Indiculus superstitionum et paganinarum (4)

février 25, 2009 at 4:43 (coutumes, histoire, paganisme) (, , , )

orage

Le titre XXe désigne les jours (les mercredis et les jeudis, principalement dans le mois de mai) que les nouveaux chrétiens continuaient toujours à fêter en l’honneur de Thor et d’Odin : « de feriis quae faciunt Jovi et Mercurio » (même remarque que plus haut).

Le XXIe regarde les pratiques superstitieuses auxquelles se livraient les Belges aux éclipses de lune : « de Lunae defectione quod dicunt vince Luna ». Les peuples du nord, croyaient que dans les éclipses de lune, un dragon ou un loup nommé Hati, livrait un furieux combat à cette planète; et craignant que la lune ne succombât devant ce terrible adversaire, ils criaient « victoire à la Lune » en faisant un tintamarre horrible avec toutes sortes d’instruments de cuivre, etc.

Le titre XXIIe condamne la croyance des belges, que les magiciens pouvaient, par des enchantements, exciter ou calmer des tempêtes : « de tempestatibus et cornibus et cochleis » (Eckard et Des Roches prétendent que par le mot « cornibus » il faut entendre les cornes de l’urus ou taureau sauvage, dont les peuples du nord se servaient en guise de verres ou de coupes, et avec lesquelles ils faisaient des libations aux dieux. Les « cochleae » étaient, selon les mêmes auteurs, des coquilles qui tenaient lieu de cuillers, dont on se servait dans les sacrifices pour faire les aspersions avec le sang de la victime, et dont on usait également dans d’autres cérémonies superstitieuses. Un capitulaire de Louis le Débonnaire condamne, avec les maléfices, les cochlearii. Oleus Magnus rapporte que les Suédois croyaient que lorsque le tonnerre grondait, leurs dieux étaient attaqués par des dieux ennemis, et que, dans le dessein de porter secours aux premiers, ils décochaient des flèches en l’air et frappaient à grands coups de marteau sur des blocs de métal. La coutume où l’on est encore dans beaucoup de villages de sonner les cloches lorsqu’il tonne provient probablement de ces vieilles superstitions).

L’article XXIIIe a pour titre « de sulcis circe villas », c’st à dire, des sillons qu’on traçait avec la charrue autour des villages avec certaines cérémonies, ou des fourches qu’on plantait autour des maisons, le tout, à ce que croit Meinders, pour éloigner les esprits malfaisants et préserver les demeures du feu et de l’ennemi.

Le titre XXIVe porte : « de pagano cureu quem yrias vocant, scissis panis et calceis ». Des Roches croit qu’il s’agit des danses païennes et des mascarades qui accompagnaient les fêtes de Joel. Il pense que « yrias » est mis pour «  hirtas » et que ce mot a la même signification que « cervulos ». Nous sommes assez d’avis, avec un commentateur de l’ « indiculus » que « yrias » vient de « gyrare » et qu’il est question dans ce canon d’une danse en l’honneur de la Lune, telle que celle que les Saxons faisaient tous les ans, autour de l’Irminsul. Meinders croit que l’indiculus veut désigner une danse autour des tombeaux des chefs et héros belges. Quant aux termes « scissis panis et calceis », nous n’avons pu trouver la véritable signification de ces mots (peut être doit-on lire « pannis » et le concile entend-il par « scissis pannis et calceis », la coutume de déchirer les vêtements en signe de deuil).

Le titre XXV porte « de eo quod sibi sanctos fingunt quoslibet mortuos ». Il blâme l’usage superstitieux des nouveaux chrétiens de regarder comme Saints tous leurs parents et amis défunts.

Le XXVIe canon est intitulé : « de simulacro de conspersa farina ». « C’étaient, dit Des Roches, des images des dieux, faites de farine détrempée dans de l’eau et peut être dans du miel. Les biscuits et les pains d’épices, continue-t-il, dont on régale les enfants le jour de l’an, y ont succédé ». Nous avons dit avant la conquête de César, qu’à la fête de Joël on offrait avec un porc un gâteau appelé « Julegalt », dont on conservait une partie pour la mêler à la semence, afin d’avoir une récolte abondante, et dont on distribuait le reste aux domestiques des champs. La défense de l’indiculus pourrait bien porter sur cette superstition. Comme la fête de Joël avait lieu en janvier, rien n’empêche de croire que la distribution de ce gâteau n’ait donné naissance à celle de pains d’épice au nouvel an.

Le XXVIIe titre porte « de simulacris de pannis factis ». C’était, dit encore Des Roches, des poupées comme celles qui amusent nos petits enfans. Les filles païennes devenues nubiles les offraient à la déesse Vénus, voulant déclarer par là qu’elles étaient désormais sous sa puissance. Nous conjecturons cependant qu’il s’agit ici de quelque pratique de magie.

Le XXVIIIe titre défend de porter par les champs, sans doute pour obtenir des moissons abondantes, les simulacres des idoles : « de simulacro quod per campos portant ». Cette cérémonie était analogue à celle des « ambervalia » chez les Romains et aux rogations des chrétiens.

Le XIXe défend d’offrir aux idoles des ex voto consistant en figures de bois ayant la forme de pieds et de mains : « de ligneis pedibus vol manibus pagano ritu ». Grégoire de Tours rapporte qu’en renversant un temple célèbre à Cologne, on y trouve parmi d’autres objets offerts aux idoles, des figures de plusieurs membres du corps humain, taillées en bois, que les malades faisaient suspendre à l’image du dieu dont ils invoquaient le secours (La coutume d’attacher aux images des saints des ex voto en cire, en or ou en argent, subsiste encore en Belgique).

Enfin le XXXe et dernier canon condamne l’aveugle confiance du peuple au pouvoir surnaturel qu’il attribuait aux femmes exerçant la magie : « de eo quod credunt, quià faeminae lunam commendent; quod possint corde hominum tollere juxtà paganos ». Nous avons parlé de la haute vénération que les peuples germains portaient aux devineresses, appelées « Truden » et « Alruner ». Une foule de documents du 7e et 8e siècles attestent, avec « l’indiculus », que ce préjugé subsistait encore alors dans toute sa force (Un laps de temps de dix siècles écoulés depuis la tenue du concile d’Aix-la-Chapelle n’a pu faire disparaître chez nos bons campagnards la croyance aux équipées de sorcières se rendant au sabbat en traversant l’air assises sur un manche à balai).. A la fin de la première race, dit Saint-Foix, il y avait encore plus du tiers des Français (et des Belges dont à cette époque le territoire faisait partie du royaume des Francs), plongés dans les ténèbres de l’idolâtrie; ils croyaient qu’à force de méditations, certaines filles druidesses avaient pénétré dans le secret de la nature; que pour le bien qu’elles avaient fait dans le monde elles avaient mérité de ne point mourir; qu’elles habitaient au fond des puits, au bord des torrents ou dans les cavernes; qu’elles avaient le pouvoir d’accorder aux hommes le privilège de se métamorphoser en loups et en toutes sortes d’animaux, et que leur haine et leur amitié décidaient du bonheur ou du malheur des familles. A certains jours de l’année et à la naissance de leurs enfants, ils avaient grande attention de dresser une table dans une chambre écartée et de la couvrir de mets et de bouteilles,avec trois couverts et de petits présents, afin d’engager « les mères » (c’est ainsi qu’ils appelaient ces puissances subalternes) à les honorer de leur visite et à leur être favorables; voilà l’origine de nos contes de fées.

