le Cône d’Or d’Avanton (86)

septembre 26, 2008 at 9:39 (archéologie, civilisation, histoire, symboles) (, , , , , , , , )

Compte tenu de l’absence totale de renseignements en français sur le sujet (pour Avanton, on évoque seulement, sans prendre la peine d’aller plus loin, un éventuel et possible culte de la fertilité, probablement lié à la forme phallique de l’objet……), cet article est le résultat d’une traduction-adaptation de divers articles en anglais, dont Wikipédia.

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Les Golden Hats sont spécifiques de l’âge du bronze en Europe centrale. Ils sont faits de minces feuilles d’or fixées à un long cône et stabilisées par des ornements sur les bords qui étaient probablement faits de matières organiques. Ces Cônes d’Or, qu’on appelle aussi des Chapeaux d’Or sont rares. En fait, il semble qu’on n’en connaisse que quatre :

– celui de Schifferstadt découvert en 1835 près de Speyer en Allemagne dans le Rhineland-Palatinat, daté de -1400-1300

celui d’Avanton, incomplet, trouvé près de Poitiers en 1844, vers -1000-900 (hauteur de 55 cm pour un poids de 285 g.)

– celui d’Ezelsdorf, trouvé près de Nuremberg en 1953, vers -1000-900 qui, avec ses 90 cm, est le plus grand spécimen connu

– celui de Berlin, d’origine incertaine, trouvé en Souabe ou en Suisse et acquis par le Musée de Berlin en 1996, vers -1000-800.

Les Cônes sont associés à la période pré-proto-celtique de l’âge du bronze, culture des champs d’urnes. Les fortes similitudes dans le symbolisme utilisé et les techniques de fabrication témoignent d’une culture cohérente de l’Age du Bronze sur un vaste territoire recouvrant l’Est de la France, l’Ouest et le Sud-Ouest de l’Allemagne.

On suppose que les Cônes étaient des insignes religieux pour les divinités ou les prêtres d’un culte rendu au soleil qui devait alors être répandu en Europe Centrale. Plusieurs théories sont en présence. On parle d’abord de vases de cérémonies. Une seconde théorie, largement répandue jusqu’à aujourd’hui, place les Cônes sur les piliers ayant entourés les sanctuaires. Cependant les historiens du Musée de Berlin affirment avoir établi avec quasi-certitude que ces mystérieux Cônes étaient à l’origine portés comme des chapeaux de cérémonie par les prêtres devins (peut être même des « rois-prêtres ») de l’Age du Bronze. Leur utilisation comme couvre-chefs est confortée par le fait que, pour trois d’entre eux, la base présente un élargissement et que leurs ouvertures sont de forme ovale (et non pas rondes) avec des diamètres et des formes très semblables à celles du crâne humain.

La représentation figurative d’un objet qui ressemble à un chapeau conique sur une dalle de pierre de la tombe du roi « Kungagraven » à Kivik, dans le sud de la Suède, va aussi dans le sens d’une association avec la religion et le culte, ainsi que le fait que tous ces cônes semblent avoir été soigneusement entreposés (enterrés).

Les tentatives faites pour déchiffrer l’ornementation des Cônes donnent à penser qu’ à côté de leur rôle cultuel il était possible de s’en servir comme de calendriers mais on ne sait pas trop s’ils étaient effectivement utilisés dans ce sens ou s’ils ne faisaient que présenter les connaissances astronomiques de l’époque.

Une étude détaillée de celui qui est au musée de Berlin par exemple, entièrement préservé, a révélé que les symboles utilisés représentent probablement un calendrier luni-solaire et permettent de prédire le mouvement du soleil et des étoiles. Le Cône aurait donc permis la détermination de dates ou de périodes d’un calendrier lunaire comme d’un calendrier solaire ainsi que la conversion entre eux. On imagine sans peine l’intérêt que pouvait représenter de telles connaissances et de telles possibilités pour la société de l’Age du Bronze, dans la détermination notamment d’évènements aussi importants que le solstice d’été ou le solstice d’hiver. On imagine aussi que les « rois-prêtres », capables de prévoir avec précision l’heure exacte de semis, de plantation et de récolte des cultures étaient de véritables «  seigneurs de temps » qui avaient un accès à la connaissance divine qui leur permettait de regarder l’avenir.

