Beltaine – Belotenedos

mai 3, 2008 at 1:38 (divinités, fêtes, symboles)

Beltaine

Beltaine ou Belotenedos (en celtique ancien). Les avis sont partagés sur l’étymologie des mots. Si l’on peut voir « Belo » comme « celui qui tue », et « tenedos » comme « feu et ténèbres », selon Xavier Delamarre, dans son « dictionnaire de la langue gauloise », Belenos comme Belisama seraient à rapprocher effectivement de la racine « belo » qui, là, correspondrait à « force, fort » et l’appellatif Belisama serait donc à comprendre comme « la très puissante » et Belenos comme « le Maître de Puissance ». jan de Vries, lui, rapproche l’élément « bel » de la racine indo-européenne « Guel », « briller », tandis que pour Le Roux et Guyonvarc’h, « Bel » est « la lumière » et « teine », « le feu ». Belisama serait donc « la très brillante ». Selon eux, la racine indo-européenne « bhel » insiste, en celtique, sur la notion religieuse de « lumière vive, éclat lumineux » alors que les autres branches i.e. se contentent de la simple notion de « pâleur, blancheur » (ce qui curieusement, pourrait nous rapprocher de la lune). Beletonedos, ou Beltaine serait donc littéralement « le feu de Bel », de Belenos qu’on peut prendre comme un visage de Lug (certains auteurs comme Raimonde Reznikov nous signalent qu’ils sont parfois interchangeables) sous son aspect de lumière sans être pour autant le soleil lui même mais l’Esprit Solaire dont le soleil est l’organisme visible.
Belotenedos nous apparaît donc comme une fête du Feu et des Druides, maîtres du Feu et des éléments atmosphériques, et les différents sens donnés au nom de la fête semblent aisément superposables et se renforcer les uns les autres.

Protection et fécondité

Le Feu abolit la nuit et donc la période sombre de l’année ce qui fait de beltaine une fête à caractère solaire. Du feu et par extension du soleil, on attend la chaleur et la luminescence nécessaires pour faire lever les grains ensevelis et assurer, par leur floraison, une vie nouvelle.
Le rayonnement solaire et l’énergie du Feu (qui est, bien entendu, le symbole terrestre de l’Energie) font naître la vigueur dans les reins des bêtes comme dans ceux des hommes. Car le feu présente aussi un aspect nettement sexuel, « par le caractère fécond propre à la régénération, par la chaleur qu’il dégage et que l’on associe à la passion et à la sensualité ou, encore, par le frottement de deux corps nécessaire à l’obtention de la première flamme » (Marion Dufour : « la magie de la femme celte »).
Par ailleurs on demandait à l’esprit du feu de protéger les cultures et les animaux, d’apporter la victoire aux guerriers, et de donner l’inspiration aux Druides.
Sans oublier que c’est aussi par un grand feu les empêchant de revenir en arrière que les Tuatha détruisirent leurs bateaux après avoir débarqué en Irlande un jour de Beltaine (ce qui souligne encore l’aspect « commencement » de la fête).
Etant la richesse principale des Celtes, l’usage était de faire passer le bétail entre deux grands feux purificateurs afin de préserver les animaux durant l’année avant, dès le lendemain, de les conduire dans les pâturages d’été. Sur la nature des deux feux , les interprétations varient : il pouvait s’agir du Feu de Belenos et du Feu de Belisama, ou bien du Feu du Soleil et du Feu de la Lune, mais le caractère purificateur reste indiscuté.
On recherchait aussi en général les bénédictions protégeant les maisons, les cultures et le bétail. Et c’était aussi un temps privilégié pour la cueillette de certaines plantes médicinales ou protectrices comme l’ortie.

L’opposé de Samonios

Pour satisfaire au principe selon lequel chacune des fêtes celtiques a son pendant symétrique, son opposé polaire, son vis à vis qui vient l’équilibrer six mois plus tard, Beltaine est le pendant lumineux de Samonios, le début de la saison claire et de l’été, alors que le second débutait la saison sombre et l’hiver. Le Roux et Guyonvarc’h, là encore, verraient « volontiers dans Bel(enos) un surnom de Lug vu dans son aspect de lumière, opposé symétriquement au Lug de Samain préparant, dans la chaleur et la lumière des festins, à l’hiver et à l’obscurité ».
Au niveau rituel, correspondant à la dichotomie de l’année partie claire/partie sombre, nos ancêtres précipitaient un arbre tête en bas dans un puits (avec feuilles et racines) avec des armes sacrifiées et des offrandes, avant de le combler, qui était probablement le reflet de l’Arbre de Mai planté (tête en bas) pour relier la Terre au Ciel (Axe du Monde).
Beltaine débute aussi la saison guerrière (chasse, guerre, conquête) comme Samonios correspondait à la fin de cette saison. Ces deux fêtes correspondent aux principaux faits de la mythologie irlandaise : la seconde bataille de Mag Tured, l’accouplement du Dagda et de la Morrigane, la mort de Cuchulainn pour Samonios, et pour Beltaine, l’arrivée de tous les habitants de l’Irlande et notamment des Tuatha De Danann.
Au niveau du calendrier agraire, Samonios est le temps où l’on rentre les troupeaux pour l’hiver, Beltaine où on les sort pour les mener aux pâturages. Le premier correspond au début du temps des veillées, le second au temps des corvées champêtres.
Il est donc évident que Beltaine est donc une fête du commencement et de changement du rythme de vie : « du rythme hivernal, on passe au rythme estival et l’on pare au mieux aux risques multiples du passage » (Le Roux- Guyonvarc’h).

Beltaine et le Taureau

Le signe astrologique du Taureau (l’Auroch des traditions protoceltiques ?) règne sur Beltaine. Outre qu’il représente la puissance des forces naturelles, le sensualisme, la volonté, le sens de la beauté et l’amour, épanouit et concrétise les promesses du signe précédent. C’est à dire qu’il correspond dans la nature, à la condensation de l’élan du Bélier, la matérialisation des forces créatrices qui se concrétisent dans l’abondance des formes. C’est la seconde tranche du printemps, de la végétation massive et de l’apparition des premiers fruits. En analogie avec le bovin, c’est un rythme qui est à la lenteur et à la stabilité par la lourdeur, l’épaisseur et la densité de la matière. Mais cette incarnation est particulièrement riche et s’assimile à la Terre nourricière, à la Mère Nature, féconde par excellence. C’est aussi la paix, la joie de vivre dans l’épanouissement des sens et l’on sait que le signe est gouverné par Vénus : sous son aspect « fertilité virile », on peut aussi honorer Kernunnos lors de Beltaine.
Car le Taureau est un symbole de fécondité et Beltaine est une fête de la Fertilité, ce que démontrent les traditions de l’Arbre de Mai, Axe du Monde, mais aussi symbole phallique, et de la Reine de Mai. En Grèce, le taureau était consacré à Dionysos, dieu de la virilité féconde. Le dieu Védique Indra est aussi assimilé à un taureau : c’est lui que les hommes de guerre invoquaient avant le combat (cf. Beltaine, début de la saison guerrière) et le sens originel de son nom semble être celui de « puissance, force » (cf. étymologie de Belotenedos).
Le taureau Indra est aussi rattaché au symbolisme de la fécondité mais il est aussi l’emblème de Shiva et à ce titre il symbolise par ailleurs le Dharma (appelé Dedma par les Celtes), ou loi du bon ordre de l’univers. S’arrêter là serait faire peu de cas de l’extrême richesse symbolique du taureau : on pense aussi au taureau de Mithra, aux taureaux brun et blanc, de l’Ulster et du Connaught, au taureau aux trois cornes et au taureau aux trois grues dont le sacrifice, s’il faut en croire l’interprétation de J.J.Hatt, permettra le retour de la déesse Rigantona à laquelle s’unira Esus au moment de Beltaine, etc.
Le « dictionnaire des symboles » précise : « toutes les ambivalences, toutes les ambiguités existent dans le taureau. Eau et Feu : il est lunaire (Sirona) en tant qu’il s’associe aux rites de la fécondité ; solaire par le Feu de son sang (Belenos-Belisama) et le rayonnement de sa semence ».

Sur Belenos

Si Belenos est une divinité solaire, il est avant tout l’esprit solaire et non le soleil physique qui est plutôt considéré comme son corps ou comme son véhicule.
Belenos représente le principe de la Lumière (« jeune dieu aux boucles d’or »). Il représente aussi la force de l’homme jeune (« fils chéri de la Grande Déesse » -déesse dont Belisama est l’une des personnifications) mais il est avant tout, à mon sens, l’Harmonie et la Beauté sous toutes ses formes. Il a intégré tous les contraires, le conscient et l’inconscient, le masculin et le féminin (Belenos/Belisama), le soleil et la lune, le feu et l’eau (Sirona). Hécatée d’ Abdère (300 av. JC) rapportait : « Apollon se rend dans l’île (où se trouve un curieux temple de forme circulaire consacré au dieu solaire) tous les 19 ans lorsque le soleil et la lune sont alignés l’un sur l’autre ».
Analogiquement à ce qui se réalise alors dans la nature, à savoir la fusion de toutes les polarités, Belenos symbolise le processus alchimique d’union et de combinaison des différents éléments du moi pour parvenir à la totalité (et il peut nous aider dans notre quête de cette union : pour trouver la Lumière il importe au préalable de l’allumer en soi. Qui mieux que lui pourrait nous y aider ?)
Imbolc correspondait symboliquement à l’éveil initiatique et à la préparation qui aboutissent, lors de Beltaine, à la Renaissance dont le dieu Belenos est le maître.
Par ailleurs, si l’on considère le soleil comme l’image emblématique de la loi, de l’ordre, de la régularité et de la stabilité , de la force et de l’énergie, Belenos serait donc l’un des principaux garants de la Dedma (mais il est vrai que toutes les divinités sont garantes de la loi du bon ordre de l’Univers…)

Feu et Eau

Belenos peut être associé à Belisama, la Très Rayonnante ou la Très Puissante, qui est, entre autres, une déesse guerrière et guérisseuse, patronne des forgerons et maîtresse du Feu, et qui peut être son épouse, sa sœur ou sa mère… Quoi que principe solaire au féminin, elle correspond aussi à la Pleine Lune et symbolise la maturité et l’épanouissement (et par extension, à la période de développement « extérieur » de la personnalité et de l’individualité).
On peut aussi lui associer Sirona, représentant l’astre lunaire, pour former une « dualité lumineuse à la manière d’Artémis et Apollon » (RJ Thibaud : dictionnaire mytho symbolique celte). Cette association peut encore être renforcée par le fait que si Belenos, le guérisseur, est à l’origine du jaillissement des sources bienfaisantes, Sirona est celle qui protège les fontaines…
Car on sait que l’Eau et le Feu, bien qu’antagonistes, sont aussi complémentaires : l’eau principe passif et humide, opposé au principe actif et sec du feu, est associée à la lune, à l’inconscient et au rêve, tandis que le feu évoque le soleil, le conscient et l’activité, ce qui renvoie au couple ciel et terre et à la fécondité. On se rappelle aussi que ces deux éléments sont symboles de purification et qu’ils jouent tous les deux un rôle fondamental dans les rites d’initiation.

