Loubressac (86) : de Sukellos à saint Sylvain

juillet 22, 2007 at 1:43 (contes et légendes, divinités, paysages)

Non loin de Lussac les Chateaux (86), célèbre pour les plaques gravées (premiers portraits humains, datant de -15000) de sa Grotte de la Marche (c.f. »symboles pictons »), s’élève le dolmen de Loubressac où l’on retrouva des ossements humains d’adultes et d’enfants ainsi que des tessons de poterie et un petit tranchet en silex, et dont la légende locale, en pervertissant le mythe de la fée bâtisseuse, dit qu’il fut l’oeuvre de la sainte Vierge qui piqua en terre ses huit fuseaux et posa dessus la pierre plate qu’elle portait sur la tête.
Ce dolmen témoigne d’une présence humaine à l’époque néolithique et reste un des rares vestiges des sépultures mégalithiques laissées par les tribus dispersées sur les rives de la Vienne. La Grotte de Loubressac, sur Mazerolles, a livré aussi un bois de renne gravé de deux bisons, le lieu-dit « la Ganne » un ensemble sépulcral celtique et Loubressac une petite urne funéraire gallo romaine.
Mais Loubressac nous intéresse encore à un autre titre. faunus.jpgComme Lubersac en Corrèze, Lupersat en Creuse, Loubressac dérive de Lupercus (de « lupus »= loup) qui était un autre nom du dieu romain Faunus, protecteur des troupeaux, dieu des champs et des bergers et dieu oraculaire lié aux bosquets sacrés. Les Luperques, ses prêtres, pour la fête des Lupercales (15 février) se répandaient dans les rues de Rome pour fouetter les femmes avec des lanières de peau de bouc et les rendre ainsi fécondes.
Comme on lui attribue des pattes et des cornes de chèvre, il fut assimilé au dieu Pan et puis, en Gaule, avec les mêmes attributions, il devient aussi Silvanus ( « silva »= forêt : on trouve souvent son image dans les bosquets sacrés) auquel on assimile Sukellos, le dieu gaulois au maillet, sous son aspect « dieu des forêts et des bois ». Il semble donc que Loubressac ait été, dès la plus haute antiquité, un lieu de culte païen, et son étymologie suggère l’existence en ce lieu d’un temple important dédié à Lupercus, un Lupercale sacrum, probablement à l’endroit où s’élevait auparavant un sanctuaire dédié à une divinité topique. Et d’ailleurs la chapelle du village est dédiée à saint Sylvain qui semble avoir pris la place, dans la ferveur populaire du Silvanus païen…
On ne sait rien de ce Sylvain, si ce n’est qu’il fut un évangélisateur zélé des terroirs du Limousin, de la Marche, de l’Angoumois, du Bas Berry et de la partie sud orientale du Poitou. Il était de ces missionnaires qui avaient délaissé les voies romaines rectilignes, menant d’une cité à une autre, pour emprunter les anciens chemins gaulois et aller porter la vérité de son dieu unique auprès des gens des campagnes, souvent au bout de l’épée, dans le bruit et la fureur… à tel point qu’on dit qu’il fut tué et jeté dans la Vienne par les Limousins, porté par le courant jusqu’à Loubressac et inhumé en ce lieu.
sanctuaire.jpg On peut facilement imaginer la scène…