Même si le système de cette fonction mathématique intégré à l’ornementation artistique n’a pas été entièrement déchiffré à ce jour, on a pu en dresser un schéma de compréhension et il semble notamment certain que les ornements d’or et les séquences systématiques de bandes permettent le comptage des unités de temps jusqu’à 57 mois. Une simple multiplication de ces valeurs permettrait également le calcul des périodes plus longues, par exemple du Cycle de Méton. Chaque symbole, ou chaque anneau d’un symbole, représente une seule journée. A côté des bandes ornementales intégrant différents numéros d’anneaux, il existe des symboles et des zones en intercalaire, qui auraient dû être ajoutés ou soustraits de la période en question. Chacun des Cônes présente entre 10 et 20 zones avec un nombre différent de symboles. Le nombre de cercles de chaque symbole et le nombre de symboles d’une ou plusieurs zones sont multipliés dans un premier temps. La somme totale est interprétée comme un nombre de jours. Dans un deuxième temps le nombre de jours est comparé à un cycle astronomique moyen tel que le mois synodique ou l’année tropicale .

Les Chapeaux d’Or connus à ce jour sont faits d’un alliage d’or ( 85-90%) et d’argent ( environ 10%) avec des traces de cuivre et d’étain (<1% chacun). Ils sont faits d’une feuille d’or d’un seul tenant martelée à une épaisseur de 0,25 mm (Schifferstadt) à 0,06 mm (Berlin). Ainsi, les cônes sont étonnamment léger compte tenu de leur taille. L’ exemplaire Ezelsdorf , mesure 89 cm de hauteur et pèse seulement 280 g.

En raison de la caractéristique triple du matériau, l’objet avait tendance à durcir et à se déformer en augmentant son potentiel à se fissurer et vus les moyens techniques disponibles à l’époque, la production d’un Chapeau d’Or même s’il n’avait pas été décoré, représenterait déjà un remarquable exploit technique. Et pourtant, comme nous l’avons dit, ils l’étaient: embellis sur toute leur hauteur avec des rangées de bandes radiales ornementales plus riches et plus variées sur les plus récents, imprimées dans le métal . Ces ornements sont pour la plupart des disques et des cercles concentriques, parfois des roues qui ont été martelés à l’aide de timbres, de rouleaux, de moules ou de peignes. Une technique et un savoir faire qui renvoient dans les poubelles de l’Histoire toutes les allégations selon lesquelles les hommes de cette époque auraient été des barbares « à peine » évolués…

Les chapeaux d’or, ou plus précisément, le culte du soleil, qu’ ils semblent avoir servi ou exprimé, sont également souvent considérés comme liés à un certain nombre d’autres travaux remarquables de l’âge du bronze ou du début de l’âge du fer comme, précisément, le disque de Nebra, datant d’environ 1600 avant notre ère, découvert en Allemagne, qui leur est antérieur mais implique de semblables connaissances astronomiques avancées, “La Cape de Mold”, datant de 4000 ans, trouvée au Pays de Galles en 1833, trésor unique, en or massif, et l’une des plus importante découverte de l’age de bronze en Europe, d’un niveau de savoir faire similaire et qu’on pense avoir été l’habit de cérémonie d’un prêtre ou d’un autre personnage important, le Char solaire danois de Trundholm, une représentation claire du soleil liée à des croyances religieuses qui peut remonter à -1800, une série de pétroglyphes scandinaves, et des ensembles comme le trésor Eberswalde,(10ème siècle av. JC. Allemagne) dont les 81 objets en or qui le composent présentent des motifs décoratifs semblables à ceux qui ornent les chapeaux. Il est évident qu’on peut aussi relier à ces objets la large diffusion de la croix solaire, c’est à dire de la rouelle, et de motifs similaires de l’âge du bronze en Europe centrale et du Nord.