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le cycle du Carnaval avant la conquête romaine

janvier 21, 2008 at 4:37 (fêtes, vie quotidienne)

« L’hiver n’en finit pas d’agoniser. Les provisions soigneusement conservées dans les récipients ou dans les silos enfouis sous la terre commencent à s’épuiser. Le bois sec se fait rare et pourtant le froid reste vif. La neige, le vent et les gelées ont totalement dépouillé la terre devenue aride et triste.. C’est l’angoissante fin de l’hiver où la neige, refusant de disparaitre, se répand en rafales agressives devant lesquels les jours cléments battent en retraite.
scilla_bifolia_070406.jpg Pourtant la Nature pressent déjà la belle saison. Au milieu des tapis blancs qui demeurent au fond des combes ombreuses, les « gouttes de lait » sortent du sol toutes blanches pour ne pas se faire remarquer. Dans les sous-bois, les scilles minuscules exposent leur douce couleur bleue aux moindres rayons du soleil qu’aucune frondaison n’arrête. La mâche étale ses feuilles dans les champs qui portent ainsi le premier produit de l’année. Parmi les oiseaux qui s’essaient à chanter , le merle continue sa mélodie commencée en plein hiver pour fixer sans retard les limites de son domaine. Avant que la campagne soit en mesure d’assurer une nourriture suffisante, l’instinct de reproduction pousse les animaux à préparer la saison des amours. L’eau sourd de toutes parts et les ruisseaux chantonnent leur plénitude.
Puis dans les prés, les pâquerettes sortent en toute hâte leur petite tête ronde pour dire aux oiseaux qu’il est temps de pondre car les insectes prennent leur vol hésitant et les vermisseaux se glissent sous les feuilles mortes.. Les reptiles se réveillent lentement à la chaleur des pierres. Après les buissons, les arbres se parent de pousses qui n’arrivent pas à contenir les jeunes feuilles. Cependant qu’ en terre les graines se muent en tiges prometteuses. Ces germes se libèrent de la graine comme le foetus fait du placenta devenu inutile et voué à la disparition. Au ciel les giboulées ont mené un vigoureux combat d’arrière garde. Victorieusement le vent est parvenu à libérer l’azur qui se partage à égalité avec la nuit, la durée du jour.
Ce drame du réveil de la nature qui va effacer toute tracée de la saison morte, où le prédateur attaque les proies avec audace pour nourrir ses petits, où chaque branche bouscule ses voisines pour se tailler un espace, où les mères défendent avec témérité leur progéniture, ca drame, l’homme de pouvait pas ne pas le ressentir très fortement.
Il l’a représenté de sorte à rappeler symboliquement les évènements mais surtout leurs causes transcendantes et à exprimer ses propres émotions. Cette représentation constitue le cycle de printemps qui commence au début du bois de mars pour finir avec le mois de mai.
Pour les Gaulois le monde des âmes envahit progressivement la terre avant même que ses habitants en aient bien pris conscience. Aussi sont-ils surpris de constater les effets de cette conquête générale qui s’observe dans les bois, les champs, les maisons aussi. Cette prise de possession du peuple souterrain, c’est le monde à l’envers. Comment cela se traduit-il ?
Les jeunes gens sautillants et facétieux, méconnaissables sous les déguisements sont habillés sens dessus dessous. Puisque le visage représente la personne, les garçons cachent le leur derrière des masques excentriques, comme il sied à des êtres surnaturels. Parmi eux se trouvent des animaux puisque ceux ci peuplent l’au delà. La troupe turbulente se répand partout sans vergogne. Sa première incursion a pour objet le lieu où l’on se rassemble pour les veillées d’hiver ou « écraignes » (*). Elles ne sont plus de mise. Les participants sont dispersés au milieu des cris, les filles et les femmes sont particulièrement poursuivies car il est temps qu’elles reprennent leur place dans l’oeuvre de procréation.
Plusieurs jours durant, ils sèment le trouble dans le village, entrent dans les maisons, n’hésitant nullement à prendre les aliments qui s’y trouvent. Les habitants, du reste, ont à coeur de leur offrir tout ce qui leur plaît. En échange, ils distribuent par poignées de la farine sur les gens qu’ils rencontrent en signe de fertilité.
Une multitude de rites pratiqués dans telle ou telle région, rappellent ce bouleversement causé par l’envahissement des êtres surnaturels. Là, c’est le jugement improvisé des notables, là c’est la course imposée à un mauvais sujet assis à l’envers sur un mulet… Les gâteaux consommés en ces jours-là rappellent eux mêmes le caractère insolite de tout ce qui advient. Le nom de « fantaisies » qui nous a été transmis en est le signe.
Un géant était de la fête et, dans le Nord en particulier, il la présidait en compagnie de ses émules. Mais ce grand personnage avait une fin tragique puisqu’on le mettait à mort. Il s’agit là d’une pratique héritée des époques pré-celtiques dont les Gaulois avaient gardé la tradition sans en connaitre la cause. André Varagnac pense que les traditions relatives aux géants ont pris naissance après le mégalithisme. Les Celtes, incapables de réaliser de tels monuments auraient imaginé qu’ils étaient l’oeuvre de puissants personnages. Une autre explication a été proposée. Un roi conquérant honni aurait laissé un souvenir tellement mauvais que, bien des générations après, on le met encore à mort. Cette interprétation historique nous parait moins vraisemblable.
roue-en-feu.jpg Une autre tradition consistait à garnir une roue de paille sèche et à la faire dévaler sur les pentes après l’avoir enflammée. En certaines régions des disques étaient lancés en l’air. La roue, signe solaire, répandait ainsi sur son parcours le feu fécondant. C’est probablement en partant de la même idée que les oeufs étaient « roulés » en certains endroits déterminés. L’oeuf était lié à la saison printanière, aussi jouait-il un rôle important dans les rites carnavalesques. Comme le poussin doit casser la coque pour sortir, l’oeuf doit être brisé pour être signe de naissance. C’est pourquoi il était rituel de casser des oeufs soit lors des « roulées » soit dans des gâteaux.
Le cycle de Carnaval se terminait par des feux. Chacun apportait un peu de bois au bûcher pour rappeler son caractère communautaire. Des danses s’animaient autour du foyer et les jeunes gens effectuaient des sauts au dessus des flammes, signifiant le passage. Les filles et les jeunes femmes, en accomplissant ce geste, participaient à l’oeuvre de fécondation générale. Celle ci était complétée par l’éparpillement des brandons ou de torches d’herbes sèches dans les champs. Dans certaines régions, des braises et des cendres étaient également répandues sur les sépultures pour appeler les défunts à revivre en union avec toute la nature.
D’autres pratiques avaient lieu en divers endroits. Elles avaient pour thème la pousse des plantes. Ici on fichait en terre une branche ou une tige. Si elle prenait racine et fournissait des bourgeons, c’était signe de prospérité. Là on allait cueillir des branchages pour en tresser des couronnes que rehaussaient des décorations composées de rubans ou de colifichets aux couleurs éclatantes. Des « rondes » accompagnaient ces cueillettes.
(*) Ces lieux de réunion souterrains sont en contact avec la Terre-Mère, mieux, ils sont en son sein. Ceux qui s’y rendent se trouvent pour ainsi dire au milieu du petit peuple des âmes. En Bourgogne on appelle un homme de très petite taille « écraignot ». Il est normal que l’invasion de ce peuple sur la Terre se produise à partir de ces souterrains. »

Etienne Renardet: « Vie et Croyances des Gaulois avant la conquête romaine »

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autour d’Imbolc

janvier 21, 2008 at 12:06 (fêtes, vie quotidienne)

 Etienne Renardet: « Vie et Croyances des Gaulois avant la conquête romaine ».

« Entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps, les Celtes célébraient une fête. Quel était son objet ? On sait que le thème de la purification se retrouve en plusieurs religions. Le calendrier gaulois comportait peut être ce thème. Encore faudrait-il déterminer ce qu’il convient de mettre sous ce mot. Il ne concerne pas une personne comme c’est le cas pour la Chandeleur. En revanche il semble bien qu’il définisse la qualité et la pureté des produits de la terre ou les aliments conditionnés par les hommes. Les rites consistaient à offrir des gâteaux aux divinités des sources afin de se concilier leurs bonnes grâces et d’obtenir qu’elles assurent une excellente qualité aux récoltes et aux aliments tout au long de l’année. Mais la prière ne se limitait pas à ce domaine. Les femmes sollicitaient d’être fécondes dans les mois à venir. Tout se passait comme si, après avoir demandé l’ abondance des biens aux jours du grand renouveau, on s’adressait à des puissances quelque peu ambigües pour obtenir la qualité des dons.
La visite aux sources se faisait avec un grand concours de peuple qui se livrait à des manifestations de danses plus rituelles que joyeuses. Les enfants, les jeunes filles et les nouveaux mariés avaient des rôles qui leur étaient propres. Ces rassemblements étaient parfois accompagnés de foires où s’échangeaient plutôt des objets fabriqués que des produits agricoles.
L’ancienne tradition selon laquelle les luminaires de la Chandeleur étaient conservés pour servir de protection contre la foudre indiquerait des rites du feu. Mais en l’état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons en dire davantage.
Après avoir sollicité les bienfaits des puissances de l’autre monde, il était logique de chercher à savoir si l’on avait été exaucé. Des rites divinatoires accompagnaient les offrandes. Les uns s’effectuaient dans les sources, d’autres à la maison à l’occasion de la confection de galettes de farine. Certains signes annonçaient profusion de récoltes, abondance de nourriture, espérance d’heureuses maternités. »

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imbolc

janvier 21, 2008 at 10:43 (divinités, fêtes, symboles)

brigantia-2-jpg.jpg Imbolc, ( environ le 1er février, soit le mois d’anagantios selon le calendrier de Coligny), qu’on appelle aussi Ambivolcios ( celtique ancien), est présidé par Brigantia, qui correspond à l’irlandaise Brigit, fille et mère du Dagda. Par ses attributions (patronne des poètes, des médecins et des forgerons avec un aspect guerrier) elle participe des trois fonctions celtiques. Elle correspond à la nouvelle lune, ascendante. Elle est une déesse vierge mais cela n’a rien à voir avec la conception chrétienne, triste et réductrice de la virginité, car elle ne refuse pas pour autant « les devoirs liés à la féminité ».
La fête est le pendant, symétrique, de Lughnasad (car c’est une constante des fêtes d’avoir chacune leur opposé symétrique, leur vis à vis qui vient l’équilibrer six mois plus tard), quand la Terre, fatiguée par les moissons, était redevenue vierge . Pour Imbolc, la Déesse, tout comme la Terre, sont toujours vierges mais l’une comme l’autre sont redevenues fécondables: la Déesse vierge est alors la préfiguration de la Déesse Mère. A ce titre elle est aussi la Déesse de fécondité, et donc associée à la Nature, au moment de sa correspondance avec le cycle saisonnier et agraire. C’est le début du Printemps.
Pourtant, Imbolc semble être un peu la fête mal aimée du festiaire celto druidique, celle sur laquelle on trouve le moins de témoignages, de survivances ou de pages d’étude consacrées (15 seulement dans « les Fêtes Celtiques » de Guyonvarc’h). On la sous estime un peu dans la mesure où l’on ne retrouve pas beaucoup de traces et que l’on ne sait pas grand chose à son sujet si ce n’est que les chrétiens l’ont récupérée, selon leur habitude, et consacrée à Ste Brigitte (avec quelques survivances folkloriques). On estime alors qu’elle n’était peut être pas très importante ou/et qu’elle n’était destinée qu’à la 3ème fonction. Raimonde Reznikov et d’autres auteurs avancent pourtant une théorie séduisante: les autres fêtes celto druidiques sont essentiellement connues grace aux copistes chrétiens qui n’en ont pourtant laissé transparaitre que ce qu’ils voulaient bien. Si l’on ne sait presque rien sur Imbolc, ne serait-ce pas parce que c’était une fête ésotérique si importante (le 4ème pilier du monde, selon la Tradition) que les chrétiens se seraient efforcés d’en supprimer tout souvenir ?…
Comme symboles de la fête nous avons le Houx (Colenos) et le Bouleau (Betua), le signe astrologique du Verseau et la sève des arbres. C’est aussi une fête de Feu, la « fête des chandelles » où l’on fête le retour de la lumière.
bouleau1.jpg Le Bouleau, étroitement associé à la jeune Déesse est l’arbre du commencement, un arbre de sagesse, d’illumination, de protection, de purification au sortir d’une épreuve, et de renaissance. En ce qui concerne la purification, il faut souligner le fait que la sève de bouleau est un diurétique, dépuratif, sudorifique, entrant dans les cures de printemps: que rêver de mieux comme produit de purification ?…
Comme Uranus (qui gouverne le signe du verseau), le bouleau (divination par les oghams) nous incite à remplacer ce qui est vieux et mauvais par ce qui est nouveau et bon, ce qui est la traduction même d’un nouveau départ et ce qui correspond tout à fait à ce moment de l’année.
Le Houx, lui, est symbole de protection et d’équilibre, qui sont deux notions complètement nécesaires à tout nouveau départ.
Avec la sève, on pense à la Vie, au Sang qui recommence à monter dans les veines d’une Nature qui s’éveille peu à peu. Mais on pense aussi au Soma des Hindous, symbole d’un breuvage d’immortalité (immortalité que symbolise aussi le Houx, toujours vert) qui ne s’obtient que par une « véritable transsubstantiation des sucs végétaux, laquelle ne s’achève que dans le monde des Dieux » (dictionnaire des Symboles).
Le rite le plus représentatif de la fête est la purification: « se laver les pieds, les mains, la tête ».
On admet généralement qu’Imbolc est une fête lustrale destinée à la purification après les rigueurs et les souillures de l’hiver. Mais la fête correspond aussi symboliquement à l’éveil initiatique et à la préparation qui aboutiront à la Renaissance de Beltaine. C’est une fête initiatique d’un passage primordial.
On sait que la tenue de chaque rituel nécessite une purification préalable. On comprend donc que cette purification est d’autant plus nécessaire quand il s’agit d’un véritable rituel initiatique. Et à cette occasion précise, la purification devient le rite lui même.
La purification se fait de deux manières:
eau1.jpg 1) par l’Eau (et l’on précise bien ici, « se laver les pieds, les mains, la tête »),
et 2) par le Feu: Imbolc est une fête ou le feu joue un rôle primordial puisqu’il symbolise le Soleil, source de chaleur et de lumière. Outre son rôle purificateur il est aussi le protecteur des hommes et des animaux (la fête est d’ailleurs aussi connue sous le nom de « fête des chandelles » et ces chandelles, parfois des flambeaux, sont restés dans certaines coutumes: processions,etc…)
Les aliments rituels d’Imbolc sont les crèpes, le miel et le cidre.
La crèpe est l’image du jeune Soleil, apparu au solstice d’Hiver, et qui commence à prendre des forces (les jours ont commencé à rallonger et la lumière à regagner un peu sur les ténèbres) mais elle peut aussi être l’image de la Lune dont la plénitude (attendue pour Beltaine) est annoncée par son premier quartier, image de la jeune déesse vierge qu’on honore lors de cette fête.
Je signalerai au passage qu’on peut faire un cidre de la sève de Bouelau. Quant au miel, on sait qu’il est à la base de l’hydromel, boisson d’immortalité, comme la Soma (et dans la préparation de laquelle il peut d’ailleurs être associé au cidre).
Les qualités propres du signe du Verseau qui gouverne Imbolc sont l’éveil de l’intellect et des facultés mentales, et l’ouverture de l’esprit aux idées nouvelles et à la spiritualité.

Dans la nature, le signe du Verseau correspond à la première assimilation de la graine semée (le stade de la graine enfouie correspondait au Capricorne) qui s’intègre au sol. Le germe de blé est donc la promesse du champ qui s’épanouira sous le soleil du Lion.
Le dictionnaire des Symboles précise: « la signe a été mis en rapport avec Saturne dans la mesure où l’astre libère l’être de ses chaînes instinctives et dégage ses forces spirituelles sur une voie de dépossession. On lui donne aussi Uranus pour maître qui remobilise l’être libéré dans le feu de la puissance prométhéenne en vue de se dépasser ». Et si « l’étoffe de ce type zodiacal est pour ainsi dire angélique, il existe aussi un Verseau uranien, prométhéen qui est l’être de l’avant garde, du progrès , de l’émancipation, de l’aventure ».
Cette image prométhéenne me parait personnellement plus en accord avec le sens de la fête en tant que « fête initiatique d’un passage primordial » et en tant qu’étape du Chemin entre le solstice d’hiver et le solstice d’été: Cernunnos pouvant être honoré à ces deux dates, à la première en tant que « lumière nouvelle », à la seconde comme « lumière renouvelée » ce que symbolise l’image astrologique de la chèvre cornue escaladant une montagne ( le Capricorne), le cheminement de l’homme cherchant à s’élever à l’image du cycle du grain de blé: le grain enfoui dans la terre pour mourir en hiver pour renaitre au printemps et porter les épis de l’été.
Si les jours rallongent, on remarque pourtant que l’hiver exerce toujours son emprise sur la terre. Néanmoins les graines qui dormaient jusque là en son sein, commencent à s’éveiller à une vie nouvelle: c’est du plus profond des ténèbres que nait la lumière, comme c’est de la mort que nait la vie.
lever-soleil.jpg  C’est donc une fête d’ouverture de la vie, déjà contenue dans le sein de la Terre et c’est le retour du soleil qui permettra à ces graines de donner en été les fruits et les récoltes espérés. D’ailleurs, c’est autour de ce thème que tournent toutes les coutumes relatives à la crèpe qu’on a pu conserver: lancer la 1ère crèpe avec une pièce d’argent dans l’autre main, lancer cette 1ère crèpe sur le haut de l’armoire et l’y garder toute l’année, etc…Il faut dire aussi que la crèpe avait un effet pour ainsi dire multiplicateur: confectionnée avec de la farine, des oeufs, du lait, c’était l’espérance d’avoir de ces produits en abondance toute l’année. Enfin, souvent, autrefois, les paysans invitaient leurs voisins à venir manger des crèpes pour avoir une belle moisson ou pour préserver les blés de la maladie.