un petit village, la forêt proche, le fleuve qui coule doucement, la scène pourrait être charmante, bucolique en cette matinée de printemps, mais des nuages d’une fumée âcre viennent obscurcir les lieux… des hommes passent en courant, affolés, des femmes aussi qui serrent dans leurs bras des enfants qui toussent et crachotent… c’est d’une extrême confusion qu’entretient encore la présence d’animaux qui viennent se jeter dans les jambes des villageois, en bêlant, en grognant, en jappant…des cris fusent, des chevaux hennissent, les hommes porteurs d’armes improvisées se précipitent vers le sanctuaire pour se heurter à une troupe de brutes avinées, soudards solidement armés qui accompagnent un petit homme en noir qui hurle ses ordres et tentent d’abattre les piliers qui soutiennent le temple … les premiers villageois qui tentaient de s’opposer à leur approche, gisent dans la poussière ensanglantée… les brutes tentent de mettre le feu au sanctuaire après en avoir profané les entours, commencé d’abattre le bosquet sacré …certains d’entre eux, surs de la victoire s’ éloignent déja vers l’orée de la forêt en traînant des femmes par les cheveux… mais la fortune change de camp, les sectateurs du dieu unique sont peu à peu repoussés par les villageois … ceux qui le peuvent s’enfuient sur leurs chevaux, les autres gisent à leur tour dans la poussière … y compris le petit homme en noir dont on ne sait trop s’il est mort ou vivant… qu’importe, les villageois le jettent dans un sac, le traïnent jusqu’au fleuve et l’y précipitent … quand il abordera en amont à Loubressac, il sera enterré sur place et sur sa tombe s’élevera un sanctuaire, lieu de pélerinage très fréquenté.
silvanus.jpg mais on dit qu’il pourrait y avoir une autre version … la scène est la même jusqu’à l’épisode des femmes traînées vers la forêt … et puis … on a cru que la fortune aurait pu changer de camp mais les brutes sont trop aguerries et bientôt les villageois qui ne sont pas morts s’enfuient vers les bois… le temple en flammes s’écroule sous les cris de victoire des soudards, beaucoup de maisons du village brûlent aussi, et le petit homme en noir aux yeux de fou se campent sur les débris fumants pour y planter une grande croix faite de deux branches nouées … puis il se dirige vers le fleuve, trouvant le symbole plus fort, pour y jeter l’idole de bois du dieu qui était honoré là depuis des temps immémoriaux … les Pictons de Loubressac restés païens reconnurent dans cette statuette échouée sur leur rive l’image de leur dieu familier, la déposèrent pieusement dans leur Lupercale Sacrum…et l’honorèrent encore longtemps…
Le pouvoir bénéfique de saint Sylvain s’exerçait surtout sur les enfants atteints du « mal violet » (convulsions et autres maladies nerveuses) et c’est pour cette raison qu’on en peignait autrefois les effigies en violet. Mais on l’invoque aussi pour guérir certaines affections dont la furonculose et les dermatoses. Pour rappeler les Luperques, on précisera aussi que son homologue de l’Isle Jourdain conjurait plus spécialement la stérilité des femmes… Jusqu’à la seconde guerre , le pélerinage fut un des plus importants de la région et l’on y venait de fort loin pour accomplir les pratiques rituelles de guérison et faire trois fois le tour du sanctuaire dans le sens de la marche du soleil…Beaucoup plus discret, on dit pourtant aujourd’hui qu’il n’a pas disparu…

