réjouissances populaires et feux de juin

juin 8, 2007 at 8:45 (coutumes, vie quotidienne)

« Le solstice de juin faisait pendant à celui d’hiver et c’est par le feu qu’on le célébrait aussi (le calendrier chrétien a marqué cette correspondance par la célébration des deux saints Jean, celui d’été et celui d’hiver).

Sur un promontoire proche du village et que ne cachait aucune forêt, un immense brasier était allumé au milieu de la nuit. Comme pour la fête des brandons tous les habitants apportaient une part du combustible pour marquer la caractère communautaire de cette cérémonie. Contrairement au feu du solstice d’hiver qui représentait l’oeuvre mystérieuse de la vie en devenir et se faisait à l’intérieur des demeures, le brasier d’été devait être vu de partout et rendre hommage à la puissance vitale qui gonflait les épis et multipliait la progéniture des animaux.

De chaque hauteur, on pouvait voir une multitude de feux joyeux et prometteurs. Chaque communauté villageoise entrait en communication avec ses voisins et sur tout le territoire de la Gaule un peuple se réjouissait à l’unisson. Le langage du feu se riait des dialectes différents. Compris de tous il rassemblait tous les peuples dans une même foi et l’on peut dire qu’en cette nuit tous les Gaulois n’avaient qu’une âme. Le foyer, frappé de longues perches, projetait haut dans le ciel des étincelles porteuses d’espérance partagée de lieue en lieue. Les danses associaient le corps aux manifestations de l’esprit.

La religion gauloise était insérée dans les circonstances de la vie individuelle et collective. Les croyances n’avaient pas un caractère intellectuel mais au contraire pragmatique. Elles avaient pour origine et pour objet tout à la fois ce qui touchait aux circonstances de l’existence. Ces hommes qui se mouvaient dans le quotidien avaient les yeux tournés vers le ciel. C’est pourquoi le cycle solaire rythmait leurs activités qu’ils transcendaient dans une perspective cosmique. L’existence de chaque individu constituait un cycle qui s’inscrivait dans le mouvement général du monde. Ses différentes phases aussi bien que chacun de ses actes s’intégraient dans l’ensemble des réalités que son esprit, ou, pour mieux dire, son âme, élevait au niveau d’une mystique. Intégration dans le temps et dans l’infini.

Intégration également dans l’espace. Les croyances étaient enracinées dans les lieux. Ces derniers servaient de cadre à la vie quotidienne. Certains d’entre eux étaient choisis comme temples, c’est à dire emplacement de pratiques, de rencontres entre l’homme et le surnaturel. Ils étaient des signes, c’est à dire des sacrements, capables de réaliser mystérieusement ce qu’ils représentent de façon visible. Ils servaient enfin de lien entre les forces naturelles et celles des hommes. Ceux ci domestiquaient celle là montrant ainsi qu’ils n’attendaient pas avec passivité les bienfaits célestes mais que par l’union entre la nature et leur travail, ce dernier était en quelque sorte sanctifié. »

(Etienne Renardet: « Vie et croyances des Gaulois avant la conquête romaine »).

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