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les 12 jours

décembre 16, 2007 at 4:15 (coutumes, fêtes, vie quotidienne)

Le 1er janvier

Les étrennes, reçues ou données, accompagnées d’échanges de voeux et de souhaits divers sont la préoccupation essentielle du 1er janvier, même si l’Eglise a choisi ce jour là pour fêter la circoncision du Christ. Il se trouve à mi chemin des « deux Noëls », cette vieille tradition solsticiale des douze jours dont le christianisme n’a pas pu venir à bout et pendant lequel on faisait bonne chair et on travaillait peu (il était par exemple interdit de laver ou filer, de faire du pain ou nettoyer les étables.). Les étrennes nous viennent des Romains depuis une coutume introduite sous l’autorité du roi Tatius Sabinus, qui se vit offrir le premier la verbène (verveine) du bois sacré de la déesse Strénia, pour le bon augure de la nouvelle année.
Il semble aussi qu’à l’époque celtique les tournées de quêtes existaient déjà : des jeunes gens masqués effectuaient dans le voisinage une quête, le plus souvent de nourriture. Les dons recueillis étaient destinés à repaître les « esprits » réprésentés par ces jeunes gens. En retour les « esprits » repus devaient assurer des récoltes abondantes et un cheptel nombreux.
Ces tournées existaient encore au début du XXe siècle: le 31 décembre, à partir de minuit les jeunes gens de 15 à 25 ans allaient en cortège de porte en porte pour souhaiter bonne année à chacun en chantant des « chants d’aguilaneuf » et en réclamant leur récompense, leurs étrennes. Et gare à ceux qui ne donnaient pas car dans ce cas là, la chanson prenait bien vite un tour insultant et scatologique. Le matin laissait la place à la fête et aux réjouissances diverses qui dégénéraient parfois en orgies et furent interdites à maintes reprises.
De nos jours, le gui est toujours présent au 1er de l’An: on en accroche un bouquet à la porte de sa maison ou à l’intérieur et tout le monde s’embrasse sous ce bouquet à minuit sonnant parce que « ça porte bonheur ». Pour les fiancés ou les jeunes mariés, c’est le symbole de leur bonheur futur. On dit que les Druides coupaient le gui (plante sacrée, pour eux, qui guérit tout) au cri de: « O Ghel an Heu » ce qui signifie littéralement « Que le blé germe ». Au Moyen Âge cette expression deviendra « Au gui l’an neuf ».

L’Epiphanie, ou fête des Rois

galette_img_0001.jpgCélébrée le 6 janvier, elle clôture les fêtes du cycle des 12 jours en même temps qu’elle ouvre celui de Carnaval-Carême.
C’était le signal donné à toutes les festivités qui devaient se terminer le mercredi des Cendres. C’était une période bruyante, faite de cavalcades, de processions burlesques, de bals travestis et autres amusements: c’était le règne du plaisir sous toutes ses formes avant l’austérité du Carême.
La Fête des Rois mages était primitivement destinée à faire oublier les Saturnales païennes qui se déroulaient à peu près à cette période, pendant lesquelles l’ordre des choses était inversé, que les esclaves devenaient les maîtres et inversement, et qu’on nommait un roi bouffon grâce au tirage au sort d’une fève. De la même manière qu’à l’origine cette date du 6 janvier avait été retenue pour le baptême du Christ, aussi bien que pour la Nativité et si l’Eglise prit l’habitude de bénir ce jour là, les cours d’eau ce n’est pas tant que le baptême primitif se faisait par immersion, mais bel et bien parce qu’il fallait effacer le souvenir de la fête païenne de l’eau, célébrée ce jour dans les Mystères de Dionysos, et ceux d’Isis et d’Osiris.
Pour revenir à la fête des Rois, c’est au domicile du chef de famille, du doyen, que tous les membres se réunissaient. Celui ci découpait en fin de repas un grand gâteau dans lequel une fève avait été introduite, en autant de parts qu’il y avait de convives, plus deux: une part étant réservée pour la servante, la seconde, « la part de dieu » ou « la part du pauvre », était réservée au premier mendiant qui se présenterait. Le plus jeune enfant assignait alors une des parts qui restaient à chacun, et celui qui trouvait la fève était déclaré « Roi », mis dans l’obligation de se choisir une Reine.
Avait lieu ensuite la Quête des Rois, menée par les pauvres, surtout les enfants qui obtenaient pommes et noix et les mendiants qui réclamaient la part qui leur avait été réservée

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au temps du solstice d’hiver

décembre 15, 2007 at 1:01 (coutumes, fêtes, vie quotidienne)

Passent les années, dans un grand nombre de maisons poitevines, le « tréfougeau » a toujours sa place dans la cheminée pour la nuit de Noël même s’ il tend de plus en plus à être remplacé par la buche pâtissière qui vient clôturer le réveillon. buche_noel_hist.gifLe tréfougeau, ou trifougeau, ou terfougeau, qu’on appelle aussi la cosse ou le moucheron de Nau, est posé dans l’âtre avant la messe de minuit et doit tenir le feu pendant trois jours, même parfois jusqu’au Nouvel An, ou bien bruler pendant chacune des trois veillées traditionnelles: Noël, la saint Sylvestre et les Rois (trois : on sait l’importance que revêtait le « 3 » pour les Celtes). Au départ pour la messe, la maitresse de maison balayait devant l’âtre et installait une chaise à proximité pour que la sainte Vierge vienne s’y assoir pendant la durée de l’absence.
Quand la température était clémente et permettait de faire ce feu de joie en plein air, au sortir de la messe de minuit, la jeunesse du pays restait à danser jusqu’à la messe du point du jour. Mais à cause des conditions atmosphériques défavorables, ce feu de plein air est devenu le grand feu de cheminée actuel qui ne rassemble plus guère que les membres de la famille.
Tout un cérémonial se déroulait devant la buche, qui était généralement une « cosse » c’est à dire une souche réservée tout spécialement à cet usage. Le feu était soigneusement installé par le plus ancien qui l’aspergeait parfois d’eau et de sel, ou bien d’eau bénite, et on considérait qu’il possédait des vertus magiques: on gardait précieusement l’un des tisons jusqu’au prochain Noël qu’on jetait dans le foyer quand le tonnerre grondait pour éloigner la foudre et protéger la maison de l’incendie. Ce tison servait aussi à se protéger contre la grippe et de talisman contre les sorciers.Quant aux cendres, on les gardait car elles étaient censées calmer le mal aux dents.
A certains endroits, la souche devait bruler chaque jour un peu et pendant 9 jours (trois fois trois) pour que le paysan ait de l’argent toute l’année.
flambee.jpgParfois, le père de famille en faisait jaillir des étincelles à coups de pincette en formant des voeux. Et pratiquait une sorte de magie divinatoire puisqu’ il en tirait aussi des prédictions concernant les prochaines récoltes, la réussite de son bétail ou le nombre de volailles qui seraient élevées dans le cours de l’année.
Au retour de la messe de minuit, le réveillon était bien souvent une véritable communion alimentaire qui réunissait tous les participants de la veillée qui s’était tenue en début de soirée, avant le départ pour la messe: on y dégustait souvent un plat traditionnel de cagouilles ou lumas (escargots) (*).
A partir du XVe siècle, les chants étaient caractéristiques de cette période de l’année, on les chantait le plus souvent pendant cette première partie de la veillée: chants de Noël pieux, mais aussi chants de Noël gaillards, prétextes à satires et railleries, mais qui , pour la plupart, traitaient de la vie populaire et de ce que produisaient les paysans.

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(*) recette sauce aux lumas: pour 4 personnes:
– 120 lumas moyens
– 250 g de chair à saucisses
– Mie de pain
– 2 gousses d’ail
– Persil
– Bouquet garni
– 1/2 à 3/4 lt de vin blanc
– Sel poivre
– Huile
1. Laver soigneusement les escargots après les avoir laissés jeuner , ajouter une poignée de gros sel et les faire baver en remuant quelques minutes, rincer et egoutter.
2. Dans une cocotte en fonte faire chauffer 5 cl d’huile sur feu vif, y ajouter les escargots et remuer jusqu’à ce que le jus soit presque totalement réduit et légèrement caramélisé. Incorporer la chair à saucisses et la faire rissoler.
3. Ajouter la mie de pain, l’ail et le persil hachés. Mouiller avec le vin blanc et un peu d’eau, saler, poivrer et ajouter le bouquet garni. Laissez mijoter 1h1/2 à 2 h. heures)

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le solstice d’hiver au quotidien

décembre 10, 2007 at 12:25 (coutumes, fêtes, vie quotidienne)

