De la persistance des dragons – suite

octobre 25, 2007 at 6:53 (contes et légendes, coutumes, histoire, mythologie)

Petite parenthèse préalable – Il faut en convenir : la plus grande partie des recherches et des articles proposés sont l’œuvre de Setanta. Je profite sans vergogne des tendres liens qui nous unissent pour l’assurer de mon soutien sans réserve et lui promettre des articles sans trop préciser de dates de livraison. Mais parfois j’arrive à me secouer et à reprendre le harnais, voilà donc la suite des aventures et des avatars de nos vieux dragons. – fin de la parenthèse.

 

 

grandgoule.gif

 

 

POITIERS et la Grand’Goule

 

 

Notre chère Radegonde , célébrité poitevine s’il est, reine des Francs en rupture de ban, avait préféré le Dieu chrétien à son mari Clotaire, et coulait des jours heureux et pieux dans son monastère. Elle a à son palmarès de sainte divers miracles dont celui d’avoir vaincu la Grand Goule : un corps de dragon ou de serpent ailé, une haleine pestilentielle,une queue en pince de scorpion, des pattes fourchues et griffues, des cris à l’avenant. La dite bête rode à cette époque dans les caves du monastère : la ville de Poitiers est bâtie sur un piton calcaire « trouilloté » de grottes et de caves.

Donc, notre bête rôde et dévore une par une les imprudentes qui s’aventurent sur son terrain. Radegonde n’y tenant plus descend l’affronter et lui colle un pain dans la gueule. Si, si, le ton a l’air badin et l’expression triviale mais pour l’occasion strictement littérale. Radegonde s’empare d’un des pains qui étaient dans la remise où était tapie la Grand Goule, y trace une croix et le jette dans sa gueule fumante. La Grand Goule s’étouffe et meurt dans l’instant. Triomphe de Radegonde.

Mais le souvenir de la Grand Goule demeure vivace dans la ville de Poitiers et chaque année à l’époque des Rogations les pâtissiers faisaient cuire une grande quantité de « casse museaux », petits gâteaux que l’on jetait, avec les premières cerises, sur la sculpture qui la représentait. Promenée en procession, les dévotes y frottaient leurs chapelets en appelant sur elles la protection de la « bonne sainte veurmine ». La représentation de la Grande Goule était brandie en tête de cortège par un homme vêtu d’un surplis et portant une coiffure décoré d’une cocarde aux couleurs de la ville.

Elle est toujours exposé au Musée Sainte-Croix « construite planches sculptées statue-gg.gifet peintes de couleurs criardes. Le corps, très allongé, cambré à l’encolure, et recourbé en plusieurs replis à la partie postérieure, était annelé de la tête aux pieds, et terminé, à la queue, par une pince de scorpion, dentelée. La tête, percée de gros yeux féroces, enfoncés sous deux gibbosités proéminentes, ouvrait une large gueule, munie de dents aigües, et dont un bec d’aigle, surmonté d’une éminence charnue, terminait la mâchoire supérieure. Une longue langue en métal, fourchue à son extrémité, des ailes fantastiques, armées d’ongles crochus, et deux pieds à trois griffes, s’ajustant au poitrail, achevaient la représentation de la Grand’Goule. Enfin, l’artiste avait peint en vert le corps et les ailes, en rouge les parties charnues et en blanc sale le poitrail et le ventre de cet animal extraordinaire. » de la Marsonnière , membre de la Société des Archives Historiques de la Saintonge et de l’Aunis.

 

Mais il existe une autre version de cette aventure, ce n’est plus Radegonde qui défait le monstre et délivre la ville de Poitiers mais un prisonnier anonyme auquel on promet la vie sauve en cas de réussite. Pour preuve de cette aventure on peut encore au 18ème siècle admirer sa dépouille (hé oui, encore un crocodile empaillé) accroché au mur du Palais de Justice de Poitiers. L’ancien Palais Comtal, devenu Palais de Justice tombe en ruines faute d’entretien mais est encore paré de sa dépouille comme le raconte en 1665, Sir John LAUDER, gentilhomme écossais dans son journal de voyage :

