Etude des traditions non écrites

août 10, 2008 at 11:28 (archéologie, druidisme, Généralités, paganisme, vie quotidienne)

Toute renaissance du druidisme est impossible, selon le professeur Guyonvarc’h, spécialiste en la matière s’il en fut, parce que, d’une part, la langue sacrée qu’employaient les druides a disparu et d’autre part, que la société celtique indépendante à laquelle la figure du druide était liée, n’existe plus non plus … On voit tout de suite que nous ne parlons pas de la même chose … le professeur Guyonvarc’h parle de « sa » spécialité, c’est à dire du druidisme vu à travers la lorgnette universitaire réductrice , du druidisme envisagé dans sa définition sacerdotale, c’est à dire d’un « corps » de sacerdotes et de son rôle dans les domaines tant religieux, que savants, philosophiques, économiques ou politiques… on ne voit pas dans cette « définition » la moindre trace de ce que j’appellerai « paganisme vécu » mais une sorte d’inventaire froid et sans vie, de simples fiches signalétiques sur des hommes (et peut être des femmes) dont, effectivement, nous n’avons plus grand chose à faire, si ce n’est à nous y intéresser d’un point de vue historique… Il n’a jamais été dans nos propos ni dans nos voeux de restaurer ce druidisme académique là, mais bien plutôt de vivre nos croyances païennes d’enfants de la terre Celte comme auraient (peut être) pu la vivre nos ancêtres si le monothéisme n’avait imposé sa chape de plomb depuis des siècles.

Considérer que toute « restauration » du paganisme celte est impossible est donc, à mon sens, le premier écueil à éviter. Le second se trouve à l’autre extrême et consiste à se dire que, le paganisme étant par essence adogmatique, on peut faire à peu près tout ce qu’on veut, « n’écouter que son ressenti » (ce qui me fait bondir … ) et, suivant une terminologie complètement aberrante, « se construire sa propre tradition » en venant remplir selon son humeur, son caddie aux rayons du super marché de la spiritualité.

On pense ce qu’on veut d’Alain de Benoist, c’est pourtant lui qui a écrit ces mots qui forment une ligne directrice aussi cohérente qu’ enthousiasmante…: « « Le paganisme aujourd’hui ne consiste pas à dresser des autels à Apollon ou à ressusciter le culte d’Odhinn. Il implique par contre de rechercher, derrière la religion, et selon une démarche désormais classique, l’« outillage mental » dont elle est le produit, à quel univers intérieur elle renvoie, quelle forme d’appréhension du monde elle dénote. Bref, il implique de considérer les dieux comme des « centres de valeurs » (H. Richard Niebuhr), et les croyances dont ils font l’objet comme des systèmes de valeurs: les dieux et les croyances passent, mais les valeurs demeurent. C’est dire que le paganisme, loin de se caractériser par un refus de la spiritualité ou un rejet du sacré, consiste au contraire dans le choix (et la réappropriation) d’une autre spiritualité, d’une autre forme de sacré. Loin de se confondre avec l’athéisme ou l’agnosticisme, il pose, entre l’homme et l’univers, une relation fondamentalement religieuse – et d’une spiritualité qui nous apparaît comme beaucoup plus intense, plus grave, plus forte que celle dont le monothéisme judéo-chrétien se réclame. Loin de désacraliser le monde, il le sacralise au sens propre, il le tient pour sacré – et c’est précisément en cela, qu’il est païen. »

Il n’est pas question de refaire l’histoire , « réinventer des dieux, à la manière antique », est impossible. Retrouver le paganisme tel qu’il était ? je ne vois pas comment cela serait possible et je ne sais même pas si ce serait souhaitable (d’autant plus qu’il devait y avoir autant de « variantes » que d' »écoles » et « tendances »…) en revanche, il est possible, j’en suis certain, de retrouver le paganisme tel qu’il aurait pu devenir… Nous ne voulons pas reconstruire à l’identique, nous voulons forger les outils qui nous permettront de vivre notre foi de manière cohérente. Malgré tout ce qu’on a pu dire de la tradition orale il est faux de prétendre qu’on a tout perdu de l’enseignement des druides: les découvertes archéologiques et leur interprétation, le comparatisme avec les textes irlandais et gallois débarrassés de leurs scories chrétiennes, et le recours à l’hindouisme et autres traditions indo-européennes peuvent nous donner de sérieuses pistes pour une sorte de reconstructionnisme basé sur un archéo futurisme intelligemment pensé … retrouver les dieux locaux, je pense que c’est réellement possible et (re) construire « en respectant l’esprit des Anciens », je suis certain que ça l’est aussi…