Le solstice d’hiver « se situe au milieu de la saison morte. C’est dans la nature une période où rien de particulier ne se passe sinon qu’elle est généralement suivie des jours les plus froids. La détermination de sa date est donc exclusivement due à l’observation solaire et non à des phénomènes terrestres.
On sait que les Gaulois comptaient le temps en nuits ce qui est logique eu égard à leurs conceptions de l’existence, s’appuyant sur la notion de la renaissance de la vie au sein des ténèbres et de la mort apparente. Pour eux la cycle quotidien débutait dans le mystère de l’obscurité. Il n’est pas surprenant que la même conception se soit appliquée au cycle solaire. Le solstice, caractérisé par le maximum de durée nocturne, représentait pour l’année ce qu’était la nuit pour la journée.
Le milieu de la nuit la plus longue constituait le point central de l’année. La détermination de ce moment privilégié supposait une série d’observations difficiles puisque les jours commencent à croître le soir depuis le 21 décembre alotrs qu’il faut attendre le 3 janvier pour qu’ils grandissent le matin. C’est le 23 décembre que se produit le solstice. La fête de Noël qui a pris la place de la célébration solennelle du solstice a été finalement fixée au 24 décembre dans la nuit. Ce décalage d’un jour s’explique par les diverses réformes du calendrier.
Soulignons que la détermination de cette fête requérait des calculs abstraits à partir d’observations concrètes. D’autre part, on perçoit le sens mystique des croyances attachées à cette nuit unique. On pressent le caractère fidéiste d’une adhésion à des phénomènes invisibles.
La célébration se déroulait sur douze jours. Mais on ignore si ces derniers encadraient le solstice ou s’ils le suivaient. La première hypothèse se soutient parce qu’il parait logique qu’une fête soit l’objet d’une préparation et d’une suite. La seconde éventualité trouve se justification dans le fait que notre actuelle Epiphanie remplace la célébration de l’accroissement matinal des jours. Quoi qu’il en soit, cette fête comportait une « veille » nocturne et donnait lieu à des manifestations symboliques en rapport avec tous les éléments de la nature: feu, eau, roches, animaux, végétaux.
En tant que représentation du soleil, source de la vie, le feu était l’objet de rites particulièrement importants. Il était recouvert de cendres avec précautions de façon à « couver » plusieurs jours dans l’âtre. Au cours de la nuit sainte, il était dégagé et réanimé. la première partie de cette nuit était réservée à la veillée plus solennelle et longue que les veillées quotidiennes. On prélevait des aliments en conserve pour en placer quelques échantillons près du foyer. Des gateaux étaient confectionnés et, dans les étables, on garnissait les mangeoires. Ces préparatifs s’effectuaient discrètement à l’intérieur des maisons. Au milieu de la nuit, le grand réveil se produisait. Chacun sortait de chez lui pour participer à l’explosion générale du renouveau invisible. On mangeait les gateaux de circonstance jusqu’à l’aube.
Puis, on allait répandre à travers les champs nus, la cendre qui avait protégé le feu afin qu’elle exerce son action bénéfique sur la terre endormie. Les charbons éteints étaient mis de côté pour protéger les maisons lors des orages d’été.
Les éléments : pierre, eau, air, étaient associés au renouveau général.
menhir-jpg.jpgLes pierres étaient l’objet d’une vénération particulière. Réceptacles d’esprits, elles avaient la réputation de féconder les champs. Aussi allait-on visiter celles qui avaient servi à observer le soleil dans sa course : pierres verticales ou blocs surmontés d’un repère, appelées depuis « Pierres qui virent ». Des unions mystiques étaient censées se produire au cours de la nuit de Noël. Des pierres avaient la réputation de se déplacer pour aller se tremper dans une source ou une rivière voisine. D’autres se soulevaient pour libérer les richesses de l’An nouveau.
Les sources accueillaient les esprits bienfaisants qui venaient danser joyeusement alentour. Certaines d’entre elles voyaient leur eau devenir rouge comme le sang vivifiant ou le feu. Des serpents sortis des profondeurs de la terre ou de la roche, se rendaient aux fontaines pour y déposer les semences de vie.
Les airs frémissaient des poursuites d’animaux symboliques chassant devant eux les esprits de la mort afin d’assurer le triomphe de la vie nouvelle. Cette croyance est restée très vivace au cours des siècles. Elle prit le nom de Mesnie Hellequin au Moyen Age ou de Chasse Sauvage et représentait la lutte entre les puissances destructrices et celles du renouveau, lutte gigantesque qui assurait finalement la victoire des dernières.
Les animaux ne restaient pas étrangers à ce renouveau. Certains d’entre eux étaient plus représentatifs comme le cerf dont les bois tombent pour repousser plus grands chaque année. Ils étaient bien qualifiés pour anéantir les forces d’anéantissement. Le sanglier qui a des portées nombreuses, le cheval à la course rapide et d’autres étaient censés se livrer à la chasse des mauvais esprits. Les humbles habitants des étables participaient à l’oeuvre de renaissance. C’est pourquoi les hommes leur prodiguaient des soins vigilants en cette période cruciale. Durant cette dernière nos frères inférieurs participaient plus étroitement au monde de l’au-delà ce qui fit dire qu’ils étaient alors doués de la parole.
Les végétaux qui paraissent inanimés pendant l’hiver servaient aussi de symboles puisque au printemps ilsq vont de nouveau éclater d’activité. Les graines étaient associées aux rites du feu ou aux festivités alimentaires. Il est vraisemblable que ces graines, placées près du feu pendant les douze jours du cycle de renouveau, étaient mêlées le dernier jour à la provision destinée aux semis ou aux mets rituels de clôture, comme la fève enfermée dans le gateau du 6 janvier.
gui.jpgLe gui tenait une placé particulière. Cette petite plante parasite semble pleine de vigueur avec ses feuilles vertes et ses graines gorgées de liquide visqueux alors que l’arbre sur lequel elle se trouve est, lui, en complète léthargie. Bravant la chute des feuilles et le froid stérilisant, elle fait plus qu’annoncer la permanence de la vie qui va renaître, elle la contient déjà et le montre. De plus les oiseaux peuvent se nourrir de ses baies en ce temps de disette. C’est pourquoi les Gaulois allaient cérémonieusement en cueillir quelques bouquets qu’ils suspendaient au dessus du foyer. L’année se renouvelait sous le signe du gui. L’image des druides se rendant dans la forêt pour y cueillir le gui avec une faucille d’or sur le chêne est trop familière pour que nous nous y étendions. On sait que le chêne ne porte pour ainsi dire jamais cette plante parasite. La rareté même du phénomène pouvait inciter à des cérémonies solennelles. Mais la pratique plus simple effectuée par chaque famille était courante sans doute.
Comme nous venons de le voir la nuit sainte devait se situer au milieu du laps des douze nuits les plus longues. Les dix premiers jours comportaient des offrandes de toutes sortes aux puissances de l’Autre Monde. cupule1.jpgDivers aliments liquides étaient répandus sur les pierres aménagées à cet effet sous la forme de cupules et de rainures ou dans les fontaines. Ce rite rappelait l’habitude primitive de faire des cadeaux en vue d’obtenir des bienfaits en échange. La Natrure généreuse ne manquait pas de répondre à cette invitation et sans attendre ses dons printaniers on représentait sa générosité par des cadeaux mystérieux offerts aux enfants et par des gâteaux, prémices des récoltes à venir (*).
Ces diverses pratiques sont remarquables par l’étroite interpénétration des éléments qui les composent. Le bois sert au feu, les graines sont associées à son sommeil et à sa résurrection, le gui, les mets, les champs sont associés comme les animaux à l’activité mystérieuse de la gestation générale. Cette cohérence aux innombrables facettes est un trait caractéristique de la religion gauloise.

(*) Il semble bien que notre croissant, consommé le matin exclusivement, soit le successeur du gâteau de cette fête solsticiale. Dans certaines régions, il était distribué en même temps que l’on disait la formule « Aguilaneu » ce qu’on a traduit, probablement par erreur: Au gui l’an neuf. Certains rapprochent cette formule d’une phrase celtique signifiant: le blé lève. »

Etienne Renardet: « Vie et croyances des gaulois avant la conquête romaine ».

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autour de Samhain

octobre 22, 2007 at 10:29 (fêtes, vie quotidienne)

« Les dernières récoltes ont lieu lorsque la forêt s’embrase de couleurs de feu. L’été de la Saint Martin arrive et la nature dans un magnifique sursaut d’exubérance s’apprête à dormir. Les hommes prennent leurs dispositions pour la période des longues nuits. Ils accomplissent les tractations qui préparent déjà les prochaines récoltes. C’est pourquoi, traditionnellement, les baux de fermage étaient autrefois renouvelés en ces jours-là qui étaient aussi réservés aux grandes foires. (…) Les animaux censés fécondants ont été rituellement sacrifiés en même temps que les derniers épis étaient coupés dans les champs. Ils se trouvaient symboliquement renvoyés dans le monde des esprits. La saison d’intense activité agraire avait incité les humains à solliciter le concours des âmes. Les relations entre les deux mondes allaient maintenant changer de forme.

feudebois2.jpgPendant les longues nuits d’hiver, la vie allait se régénérer dans le mystère. Cette période de calme apparent ne dispensait pas les hommes de garder contact avec les esprits.

Il convenait avant tout de les remercier et, par des offrandes, de les inciter à la générosité. Ce mode d’échange bien antérieur à l’époque néolithique, consistait à offrir des dons aussi somptueux que possible en vue d’obtenir du bénéficiaire qu’il fasse de même.Les Gaulois avaient conservé cette habitude mais sous une forme figurative: les dons consistant en offrandes des produits de la terre (on peut noter qu’aujourd’hui encore ce rite est conservé sous diverses formes. Par exemple, on apporte parfois un bouquet de fleurs ou un paquet de confiserie à l’intention de la maîtresse de maison qui reçoit). Il est probable également qu’au cours du repas de fête organisé ce jour là, une place était réservée pour les défunts ainsi associés à la joie commune. Des visites étaient elles organisées dans les nécropoles ? Ce n’est pas certain car les trépassés ne se tenaient pas exclusivement au lieu de leur sépulture et l’on pouvait entrer en relation avec eux n’importe où, mais plus particulièrement dans la maison. Par ailleurs les trépassés se trouvaient mêlés à tout le monde surnaturel et c’est avec ce dernier que l’on désirait communiquer.

La fête des morts comportait d’une part des cérémonies rituelles, d’autre part des réjouissances. Dans les grandes lignes, l’Eglise a repris ces deux caractères dans la fête de tous les saints et celle des morts. Le lien qui s’est établi entre la vénération de l’ensemble des habitants de l’au-delà et la fête de tous les saints nous est attesté de diverses manières. Citons deux exemples. Le Panthéon romain, construit sous Auguste et consacré, comme son nom l’indique, à toutes les divinités, fut dédié en 607 à la Vierge et à tous les martyrs (à cette époque seuls les martyrs étaient saints). A Dijon, la Cathédrale St-Bénigne s’élève en un lieu appelé « Vieux Temples en Pantée ». L’existence de l’apôtre de la Bourgogne en tant que personnage historique est contestée. Mais ce qui est remarquable, c’est la date de sa fête: le 1er novembre.

feuilles_automne.jpgLa nature a pris son éveil au milieu des fleurs et des couleurs douces des jeunes pousses. Elle va s’endormir après avoir manifesté sa puissance dans une débauche de coloris éclatants. Le Soleil radieux de l' »été de la Saint-Martin » rehausse le flamboiement de la forêt en fête que les oiseaux saluent de chants appropriés. On peut voir encore aujourd’hui dans le vieux cimetière le tilleul multi centenaire manifester par son feuillage doré la gloire des trépassés parmi lesquels plongent ses racines.