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(Hypothèse de reconstitution du sanctuaire de Gournay-sur-Aronde (Oise).
Aquarelle de reconstitution Jean-Claude Blanchet.)

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Commentaires et pistes de réflexion
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De Faunus à Pan et à Silvanus et à Sukellos, si je puis dire, on ne sort pas de la forêt … et je ne peux pas m’empêcher de penser à une autre grande figure indissociable des bois et des forêts: Merlin .
Dans l’univers celtique, la forêt est un sanctuaire, un lieu de résidence des divinités. Par sa folie, par son séjour sylvestre, par le fait qu’il se fond complètement dans cet environnement, l’enchanteur Merlin se rapproche de la divinité. Il devient l’authentique divinité des bois. De plus il lui arrive d’utiliser des cerfs comme monture (il a des sabots de cerf ? comme Pan à des pattes de chèvre ? on pense aussi à Kernunnos), et durant l’hiver, il vit en compagnie d’un loup gris (on dit parfois de saint Sylvain qu’il est « loup, chasseur de loups », et Lupercus vient de « lupus »-loup), ce qui le rattache au chamanisme. Le loup est maître Blaise, scribe de Merlin, en fait son double, comme le loup est le compagnon de l’Homme Sauvage (saint Sylvain qui a pris la place de Silvanus-Sukellos, l’Homme Sauvage…). Et puis Merlin, à sa naissance, est velu comme un ours
Il semble donc bien que Merlin soit l’héritier d’une longue mémoire de divinités sylvestres. Saisi dans son expression la plus ancienne, le mythe de Merlin pourrait présenter des traits archaïques pré indo européens; il tournerait autour d’une figure qui n’incarnerait ni la fécondité ni la prouesse guerrière (tout au moins à priori) mais bien une forme de souveraineté plutôt magique, une sorte de royauté chamanique.

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solstice d’été: coutumes en vrac

juillet 7, 2007 at 7:03 (coutumes, fêtes)

L’Eglise a tenté d’en obtenir le privilège exclusif et dans bon nombre de paroisses, le curé bénissait le feu avant qu’il ne soit allumé (Lussac les Chateaux), réunissait l’assistance dans l’église pour y réciter le chapelet (Cissé) ou le faisait réciter en en faisant le tour (Lussac).
Quand il n’y avait pas de curé, le plus âgé ou le plus jeune versait des gouttes d’eau bénites sur les flammes (Availles en Chatellerault) et c’était le plus ancien qui l’allumait.

Le Feu de la saint Jean porte plusieurs noms : c’est « la Jouannée » ou « Johannée » dans le pays chatelleraudais ou le loudunais. « La Jaunée » le long de la Vienne, de Mauprevoir à la Chapelle Moulière. Mais aussi « la Baudouelle », « la Chalibaude » tous les deux formés sur l’ancien adjectif « bald » (gai, joyeux). Faut-il y voir une allusion à Balder, dieu solaire, de la jeunesse et de la beauté, le dieu du Nord qui prendra la place d’Odin après le Ragnarok ?

Dans certains villages, on ficelait un chat vivant tout à la cime du feu, mais comme la source date de 1573, soit en pleine période d’Inquisition, on peut se demander si l’on n’est pas en présence, là, d’ une perversion des feux; le chat étant considéré comme l’animal familier de la sorcière, qu’on lui assimile et qu’il fallait détruire comme elle… on pense aussi aux chats de Freyja, déesse nordique de la terre et de la fertilité …
bouquet-jpg.jpgMais le plus souvent, ce sont quand même des bouquets de roses, de bleuets, de marguerites et de coquelicots, ou bien des herbes de la saint Jean qui sont accrochés. A Availles en Chatellerault, on fleurissait la cime d’un arbre coupé et nettoyé qui servirait de support au bûcher, d’un « bouquet de plantes efficaces contre les sortilèges » ramassées le matin même . Plus le mât est haut, mieux c’est, il faut qu’il puisse être vu de loin et qu’on puisse même l’identifier (celui de tel village, de telle ferme…)

Au début du siècle dernier ne subsistaient plus à Poitiers que les feux de la Madeleine et des faubourgs mais il y en avaient encore 35 à Availles et 7 à Yversay, soit un par quéreux (quartier): simples petits feux de carrefours autour des quels se réunissaient les voisins, en hommage peut être inconscient à Hécate, ou aux déesses des carrefours gallo-romaines qui ont probablement succédé à leurs homologues gauloises (voir « balade païenne à Angles sur l’Anglin »)
On  fait le tour de ces feux, parfois 9 fois (Availles) et dans le sens solaire .. faut il y voir là encore une allusion aux 9 mondes nordiques correspondant aux différents aspects de notre conscience … mais aussi 9 = multiple de 3, chiffre sacré chez les Celtes et qui correspond aussi (entre autres) au nombre de mondes chamaniques … On en fait le tour en dansant la ronde et en chantant, à tel point qu’on en a la tête qui tourne (rapport avec la transe ?)

