Indiculus superstitionum et paganinarum (4)

février 25, 2009 at 4:43 (coutumes, histoire, paganisme) (, , , )

orage

Le titre XXe désigne les jours (les mercredis et les jeudis, principalement dans le mois de mai) que les nouveaux chrétiens continuaient toujours à fêter en l’honneur de Thor et d’Odin : « de feriis quae faciunt Jovi et Mercurio » (même remarque que plus haut).

Le XXIe regarde les pratiques superstitieuses auxquelles se livraient les Belges aux éclipses de lune : « de Lunae defectione quod dicunt vince Luna ». Les peuples du nord, croyaient que dans les éclipses de lune, un dragon ou un loup nommé Hati, livrait un furieux combat à cette planète; et craignant que la lune ne succombât devant ce terrible adversaire, ils criaient « victoire à la Lune » en faisant un tintamarre horrible avec toutes sortes d’instruments de cuivre, etc.

Le titre XXIIe condamne la croyance des belges, que les magiciens pouvaient, par des enchantements, exciter ou calmer des tempêtes : « de tempestatibus et cornibus et cochleis » (Eckard et Des Roches prétendent que par le mot « cornibus » il faut entendre les cornes de l’urus ou taureau sauvage, dont les peuples du nord se servaient en guise de verres ou de coupes, et avec lesquelles ils faisaient des libations aux dieux. Les « cochleae » étaient, selon les mêmes auteurs, des coquilles qui tenaient lieu de cuillers, dont on se servait dans les sacrifices pour faire les aspersions avec le sang de la victime, et dont on usait également dans d’autres cérémonies superstitieuses. Un capitulaire de Louis le Débonnaire condamne, avec les maléfices, les cochlearii. Oleus Magnus rapporte que les Suédois croyaient que lorsque le tonnerre grondait, leurs dieux étaient attaqués par des dieux ennemis, et que, dans le dessein de porter secours aux premiers, ils décochaient des flèches en l’air et frappaient à grands coups de marteau sur des blocs de métal. La coutume où l’on est encore dans beaucoup de villages de sonner les cloches lorsqu’il tonne provient probablement de ces vieilles superstitions).

L’article XXIIIe a pour titre « de sulcis circe villas », c’st à dire, des sillons qu’on traçait avec la charrue autour des villages avec certaines cérémonies, ou des fourches qu’on plantait autour des maisons, le tout, à ce que croit Meinders, pour éloigner les esprits malfaisants et préserver les demeures du feu et de l’ennemi.

Le titre XXIVe porte : « de pagano cureu quem yrias vocant, scissis panis et calceis ». Des Roches croit qu’il s’agit des danses païennes et des mascarades qui accompagnaient les fêtes de Joel. Il pense que « yrias » est mis pour «  hirtas » et que ce mot a la même signification que « cervulos ». Nous sommes assez d’avis, avec un commentateur de l’ « indiculus » que « yrias » vient de « gyrare » et qu’il est question dans ce canon d’une danse en l’honneur de la Lune, telle que celle que les Saxons faisaient tous les ans, autour de l’Irminsul. Meinders croit que l’indiculus veut désigner une danse autour des tombeaux des chefs et héros belges. Quant aux termes « scissis panis et calceis », nous n’avons pu trouver la véritable signification de ces mots (peut être doit-on lire « pannis » et le concile entend-il par « scissis pannis et calceis », la coutume de déchirer les vêtements en signe de deuil).

Le titre XXV porte « de eo quod sibi sanctos fingunt quoslibet mortuos ». Il blâme l’usage superstitieux des nouveaux chrétiens de regarder comme Saints tous leurs parents et amis défunts.

Le XXVIe canon est intitulé : « de simulacro de conspersa farina ». « C’étaient, dit Des Roches, des images des dieux, faites de farine détrempée dans de l’eau et peut être dans du miel. Les biscuits et les pains d’épices, continue-t-il, dont on régale les enfants le jour de l’an, y ont succédé ». Nous avons dit avant la conquête de César, qu’à la fête de Joël on offrait avec un porc un gâteau appelé « Julegalt », dont on conservait une partie pour la mêler à la semence, afin d’avoir une récolte abondante, et dont on distribuait le reste aux domestiques des champs. La défense de l’indiculus pourrait bien porter sur cette superstition. Comme la fête de Joël avait lieu en janvier, rien n’empêche de croire que la distribution de ce gâteau n’ait donné naissance à celle de pains d’épice au nouvel an.

