Indiculus superstitionum et paganinarum (2)

février 22, 2009 at 6:38 (coutumes, histoire, paganisme) (, , , , )

En 1838, dans « Les Pays-Bas avant et durant la domination romaine », Antonin Guillaume Bernard Schayes examine chacun de ces différents points, présentant ainsi un remarquable panorama des croyances païennes encore vivaces à cette époque. Pendant la protohistoire celtique le territoire correspond à l’actuelle Belgique et à la partie de la Gaule, située au nord de la Seine. Par la suite, sous la présence romaine, la province impériale recouvre tout le nord-est de la France actuelle, de la Picardie à la Franche-Comté, ainsi que tout l’ouest de la Suisse avec une population constituée d’un mélange de Celtes et de peuples germaniques. Le Hainaut lui même, où se situe Leptinnes, se trouve à cheval sur la France et la Belgique actuelles. On peut avancer sans crainte de se tromper que les croyances et pratiques qui avaient cours dans cette région, avaient également cours, peu ou prou, chez les peuples voisins et même peut être dans tout ce qui allait devenir l’Empire Carolingien, donc, pourquoi pas, dans notre pays Picton. Des croyances et des pratiques populaires (superstitions, médecine populaire, traditions et fêtes …) se retrouvent encore aujourd’hui, venues du fond des temps et avec beaucoup de similitudes d’une région à l’autre : ce devait être encore plus vrai à l’époque de Charlemagne, et constituer probablement un « catalogue » populaire des croyances païennes de l’Antiquité. D’ailleurs, on s’apercevra qu’il est quasiment toujours possible de remplacer les mots « belges » ou « germains » quand ils sont employés, par n’importe quel autre nom de peuple de la Gaule antique.

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Le Ier canon est intitulé « de sacrilegio ad sepulcra mortuorum ». Il y était question sans doute de la coutume des Germains et autres peuples du nord de déposer des comestibles auprès des tombeaux de leurs parents, de leurs rois et d’autres personnages qui, de leur vivant, s’étaient distingués par leur bravoure et leurs hauts faits d’armes et d’y célébrer le 22 février de chaque année des fêtes commémoratives.

L’article II est analogue au précédent; il défend aux Belges d’offrir des sacrifices sur les tombeaux de leurs compatriotes : « de sacrificio supra defiunctos, id est Dadsisas »(on ignore la véritable signification du terme Dadsisas. Keysler lui donne celle de « maximus », comme si on eût voulu désigner par ce terme un sacrilège énorme. Calvoer l’interprète, avec aussi peu de vraisemblance, par spoliation des sépulcres. Un autre savant prétend que le mot désigne la coutume belge et germanique de brûler les cadavres. Meinders croit que ce terme indique les offrandes que les Germains déposaient sur les tombeaux)

L’article III proscrit certaines fêtes célébrées au mois de février et connues sous la dénomination de « spurcalia »: « de spurcalibus in februario » (Eckard prétend que par ce mot, on désignait le mois le plus froid de l’année. Suivant Des Roches, la défense aurait portée sur une fête du soleil célébrée pour demander à cet astre le renouvellement de la nature et la fertilité de la terre)

L’article IV est intitulé « de casulis id est fanis ». Cet article ordonnait sans doute la destruction des petits pavillons couverts en chaume dont les Belges couvraient les emblèmes de leurs dieux (Dom H. Leclercq le commente ainsi : Dans les campagnes, on construisait avec des branches d’arbres des huttes dédiées aux dieux et on y célébrait de petites solennités, tandis que les solennités publiques et communes se célébraient dans les bois ou dans les vallées sacrées. )

Le Vème article est intitulé « de sacrilegiis per Ecclesias ». Les germains idolâtres avaient coutume de célébrer leurs fêtes religieuses par des sacrifices accompagnés de danses et de festins. Les Belges convertis au christianisme continuèrent à célébrer de la même manière les fêtes des Saints dans les églises. C’est cette coutume païenne qui est condamnée.

Le VIème article intitulé « de sacris sylvarum quos nimidas vocant », rappelle les forêts sacrées des Germains et nous apprend qu’au milieu du 8ème siècle, les Belges nouveaux chrétiens avaient peine à renoncer à la coutume de leurs ancêtres qui plaçaient les sanctuaires des dieux au sein des bois les plus obscurs. On ignore la véritable signification du mot « nimidas ». Eckard et Des Roches pensent qu’au lieu de « nimidas » il faut lire « niun heads », neuf têtes, ou « niun days », neuf jours, et traduire le titre entier : des sacrifices des bois qu’ils appellent la neuvaine ou les neuf jours. Des Roches prétend qu’il s’agit ici de cette fameuse neuvaine célébrée annuellement par les Scandinaves, dans laquelle ce peuple offrait à ses dieux, à chacun des neuf premiers jours du neuvième mois de l’année, les têtes de neuf animaux. D’autres commentateurs sont cependant d’avis que par le terme « nimidas », les évêques du Concile de Leptines désignent l’endroit le plus secret des forêts sacrées où les Germains plaçaient le simulacre de la divinité à laquelle ces dernières étaient dédiées. Canciani et Seiters voient dans Nimidas la fête où l’on recueillait le gui sur les chênes sacrés D’autres enfin avancent que le terme désigne également les sources sacrées; mais le passage de Grégoire de Tours sur lequel ils basent cette opinion, ne nos semble rien moins que concluant.

(à suivre)

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