Il est fort possible que la période des festivités durait douze jours compris entre ce qui est devenu par la suite la Toussaint et la Saint-Martin. »

Etienne Renardet: « Vie et Croyances des Gaulois avant la conquête romaine ». Picard

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Samhain – Samonios

octobre 19, 2007 at 10:07 (fêtes)

Pour remplacer la vieille fête païenne de Samhain et pour ancrer son emprise, l’Eglise a institué une fête des Martyrs qui s’est étendue à l’ensemble des saints. Puis au Moyen Age, comme perduraient les réjouissances païennes en l’honneur des morts , la fête des Martyrs fut, à partir de 610, circonscrite au 13 mai tandis qu’il était décidé de fêter tous les Saints le 1er novembre.
Au 8ème siècle, les évangélisateurs irlandais de la Gaule se heurtèrent à la toujours vivace fête païenne celtique de Samhain qui débutait la nouvelle année et permettait la communion entre les vivants et les morts et c’est le fils de Charlemagne, Louis le Pieux qui institua en 835 la fête de la Toussaint qui devint une grande fête chrétienne en 1580 mais une « fête d’obligation » seulement sous Pie X au 20ème siècle.
C’est Odilon, abbé de Cluny qui vers l’an 1000 impose la date du 2 novembre pour la commémoration des défunts pour ne pas empiéter sur la fête des saints mais c’est pourtant souvent ce jour là, dans la mesure où le 2 novembre n’est pas férié, que les tombes sont fleuries dans les cimetières (souvent par un pot de chrysanthèmes), nettoyées (depuis la milieu du XIXe siècle) et qu’on y allume même parfois encore une bougie. Le tout, dans l’esprit de « faire mémoire des défunts » et de prier pour eux car on considère qu’ « ils ont besoin d’une purification pour être pleinement avec Dieu ».

Depuis 1997, la Toussaint subit la vigoureuse concurrence de la fête d’Halloween, perversion essentiellement commerciale de la Samhain Celte sur laquelle il nous plait à présent de nous pencher.

Samonios est fixé aux alentours du 1er novembre, pour plus de commodités, mais devrait être précisé en fonction des phases de la lune. Dans le calendrier celtique cette date correspond à la fin de la saison claire et au début de la saison sombre, à la fin de l’Automne et au début de l’Hiver, à la fin de l’ancienne année et au début de la nouvelle. Elle est la seule, parmi les 8 fêtes traditionnelles, à présenter cette « triparticité », c’est dire son importance. Elle est considérée comme une récapitulation de l’été tout en étant également déjà engagée dans l’hiver, tandis que par ailleurs, elle condense, récapitule et clôt la saison militaire qui avait débuté à Beltaine.C’est un « seuil » particulièrement important dans l’année celtique et tous les grands évènements mythiques et épiques se passent lors de cette fête. C’est à ce moment que meurent les dieux et les héros, ont lieu toutes les batailles de l’épopée. Tous les évènements fondateurs s’y concentrent, y ont leurs signes avant-coureurs aussi bien que leurs épilogues. C’est là qu’a lieu l’accouplement du Dagda et de la Morrigane et qui évoque l’union rituelle du chef de la tribu et de la Déesse de la Terre pour assurer la prospérité pour l’année à venir. C’est le moment de la lutte décisive des dieux, les Tuatha De Danann contre les Fomoire, symbolisant les puissances des Ténèbres. C’est encore le jour de la descente de Cuchulainn dans l’Autre Monde au terme de sa maladie qui l’a affecté toute la période s’étendant d’un Samonios à l’autre.

Symboles

Samonios est placé sous le signe du Gui. Certains pensent généralement que la cueillette du végétal décrite par Pline l’Ancien intervenait à cette période de l’année. Considéré comme une panacée, outre ses significations symboliques de sagesse spirituelle et de guérison, d’éternité, de vigueur et de régénération physique, le gui illustre aussi le terme cyclique de l’année et son renouvellement.L’If pour sa part est l’arbre de Samonios. En liaison avec l’Autre Monde et la Mort, il illustre l’éternité et la continuité des cycles de vie reliant mort et renaissance dans un flux permanent.La pomme considérée come un fruit mystérieux ayant quelque chose à voir avec l’Autre Monde (c.f. Avalon, l’Ile aux Pommes) apparait elle aussi dans certaines coutumes de Samonios et semble avoir été liée à cette fête.

hecate_2.jpgOn peut aussi raisonnablement penser que le Chaudron était associé à la fête de Samonios, ce que semble montrer la notice du Dictionnaire des Symboles sur le chaudron sacrificiel : « le roi déchu s’y noie dans le vin ou la bière, en même temps qu’on incendie son palais, lors de la dernière fête de Samain de son règne (…) la majorité des chaudrons mythiques et magiques des traditions celtiques ont été trouvés au fond de l’Océan ou des lacs (donc la localisation de l’Autre Monde) (…) la force magique réside dans l’eau (qui, comme par hasard gouverne le signe du scorpion) ; les chaudrons sont des récipients de cette force magique, souvent symbolisée par une liqueur divine (c.f. l’hydromel) ; ils confèrent l’immortalité ou la jeunesse éternelle (c.f. la Terre des Jeunes, l’une des appellations de l’Autre Monde), transforment celui qui les possède ou qui s’y plonge en héros ou en dieu ».

Honneur aux Ancêtres

Les peuples de l’Antiquité honoraient les morts et leurs esprits (héritage du chamanisme ?). Les morts étaient honorés comme les esprits vivants d’êtres aimés et de gardiens dépositaires des fondements de la sagesse de la tribu (peut être est-ce aussi pourquoi les Celtes conservaient les cranes d’ancêtres ou de héros ? et peut on voir une correspondance entre ce culte et les sculptures de têtes d’hommes couronnés de feuilles de gui ???). Notons au passage que les chrétiens, et notamment saint Augustin reprochaient vivement aux païens le culte qu’ils rendaient à leurs morts et les prières qu’ils leur adressaient.Le bien être des morts dépend de l’attention que leur accordent les vivants car le mort craint l’oubli de ses descendants. De cette manière les morts qui sont passés dans un Autre Monde restent pourtant présents auprès de leurs descendants et établissent ainsi un pont entre les deux mondes.

Samonios est une période hors du temps. Le temps y est suspendu et cette suspension annihile provisoirement toute différence entre l’Autre Monde et le monde des hommes, et fait tomber toutes les barrières. C’est une période privilégiée pour honorer ses morts, alors que le soleil s’abaisse de plus en plus sur l’horizon, perd de sa force et de sa vitalité. C’est le moment le plus propice pour établir le contact avec les esprits des défunts, vus comme source de conseil (les pratiques divinatoires devaient avoir une place lors de cette fête) et d’inspiration, plutôt que comme une cause de frayeur. C’est donc le moment où les habitants de l’Autre Monde peuvent venir visiter les vivants et où certains vivants peuvent être admis en visite dans l’Autre Monde .

L’Autre Monde

Il y a deux conceptions relatives à l’Autre Monde des CeltesLe Sid qui se confond avec les tertres, les cairns et les tumulus d’origine préceltique

ile-niavh.jpg (dessin Oonagh)

Les Iles paradisiaques, trois cinquantaines selon la navigation de Bran, et localisées à l’Ouest du monde, « derrière » la mer, sur une île ou parfois sous la mer. Cette précision quant à la direction est fondamentale puisqu’elle indique là où le soleil se couche : le point cardinal ouest « est « la porte » de la mort et Venus (Belisama) comme le soleil (véhicule de Belenos) semblent venir s’y éteindre, y mourir. En conséquence, l’Ouest est le seuil du mystère, de l’au-delà, du non manifesté ». Et comme l’Ouest correspond aussi à l’Automne et à ses brumes, période de fantasmagorie où les choses paraissent autres qu’elles ne sont, il semble logique de considérer Samonios comme un temps où l’Autre Monde et le nôtre sont en communication, où la « Porte » est ouverte.Selon le principe hermétique « ce qui est en bas est comme ce qui est en haut » (étant bien entendu que ça vaut surtout pour la forme et qu’une harmonisation du fond est nécessaire…). Il n’est donc pas étonnant que le cycle de la vie humaine ait été mis en correspondance avec celui du soleil, journalier du moment où il se lève (naissance) jusqu’à son coucher (mort ou du moins mort apparente),

coucher-soleil.jpgquand il semble s’enfoncer dans la terre ou dans la mer (pour aller passer la nuit dans ses autres résidences, derrière l’océan ou sous la terre). Il en va de même pour son cycle annuel (les solstices). Le soleil apparait donc ici comme un symbole de résurrection et d’immortalité.Le soleil détermine la durée du jour et « la première analogie du jour est celle d’une succession régulière : naissance, croissance, plénitude et déclin de la vie (…) tandis que les saisons de l’année paraissent répéter en plus grand les quatre parties du jour : le printemps/le matin, l’été/le midi, l’automne /le coucher du soleil, l’hiver/la nuit » (dictionnaire des symboles).La nuit quant à elle (faut il rappeler que selon leur conception du temps les Celtes en faisaient le commencement de la journée ?) « symbolise le temps des gestations, des germinations (…) qui vont éclater au grand jour en manifestation de vie. Elle est riche de toutes les virtualités de l’existence » (id.). Cela vaut pour la vie humaine et animale comme pour la vie végétale et minérale ; en définitive pour l’ordre cosmique lui même.En fonction de ces considérations, rien d’étonnant donc à ce qu’aient été faits des rapprochements entre le cycle solaire, la mort et la renaissance des êtres vivants et l’existence d’un Autre Monde derrière la mer ou sous la terre.Rappelons aussi quand même que si la date précise de Samonios est déterminée par les phases de la lune, la succession de ces dernières, comme la succession des saisons, « scande le rythme de la vie, les étapes d’un cycle de développement : naissance, formation, maturité, déclin ; cycle convenant aux êtres humains aussi bien qu’à leurs sociétés et civilisations. Elle illustre également le mythe de l’éternel retour. Elle symbolise l’alternance cyclique et les perpétuels recommencements ». (id.)