On notera, pour terminer, que des archéologues allemands affirment que les « rois-prêtres coiffés d’or » se retrouvent sur la plus grande partie de l’ Europe préhistorique. Sabine Gerloff, professeur à l’Université de Erlangen en veut pour preuve que cinq de ces Cônes d’Or ont été trouvés en Irlande, dans la tourbe, au cours des XVIIe et XVIIIème siècle. Ces objets, décrits à l’époque comme des « vases », ont aujourd’hui disparu. Sabine Gerloff n’en ai pas moins persuadée qu’ils ont été portés, tout comme la Cape de Mold par les rois-prêtres de l’Age du Bronze.

Il n’empêche que la présence d’un tel cône ici à Avanton, alors que les autres ont été découverts sur des territoires plutôt « germaniques », ne laisse pas de susciter un certain nombre de questions … faut-il l’imputer à des mouvements de populations ? à une unité cultuelle sur tout le territoire de l’Europe à l’époque préhistorique ? Laisse-t-elle présager de l’existence d’un sanctuaire important ou d’un centre cultuel remarquable ? Autant de pistes de réflexion et d’axes de recherches parmi d’autres …

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construction d’un tumulus

avril 2, 2008 at 5:12 (archéologie, civilisation)

En réponse à de nombreuses questions, on ne peut guère que formuler des hypothèses… « Comment étaient construits les tumulus » est une de ces questions sur lesquelles on ne peut faire que butter car les faits sont là : on connait de mieux en mieux le mégalithisme mais l’archéologie n’a pu, encore, apporté de réponses certaines quant aux techniques qu’ont utilisées les hommes de cette époque pour construire de telles structures.
Pour les peuples européens, le culte des morts tient une grande place dans la vie quotidienne et religieuse puisqu’ils considèrent que ces derniers sont encore présents parmi les vivants et qu’ils sont les dépositaires d’une force bien supérieure à la leur. Ce culte est essentiellement déterminé par la croyance selon laquelle toutes les formes d’existence, des hommes, des animaux et même des produits de la terre sont, d’une manière ou d’une autre, influencées par les ancêtres défunts. Si les chrétiens plus tard, prieront POUR les morts, nos ancêtres païens priaient DIRECTEMENT les morts, ce que leur reprochera avec force saint Augustin.
Lors des enterrements, en général collectifs, on offrait habituellement aux défunts des biens d’usage courant que l’on disposait dans les tombes avec les cadavres. Puis, au cours du rituel funéraire, on brûlait d’autres biens qui allaient suivre l’âme du défunt dans le royaume des morts.
Si ce culte des défunts et des ancêtres prend de l’importance au mésolithique, car il faut entrer en contact avec eux pour s’assurer leur protection (et ce sont les sorciers prêtres de ces tribus, les Chamans, qui servent d’intermédiaires entre les hommes et les âmes des ancêtres), il acquiert une importance fondamentale au néolithique avec l’affirmation de l’agriculture et de la sédentarisation. En effet l’observation du mystère du cycle mort et renaissance de la végétation influence les croyances sur la vie post mortem et les croyances en une vie après la mort et l’idée selon laquelle les défunts ont un moyen d’exercer une influence sur le monde des vivants se renforcent.
Le développement et la diffusion de l’agriculture au néolithique a fait glisser un rapport qui reliait l’homme à l’animal (qui prédominait au temps des chasseurs du paléolithique) à un rapport reliant l’homme à la végétation. C’est de cette époque que datent les fêtes saisonnières liées au cycle de la végétation et les mythes qui intègrent la mort, puis la renaissance d’une divinité. La liaison entre la fécondité féminine et la fertilité de la terre devient alors un élément fondamental et l’association qui apparait primordiale est celle de la Mère et de la Terre. Il faut souligner le fait que l’essentiel des mythes du néolithique dérive de l’agriculture. Les cultes de la fertilité, de la femme comme de la terre, les mystères de la naissance, de la mort et de la renaissance qui s’illustrent grâce aux rythmes des saisons et de la végétation sont des valeurs qui s’articulent progressivement.
L’hommage à la Grande Déesse et sa célébration privilégiait la vie féconde et toujours renaissante par le biais du culte des morts que l’on réintégrait dans les matrices telluriques qu’étaient les sépultures mégalithiques. Car les menhirs et les ensembles mégalithiques sont des centres cérémoniels en laison avec le culte des morts en même temps que/ou des observatoires astronomiques. Les dolmens, eux, et les tumulus qui sont des reconstitutions des grottes initiatiques magdaléniennes, sont des sépultures funéraires et les constructions mégalithiques des sites religieux et funéraires.
La Terre mère est la Grande mère, la Déesse mère, qui personnifie l’énergie féminine et terrestre distribuant la vie en abondance, qu’elle soit humaine ou végétale, et à son culte s’associe celui rendu aussi à l’eau, à la lune, à la femme et à la fécondité.
La religion des Mégalithiens serait donc une religion cosmique centrée sur la rénovation périodique du monde, et à côté de ce symbolisme féminin apparait aussi un élément masculin très souvent assimilé au taureau qui permettra progressivement au culte du Ciel protecteur d’être associé à celui de la Terre mère.