On voit donc par tout ce qui précède avec quelle opiniâtreté les Belges étaient restés fidèles au culte de leurs pères, au paganisme germanique, plusieurs siècles après la domination romaine, et quels rudes travaux les apôtres du christianisme eurent à supporter avant de parvenir à les faire renoncer partiellement à l’idolâtrie; nous disons partiellement parce que longtemps après leur conversion, les Belges ne cessaient encore de confondre et de mêler les superstitions du culte d’Odin avec les dogmes et les cérémonies du christianisme…

… ce qui fut probablement le fait de tous les peuples indo-européens après leur conversion à la nouvelle religion exclusive …

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Indiculus superstitionum et paganinarum (3)

février 23, 2009 at 5:18 (coutumes, histoire, paganisme) (, , , )

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Le titre suivant (VII) concerne le culte rendu aux pierres et aux rochers : « de his quae faciunt petras ». Peut être aussi est-il question des sacrifices que les Belges auraient continué à offrir près des autels druidiques.

Le canon VIII défend les hommages que les Belges convertis continuaient à rendre à Thor et à Odin : « de sacris Mercurii vel jovis ». Dans la Zélande et dans d’autres contrées de la Belgique on trouve le culte d’Odin encore en vigueur au 7e et 8e siècles. Saint-Amand détruisit un sanctuaire de cette idole à Gand, et le remplaça par le célèbre monastère de Saint Pierre ou de « Blandinium ». (on note d’ailleurs que c’est Schayes qui cite Thor et Odin -comme il sera fait plus loin- alors que le texte en latin cite Jupiter et Mercure -dont les « équivalents » gaulois sont Taranos et Lug qui devaient être aussi honorés jusqu’en Gaule Belge…)

Le IXe article est intitulé : « de sacrificio quod fit alicui sanctorum ».Les Belges nouvellement convertis, étaient encore toujours imbus de leurs anciennes superstitions et confondaient les saint avec les habitants du Walhalla d’Odin.

Le Xe titre porte « de philacteriis et ligaturis ». C’est une défense de se servir de talismans et de ligatures de certaines herbes auxquels nos ancêtres avaient la superstition d’attribuer la vertu de les préserver de toutes sortes de maladies et de calamités, et de leur gagner le coeur des femmes. Les Talismans consistaient ordinairement en quelques caractères runiques gravés sur un morceau de bois.

Le XIe titre défend le culte que les Belges rendaient aux fontaines : « de fontibus sacrificiorum ».

Le XIIe porte: « de incantationibus », des exorcismes et enchantements. Le concile les appelle « incantationes », parce qu’ils se faisaient par des chants composés de vers magiques (diabolica carmina).

Le XIIIe canon traite de la superstition de tirer des augures des excréments des oiseaux, des chevaux et des boeufs, ou d’une personne qui éternue : « de auguriis, vel avium, vel equorum, vel boum stercoribus, vel sternutatione« .

Le XIVe canon intitulé « de divinis et sortilegis » est relatif au même sujet.

Le XVe a pour titre: « de igne fricato de ligno, id est Nodfyr ». Par c ette pratique superstitieuse, appelée Nodfyr ou Niedfeor, on croyait préserver le bétail d’épizooties. Voici comment la chose avait lieu : on frottait fortement l’un contre l’autre deux morceaux de bois jusqu’à en tirer du feu, dont on se servait pour incendier un bûcher construit du bois qu’avaient apporté à cet effet tous les habitants du voiusinage; puis oin faisait passer le bétail à travers les flammes. Nodfyr, Niedfeor signifie feu de calamité.. Lindebrog, dans son glossaire, à la suite des capitulaires, et Des Roches, dans son mémoire sur la religion des anciens Belges, confondent es feux avec ceux de la Saint-Jean; mais ceux ci s’allumaient à une époque fixe de l’année, au solstice d’été tandis que les Nodfyrs se pratiquaient toutes les fois qu’il se manifestait quelque maladie parmi les bestiaux.(un capitulaire de Charlemagne défend aussi la superstition du Nodfyr).

Le XVIe titre porte : « de cerebro animalium ». Il y en a qui croient qu’il s’agit de la défense de tirer des présages de l’inspection du cerveau des animaux immolés aux dieux; d’autres que la défense regarde la coutume de suspendre aux arbres des forêts sacrées les têtes des victimes et principalement celle du cheval. (on jurait aussi sur la tête d’un animal).

Le XVIIe canon : « de divinatione pagana in foco vel inchoatione rei alicujus », concerne la coutume superstitieuse de présager l’avenir par la manière dont la fumée s’élevait du foyer. Si elle montait verticalement, on en tirait un présage heureux; le contraite avait lieu si elle sortait obliquement. La défense s’étend aussi probablement à la coutume de faire passer par dessus les flammes les coupes des convives dans les festins publics. Les mots du tire « de inchoatione alicujus rei », regardent les présages qu’on prétendait trouver dans la manière d’entreprendre un travail. « Par exemple, dit Des Roches, si on était sorti de la maison par le pied droit ou par le pied gauche; si la première personne qu’on rencontrait était vieille ou jeune; si on avait vu passer une corneille à droite ou à gauche; si on avait planté des choux à la pleine lune ou à la nouvelle, et mille autres qu’on peut voir dans le livre intitulé: « la philosophie de la quenouille ».

Le XVIIIe titre porte : « de incertis locis quae colunt pro sanctis ». Il s’agit de certains lieux autrefois consacrés par le paganisme,auxquels les Belges continuaient à vouer une vénération particulière.

Le XIXe article est intitulé « de petendo quod boni vocant s. Mariae ». Eckard croit que « petendo » est ici un mot corrompu pour « petenstro », serpolet, et qu’il s’agit d’une pratique de magie exercée au moyen de cette plante. Mone est du même sentiment. Des Roches soutient que « petendo » est le gérondif de l’ancien verbe « pethtan » qui, en anglo-saxon, signifie marcher par des sentiers. Il croit pouvoir conclure de là qu’il s’agit ici d’une procession en honneur de la vierge mêlée de quelques superstitions païennes. Enfin, un autre commentateur est d’avis que la défense du concile de Leptines concerne les festins sacrés, célébrés en honneur des dieux suprêmes et que les Belges nouvellement convertis avaient conservés, en changeant leur dénomination.

(à suivre)

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Indiculus superstitionum et paganinarum (2)

février 22, 2009 at 6:38 (coutumes, histoire, paganisme) (, , , , )

En 1838, dans « Les Pays-Bas avant et durant la domination romaine », Antonin Guillaume Bernard Schayes examine chacun de ces différents points, présentant ainsi un remarquable panorama des croyances païennes encore vivaces à cette époque. Pendant la protohistoire celtique le territoire correspond à l’actuelle Belgique et à la partie de la Gaule, située au nord de la Seine. Par la suite, sous la présence romaine, la province impériale recouvre tout le nord-est de la France actuelle, de la Picardie à la Franche-Comté, ainsi que tout l’ouest de la Suisse avec une population constituée d’un mélange de Celtes et de peuples germaniques. Le Hainaut lui même, où se situe Leptinnes, se trouve à cheval sur la France et la Belgique actuelles. On peut avancer sans crainte de se tromper que les croyances et pratiques qui avaient cours dans cette région, avaient également cours, peu ou prou, chez les peuples voisins et même peut être dans tout ce qui allait devenir l’Empire Carolingien, donc, pourquoi pas, dans notre pays Picton. Des croyances et des pratiques populaires (superstitions, médecine populaire, traditions et fêtes …) se retrouvent encore aujourd’hui, venues du fond des temps et avec beaucoup de similitudes d’une région à l’autre : ce devait être encore plus vrai à l’époque de Charlemagne, et constituer probablement un « catalogue » populaire des croyances païennes de l’Antiquité. D’ailleurs, on s’apercevra qu’il est quasiment toujours possible de remplacer les mots « belges » ou « germains » quand ils sont employés, par n’importe quel autre nom de peuple de la Gaule antique.

