la grotte des Perrats (16): cannibalisme rituel ?

mai 15, 2007 at 9:53 (archéologie, coutumes, histoire)

A quelque distance d’Angoulême (16), sur la commune d’Agris, en 1992 puis en 1994, on découvrit dans la grotte des Perrats des fragments d’os humains portant des marques d’incisions faites au silex, appartenant à au moins trois adultes et à deux enfants de deux et quatre ans, concentrés sur une surface n’excédant pas les 5 mètres sur 5 sous le « porche » de la grotte et remontant à sept mille ans. Un crâne notamment qui portait les traces d’une grande incision allant du nez à l’occipital, montre que la tête a été scalpée puis coupée en deux probablement pour permettre l’extraction du cerveau. La plupart des ossements, par ailleurs, portent des encoches intentionnelles, des traces de percussion avec des outils en silex et certains présentent des traces de brûlures faites sur des os encore « frais ».

Pour M. Gomez de Soto, archéologue, qui constate que les os ont été broyés comme ceux du gibier, pour en extraire la moelle, « Ce traitement semble être le même que celui appliqué par ces hommes du néolithique moyen à la viande animale. Tout ceci fait donc fortement penser à du cannibalisme ».

Il y a plusieurs sortes de cannibalisme, à savoir le « cannibalisme de carence » induit par le risque de mourir de faim qui ne semble pas pouvoir s’appliquer à cette présente découverte puisque des ossements de cerfs et de grands bovidés ont été trouvés au même niveau archéologique, le « cannibalisme rituel » et magique quand on mange le coeur, le foie ou le cerveau de son ennemi valeureux ou de son ascendant pour s’approprier ses qualités, et le cannibalisme lié à des rites funéraires. On fait aussi la différence entre l’ exocannibalisme qui implique le sacrifice de l’étranger, de l’homme extérieur au clan, à l’ethnie. Il est associé à la guerre et à la capture de prisonniers destinés à la manducation rituelle des vainqueurs selon des règles très précises ( loin d’être une expression sauvage de la  » nature  » en l’homme, il s’agit d’une manifestation culturelle dont chaque détail est soigneusement réglé), et l’endocannibalisme, rite funéraire propre à certaines sociétés qui font du corps de leurs membres la sépulture de ceux qui meurent. Leur chair est rituellement consommée et partagée selon des règles sociales précises.

 » S’il ne s’agit pas de cannibalisme, ce pourrait être le témoignage d’un rite proche de celui pratiqué par certaines populations actuelles du Népal qui consiste à dépecer le mort, à hacher la chair, à broyer les os et à abandonner cette « bouillie » aux oiseaux de proie ». Si l’on sait que le guerrier mort pouvait être abandonné à pourrir à l’air libre, offert aux vents, à l’air et aux charognards, ce serait en revanche la première fois que cette coutume serait observée en Europe.

Par la suite, la présence des hommes dans les environs de la grotte se manifeste sans interruption: elle fit office de complément d’habitats de plein air plutôt que d’habitat proprement dit, elle fut également un complexe funéraire pendant une période assez longue, et fut aussi utilisée de manière plus profane, par exemple pour stocker des céréales à quelques reprises jusqu’au IVème siècle où l’homme y enfouit le célèbre Casque d’Agris.

 

 

 

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