Pour en revenir à la construction des tumulus, l’archéologie expérimentale s’occupe à tester des théories relatives aux méthodes d’extraction, de traction et d’érection des plus gros blocs de pierre constitutifs des monuments. Ainsi les reconstitutions qui vont suivre, illustrent trois étapes d’une construction d’un même dolmen et de son tumulus à partir d’une des hypothèses actuelles.
Elles ont pu être réalisées grâce au concours scientifique de Jean Pierre Mohen, Roger Joussaume, Luc Laporte et Bertrand Poissonier et sont présentées dans l’enceinte du parcours de découverte du musée des Tumulus de Bougon (Deux Sèvres).

bougon-1-2008-070.jpg La construction du monument commence par la mise en place de la chambre funéraire: les piliers du dolmen sont en cours de positionnement. Une petite fosse de quelques dizaines de centimètres reçoit un pilier dont la base sera stabilisée par un blocage de pierres. Des expérimentations ont permis d’observer qu’il était possible d’ériger des dalles à l’aide de cordages, de trépieds en bois et parfois d’échafaudages et de leviers.
Un premier cercle de pierres vient épouser les piliers érigés pour les maintenir alors que les autres blocs viennent combler les vides laissés. Enfin le tumulus qui englobe tout le dolmen est déjà en partie délimité par son parement externe.

bougon-2-2008-073.jpg Le dolmen est pratiquement terminé. Il est entièrement entouré de sa « chemise » de pierres épousant les piliers. Le parement externe du tumulus est en partie construit. Un système de cloisons forme une résille de cellules remplies de terre et de pierres ce qui permet de maintenir la masse du monument. Il ne reste qu’à poser la dalle de couverture.
Ici, l’intérieur du dolmen a été complètement rempli de pierres sur lesquelles sont posés des piliers de bois. Une fois la dalle en place, le dolmen est vidé depuis son couloir. Mais d’autres systèmes sont envisageables, notamment des rampes de terre s’appuyant (ou non) sur le tumulus.

bougon-3-2008-078.jpg Le monument est proposé dans son état final. Le tumulus englobe totalement le dolmen. Mais nous n’avons peut être aujourd’hui qu’une connaissance partielle de ces monuments. Ainsi la présence de poteaux de bois, autour ou sur la structure et même des traces de peinture sont parfois attestées. Les plus gros blocs ont été transportés sur de longuies distances mais les pierres utilisées pour construire les parements proviennent de carrières situées au pied des monuments, ce qui accentuait vraisemblablement l’aspect monumental de la construction. En effet, si ces monuments sont des tombes, ils ont aussi été édifiés pour être visibles de loin.

bougon-4-mars-2008-083.jpg Aujourd’hui, cinq à six mille ans plus tard, voici ce qui pourrait rester du monument.
L’érosion, l’affaissement naturel lié au poids de la construction mais surtout et le plus souvent les interventions de l’homme au cours du temps, font qu’il ne reste que la structure interne du monument, c’est à dire le dolmen.
Les piliers et la dalle de couverture sont en effet plus difficiles à déplacer et à récupérer…

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