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Le Ier canon est intitulé « de sacrilegio ad sepulcra mortuorum ». Il y était question sans doute de la coutume des Germains et autres peuples du nord de déposer des comestibles auprès des tombeaux de leurs parents, de leurs rois et d’autres personnages qui, de leur vivant, s’étaient distingués par leur bravoure et leurs hauts faits d’armes et d’y célébrer le 22 février de chaque année des fêtes commémoratives.

L’article II est analogue au précédent; il défend aux Belges d’offrir des sacrifices sur les tombeaux de leurs compatriotes : « de sacrificio supra defiunctos, id est Dadsisas »(on ignore la véritable signification du terme Dadsisas. Keysler lui donne celle de « maximus », comme si on eût voulu désigner par ce terme un sacrilège énorme. Calvoer l’interprète, avec aussi peu de vraisemblance, par spoliation des sépulcres. Un autre savant prétend que le mot désigne la coutume belge et germanique de brûler les cadavres. Meinders croit que ce terme indique les offrandes que les Germains déposaient sur les tombeaux)

L’article III proscrit certaines fêtes célébrées au mois de février et connues sous la dénomination de « spurcalia »: « de spurcalibus in februario » (Eckard prétend que par ce mot, on désignait le mois le plus froid de l’année. Suivant Des Roches, la défense aurait portée sur une fête du soleil célébrée pour demander à cet astre le renouvellement de la nature et la fertilité de la terre)

L’article IV est intitulé « de casulis id est fanis ». Cet article ordonnait sans doute la destruction des petits pavillons couverts en chaume dont les Belges couvraient les emblèmes de leurs dieux (Dom H. Leclercq le commente ainsi : Dans les campagnes, on construisait avec des branches d’arbres des huttes dédiées aux dieux et on y célébrait de petites solennités, tandis que les solennités publiques et communes se célébraient dans les bois ou dans les vallées sacrées. )

Le Vème article est intitulé « de sacrilegiis per Ecclesias ». Les germains idolâtres avaient coutume de célébrer leurs fêtes religieuses par des sacrifices accompagnés de danses et de festins. Les Belges convertis au christianisme continuèrent à célébrer de la même manière les fêtes des Saints dans les églises. C’est cette coutume païenne qui est condamnée.

Le VIème article intitulé « de sacris sylvarum quos nimidas vocant », rappelle les forêts sacrées des Germains et nous apprend qu’au milieu du 8ème siècle, les Belges nouveaux chrétiens avaient peine à renoncer à la coutume de leurs ancêtres qui plaçaient les sanctuaires des dieux au sein des bois les plus obscurs. On ignore la véritable signification du mot « nimidas ». Eckard et Des Roches pensent qu’au lieu de « nimidas » il faut lire « niun heads », neuf têtes, ou « niun days », neuf jours, et traduire le titre entier : des sacrifices des bois qu’ils appellent la neuvaine ou les neuf jours. Des Roches prétend qu’il s’agit ici de cette fameuse neuvaine célébrée annuellement par les Scandinaves, dans laquelle ce peuple offrait à ses dieux, à chacun des neuf premiers jours du neuvième mois de l’année, les têtes de neuf animaux. D’autres commentateurs sont cependant d’avis que par le terme « nimidas », les évêques du Concile de Leptines désignent l’endroit le plus secret des forêts sacrées où les Germains plaçaient le simulacre de la divinité à laquelle ces dernières étaient dédiées. Canciani et Seiters voient dans Nimidas la fête où l’on recueillait le gui sur les chênes sacrés D’autres enfin avancent que le terme désigne également les sources sacrées; mais le passage de Grégoire de Tours sur lequel ils basent cette opinion, ne nos semble rien moins que concluant.

(à suivre)

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Indiculus superstitionum et paganinarum (1)

février 21, 2009 at 1:27 (coutumes, histoire, paganisme) (, , , )

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On a tendance à penser que le christianisme s’est rapidement installé en Gaule et sans faire de vagues parce que c’est comme ça qu’on nous l’a toujours présenté. Pour ainsi dire, en l’An 01 tout était réglé, les idolâtres avaient vécus, le seul et vrai dieu régnait sans partage … il avait suffi que quelques missionnaires se pointent, le crucifix en sautoir et la main bénissante pour que la foule des païens prenne conscience de son aveuglement passé et sans violence aucune se laisse mener jusque dans le droit chemin, pose genoux en terre et oublie ses anciens dieux…. et pourtant, près de 800 ans plus tard, alors même que de 371 à 397 (26 années qui ont du paraître longues aux pauvres gens), saint Martin avait, si l’on ose dire, fait feu de tout bois en courant la campagne épaulé par une bande de soudards pour abattre les arbres sacrés, brûler et détruire les sanctuaires, évangéliser les paysans, de gré ou de force, Charlemagne peste encore contre ces chiens de païens qui continuent à vénérer leurs dieux. En 743, il va même jusqu’à convoquer un Concile à Leptinnes près de Mons, dans le Hainaut, pour tenter une fois de plus de mettre fin aux pratiques païennes toujours en vigueur, alors qu’un siècle auparavant, déjà, Saint Eloi avait passé vingt ans de sa vie à convertir la population païenne belge au christianisme.
Il leur défendait notamment « de consulter les devins et les magiciens, et de croire aux présages, et aux jours heureux ou malheureux; de célébrer le premier jour de janvier et l’époque du solstice par des réjouissances impies et sacrilèges; d’invoquer les noms des mauvais esprits et des idoles; de considérer comme des jours fériés et de repos le jeudi » (jour de Jupiter-Thor-Taranos) « ou tout autre jour de l’année, à l’exception du dimanche; de placer des luminaires ou des offrandes dans les temples, auprès des rochers, des sources, des arbres, des cavernes et des carrefours; d’attacher des amulettes au cou des bestiaux; de prononcer des exorcismes sur ces derniers, et de les faire passer par le creux d’un arbre ou par une excavation faite en terre. Saint Eloi se prononce aussi contre les femmes qui se livraient aux pratiques de la magie et contre la coutume des peuples de la belgique de faire un grand tintamarre aux éclipses de la lune, dans la croyance où ils étaient, qu’alors cette planète était assaillie par les démons; il les engage à détruire les fontaines et les arbres auxquels le paganisme avait voué un culte superstitieux; à ne point placer des objets en forme de pieds aux carrefours, et à brûler ceux qu’ils y trouveraient déposés, etc. »

Indiculus superstitionum et paganinarum
En pure perte semble-t-il si l’on en croit les canons retrouvés du concile de Leptines (« Indiculus superstitionum et paganinarum ») qui récapitulent les pratiques superstitieuses et païennes interdites mais dont les développements d’origine de chacun d’entre eux ne nous sont malheureusement pas parvenus :