Diverses coutumes liées aux plantes.
Ici, c’est avec une fleur de lys à la main qu’on tourne autour du feu (Yversay): les pétales ensuite mises à macérer dans l’alcool cicatriseront les plaies. Dans le neuvillois ce sont des branches de noyer coupées le matin et portant au moins une noix verte qu’on passe dans le feu : on mord la noix 9 fois (chiffre décidément magique) en prévention contre les maux de dents, et les branches, déposées dans l’étable, préserveront le troupeau des épidémies. A Saint Pardoux dans les Deux Sèvres, les mêmes branches de noyer grillées sous la cendre servent à asperger d’eau bénite les champs menacés par les orages. Ce sont des bouquets de bouillon blanc et de feuilles de noyer passés dans les flammes dont on frottera le dos des animaux et qu’on suspendra au dessus de la porte des écuries. C’est la veille (ou le matin) de la saint Jean que sont cueillies les feuilles qui serviront à faire le vin de noyer, tandis qu’on les colle en croix au dessus des portes des maisons dans le Niortrais (Mougon) pour se préserver des peines et des maladies. En général, c’est à cette période qu’on ramasse (à reculons) les herbes de la saint Jean (voir « le solstice d’été ») et les gros bouquets roussis protègent la maison toute l’année comme les tisons noircis du feu placés sous les lits de la maison protégeaient cette dernière de la foudre.

Diverses coutumes liées aux pierres.
Les nouveaux mariés ne font pas que sauter au dessus des flammes, comme les couples stériles ils jetaient des pierres dans le feu pour avoir des enfants dans l’année. Ces pierres devaient être de la grosseur des raves que l’on voulait récolter (région des brandes) ou aussi grosses et lourdes que possible pour promettre une récolte de grosses citrouilles. Et à Vouneuil sur Vienne, les participants marquaient leur place pour l’année suivante en disposant des pierres autour du feu (donc « en cercle » !!!) sur lesquelles venaient à minuit s’assoir les fées .

Suivant une coutume qu’on retrouve ailleurs en France, les moutons sont tondus la veille de la saint Jean et baignés au confluent de deux cours d’eau pour épaissir leur laine (Montmorillonnais et Chatelleraudais).
moiss4.jpgLes métiviers (moissonneurs) se chauffaient le dos au feu, les reins entourés d’une liane de chèvrefeuille, de ceintures de paille tressée, de chanvre ou d’herbes de la saint Jean.

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lughnasad

juillet 7, 2007 at 9:36 (divinités, fêtes, symboles)

Contrairement aux fêtes pré-celtiques à détermination solaire et qui reviennent à dates fixes (solstices et équinoxes) les autres fêtes, celto-druidiques, qui marquent le début des saisons sont à détermination lunaire, c’est à dire que la date de leur célébration est choisie en fonction des cycles de la lune.
En ce qui concerne Lughnasad, qui débute l’Automne, la fête devrait être célébrée à la Pleine Lune se rapprochant le plus du 1er aout (« lune noisette »), date en fait souvent matériellement retenue pour plus de commodité.

