La préhistoire dans la vallée de la Charente

décembre 16, 2009 at 3:56 (histoire)

Source : suite à l’interview de Jean-Michel Leuvrey , archéologue préhistorien poitevin pour un projet d’article.
Grand professionnel passionné, il a travaillé sur de nombreux sites avant de venir dans le Poitou où il séjourne actuellement ; il a également écrit différentes publications, sur certains des sites suisses ou français sur lesquels il a travaillé.

Pour beaucoup de gens, préhistoire veut dire Dordogne, mais de nombreux sites, aussi riches, existent le long de la Charente ?

La préhistoire, qui commence avec les premiers vestiges manufacturés, couvre plusieurs millions d’années divisées en plusieurs périodes définies par le type d’outils produits mais correspondant également à des définitions socio-économiques.
Elle se termine dans la région avec l’apparition des premiers écrits retrouvés et datés de la conquête romaine de l’Aquitaine (pictons) par César en – 56 av JC. Les datations varient donc suivant les régions : l’apparition dans une région donnée des différents groupes culturels dépendant des flux migratoires.
De plus, les dates varient au fur et à mesure de la découverte des vestiges. Auparavant, l’on parle uniquement de préhominiens, vivants en Afrique (australopithèques), les hominiens (genre homo) étant généralement définis par leur capacité à fabriquer des outils.

Il est question, ici, de la première partie, la plus ancienne, de la préhistoire qui se termine avec l’apparition de l’industrie des métaux (cuivre, bronze, fer).

Le paléolithique
(âge de la pierre taillée) est l’ère des chasseurs-cueilleurs, peuplades nomades :

– Homo Erectus (pré-néandertaliens), apparu en Afrique vers -1.5 MA puis ayant migré vers l’Europe de environ – 800 000 à – 300 000 ans. Il vivait lors de l’interglaciaire Gunz – Mindel (1ère et 2ème glaciations).
A Saint Même les carrières (Charente) furent trouvés des vestiges de son occupation.

– Homo Sapiens Néandertalensis (homme de néandertal) dont la présence est attestée de – 200 000 ans à – 30 000 ans en Europe : il a connu les deux dernières glaciations, Riss et Würm.
Il existe de nombreux sites occupés par lui dans la région :
– la grotte à Melon – Hauteroche (Charente) où a été trouvé un crâne d’enfant
– la roche à Pierrot – Saint Césaire (Charente maritime) .

– Homo Sapiens Sapiens (homme de Cro-Magnon) arrivé tardivement en Europe, vers – 35 000 ans, lors de la dernière glaciation Würm.
Il s’éteindra vers – 10.000, à la fin de la dernière glaciation.
Le climat au début de cette dernière fut très froid puis connu des variations plus ou moins tempérées (Lascaux).
Sites correspondants connus :
– Site de plein air de Fontaury – Chateauneuf sur Charente (Charente)
– Grotte Marcel Clouet – Cognac (Charente)
– Grottes du Chaffaud – Savigné (Vienne)
voir http://jmleuvrey.over-blog.com/
– Grotte des rois – Moutiers sur Bohème (Charente).

Tous ces hominiens vécurent donc dans un climat globalement froid avec des biomes (macro-écosystème) de types toundra ou steppe (avec une faune froide : rennes, antilope saïga, mammouth), ponctué de périodes de réchauffement pendant lesquelles apparaissaient des arbustes (en témoignent des apparitions ponctuelles de cerfs).
Organisés en petits groupes nomades, ils suivaient les cours d’eau qui, outre un cheminement facilité, leur permettaient de trouver facilement des abris sous les porches des grottes creusées par les eaux dans les falaises calcaires.
Ils vivaient également sous des tentes (traces de poteau, effet de parois…).
Ces différentes branches d’hominidés vécurent plus ou moins simultanément, quelquefois sur les mêmes sites.
Ainsi, sur le site de La Roche à Pierrot ont été trouvés des vestiges mêlés d’industries imputables à l’homme de Cro-Magnon et à l’homme de Néandertal, impliquant une cohabitation pacifique de ces deux espèces.

Le mésolithique
est une période de transition pendant laquelle l’on trouve les derniers chasseurs/cueilleurs de la Préhistoire.
Très brève période (-7 500 à – 5 000 dans la vallée de la Charente), il se caractérise par des outils composites de très petite taille (microlithes) correspondant probablement à de nouvelles techniques de chasse.
En effet, le réchauffement du climat induit un changement de biome : les toundras et steppes disparaissent progressivement au profit de forêts claires à feuilles thermophiles (hêtres, chênes).
De même, la faune change radicalement avec l’apparition de nouvelles espèces: cerfs, chevreuils, sangliers…
Il existe peu de sites sur la vallée de la Charente.

Le néolithique
(âge de la pierre polie) est caractérisé par de profondes mutations dans les sociétés humaines, avec l’apparition de l’élevage et de l’agriculture vers – 5 000 dans la vallée de la Charente.
Elle durera jusqu’à –2 000 ans (Tumulus de Bougon –5 000).

Le climat devient tempéré (climat atlantique), permettant l’agriculture. De grandes forêts primaires (chênaies, hêtraies…) se développent.
La sédentarisation de ces groupes d’agriculteurs avec l’apparition des premiers villages permettra l’émergence des nouvelles techniques liés à ces nouveaux besoins.
Les plus importantes sont l’agriculture et l’élevage, et tout ce qui en découle : le tissage, nouvelles techniques de taille du silex (Grand Pressigny en Touraine).
Apparaissent de nouveaux rites funéraires (dolmens, tumulus).
Sites connus :
– Tumulus de la Boixe – Saint Amand de Boixe (Charente)
– Enceintes de Diconche – Saintes (Charente-Maritime) .

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