métier à tisser

Certains objets ou accessoires en bois ont pu être également conservés, qui servaient pour le tissage dont l’ artisanat semble avoir été particulièrement élaboré(fuseaux, peignes à tisser, aiguilles en os, pesons, couteaux de tissage, etc.)

A l’époque gauloise, on tisse donc le lin et le chanvre. Les tiges de ces plantes sont soumises au « rouissage » c’est-à-dire qu’ on les fait macérer pendant une dizaine de jours dans une eau dormante pour que les parties ligneuses fermentent et se détachent par la suite au « battage ». Ces techniques étaient connues probablement depuis l’époque néolithique. Les tissus étaient blanchis par exposition au soleil quand on voulait obtenir des produits de qualité.
La laine brute, elle, attachée en haut de la quenouille tenue sous le bras, était « filée » entre les doigts pour constituer le fil par torsade qui était enroulé sur le fuseau. Ce travail était sans doute réservé aux femmes qui pouvaient l’ effectuer assises, lors des veillées par exemple ou même en marchant. Et la quantité de fil pouvait donc être ainsi considérable.

Pour enjoliver les tissus, des industries annexes se sont greffées sur celle du tissage, la principale étant la teinture, puisque nous savons que les Gaulois aimaient beaucoup la couleur et que leurs vêtements étaient très colorés.
Teindre, c’est imprégner, profondément et de manière durable des fibres textiles d’une substance colorante. Mais au préalable, il faut procéder au mordançage du tissu qui consiste à le faire tremper dans une solution spéciale, le préparer au moyen d’un mordant (cendre de bois, cuivre, sel d’alun…) pour permettre aux matières naturelles colorantes de mieux s’y fixer. Un exemple avec l’ALUN : Pour 1 kg de laine : 200 g d’alun. Dissoudre l’alun dans de l’eau bouillante. Y introduire la laine humectée. Porter à ébulition en remuant pendant une heure. Laisser refroidir. Sortir la laine et l’égoutter (ne pas la tordre).
Les colorants minéraux sont connus depuis des millénaires (terre de sienne, ocre, manganèse, etc…) il doit en être de même pour les colorants végétaux puisque la nature a toujours fourni à l’homme les matériaux nécessaires à son activité. Mais comme très peu de tissus ont conservé leurs colorations d’origine, on ne peut que supposer que telle ou telle plante a été utilisée en teinture, surtout en ce qui concerne l’époque néolithique en se basant sur des croisements d’informations et grâce aux pollens ou macro-restes retrouvés dans certaines fouilles.

Deux techniques de teinture sont observées à travers les âges et le monde:
– la teinture par fermentation (à froid) : les plantes sont mises à macérer dans de l’eau pendant un certain temps puis on en fait autant des fibres à colorer, dans la macération obtenue. La matière finit par s’imprégner de la couleur du bain dans lequel elle a été plongée.
– la teinture à chaud : les fibres sont mises à « bouillir » pendant une durée limitée dans une décoction de plantes préparée au préalable.

Le jardin botanique du musée des tumulus de Bougon, dans les Deux Sèvres présente les plantes cultivée il y a plus de 6000 ans, à l’époque de la construction de l’ensemble de cinq tumulus (à visiter de toute urgence !!!). Il fait partie d’ un parcours de découverte au long duquel ont été reconstitués des habitats néolithiques , y paissent des moutons primitifs, ont lieu des animations l’ été de taille de silex, vannerie ou céramique. Le musée, en complément du parcours, resitue le Néolithique dans la vaste chronologie de la Préhistoire. Les quelques essences présentées dans cet espace sont des exemples des différentes espèces probablement utilisées durant la période néolithique pour teindre les fibres textiles.

 

Sureau Noir : partie utilisée en teinture : fleur, baie et feuille. Couleurs obtenues: jaune, gris.
Chêne: partie utilisée en teinture: écorce. Couleur obtenue: marron clair.
Solidage: partie utilisée en teinture: plante entière. Couleur obtenue: jaune.
Noisetier: partie utilisée en teinture: feuille. Couleur obtenue: ocre jaune.
Garance: partie utilisée en teinture: racine. Couleur obtenue: rouge.
Tanaisie: partie utilisée en teinture: feuille, fleur. Couleur obtenue: jaune.
Noyer: partie utilisée en teinture: brou. Couleur obtenue: marron foncé.
Millepertuis: partie utiliser en teinture: fleur. Couleur obtenue: jaune.

 

http://lesfilsdutemps.free.fr/letissag.htm

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2 commentaires

  1. Onouava said,

    Félicitations pour cet article, je suis époustouflée par la qualité de votre blog !
    Je note le nom du musée des Tumulus, ça a l’air plus qu’intéressant.
    Bisous à tous les deux

  2. Les Voix du PANDA » Blog Archive » Petit Historique de la Botanique (Partie 2) said,

    […] Les chapitres 43, 62 et 70, ordonnant de cultiver au moins 94 végétaux, dont 73 herbes, 16 arbres fruitiers et 5 plantes textiles et tinctoriales. […]

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