Le XXVIIe titre porte « de simulacris de pannis factis ». C’était, dit encore Des Roches, des poupées comme celles qui amusent nos petits enfans. Les filles païennes devenues nubiles les offraient à la déesse Vénus, voulant déclarer par là qu’elles étaient désormais sous sa puissance. Nous conjecturons cependant qu’il s’agit ici de quelque pratique de magie.

Le XXVIIIe titre défend de porter par les champs, sans doute pour obtenir des moissons abondantes, les simulacres des idoles : « de simulacro quod per campos portant ». Cette cérémonie était analogue à celle des « ambervalia » chez les Romains et aux rogations des chrétiens.

Le XIXe défend d’offrir aux idoles des ex voto consistant en figures de bois ayant la forme de pieds et de mains : « de ligneis pedibus vol manibus pagano ritu ». Grégoire de Tours rapporte qu’en renversant un temple célèbre à Cologne, on y trouve parmi d’autres objets offerts aux idoles, des figures de plusieurs membres du corps humain, taillées en bois, que les malades faisaient suspendre à l’image du dieu dont ils invoquaient le secours (La coutume d’attacher aux images des saints des ex voto en cire, en or ou en argent, subsiste encore en Belgique).

Enfin le XXXe et dernier canon condamne l’aveugle confiance du peuple au pouvoir surnaturel qu’il attribuait aux femmes exerçant la magie : « de eo quod credunt, quià faeminae lunam commendent; quod possint corde hominum tollere juxtà paganos ». Nous avons parlé de la haute vénération que les peuples germains portaient aux devineresses, appelées « Truden » et « Alruner ». Une foule de documents du 7e et 8e siècles attestent, avec « l’indiculus », que ce préjugé subsistait encore alors dans toute sa force (Un laps de temps de dix siècles écoulés depuis la tenue du concile d’Aix-la-Chapelle n’a pu faire disparaître chez nos bons campagnards la croyance aux équipées de sorcières se rendant au sabbat en traversant l’air assises sur un manche à balai).. A la fin de la première race, dit Saint-Foix, il y avait encore plus du tiers des Français (et des Belges dont à cette époque le territoire faisait partie du royaume des Francs), plongés dans les ténèbres de l’idolâtrie; ils croyaient qu’à force de méditations, certaines filles druidesses avaient pénétré dans le secret de la nature; que pour le bien qu’elles avaient fait dans le monde elles avaient mérité de ne point mourir; qu’elles habitaient au fond des puits, au bord des torrents ou dans les cavernes; qu’elles avaient le pouvoir d’accorder aux hommes le privilège de se métamorphoser en loups et en toutes sortes d’animaux, et que leur haine et leur amitié décidaient du bonheur ou du malheur des familles. A certains jours de l’année et à la naissance de leurs enfants, ils avaient grande attention de dresser une table dans une chambre écartée et de la couvrir de mets et de bouteilles,avec trois couverts et de petits présents, afin d’engager « les mères » (c’est ainsi qu’ils appelaient ces puissances subalternes) à les honorer de leur visite et à leur être favorables; voilà l’origine de nos contes de fées.

On voit donc par tout ce qui précède avec quelle opiniâtreté les Belges étaient restés fidèles au culte de leurs pères, au paganisme germanique, plusieurs siècles après la domination romaine, et quels rudes travaux les apôtres du christianisme eurent à supporter avant de parvenir à les faire renoncer partiellement à l’idolâtrie; nous disons partiellement parce que longtemps après leur conversion, les Belges ne cessaient encore de confondre et de mêler les superstitions du culte d’Odin avec les dogmes et les cérémonies du christianisme…

… ce qui fut probablement le fait de tous les peuples indo-européens après leur conversion à la nouvelle religion exclusive …

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