à propos de la légende du pied griffé : pistes analogiques

mai 24, 2007 at 5:24 (contes et légendes, divinités, histoire)

On l’a vu lors de notre balade païenne à Angles sur l’Anglin , une curieuse légende est attachée au site du « pied griffé »

En des temps très anciens, un artisan qui travaillait en ce lieu, avait deux fils dont l’un se nommait Bartoumé, l’autre Bonifait. Désireux de leur offrir une destinée, il remit à chacun d’eux un marteau qu’il leur ordonna de lancer au loin. L’outil de Bartomé alla tomber sur un roc escarpé, près de Mérigny, aux lisières du berry, celui de Bonifait vint s’abattre à l’opposé dans la paroisse de La puye, près d’une source. Chaque enfant rejoignit le lieu qui lui avait ainsi été assigné par le sort. Bartoumé sur son roc (roc de saint Bartoumé) et dans la grotte sous-jacente se vit attribuer le pouvoir de guérir la colique rouge (appendicite). Bonifait, près de sa fontaine dont il remplaça la divinité païenne protectrice, celui de calmer les fièvres et de faire pleuvoir en temps de sécheresse (fontaine de saint Bonifait). A noter que saint Bonifait n’a rien à voir avec saint Boniface, mais comme son nom l’indique il est le génie « bienfaisant » du lieu.

Cette légende évoque sans conteste un des grands mythes fondateurs de diverses civilisations…Pour ce qui nous occupe, même si la raison plus plausible à cette migration gauloise était la crainte des Cimbres et le fait qu’à tout prendre il valait encore mieux fuir devant eux que se retrouver pris sous les roues de leurs chariots, il est dit qu’il était une fois (et par cette formule, on voit bien qu’on rentre de plain pied dans le mythe), sous le règne du grand roi Ambigatos… La Gaule était devenue si riche et si peuplée qu’il était devenu bien difficile de gouverner la masse de ses habitants. Ambigatos décida donc de faire partir ses neveux, en quête de nouveaux territoires (on dit aussi qu’ils étaient remuants et ambitieux et qu’il était donc plus prudent de les éloigner avant la mort du Roi). Acceptant de se soumettre au sort, ceux ci se rendirent chez un oracle, vivant à l’embouchure de la Loire, dont les deux corbeaux sacrés leur assignèrent chacun une direction à prendre. Ségovèse partit vers l’est et la forêt hercynienne formant l’avant garde de ceux qui allaient en Asie Mineure fonder l’empire des Galates et Bellovèse vers l’Italie pour fonder la Gaule Cisalpine. Voilà pour ce qui est des mythes fondateursrapprocher de la légende du pied griffé (anedoctiquement, il est amusant de rappeler aussi que les Brennus mythiques appartenaient à ces mouvements de migration, le Brennus du célèbre « Vae Victis », le Brennus de la prise de Rome accompagnait Bellovèse, celui de Delphes était dans la descendance des guerriers de Ségovèse).

brennus3.jpg

Il est tentant de faire une autre analogie… avec Gargantua cette fois qui arpente la campagne dans une terre grasse et pour le moins « amicale » si ce n’est « collante » puisqu’il est à de nombreuses reprises obligé de secouer les pieds pour décoller la terre de ses semelles. Les patins ainsi décollés, lancés, vont atterrir en des endroits souvent improbables pour former à travers tout le territoire nombre de tertres de collines et autres monticules … Gargantua est ainsi le créateur du paysage dans son rôle d’ordonnateur du Cosmos. Et d’ailleurs si Gargantua est un géant, Bartoumé et Bonifait qui lancent leur marteau évoquent eux aussi irrésistiblement des figures de géants…

Dieu géant, le Dagda, c’est à dire l’équivalent irlandais du Sukellos gaulois, a aussi pour attribut un marteau, plus précisément une massue avec laquelle il tue d’un bout et ressuscite de l’autre ce qui en fait le maître de la vie et de la mort. Dieu « bon à tout », en plus de guerrier et de magicien il est donc aussi artisan. Il est en outre détenteur d’ un chaudron d’abondance qui peut nourrir indéfiniment tous les êtres humains. C’est aussi lui qui, paillard, rustre, goinfre et ventru, pendant la bataille de Mag Tured, fut invité par les Fomoiré et dut manger un gigantesque porridge fait de lait, de farine, de graisse, de cochons et de chèvres, en quantité suffisante pour rassasier cinquante hommes, ce qu’il fit de bon coeur en se servant d’une louche en bois « si énorme qu’un homme et une femme pouvaient coucher dedans ». La fin fut nettement plus tragique pour les Illyriens que les gaulois menés par Ségovèse dans leur marche vers l’est, durent affronter. Selon la légende, pour justifier de leur réputation de ripailleurs et buveurs, ceux ci acceptèrent l’invitation gauloise, sous couvert de bonnes relations, à de copieux repas où la viande avait été mélangée à une herbe dont la propriété était de relâcher le ventre. C’est ainsi que les Illyriens succombèrent à leur goinfrerie.
(on n’oublie pas non plus que Nantosuelta, la compagne de Sukellos est une déesse-rivière, et qu’elle représente l’esprit des eaux, principe féminin de fécondité et de santé. cf. la fontaine de saint Bonifait).

*** Le Roc de saint Barthoumé est situé sur la rive droite de l’Anglin, dans la commune de Mérigny (Indre), à la lisière de cette dernière et celle d’Angles (Vienne). Sa position face au site de Pied griffé (voir « balade païenne à Angles sur l’Anglin ») et certains signes (des niches dans le roc, de larges incisions, etc.) laissent penser qu’en des temps éloignés, peut être pré-celtiques, des cérémonies païennes rituelles relevant d’un culte commun étaient célébrées dans ces lieux.

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