Selon des sources essentiellement irlandaises, chez les Celtes anciens, Lughnasad semble être un divertissement collectif de plein air où toutes les classes sociales sont tenues de participer, et constitue aussi une trêve militaire puisque les guerriers y viennent sans armes.
On s’y livre à des courses de chevaux, d’hommes et de femmes. C’est d’ ailleurs lors d’une telle occasion que la déesse Macha, qui était alors enceinte et que l’on contraignit d’affronter les chevaux du roi à la course, donna naissance à deux jumeaux, après sa victoire, et lança sa fameuse malédiction contre les Ulates qui, excepté Cuchulainn, allaient alors souffrir périodiquement les souffrances de l’enfantement durant 5 nuits et 4 jours.
La foule s’y presse compacte, pour assister à des luttes et à des régates, à des expositions de chefs d’œuvre ert à des tournois d’échec (on se souviendra au passage qu’après son admission au festin, Lug bat le roi Nuada aux échecs…), ainsi qu’a des concours d’éloquence et de musique.(symboliquement, par sa victoire, Lug l’artisan s’approprie la marche complète du monde et le vieux roi, nuada, l’accueille alors à la place d’honneur et lui transmet son pouvoir).
La fête est prétexte à une grande foire qui perdura longtemps et dont on trouve encore quelques exemples aujourd’hui, où se vendent et s’achetent toutes sortes de biens et produits, y copmpris des concubines comme le rapporte Henri Hubert.
On y célèbre aussi des mariages et l’on y conclue des alliances. Mais surtout on y réparti tous les biens de consommation et de production issus de ce qui appartient à la collectivité, et non au seul individu, en fait toutes les richesses du royaume : terres, produits de le terre, bétail, etc.
C’est le roi qui se chargeait de cette redistribution et de cette répartition en sa qualité de Distributeur. L’enrichissement personnel en général était considéré comme une tare par nos ancetres, mais c’était encore beaucoup plus grave en ce qui concernait le Roi Distributeur des biens, et le fait de garder pour lui ces richesses était considéré comme un crime et puni de la peine de mort.
De la même manière et par extension, le roi était le garant de la richesse et de la productivité du territoire dont il avait la charge, une série de mauvaises récoltes entrainait sa responsabilité, sa destitution et son éxécution si sa responsabilité volontaire (circonstance aggravante) était reconnue.

Lughnasad est placé sous le signe zodiacal du Lion qui représente la culmination végétale, la plénitude du fruit, toute magnificence ou maturité sous le plus éclatant soleil de l’année. Psychologiquement il est le signe de la pleine affirmation de l’individualité, de la volonté et de la conscience du « je ». Le feu fixe du Lion est l’expression d’une force maitrisée, d’une énergie lumière disciplinée, d’un feu individualisé, consacré aux puissances du Moi, de la volonté dirigée, force centrale régulatrice et irradiante de vie, de chaleur, de lumière et d’éclat. C’est un signe solaire.
Cette fête correspond à la maturité de tous les fruits et c’est à ce moment là que la terre et la végétation sont à leur maxiumum de fructification. C’est la dernière fête de l’abondance, les dernières récoltes, la Fête des Moissons et sa plante symbolique est le blé qu’on consomme pour la circonstance sous diverses formes : bouillies, pains, gateaux,etc.
ble.jpgLe grain de blé enfoui dans la terre meurt en hiver pour renaitre au printemps et porter les épis de l’été, et symbolise le cycle éternel de la vie et de la mort, ainsi que celui des transformations.