Chapitre 1. Du sacrilège qui se commet auprès des sépultures.
Chapitre 2 . Du sacrilège qui se commet à l’occasion des morts, c’est-à-dire des complaintes funèbres appelées « Dadsisas ».
Chapitre 3. Des pratiques honteuses du mois de février, « Spurcalibus ».
Chapitre 4. Des chapelles ou des oratoires des païens.
Chapitre 5. Des sacrilèges qui se commettent dans les églises.
Chapitre 6. Des sacrifices que l’on fait dans les forêts et que l’on appelle « Nimidas ».
Chapitre 7. Des oblations que l’on fait sur les pierres.
Chapitre 8. Du culte rendu à Mercure ou à Jupiter .
Chapitre 9. Du sacrifice adressé à quelqu’un des saints.
Chapitre 10. Des phylactères et ligatures.
Chapitre 11. Des fontaines où l’on sacrifie.
Chapitre 12. Des chants incantatoires.
Chapitre 13. Des augures que l’on tire des oiseaux, des chevaux, du fumier des bœufs ou de l’éternuement.
Chapitre 14. Des devins ou sorciers.
Chapitre 15. Du feu sacré que l’on obtient en frottant deux morceaux de bois et que l’on nomme « Nodfyr » (feu de calamité).
Chapitre 16. De la cervelle des animaux.
Chapitre 17. Des superstitions païennes attachées au foyer des maisons et du commencement de quelque ouvrage.
Chapitre 18. Des lieux sans maître que l’on honore comme sacré.
Chapitre 19. D’une prière que les gens de bonne foi appelle « prière de Ste Marie ».
Chapitre 20. Des fêtes célébrées en l’honneur de Mercure ou de Jupiter .
Chapitre 21. De l’éclipse de lune où l’on crie « Vince luna ».
Chapitre 22. De la conjuration des tempêtes, des cornes et des limaçons.
Chapitre 23. Des sillons tracés autour des domaines.
Chapitre 24. De la procession païenne que l’on nomme « Yria » et qui se fait avec des habits et des chaussures déchirés, des pains rompus et des pierres.
Chapitre 25. De l’usage que l’on est de considérer tous les morts comme autant de saints.
Chapitre 26. Du simulacre poudré de farine.
Chapitre 27. Du simulacre que l’on fait avec des haillons ou de draps.
Chapitre 28. Du simulacre que l’on porte dans les champs.
Chapitre 29. Des pieds et des mains de bois dont on se sert à la manière des païens.
Chapitre 30. De l’opinion que l’on est que certaines femmes commandent à la lune et qu’elles peuvent arracher le cœur des hommes, ce qui est la croyance des idolâtres.

(à suivre)

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les lieux de cultes : les pierres

mars 17, 2008 at 12:29 (écologie sacrée, coutumes, nature, vie quotidienne)

Etienne Renardet : « Vie et Croyances des gaulois avant la conquête romaine » (A.& J. Picard) :

« L’homme n’a jamais oublié que la pierre fut sa première auxiliaire et que, lui ayant servi d’outil, lelle lui a permis de se séparer de l’espèce animale pour devenir l’homo faber. dans le paysage elle constitue des protubérances, des excavations, des falaises qui sculptent la Terre-Mère pour lui donner son visage. Le mégalithisme et l’aménagement des cavités se sont inspirés des constructions naturelles. Leur caractère religieux procède des mêmes motivations profondes mais plus élaborées.
Si nous nous plaçons à l’époque gauloise, il est vraisemblable que  certaines confusions se sont produites. En effet la pierre gardait son sens symbolique mais la distinctiojn profonde, autrefois introduite dans le culte par les constructeurs mégalithiques, s’était estompée. Il est même vraisemblable que les traditions les plus anciennes demeuraient les plus vivantes et que, suivant une règle assez générale, le culte le plus récent s’était plus rapidement effacé. Néanmoins les monuments mégalithiques ont été utilisés pour des cérémonies nouvellement introduites par les Celtes et les druides ont officié sur des dolmens, ce qui, par la suite, les a fait appeler « pierres druidiques ».
Au risque de simplifier à l’extrême, on pourrait dire que les roches naturelles ont été fréquentées par le peuple, alors que les constructions mégalithiques dont les Celtes ne connaissaient pas l’objet originel ont servi aux cérémonies officielles. Nous retrouvons là un aspect du dualisme culturel. Une grande prudence s’impose toutefois et la distinction entre un bloc erratique et une pierre implantée par l’homme est souvent impossible à établir. D’autre part des pierres taillées de mains d’homme ont pu doubler des roches naturelles.
Cette observation faite, examinons le rôle des pierres. Elles ont servi de jalons sur les routes et celles des carrefours prenaient un sens quasi religieux. Le voyageur avait recours à la protection des esprits non seulement pour éviter les accidents et les attaques, mais plus simplement pour ne pas se tromper de direction. A la pointe des clairières culturales, des bornes avaient précédé les croix des rogations. Dans la forêt des pierres levées servaient de points de ralliement et de repère. Ces humbles vestiges sont arrachés chaque jour à l’occasion surtout des remembrements. Parmi ces bornes certaines servaient de jalons pour la transmission des nouvelles. Peut être étaient-elles visitées en des circonstances particulières par la foule. Des promontoires naturels d’où la voix portait à de longues distances et sur lesquels parfois s’élevent des croix ou des statues jouaient un rôle semblable.
pierres-mars-2008-105.jpg  Des roches naturelles ou des dalles aménagées étaient utilisées pour les offrandes. Des cupules et des saignées permettaient aux liquides de circuler avant de pénétrer dans la terre. Le peuple s’y rendait en foule. Des grottes étaient honorées dans des conditions semblables.
Des ensembles de pierres rangées en cercle permettaient des réunions cultuelles. Des cromlechs dont nous ignorons la fonction d’origine ont été aménagés à cette fin.
Parmi les roches naturelles, les escarpements au pied desquels jaillissent des sources étaient les plus fréquentés par les pélerins, en groupes ou individuellement. Le temple de plusieurs villes était constitué par une masse rocheuse. C’est par exemple le cas de la Pierre à la Vouivre qui s’élève sur le plateau de Bibracte.
Le pouvoir fécondant de la pierre se manifestait par la fréquentation des roches qui par leur forme se prêtaient au chevauchement par les femmes désireuses d’être mères. Ces dernières s’y rendaient individuellement ou à quelques unes. Il en allait autrement des dalles sur lesquelles les malades étaient étendus, car c’est au cours de  pèlerinages que cette pratique s’accomplissait. On étendait également les morts sur des dalles avant de les confier aux entrailles de la terre.
Les Gaulois avaient un sens profond du mystère. Passionnés de la vie sous toutes ses formes, ils cherchaient à en retrouver l' »origine et remontaient à la conception. Celle ci a lieu dans les entrailles de la terre ou du ventre maternel pour le corps, dans le tréfonds de la conscience pour l’âme humaine. Les contes celtiques nous permettent de cheminer dans cette recherche vers l’analyse de psychisme comme les traditions nous aident à partager la joie de remonter aux sources de la vie. La grande nuit de l’année était le symbole de la conception qui précède la vie apparente. Il importait d’en déterminer la date afin de porter l’attention méditative sur elle.
Les obsrvatoirts naturels que constituent certaines roches jouaient un rôle pratique pour fixer la période du solstice d’hiver sans négliger le caractère symbolique du lien entre la pierre et le Soleil. Dans chaque région, des observatoires composés de roches et de repères étaient en usage. Parmi eux figurent en bonne place nos actuelles « pierres qui virent ». Celles ci mériteraient une étude approfondie qui nous entrainerait hors de notre cadre (1).
Il est fort possible que les celtes aient repris à leur compte en les rendant plus précis d’anciens dispositifs d’observation solaire. De même ont-ils fort bien pu compléter de vastes ensembles de pierres levées comme celui de Carnac qui était probablement unique en Gaule. Seules des corporations de spécialistes ont construit et utilisé de tels dispositifs. Ces deux catégories de monuments illsurtrent le dualisme des cultures.
Parmi les autres lieux de célébrations liturgiques, il faut citer les champs et les marchés et plus généralement les théâtres des activités professionnelles et économiques.