« Their hinges bound upon the wall wt iron chaines the reliets of a dead hideous crocodile, witch, tho’it be infinitly diminished from what it was (it being some hundred years since it was salin), yet its monstrously great wt a was throat. This, they say, was found in one of their prisoners, which i saw also. On a tyme a number of prisoners being put in for some offences, on the morrow as some came to sie the prisoners not one of them could be found, it having eaten and devored them every one. Not knowing whow to be red of this trubulsom beat no man daring attempt to kill it, they profered one who was condemned to dy for some crime his life he killed it. Wheir upon he went to the prison wt a weill charges pistoll as it seimingly being very hungry was advancing furiously to worry him he shoot in at a white spot of its breast wheir its no so weill armed wt scalles as elsewheir and slow and wan his life.
I enquiring whow tha beast might come their it seimed most probable that it was engendred their ex putri materia, as the philosphers speaks, tho I could hardly believe that the sun could give life to such monsrtuous big creatures as it
« (*)

Toujours dans les limites de notre pagus, la même aventure est racontée à NIORT (Deux-Sèvres) où on pouvait voir autrefois une représentation d’un serpent ailé, cette pierre appartenait précédemment à un mausolée dédié à celui qui l’avait vaincu. En 1692, un déserteur condamné à mort accepte en échange de sa grâce d’affronter le monstre qui désole les marais aux portes de la ville. Pour ne pas périr de son souffle empoissonné il est muni d’un masque de verre, malheureusement celui-ci se brise alors qu’il venait de terrasser la bête et elle l’entraine dans son trépas. Le dragon et le soldat sont enterrés ensemble au cimetière de l’hopital de NIORT, hélas la stèle n’existe plus mais des témoignages l’attestent et citent l’épitaphe  » Siste viator, rem habes paucis//Hi periere simul; homo occubuit,// Serpentis veneno » « Arrête toi voyageur, l’histoire tient en peu de mots// Ici ils sont morts en même temps, l’homme fut tué// par le venin du Serpent »

 

 

 

 

 

 

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2 commentaires

  1. duguet said,

    Le dragon a été associé au culte de sainte Radegonde parce que le nom usuel de la sainte était Ragont.
    Remarque : vous demandez l’identité des intervenants mais vous n’indiquez pas la votre. Vous devriez savoir que toute affirmation non signée est sans valeur.

  2. lamainrouge said,

    Tout d’abord merci d’avoir pris le temps de nous lire avant de nous envoyer votre message. Le nom de Ragont me surprend, ce qu’on peut trouver usuellement sur l’origine de son nom c’est « Radegundis Regina Francorum » Radegonde Reine des Francs voir notamment : http://bhlms.fltr.ucl.ac.be/Nquerysaintrubrique.cfm?code_dossier=Radegundis&rubrique=Radegundis%20regina%20Francorum et Historiarum Francorum /Gregorius Turonensis : De obito beatae Radegundae. « Eo anno beatissima Radegundis ab hoc mundo migravit. Quae magnum planctum in monasterio, quem constituerat, dereliquid. Fuique et ego praesens ad eam sepiliendam. Obiit autem mense sexto, tertia decima die mensis , sepulta post triduum. Quae autem ibi ipsa die virtutes apparuerunt, vel qualiter fuerit funerata, in libro Miraculorum plenius scribere studui ».
    La seule étymologie que nous avons pu trouver est celle qui vient du haut vieil allemand : « rad », conseil et « gund », guerre, ce qui donne un fier nom de princesse cf. http://nominis.cef.fr/ , excellent site hagiographique hébergé par l’Eglise Catholique en France, mais je ne prétends pas connaître toutes les traditions. Il y a d’autres saints sauroctones dans la tradition chrétienne, particulièrement à partir du 3ème siècle de l’ère commune, mais ceci fera partie d’un troisième et dernier développement sur « la persistance des dragons ».
    La Main Rouge est et restera une œuvre collective de recherches et d’écritures « à quatre mains » et même si un thème est parfois plus approfondi par l’un ou l’autre, il n’y aura donc pas de signature spécifique, nous ne prétendons pas détenir LA vérité juste une vision du monde à travers notre éducation, nos études, nos lectures, nos recherches, notre sensibilité, notre réflexion …

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