Lughnasad signifie l’Assemblée de Lugh et ce dernier apparait sous trois aspects : Il est d’abord le dieu solaire qui féconde la nature. A ce niveau il est source de vie que ce soit au plan matériel, psychologique ou spirituel et à ce titre il occupe une place importante dans le monde des dieux et des humains.
Mais à côté de cette apparence lumineuse, il présente aussi un aspect obscur quasi lunaire et parfois redoutable. Il est un dieu chtonien, dieu de la terre et du monde souterrain (son oiseau est le corbeau)
Enfin il est le dieu des arts et techniques, dans lesquels il excelle tous à la fois.
Certains considèrent donc Lugh comme le Dieu des Dieux mais Pierre Lance (« Alésia, un choc de civilisations »), même s’ il voit bien dans Lugh un dieu prestigieux, estime que les celtes étaient trops passionnés d’indépendance pour accepter de donner à certaines de leurs divinités des fonctions de « chef des dieux ». Il est donc « inutile de chercher dans ce panthéon l’équivalent d’un Zeus potentat. Et s’il faut traduire en termes socio politiques cette attitude spirituelle, je dirais qu’elle implique le respect de la hiérarchie des valeurs en même temps que le refus de la hiérarchie des autorités ». Lugh symbole meme de la civilisation, « artisan, poète et chercheur, créateur amoureux de la chose bien pensée, bien dite et bien faite » illustrerait donc les valeurs que les celtes mettaient au dessus des autres, c’est à dire l’intelligence, la raison, la réflexion, la création et l’expression.
Le fait que ce soit un dieu tri fonctionnel peut indiquer qu’en temps normal, la primauté de ces valeurs était respectée par tous les membres de la société. Mais en période plus chaotique, il semble dans cette optique bien évident qu’il était toujours possible d’appeler à la rescousse une divinité plus exclusivement spécialisée, par exemple Teutates en temps de guerre.
Quand il voulut participer à un grand festin donné par Nuada le roi des Tuatha, le portier pour le laisser entrer lui demanda ce qu’il savait faire « car personne ne vient sans art à Tara ». Il se présente successivement comme charpentier, forgeron, champion de lutte, harpiste, héros, poète et historien, sorcier/magicien, médecin, échanson et fondeur de bronze. Tous ces arts étaient déjà représentés par les différentes divinités convives du festin mais c’est parce que Lugh, prototype de l’Homme Parfait, les possédait tous à lui seul, « Homme des Sciences et de tous les Arts », qu’il fut accepté.
Le fait que Dagda soit le « dieu bon » (c.a.d. bon dans tous les domaines) pourrait montrer que ce « vieux » dieu même s’il survécut (en Gaule sous les traitys de Sukellos) a peut être été remplacé par Lugh plus jeune et correspondant mieux à l’évolution de la société celtique.

Lughnasad fête son Roi qui fête sa Mère. Tailtiu, étymologiquement, est le nom de la Terre et si c’est avant tout le nom d’un site bien localisé dont la légende a fait une Déesse éponyme, Teltown où se déroulent les fêtes de Lughnasad, Tailtiu est en fait une des personnifications de l’Irlande, c’est à dire par extension, de l’Univers.
Elle nous est présentée comme la fille de Magmor, roi d’Espagne, femme d’Eochaid, fils d’Erc, dernier roi des Fir Bolg. A la mort de son mari, elle épouse Eochaid Garb, fils de Duach Dall qui commandait dans les Tuatha. Elle était la nourrice de Lugh jusqu’à ce qu’il fut capable de porter les armes, et si tout la rattache à l’Autre Monde, on est tenté de voir en elle une déesse de la Terre à laquelle, d’une manière ou d’une autre, s’est uni le dieu Lugh (illustratioin de l’union des deux grands principes originels).
En mourant d’épuisement d’avoir transformé les forêts d’Irlande en verts paturages et riches plaines fleuries de trèfles (emblème de l’Irlande et plante souvent associée à l’équinoxe de printemps), « Tailtiu meurt en divinité » (Le Roux Guyonvarc’h) et elle assure par son sacrifice la pérennité et le bien être matériel de son peuple (« blé et lait dans chaque maison, paix et temps agréable »).
Tailtiu annonce la venue de la fin du cycle de descente du soleil qui se situera à Samonios mais la prospérité devra se renouveler et la célébration de la fête apparaît comme la contrepartie de ce bien être.
Enfin, la fête de Lughnasad représente un point culminant dans les rapports entre le Roi et la déesse de la Terre (confirmation de souveraineté). On se rappelle aussi au passage que s’il en faut en croire l’interprétation de J.J.Hatt du chaudron de Gundestrup, c’est à ce moment là que la Grande Déesse (de la Terre) abandonne son époux terrestre pour rejoindre Taranis le dieu céleste (roi du Ciel) (un lien avec l’Assomption chrétienne, fêtée le 15 aout ?)

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