(1) Retenons seulement que des traditions postérieures ont gardé l’idée qu’au milieu de la nuit du solstice ces pierres se soulevaient pour livrer des trésors. La notion de trésor est adventice et montre une rupture de mémoire comme c’est le cas pour la corne d’abondance d’où sort les richesses. A l’origine cette corne était destinée à transporter le feu avant l’époque du feu produit. Le trésor est la matérialisation des bienfaits promis. »

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« viens moi en aide, art magique … »

janvier 12, 2008 at 7:37 (archéologie, coutumes, médecine, vie quotidienne)

On a vu (c.f. « la tablette de plomb de Rom ») que les tabellae defixionum gallo romaines gravées d’inscriptions et de formules magiques d’exécration ou d’envoutement étaient déposées dans des puits, ou bien dans des tombes, des sources ou encore des fosses, qui sont des voies d’accès traditionnelles à l’Autre Monde , par lesquelles on peut communiquer avec les divinités chthoniennes pour notamment leur demander des faveurs.Un autre exemple nous est fourni par la tablette d’argent découverte dans une sépulture à Poitiers, en 1858. Conservée actuellement au musée de saint Germain en Laye, elle date du IVème ou Vème siècle et elle est rédigée en un latin tardif mêlé de mots grecs même si on a cru longtemps qu’il s’agissait d’une langue celtique.
Ce « mélange » donne un curieux résultat: « Bis gontaurion analabis, bis gontaurion ce analabis, Gontaurios catalages vim,s(cilicet) anima(m), vim s(cilicet) paternam. Asta, magi ars, secuta te, lustina, quem peperit Sarra »
C’est sans doute cette imprécision (le travail de reconstitution est ardu) qui a fait que plusieurs traductions se sont opposées. On cite généralement celle de R. Le Moniès de Sagazan : « tu iras deux fois cueillir de la centaurée et tu en recueilleras chaque fois le suc. Pour celà fais un extrait aqueux que tu concentres au four jusqu’à obtention d’une masse pilulaire que tu divises en trois pilules. Que cette préparation bénéfique, à elle seule, te protège, toi, Justine, fille de Sara »
Aussi invraisemblable qu’il paraisse, c’est le même texte que d’Arbois de Jubainville traduit par « deux fois tu prendras de la centaurée, et deux fois tu prendras de la centaurée. Que la centaurée te donne la force (c’est à dire la vie), la force (c’est à dire la force) paternelle. Viens moi en aide, art magique, en suivant Justine qu’a enfantée Sara ».(on remarquera que puisqu’il est question de prendre de la centaurée deux fois, on le dit deux fois ce qui est une pratique magique typique)
Il est fort probable qu’il s’agisse là d’un charme pour guérir une impuissance sexuelle puisqu’ on n’hésite pas à traduire la « force paternelle » par membre viril dans la mesure où Asta, astae, voir hasta, ae, f. signifie: – 1 – bois de lance, hampe de javelot. – 2 – lance, pique, javeline, javelot, trait, dard. – 3 – encan, vente publique (annoncée par une pique enfoncée en terre). – 4 – thyrse. – 5 – sceptre. – 6 – baguette. – 7 – sorte de comète. Et dans son « dictionnaire érotique », en 1978, Pierre Guiraud cite pratiquement les mêmes mots parmi ses 550 synonymes populaires ou argotiques du sexe masculin : arc, baguette, baïonnette, bâton, branche, cognée, dard, épée, lance, sceptre …

petite-centauree.jpg Il semble donc s’agir d’une formule de magie médicale, utilisant à la fois les propriétés pharmacologiques de la centaurée (ce tonique des voies digestives parait employé ici plutôt comme tonique de l’activité génitale) et la puissance de l’incantation. On signalera au passage que si on connait le nom gaulois de la Petite Centaurée, Exacon, c’est grace à Pline qui indique : « elle croît au bord des sources… C’est par son suc qu’elle est efficace … en Italie, on nomme cette centaurée fiel de terre à cause de son extrême amertume, en Gaule Exacum parce que prise en boisson elle évacue toutes les substances nocives et ensemble les grosses humeurs« .

Même si on peut raisonnablement affirmer, au vu de l’usage de l’Empire romain comme de celui de la Gaule indépendante que des femmes médecins exerçaient en Gaule soit comme prêtresses traditionnelles, soit comme thérapeutes selon l’art grec, on a de fortes raisons de croire pourtant qu’au IVe siècle de notre ère c’était une occupation plutot masculine et qu’avant la romanisation, c’était le Druide qui était médecin. On sait aussi qu’à l’époque indépendante, la médecine druidique était triple : la médecine incantatoire, ou magique (correspondant à la 1ère fonction, sacerdotale), la médecine sanglante (2ème fonction, guerrrière) et végétale (3ème fonction, productrice). Ce qu’on ne sait pas, en revanche, c’est s’il y a une médecine gallo romaine prolongeant une médecine celtique continentale, pratiquée parallèlement à la médecine grecque adoptée, pour l’essentiel, par la Gaule romaine. Certains auteurs, comme Christian Guyonvarc’h, sont dubitatifs. Pourtant , cet exemple qui nous occupe semble donc ressortir d’un mélange de médecine incantatoire et de médecine végétale et pourrait correspondre à une évolution d’une médecine druidique « réfugiée dans les bois » (et donc quelque peu altérée) par crainte de la répression romaine à moins qu’elle ne soit le fait d’un de ces sorciers de campagne habiles à des pratiques dont certaines remontent aux âges préhistoriques et qui ont de tous temps concurrencé les praticiens officiels.
On ne sait pas trop qui est celui qui fait cette demande et qui est l’occupant(e) de la tombe. Est-ce Justine et celui (celle) qui a écrit le message lui demande de la transmettre aux dieux, c’est ce qui semble la thèse « officielle » et c’est effectivement ce qui parait le plus vraisemblable…la demande suivrait alors la morte dans son périple vers l’Autre Monde… on ne voit pas trop, si l’auteur de ces lignes était Justine, pourquoi elle se citerait ainsi .. mais on ne sait pas qui est Justine, si elle est l’occupante de la tombe, pourquoi la choisir, elle précisément ? est-ce une sorcière et lui fait-on alors plus confiance qu’à n’importe qui pour transmettre la demande ? ou est-ce une tombe prise au hasard, l’essentiel étant d’avoir une porte ouverte vers le monde chthonien ? et dans ce cas on confie le message à la sépulture, donc au sein de la terre, plus près des divinités chthoniennes mais en même temps c’est comme quand on enterre un grain pour qu’il repousse … Le rituel viserait à conjurer l’impuissance, donc la mort, à éloigner la mort en allant lui rendre visite, en s’adressant directement à elle. Pour que d’elle naisse la vie… attendre de la mort qu’elle redonne la vie au sexe, donc à l’homme défaillant et on retombe sur le vieux principe suivant lequel il n’y a pas de vie sans mort et pas de mort sans vie … On précisera aussi qu’on ne sait pas non plus si l’auteur, donc, est celui qui souffre d’impuissance, ou si la demande est faite pour lui par quelqu’un d’autre, praticien (médecin ou sorcier) ou sa (son) partenaire qui souhaite que le « patient » retrouve son ardeur…

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les 12 jours

décembre 16, 2007 at 4:15 (coutumes, fêtes, vie quotidienne)