Une fête a trois aspects

Fête collective à laquelle les trois classes participaient et où la présence de tous est obligatoire sous peine de sanctions. Samonios est l’occasion de cérémonies religieuses et officielles placées sous le signe « des jeux, des réunions, pompe et magnificence, bonne chair et banquet » jusqu’au point d’orgue que constitue le grand banquet royal et militaire : on y consomme en quantité (les femmes et les hommes étant dans des salles séparées) vin, bière, hydromel (l’ivresse est un moyen d’approcher le sacré) ainsi que, parmi de nombreuses autres victuailles, de la viande de porc, animal consacré à Lug et au Dagda.Les règlements, les lois et les devoirs y sont fixés, et tous les sept ans à tara, est procédé à l’élection du Roi. Les druides sont là pour préparer, ordonner, diriger le festin suivant les normes traditionnelles où ni querelles ni violence ne sont tolérées. Cette période de fête est inaugurée par les druides au moyen du feu qui est le moyen d’action le plus puissant qui soit à leur disposition. A la veille de Samonios tous les feux sont éteints excepté celui des druides sur le site même de la fête et qui servira à rallumer tous les autres. En parallèle, de grands feux étaient allumés sur le tertre ou la place du village et servaient aussi à rallumer tous les feux qui avaient été éteints la nuit auparavant.F. Le Roux et Guyonvarc’h soulignent les trois aspects de la fête : une fête religieuse d’abord, célébrée au bénéfice de toute la société (sacrifice animal ou oblation végétale), une suite de réunions ou assemblées légales, appuyées sur la base religieuse ensuite, et qui avaient pour intention la remise en ordre de la justice et de l’administration royales, enfin le festin proprement dit auquel chacun est tenu d’assister sous peine de mort.Le rituel semble bien établi : au niveau le plus bas, le peuple rend hommage à ses dieux avant d’aller prendre sa part du festin et assister aux jeux. Au niveau de la classe guerrière a lieu l’essentiel des banquets, festins et beuveries : les guerriers s’y enivrent, y exhibent leurs trophées, y racontent leurs exploits. Au niveau sacerdotal, on allume le feu et pratique les sacrifices ; puis on préside aux assemblées légales auxquelles prennent part le roi et les nobles. Le plus souvent la fête de Samonios s’étendait sur sept jours : trois jours avant, le jour même et trois jours après, même s’il est un peu paradoxal de parler de durée et de temps dans la mesure où cette période était justement « hors du temps » et que n’importe quelle durée y correspondait à l’éternité.Lors de la fête on célébrait la mort symbolique de l’ancienne année , les dieux et les héros passés dans l’Autre Monde et les défunts de la famille et du Clan : il s’agit là de rétablir le contact entre la communauté des morts et celle des vivants. Ces célébrations étaient entrecoupées de festins rituels, rite de re-naissance du monde (au début de l’année correspond symboliquement le début du Monde) car à côté de son caractère agraire, cette fête illustrait en même temps un retour à l’origine mythique de « fondation » de l’ordre cosmique : la veille de Samonios, on éteignait tous les feux et le lendemain on inaugurait la nouvelle période avec des feux nouveaux.feu-pg.jpg

De la Lune et des Constellations

Samonios se trouve dans le signe astro du Scorpion gouverné par l’élément Eau et plus particulièrement par la mer : en se transformant et en changeant l’eau s’avère apte à laver de la douleur et de la tristesse et donc à avoir un effet bienfaisant face à la perte d’un proche.Mais le Scorpion évoque aussi « la nature au temps de la Toussaint, de la chute des feuilles, du glas de la végétation, du retour au chaos de la matière brute, en attendant que l’humus prépare la renaissance de la vie » (Encyclopédie des symboles. Pochothèque). Il est « symbole à la fois de résistance de fermentation et de mort, de dynamisme, de dureté et de luttes » (id.) -il a d’aileurs Mars pour maître planétaire- mais aussi des influences occultes, de la magie, des puissances instinctives et brutales de la nature, des esprits bons et mauvais. Nous sommes donc ici dans une problématique de destruction et de création, de mort et de renaissance. Et donc, en fait, au cœur même du symbolisme « sombre » de Samonios (ce côté sombre illustré à cette date par la mort des dieux et des héros), même si d’un autre côté (mais est-ce bien étonnant ?), cette fête « ruisselante de joie et de lumière, dans les palais des rois [renforçait] par son abondance de nourriture et de boisson, le potentiel sacré de l’humanité, la préparant ainsi à la rude épreuve des ténèbres hivernales » (Guyonvarc’h). Raimonde Reznikov se veut précise : »Samain se célébrait quand la pleine lune était dans la constellation du Taureau et le soleil dans celle du Cerf ». Il est peut être intéressant , analogiquement, de préciser que la cueillette du gui et la désignation du Roi de Tara s’accompagnaient du sacrifice de deux taureaux blancs (le Taureau symbolise le temps des Semailles, la fécondité de la vie terrestre et l’aspect indomptable et farouche de la nature). Le Cerf quant à lui, ne peut qu’évoquer Cernunnos qui représente la force fécondante, les métamorphoses, les cycles de transformation et la magie.

gundestrup.jpgDans l’interprétation qu’il donne des scènes du Chaudron de Gundestrup (qui vaut ce que vaut une interprétation), J.J.Hatt donne Samonios comme date de la descente de Cernunnos dans l’Autre Monde, et c’est le sacrifice du Cerf par Smertrios qui lui permettra, débarrassé de ses bois de cerf et devenu alors Esus, de remonter sur terre. Rappelons aussi qu’Esus, l’autre face selon Hatt de Cernunnos, qui est relié au symbolisme de l’Arbre (et sans doute plus particulièrement de l’if et du gui) et du taureau qui doit être sacrifié pour que son sang régénère les grues, images de la Déesse, était assimilé par les romains à leur dieu Mars (le maitre planétaire du Scorpion) parce qu’ils lui attribuaient un même symbolisme d’énergie universelle et de force créatrice, de destruction et de construction.

Des Dieux et des Déesses

On retrouve là tout le symbolisme propre à Samonios mais on peut aussi avoir une idée des divinités qui étaient peut être plus particulièrement honorées lors de cette fête.On trouve bien sûr en premier lieu Rigantona (qu’on honore aussi sous un autre aspect en mai, c’est-à-dire à l’occasion de l’ouverture de la saison claire), la Grande Reine de l’Autre Monde, le Grand Principe Universel Féminin, omniprésente et toute puissante. Chaque jour de Samonios, la Morrigane, elle, se lave sur la rivière Unius et l’on connait ses rapports avec le Dagda : elle est aussi Reine de l’Autre Monde , elle correspond à Morgane qui règne sur Avalon et à Mélusine « dont les yeux sont des reflets de l’Autre Monde », même si on la connait sous bien d’autres noms encore dans les pays celtiques.Il y a ensuite Lug, auquel le porc dont on consomme la chair est consacré, et dont certaines généalogies donnent comme l’amant en même temps que le fils de la Grande déesse (ce qu’on dit aussi d’ailleurs du Taureau). Je pense aussi au Dagda auquel le porc est également consacré, et à son correspondant gaulois, Sukellos, dieu du passage qui, lorsqu’il a frappé le coup mortel, accueille les âmes des hommes pour une vie nouvelle, également protecteur des défunts qu’il abreuve de son tonnelet pour assurer leur survie. Et puis il y a le dieu chtonien Cernunnos qui engrange sous la terre, pendant la saison froide, les forces telluriques qui, quand elles seront arrivées à maturité sur terre, seront représentées par Esus, si l’on en croit J.J.Hatt.

Un grain de blé

Les labours et les semailles des céréales sont une pratique qui a cours à Samonios, le blé devant être enseveli et pourrir avant de renaître. Elle correspond probablement à la coutume du rite funéraire de l’inhumation qui, avec la crémation et l’excarnation se sont partagées tour à tour les « faveurs » des anciens Celtes. Par analogie l’épi de blé peut symboliquement représenter une communauté humaine : tous les grains de blé semblent identiques mais chacun a son individualité propre. A partir de là on peut considérer que le grain de blé représente l’homme. Et comme lui, il lui faut (pendant cette longue nuit de l’hiver « riche de toutes les virtualités de l’existence ») pourrir sous la terre avant de renaître suivant un cycle saisonnier qui s’apparente au cycle vital humain et le symbolise dans les sociétés à caractère agraire.Un certain nombre de druides contemporains affirment l’adéquation, à l’origine, entre Samonios et l’Equinoxe d’Automne. Par exemple Raimonde Reznikov : « le symbolisme de Samain montre qu’il s’agissait à l’origine d’une fête de l’équinoxe d’Automne ». Il lui parait en effet certain « qu’à l’origine les autres fêtes étaient bien placées aux équinoxes et aux solstices et que la raison de leur décalage dans le temps provient du phénomène de précession des équinoxes responsable de la rétrogradation d’étoiles repères ». A l’appui de ses dires, l’auteur cite le passage de « la Bataille de Crinna » évoquant la maturité des glands (dont la mastication on le sait, favorise la divination)) et des fruits mais cet argument est rejeté par Le Roux et Guyonvarc ‘h qui, d’une part, rattachent cette maturité plutôt à Lugnasad, d’autre part avertissent qu’il « serait imprudent de tirer de ce texte que Samain était une fête à caractère agraire […] du reste ce même texte souligne immédiatement les aspects juridiques [et] ce qui domine de loin la fête de Samain c’est le grand banquet royal et militaire », affirment enfin à plusieurs reprises que le problème de la place de Samain dans le calendrier ne se pose pas : « c’est une fête de novembre, même si elle ne pouvait guère être une fête fixe car dépendant d’un calendrier luni-solaire ».En fait Samonios, plutôt qu’appartenir réellement à l’automne ou à l’hiver semble bien être un point de transition entre les deux saisons où, jadis, tous les animaux non requis par le travail ou retenus comme réserve d’élevage étaient abattus et leur viande fumée ou salée était mise en réserve pour l’hiver. Ce qui ne pouvait pas être conservé était ors mangé lors de la fête tandis que la graisse, les peaux et les fourrures étaient prélevées car vitales pour aider les gens à passer l’hiver. C’était une courte période de plénitude avant la cruelle pénurie de la nuit hivernale.Car je crois qu’il serait abusif, comme Le Roux et Guyonvarc’h, de ne pas voir aussi un caractère agraire à la fête de Samonios (fête « totale » !) alors que la société celtique était effectivement une société agraire et pastorale et que le calendrier celtique semble bien avoir été réglé sur le début et la fin des travaux de l ’élevage et de la culture plutôt que sur l’année solaire des équinoxes et des solstices.