Le 1er janvier

Les étrennes, reçues ou données, accompagnées d’échanges de voeux et de souhaits divers sont la préoccupation essentielle du 1er janvier, même si l’Eglise a choisi ce jour là pour fêter la circoncision du Christ. Il se trouve à mi chemin des « deux Noëls », cette vieille tradition solsticiale des douze jours dont le christianisme n’a pas pu venir à bout et pendant lequel on faisait bonne chair et on travaillait peu (il était par exemple interdit de laver ou filer, de faire du pain ou nettoyer les étables.). Les étrennes nous viennent des Romains depuis une coutume introduite sous l’autorité du roi Tatius Sabinus, qui se vit offrir le premier la verbène (verveine) du bois sacré de la déesse Strénia, pour le bon augure de la nouvelle année.
Il semble aussi qu’à l’époque celtique les tournées de quêtes existaient déjà : des jeunes gens masqués effectuaient dans le voisinage une quête, le plus souvent de nourriture. Les dons recueillis étaient destinés à repaître les « esprits » réprésentés par ces jeunes gens. En retour les « esprits » repus devaient assurer des récoltes abondantes et un cheptel nombreux.
Ces tournées existaient encore au début du XXe siècle: le 31 décembre, à partir de minuit les jeunes gens de 15 à 25 ans allaient en cortège de porte en porte pour souhaiter bonne année à chacun en chantant des « chants d’aguilaneuf » et en réclamant leur récompense, leurs étrennes. Et gare à ceux qui ne donnaient pas car dans ce cas là, la chanson prenait bien vite un tour insultant et scatologique. Le matin laissait la place à la fête et aux réjouissances diverses qui dégénéraient parfois en orgies et furent interdites à maintes reprises.
De nos jours, le gui est toujours présent au 1er de l’An: on en accroche un bouquet à la porte de sa maison ou à l’intérieur et tout le monde s’embrasse sous ce bouquet à minuit sonnant parce que « ça porte bonheur ». Pour les fiancés ou les jeunes mariés, c’est le symbole de leur bonheur futur. On dit que les Druides coupaient le gui (plante sacrée, pour eux, qui guérit tout) au cri de: « O Ghel an Heu » ce qui signifie littéralement « Que le blé germe ». Au Moyen Âge cette expression deviendra « Au gui l’an neuf ».

L’Epiphanie, ou fête des Rois

galette_img_0001.jpgCélébrée le 6 janvier, elle clôture les fêtes du cycle des 12 jours en même temps qu’elle ouvre celui de Carnaval-Carême.
C’était le signal donné à toutes les festivités qui devaient se terminer le mercredi des Cendres. C’était une période bruyante, faite de cavalcades, de processions burlesques, de bals travestis et autres amusements: c’était le règne du plaisir sous toutes ses formes avant l’austérité du Carême.
La Fête des Rois mages était primitivement destinée à faire oublier les Saturnales païennes qui se déroulaient à peu près à cette période, pendant lesquelles l’ordre des choses était inversé, que les esclaves devenaient les maîtres et inversement, et qu’on nommait un roi bouffon grâce au tirage au sort d’une fève. De la même manière qu’à l’origine cette date du 6 janvier avait été retenue pour le baptême du Christ, aussi bien que pour la Nativité et si l’Eglise prit l’habitude de bénir ce jour là, les cours d’eau ce n’est pas tant que le baptême primitif se faisait par immersion, mais bel et bien parce qu’il fallait effacer le souvenir de la fête païenne de l’eau, célébrée ce jour dans les Mystères de Dionysos, et ceux d’Isis et d’Osiris.
Pour revenir à la fête des Rois, c’est au domicile du chef de famille, du doyen, que tous les membres se réunissaient. Celui ci découpait en fin de repas un grand gâteau dans lequel une fève avait été introduite, en autant de parts qu’il y avait de convives, plus deux: une part étant réservée pour la servante, la seconde, « la part de dieu » ou « la part du pauvre », était réservée au premier mendiant qui se présenterait. Le plus jeune enfant assignait alors une des parts qui restaient à chacun, et celui qui trouvait la fève était déclaré « Roi », mis dans l’obligation de se choisir une Reine.
Avait lieu ensuite la Quête des Rois, menée par les pauvres, surtout les enfants qui obtenaient pommes et noix et les mendiants qui réclamaient la part qui leur avait été réservée

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au temps du solstice d’hiver

décembre 15, 2007 at 1:01 (coutumes, fêtes, vie quotidienne)

Passent les années, dans un grand nombre de maisons poitevines, le « tréfougeau » a toujours sa place dans la cheminée pour la nuit de Noël même s’ il tend de plus en plus à être remplacé par la buche pâtissière qui vient clôturer le réveillon. buche_noel_hist.gifLe tréfougeau, ou trifougeau, ou terfougeau, qu’on appelle aussi la cosse ou le moucheron de Nau, est posé dans l’âtre avant la messe de minuit et doit tenir le feu pendant trois jours, même parfois jusqu’au Nouvel An, ou bien bruler pendant chacune des trois veillées traditionnelles: Noël, la saint Sylvestre et les Rois (trois : on sait l’importance que revêtait le « 3 » pour les Celtes). Au départ pour la messe, la maitresse de maison balayait devant l’âtre et installait une chaise à proximité pour que la sainte Vierge vienne s’y assoir pendant la durée de l’absence.
Quand la température était clémente et permettait de faire ce feu de joie en plein air, au sortir de la messe de minuit, la jeunesse du pays restait à danser jusqu’à la messe du point du jour. Mais à cause des conditions atmosphériques défavorables, ce feu de plein air est devenu le grand feu de cheminée actuel qui ne rassemble plus guère que les membres de la famille.
Tout un cérémonial se déroulait devant la buche, qui était généralement une « cosse » c’est à dire une souche réservée tout spécialement à cet usage. Le feu était soigneusement installé par le plus ancien qui l’aspergeait parfois d’eau et de sel, ou bien d’eau bénite, et on considérait qu’il possédait des vertus magiques: on gardait précieusement l’un des tisons jusqu’au prochain Noël qu’on jetait dans le foyer quand le tonnerre grondait pour éloigner la foudre et protéger la maison de l’incendie. Ce tison servait aussi à se protéger contre la grippe et de talisman contre les sorciers.Quant aux cendres, on les gardait car elles étaient censées calmer le mal aux dents.
A certains endroits, la souche devait bruler chaque jour un peu et pendant 9 jours (trois fois trois) pour que le paysan ait de l’argent toute l’année.
flambee.jpgParfois, le père de famille en faisait jaillir des étincelles à coups de pincette en formant des voeux. Et pratiquait une sorte de magie divinatoire puisqu’ il en tirait aussi des prédictions concernant les prochaines récoltes, la réussite de son bétail ou le nombre de volailles qui seraient élevées dans le cours de l’année.
Au retour de la messe de minuit, le réveillon était bien souvent une véritable communion alimentaire qui réunissait tous les participants de la veillée qui s’était tenue en début de soirée, avant le départ pour la messe: on y dégustait souvent un plat traditionnel de cagouilles ou lumas (escargots) (*).
A partir du XVe siècle, les chants étaient caractéristiques de cette période de l’année, on les chantait le plus souvent pendant cette première partie de la veillée: chants de Noël pieux, mais aussi chants de Noël gaillards, prétextes à satires et railleries, mais qui , pour la plupart, traitaient de la vie populaire et de ce que produisaient les paysans.

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(*) recette sauce aux lumas: pour 4 personnes:
– 120 lumas moyens
– 250 g de chair à saucisses
– Mie de pain
– 2 gousses d’ail
– Persil
– Bouquet garni
– 1/2 à 3/4 lt de vin blanc
– Sel poivre
– Huile
1. Laver soigneusement les escargots après les avoir laissés jeuner , ajouter une poignée de gros sel et les faire baver en remuant quelques minutes, rincer et egoutter.
2. Dans une cocotte en fonte faire chauffer 5 cl d’huile sur feu vif, y ajouter les escargots et remuer jusqu’à ce que le jus soit presque totalement réduit et légèrement caramélisé. Incorporer la chair à saucisses et la faire rissoler.
3. Ajouter la mie de pain, l’ail et le persil hachés. Mouiller avec le vin blanc et un peu d’eau, saler, poivrer et ajouter le bouquet garni. Laissez mijoter 1h1/2 à 2 h. heures)

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le solstice d’hiver au quotidien

décembre 10, 2007 at 12:25 (coutumes, fêtes, vie quotidienne)

Le solstice d’hiver « se situe au milieu de la saison morte. C’est dans la nature une période où rien de particulier ne se passe sinon qu’elle est généralement suivie des jours les plus froids. La détermination de sa date est donc exclusivement due à l’observation solaire et non à des phénomènes terrestres.
On sait que les Gaulois comptaient le temps en nuits ce qui est logique eu égard à leurs conceptions de l’existence, s’appuyant sur la notion de la renaissance de la vie au sein des ténèbres et de la mort apparente. Pour eux la cycle quotidien débutait dans le mystère de l’obscurité. Il n’est pas surprenant que la même conception se soit appliquée au cycle solaire. Le solstice, caractérisé par le maximum de durée nocturne, représentait pour l’année ce qu’était la nuit pour la journée.
Le milieu de la nuit la plus longue constituait le point central de l’année. La détermination de ce moment privilégié supposait une série d’observations difficiles puisque les jours commencent à croître le soir depuis le 21 décembre alotrs qu’il faut attendre le 3 janvier pour qu’ils grandissent le matin. C’est le 23 décembre que se produit le solstice. La fête de Noël qui a pris la place de la célébration solennelle du solstice a été finalement fixée au 24 décembre dans la nuit. Ce décalage d’un jour s’explique par les diverses réformes du calendrier.
Soulignons que la détermination de cette fête requérait des calculs abstraits à partir d’observations concrètes. D’autre part, on perçoit le sens mystique des croyances attachées à cette nuit unique. On pressent le caractère fidéiste d’une adhésion à des phénomènes invisibles.
La célébration se déroulait sur douze jours. Mais on ignore si ces derniers encadraient le solstice ou s’ils le suivaient. La première hypothèse se soutient parce qu’il parait logique qu’une fête soit l’objet d’une préparation et d’une suite. La seconde éventualité trouve se justification dans le fait que notre actuelle Epiphanie remplace la célébration de l’accroissement matinal des jours. Quoi qu’il en soit, cette fête comportait une « veille » nocturne et donnait lieu à des manifestations symboliques en rapport avec tous les éléments de la nature: feu, eau, roches, animaux, végétaux.
En tant que représentation du soleil, source de la vie, le feu était l’objet de rites particulièrement importants. Il était recouvert de cendres avec précautions de façon à « couver » plusieurs jours dans l’âtre. Au cours de la nuit sainte, il était dégagé et réanimé. la première partie de cette nuit était réservée à la veillée plus solennelle et longue que les veillées quotidiennes. On prélevait des aliments en conserve pour en placer quelques échantillons près du foyer. Des gateaux étaient confectionnés et, dans les étables, on garnissait les mangeoires. Ces préparatifs s’effectuaient discrètement à l’intérieur des maisons. Au milieu de la nuit, le grand réveil se produisait. Chacun sortait de chez lui pour participer à l’explosion générale du renouveau invisible. On mangeait les gateaux de circonstance jusqu’à l’aube.
Puis, on allait répandre à travers les champs nus, la cendre qui avait protégé le feu afin qu’elle exerce son action bénéfique sur la terre endormie. Les charbons éteints étaient mis de côté pour protéger les maisons lors des orages d’été.
Les éléments : pierre, eau, air, étaient associés au renouveau général.
menhir-jpg.jpgLes pierres étaient l’objet d’une vénération particulière. Réceptacles d’esprits, elles avaient la réputation de féconder les champs. Aussi allait-on visiter celles qui avaient servi à observer le soleil dans sa course : pierres verticales ou blocs surmontés d’un repère, appelées depuis « Pierres qui virent ». Des unions mystiques étaient censées se produire au cours de la nuit de Noël. Des pierres avaient la réputation de se déplacer pour aller se tremper dans une source ou une rivière voisine. D’autres se soulevaient pour libérer les richesses de l’An nouveau.
Les sources accueillaient les esprits bienfaisants qui venaient danser joyeusement alentour. Certaines d’entre elles voyaient leur eau devenir rouge comme le sang vivifiant ou le feu. Des serpents sortis des profondeurs de la terre ou de la roche, se rendaient aux fontaines pour y déposer les semences de vie.
Les airs frémissaient des poursuites d’animaux symboliques chassant devant eux les esprits de la mort afin d’assurer le triomphe de la vie nouvelle. Cette croyance est restée très vivace au cours des siècles. Elle prit le nom de Mesnie Hellequin au Moyen Age ou de Chasse Sauvage et représentait la lutte entre les puissances destructrices et celles du renouveau, lutte gigantesque qui assurait finalement la victoire des dernières.
Les animaux ne restaient pas étrangers à ce renouveau. Certains d’entre eux étaient plus représentatifs comme le cerf dont les bois tombent pour repousser plus grands chaque année. Ils étaient bien qualifiés pour anéantir les forces d’anéantissement. Le sanglier qui a des portées nombreuses, le cheval à la course rapide et d’autres étaient censés se livrer à la chasse des mauvais esprits. Les humbles habitants des étables participaient à l’oeuvre de renaissance. C’est pourquoi les hommes leur prodiguaient des soins vigilants en cette période cruciale. Durant cette dernière nos frères inférieurs participaient plus étroitement au monde de l’au-delà ce qui fit dire qu’ils étaient alors doués de la parole.
Les végétaux qui paraissent inanimés pendant l’hiver servaient aussi de symboles puisque au printemps ilsq vont de nouveau éclater d’activité. Les graines étaient associées aux rites du feu ou aux festivités alimentaires. Il est vraisemblable que ces graines, placées près du feu pendant les douze jours du cycle de renouveau, étaient mêlées le dernier jour à la provision destinée aux semis ou aux mets rituels de clôture, comme la fève enfermée dans le gateau du 6 janvier.
gui.jpgLe gui tenait une placé particulière. Cette petite plante parasite semble pleine de vigueur avec ses feuilles vertes et ses graines gorgées de liquide visqueux alors que l’arbre sur lequel elle se trouve est, lui, en complète léthargie. Bravant la chute des feuilles et le froid stérilisant, elle fait plus qu’annoncer la permanence de la vie qui va renaître, elle la contient déjà et le montre. De plus les oiseaux peuvent se nourrir de ses baies en ce temps de disette. C’est pourquoi les Gaulois allaient cérémonieusement en cueillir quelques bouquets qu’ils suspendaient au dessus du foyer. L’année se renouvelait sous le signe du gui. L’image des druides se rendant dans la forêt pour y cueillir le gui avec une faucille d’or sur le chêne est trop familière pour que nous nous y étendions. On sait que le chêne ne porte pour ainsi dire jamais cette plante parasite. La rareté même du phénomène pouvait inciter à des cérémonies solennelles. Mais la pratique plus simple effectuée par chaque famille était courante sans doute.
Comme nous venons de le voir la nuit sainte devait se situer au milieu du laps des douze nuits les plus longues. Les dix premiers jours comportaient des offrandes de toutes sortes aux puissances de l’Autre Monde. cupule1.jpgDivers aliments liquides étaient répandus sur les pierres aménagées à cet effet sous la forme de cupules et de rainures ou dans les fontaines. Ce rite rappelait l’habitude primitive de faire des cadeaux en vue d’obtenir des bienfaits en échange. La Natrure généreuse ne manquait pas de répondre à cette invitation et sans attendre ses dons printaniers on représentait sa générosité par des cadeaux mystérieux offerts aux enfants et par des gâteaux, prémices des récoltes à venir (*).
Ces diverses pratiques sont remarquables par l’étroite interpénétration des éléments qui les composent. Le bois sert au feu, les graines sont associées à son sommeil et à sa résurrection, le gui, les mets, les champs sont associés comme les animaux à l’activité mystérieuse de la gestation générale. Cette cohérence aux innombrables facettes est un trait caractéristique de la religion gauloise.