A propos du Calendrier

Il est vrai qu’un calendrier gallo romain composé d’une mosaïque ( http://jfbradu.free.fr/mosaiques/gallo-romaines/st-rom-gal/st-rom-gal.htm ) et découvert à saint Romain en Gal représente les scènes d’hiver suivantes où n’apparaissent pas les semailles (sauf pour les fèves) et qui sont plutôt des scènes d’intérieur : deux paysans asis près d’un foyer ; un homme apportant des osiers à une femme qui tresse des paniers ; deux autres semant des fèces ; un homme et un enfant faisant des libations aux dieux du Foyer ; la meule tournée par l’âne que dirige une femme ; un homme introduisant des pains dans le four ; deux autres vêtus du chaud manteau à capuchon transportant au vignoble du fumier sur un brancard. En revanche ce sont les scène d’automne qui concernent les travaux des champs : les vendanges d’abord ; et puis on y cueille les pommes, on déchausse les arbres, on fait les labours et les semailles. Mais il ne faut pas se laisser tromper par une interprétation littérale des mots, par le fait que Samonios correspond au début de l’hiver : au 1er novembre, nous sommes toujours dans les conditions qui ont prévalu durant l’automne et il est encore temps de semer les blés, l’orge et la seigle dans la terre endormie ; après il serait trop tard car les grains ne germeraient pas (en quelque sorte des semailles d’hiver dans des conditions automnales…). De plus je suppose que les agriculteurs de l’époque ne semaient leurs grains que quand ils estimaient que la terre était prête, ou encore apte à les recevoir et non pas parce qu’un calendrier (sauf s’il s’agissait d’un rite cultuel) leur enjoignait de le faire à une date précise.Donc, le 1er novembre, nous sommes encore en automne mais c’est quand même le début de l’hiver. Ou peut être serait-il plus approprié de dire « la fin de l’été » pour respecter l’étymologie d’une part mais aussi parce que les différentes fêtes semblent effectivement bien représenter non pas le début mais plutôt la fin des périodes (ce qui je crois correspond tout à fait à la conception que les Celtes avaient du temps):

Samain : fin des jours blancs, entrée dans les jours noirs

Imbolc : cœur des jours noirs

Beltaine : fin des jours noirs, entrée dans les jours blancs

Lugnasad : cœur des jours blancs

Les solstices et équinoxes, eux, représentent les moments culminants, ostensibles des saisons proprement dites et correspondent aux dates de nos saisons actuelles. D’aucuns pensent au contraire que Samonios coïncidait à l’origine avec le solstice d’hiver. Il est vrai, par exemple, qu’à l’appui de cette thèse, certains situent la cueillette du gui au solstice d’hiver même si je trouve personnellement que la date du 1er novembre est plus appropriée (symboliquement, etc.) à cette cueillette.Considérant que les 4 fêtes solaires, équinoxes et solstices, dont la célébration existait de toute antiquité parmi les peuples autochtones de l’Europe préhistorique et qui furent assimilés par les arrivants celtes pour assoir une société dont les fondements économiques étaient d’essence agraire et pastorale. Considérant donc ces 4 fêtes et leur articulation dans le calendrier cultuel celte, je trouve tout à fait intéressant et justifié , aux niveaux pratique, symbolique et métaphysique que chacune d’entre elles soit un « paroxysme » et non un « début ». Chacune d’entre elles constitue alors une extension de la fête -Imbolc, Beltaine, Lugnasad, Samain – qui l’a directement précédée tout en représentant le moment culminant, ostensible de la saison que chacune de ces grandes fêtes celtes inaugure. Samonios est placée sous le signe astrologique du Scorpion qui symbolise le glas de la végétation,

feuilles.jpgla chute et la décomposition des feuilles, expression de la destruction des valeurs objectives et des formes extérieures à la faveur d’un processus de fermentation, de putréfaction, de désagrégation. Ce signe d’Eau, fixe, est celui de l’eau immobile, fétide des marais, comme celui de l’eau de vie ou de la lave volcanique. Ce signe est sous la tutelle de Mars et de Pluton, « le Prince des Ténèbres » symbole des profondeurs et des ténèbres de notre nuit originelle._________________

 

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solstice d’été: coutumes en vrac

juillet 7, 2007 at 7:03 (coutumes, fêtes)

L’Eglise a tenté d’en obtenir le privilège exclusif et dans bon nombre de paroisses, le curé bénissait le feu avant qu’il ne soit allumé (Lussac les Chateaux), réunissait l’assistance dans l’église pour y réciter le chapelet (Cissé) ou le faisait réciter en en faisant le tour (Lussac).
Quand il n’y avait pas de curé, le plus âgé ou le plus jeune versait des gouttes d’eau bénites sur les flammes (Availles en Chatellerault) et c’était le plus ancien qui l’allumait.

Le Feu de la saint Jean porte plusieurs noms : c’est « la Jouannée » ou « Johannée » dans le pays chatelleraudais ou le loudunais. « La Jaunée » le long de la Vienne, de Mauprevoir à la Chapelle Moulière. Mais aussi « la Baudouelle », « la Chalibaude » tous les deux formés sur l’ancien adjectif « bald » (gai, joyeux). Faut-il y voir une allusion à Balder, dieu solaire, de la jeunesse et de la beauté, le dieu du Nord qui prendra la place d’Odin après le Ragnarok ?

Dans certains villages, on ficelait un chat vivant tout à la cime du feu, mais comme la source date de 1573, soit en pleine période d’Inquisition, on peut se demander si l’on n’est pas en présence, là, d’ une perversion des feux; le chat étant considéré comme l’animal familier de la sorcière, qu’on lui assimile et qu’il fallait détruire comme elle… on pense aussi aux chats de Freyja, déesse nordique de la terre et de la fertilité …
bouquet-jpg.jpgMais le plus souvent, ce sont quand même des bouquets de roses, de bleuets, de marguerites et de coquelicots, ou bien des herbes de la saint Jean qui sont accrochés. A Availles en Chatellerault, on fleurissait la cime d’un arbre coupé et nettoyé qui servirait de support au bûcher, d’un « bouquet de plantes efficaces contre les sortilèges » ramassées le matin même . Plus le mât est haut, mieux c’est, il faut qu’il puisse être vu de loin et qu’on puisse même l’identifier (celui de tel village, de telle ferme…)

Au début du siècle dernier ne subsistaient plus à Poitiers que les feux de la Madeleine et des faubourgs mais il y en avaient encore 35 à Availles et 7 à Yversay, soit un par quéreux (quartier): simples petits feux de carrefours autour des quels se réunissaient les voisins, en hommage peut être inconscient à Hécate, ou aux déesses des carrefours gallo-romaines qui ont probablement succédé à leurs homologues gauloises (voir « balade païenne à Angles sur l’Anglin »)
On  fait le tour de ces feux, parfois 9 fois (Availles) et dans le sens solaire .. faut il y voir là encore une allusion aux 9 mondes nordiques correspondant aux différents aspects de notre conscience … mais aussi 9 = multiple de 3, chiffre sacré chez les Celtes et qui correspond aussi (entre autres) au nombre de mondes chamaniques … On en fait le tour en dansant la ronde et en chantant, à tel point qu’on en a la tête qui tourne (rapport avec la transe ?)

Diverses coutumes liées aux plantes.
Ici, c’est avec une fleur de lys à la main qu’on tourne autour du feu (Yversay): les pétales ensuite mises à macérer dans l’alcool cicatriseront les plaies. Dans le neuvillois ce sont des branches de noyer coupées le matin et portant au moins une noix verte qu’on passe dans le feu : on mord la noix 9 fois (chiffre décidément magique) en prévention contre les maux de dents, et les branches, déposées dans l’étable, préserveront le troupeau des épidémies. A Saint Pardoux dans les Deux Sèvres, les mêmes branches de noyer grillées sous la cendre servent à asperger d’eau bénite les champs menacés par les orages. Ce sont des bouquets de bouillon blanc et de feuilles de noyer passés dans les flammes dont on frottera le dos des animaux et qu’on suspendra au dessus de la porte des écuries. C’est la veille (ou le matin) de la saint Jean que sont cueillies les feuilles qui serviront à faire le vin de noyer, tandis qu’on les colle en croix au dessus des portes des maisons dans le Niortrais (Mougon) pour se préserver des peines et des maladies. En général, c’est à cette période qu’on ramasse (à reculons) les herbes de la saint Jean (voir « le solstice d’été ») et les gros bouquets roussis protègent la maison toute l’année comme les tisons noircis du feu placés sous les lits de la maison protégeaient cette dernière de la foudre.

Diverses coutumes liées aux pierres.
Les nouveaux mariés ne font pas que sauter au dessus des flammes, comme les couples stériles ils jetaient des pierres dans le feu pour avoir des enfants dans l’année. Ces pierres devaient être de la grosseur des raves que l’on voulait récolter (région des brandes) ou aussi grosses et lourdes que possible pour promettre une récolte de grosses citrouilles. Et à Vouneuil sur Vienne, les participants marquaient leur place pour l’année suivante en disposant des pierres autour du feu (donc « en cercle » !!!) sur lesquelles venaient à minuit s’assoir les fées .

Suivant une coutume qu’on retrouve ailleurs en France, les moutons sont tondus la veille de la saint Jean et baignés au confluent de deux cours d’eau pour épaissir leur laine (Montmorillonnais et Chatelleraudais).
moiss4.jpgLes métiviers (moissonneurs) se chauffaient le dos au feu, les reins entourés d’une liane de chèvrefeuille, de ceintures de paille tressée, de chanvre ou d’herbes de la saint Jean.

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