(*) Il semble bien que notre croissant, consommé le matin exclusivement, soit le successeur du gâteau de cette fête solsticiale. Dans certaines régions, il était distribué en même temps que l’on disait la formule « Aguilaneu » ce qu’on a traduit, probablement par erreur: Au gui l’an neuf. Certains rapprochent cette formule d’une phrase celtique signifiant: le blé lève. »

Etienne Renardet: « Vie et croyances des gaulois avant la conquête romaine ».

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la tablette de plomb de Rom (79)

novembre 11, 2007 at 10:18 (archéologie, coutumes, vie quotidienne)

Les tabellae defixionum se présentent sous la forme de lamelles de plomb rectangulaires, petites plaques ou petites barres qui peuvent être roulées et que traverse un grand clou. Elles sont gravées d’inscriptions et de formules magiques le plus souvent d’exécration ou d’envoutement et leur nom vient du verbe « defigere », fixer, ficher en bas, transpercer. Elles participent d’une opération magique par laquelle on plante un clou pour torturer quelqu’un ou son substitut: cette plaquette même. Cette magie est largement répandue, surtout tout autour du bassin méditerranéen. En Grèce, c’est la « katadesmos »(= ligature). Mais elle est aussi présente dans la Gaule romaine…

Les tabellae sont déposées dans des puits, ou bien dans des tombes (le Plomb du Larzac fut découvert dans une sépulture rutène), des sources (comme la Tablette arverne de Chamalières) ou encore des fosses, qui sont des voies d’accès traditionnelles à l’Autre Monde , par lesquelles on peut communiquer avec les divinités chthoniennes.

La tablette d’exécration de Rom (dans les Deux-Sèvres, à 35 kms au SO de Poitiers) a été découverte en 1887 dans le puits d’une villa gallo-romaine alors que Rom s’appelait Rauranum et s’élevait sur 40 ha, sur l’importante voie romaine reliant Saintes (Mediolanum Santonum) à Poitiers (Lemonum). Rauranum est citée dans l' »Itinéraire d’Antonin » et la « Carte de Peutinger ». La Tablette se trouvait à une profondeur de 17 mètres, avec d’autres tablettes de plomb roulées et traversées par un clou (une dizaine au total), mesure 9 cm de haut pour 7 cm de large et remonte au IIIe ou IVe siècle, rédigée dans une écriture cursive tardive faite peut être de latin vulgaire associé à des mots celtes.

Dans l’utilisation du plomb, Christian-J. Guyonvarc’h (« Magie, médecine et divination chez les Celtes ») voit un peu rapidement à notre avis, l’origine non celtique de l’inscription et affirme qu’ « une defixio celtique devrait être gravée sur du bois d’if ». C’est passer un peu vite sur le fait que la tablette fut gravée au IIIe-IVe siècle, où les pratiques magiques de l’exécration étaient interdites, et que la classe sacerdotale druidique devait déjà pratiquement être en voie de disparition. On se trouve alors très certainement en présence non pas d’un acte magique réalisé par un dignitaire du clergé druidique dans des conditions et circonstances idéales mais d’un acte probablement individuel, de sorcellerie populaire, réalisé dans l’urgence avec « les moyens du bord », en conservant ce qui avait pu l’être des pratiques druidiques mais, pour le reste en s’adaptant aux circonstances et aux pratiques d’ alors …

maldicion3.jpg une tablette d’exécration

La magie des tabellae defixionum est liée à l’importance qu’on donne au Verbe et au Nom et on sait que les romains liaient le nomen (de « nom ») et le numen (puissance magique). En clair, il est important de nommer pour pouvoir atteindre. Il est probable que comme dans tout le monde antique, les gaulois de l’époque indépendante comme les gallo-romains plus tard attachaient une importance extrême au nom, qu’ils lui attribuaient une puissance profonde et pensaient qu’en possédant le nom d’une personne ou d’une divinité, ils pouvaient profiter de son pouvoir (c.f. le nom « Teutates » générique des dieux particuliers de chaque tribu) et, dans le cas d’un être humain, avoir une influence sur sa vie, et donc sur sa mort : En Egypte, un des rites magiques les plus puissants associé au Nom était pratiqué dès l’Ancien Empire. Il consistait à écrire les noms des ennemis de Pharaon sur des vases – ou sur des statuettes – qui étaient ensuite brisés (et donc »tués ») puis enterrés.

La Tablette de Plomb de Rom ne fait pas exception à la règle. Le texte, qui est écrit sur ses deux faces semble être le fait d’un mime, d’un acteur d’une troupe, ambulante ou locale (on ne sait pas non plus s’il l’a rédigé lui même ou fait appel à un « sorcier »). On a donc, dans le milieu des mimes de théâtre gallo-romains, la mise en œuvre d’une magie, pour satisfaire la jalousie du demandeur, animé de motifs prosaïquement professionnels et dont les souhaits sont divers: lier, humilier, faire souffrir physiquement, empêcher d’accomplir le sacrifice d’ordre religieux. Dans ce but il voue aux « démons » Apecius, Aquannos et Nana une bonne dizaine de ses collègues et tout particulièrement son rival Sosio… Mais la lecture du texte divise toujours les spécialistes, et nous présentons ici la traduction de Christian Guyonvarc’h à partir d’une lecture de Rudolph Egger:

« Apecius, tu dois lier Trinemetos et Caticnos / tu dois faire mettre nus Seneciolus, Asedis, Tritios, Neocarinos, Dido / Sosio doit souffrir du délire et des frissons de fièvre / Sosio doit souffrir quotidiennement / Sosio ne doit pas pouvoir parler / Sosio ne doit pas triompher de Maturus et Eridunna / Sosio ne doit pas pouvoir sacrifier /Aquannos doit te torturer / Nana doit te martyriser / Sosio ne doit pas pouvoir briller au dessus du mime Eumolpus / il ne doit pas pouvoir représenter, dans la force de l’ivresse, la femme sur le poulain / il ne doit pas pouvoir sacrifier / Sosio ne doit pas pouvoir arracher pour son compte la victoire au mime Fotius« .

Il ne semble pas qu’Apecius, Aquannos et Nana soient des divinités mais plutôt des « génies » mineurs et plutôt maléfiques (ce qui tendrait encore à ce qu’on privilégie la mise en œuvre d’une sorcellerie populaire plutôt individuelle et non pas la mise en œuvre d’une haute magie par un membre du clergé druidique). Aquannos pourrait bien être l’esprit des eaux du puits et Nana, une de ces créatures naines qu’on rencontre souvent dans le folklore populaire. En ce qui concerne Apecius, le seul à porter un nom celtique, on ne sait rien …

Rom a un petit musée archéologique qu’on peut visiter. Des activités y sont proposées selon la saison et suivant l’état des fouilles en cours sur les divers sites qu’on y a découverts, auxquelles participent des groupes de reconstitution aussi sérieux et de qualité que les Gaulois d’Esse ou Aremorica. On ne peut malheureusement pas y voir les Tablettes puisqu’elles ont été rachetées par la Musée de Saint Germain en Laye, mais les divers objets et panneaux d’exposition sont particulièrement intéressants, comme l’accueil y est particulièrement agréable … comme on a pu le constater un dimanche après midi, froid et nuageux, 11 novembre qui plus est …

http://www.musee-rauranum.com/musee_rom/index.htm

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