Une des méthodes, non exclusive, utile à l’apprenti « re-constructionniste » et qui est l’une de nos finalités, à la Main Rouge, est l’étude des traditions non écrites…

Que faut-il entendre par « traditions »? On laissera la parole à Etienne Renardet (« Vie et croyances des Gaulois avant la conquête romaine ») qui répondra bien mieux que je ne saurais le faire moi même:

« la Langue . Elle sert à exprimer les idées, les besoins, les sentiments d’un groupe social, à transmettre les connaissances, à communiquer. Elle est donc un support privilégié de la culture.

La linguistique permet de déterminer la présence et les mouvements d’une civilisation. Elle reste imprécise dans le domaine du temps.

Les Habitudes. Généralement elles relèvent de la bienséance. Leur origine est parfois difficile à ,déterminer. Si l’on se découvre devant une personne à qui l’on doit le respect ou que l’on veut honorer, c’est que la coiffure était signe d’autorité. Tendre la main droite manifeste que l’on est désarmé. Offrir des voeux au Nouvel An se faisait déjà à l’époque néolithique, etc. Toutes les habitudes ont à l’origine une signification symbolique ou une raison pratique. Elles ont acquis un statut conventionnel. Par exemple les hommes laissent les femmes passer devant eux, ils offrent leur bras gauche, sauf s’ils sont militaires (à cause du sabre), le maître de maison verse quelques gouttes de vin dans son verre avant de servir ses invités. Ces habitudes s’expliquent mais il n’en est pas toujours ainsi.

Les Coutumes. Elles se rapportent aux activités ou aux cérémonies. Elles composent des sortes de rituels domestiques, professionnels, religieux, festifs. On les classe dans la discipline nommée folklore. Celui ci a entrepris de nombreuses enquêtes pour recueillir les rites attachés aux diverses circonstances de la vie sociale. Fort heureusement, on a rassemblé avec le plus grand nombre de détails possibles les pratiques effectuées lors des mariages, des naissances, des enterrements, des fêtes… Ainsi possède-t-on déjà une riche documentation qui éclaire le comportement social.

Les Dictons, Maximes, Proverbes. Les uns ont une portée morale, d’autres ont valeur de conseil ou simplement d’indication, d’autres encore se rapportent aux prévisions météorologiques (ce mot seul est indicatif). L’étude de ces formules lapidaires est fort instructive quant à la mentalité, le comportement et les règles de vie d’autrefois.
De nombreuses études ont été entreprises mais la chronologie mériterait d’être approfondie.

Les Contes, fables, légendes, anecdotes se rapportant à des personnages ou des évènements historiques. Ce domaine a été largement exploré par les historiens. Les travaux récents exploitent cette source de documentation non seulement pour mieux connaître les biographies et les faits, mais aussi pour pénétrer dans le domaine des us et coutumes et des courants sociologiques.

Les Contes, légendes et dictons se rapportant à un site ou un objet déterminé. Ce domaine est celui qui nous intéresse particulièrement car il est à peu près inexploré. Des auteurs, depuis peu de temps du reste, signalent à propos d’un site les traditions qui s’y rapportent. Mais à notre connaissance, il n’existe pas d’études systématiques et comparatives d’envergure.
Pour étudier cette documentation, il convient avant tout d’en recueillir les éléments aussi fidèlement et complètement que possible. D’autre part on ne doit pas négliger qu’ils ont avec les autres sortes de traditions des liens plus ou moins étroits qu’il convient d’établir et d’analyser. Enfin, les traditions sont une matière vivante. Contrairement aux vestiges archéologiques témoignant avec précision de l’époque à laquelle ils appartiennent, les données traditionnelles sont en perpétuelle évolution. Il importe de déterminer les phases de leurs mutations et leurs formes successives. C’est ce que André Varagnac appelle la stratigraphie des âges.

Comme on le voit ce domaine comporte une multitude de composantes d’une très grande richesse. Mais leur étude suppose une rigueur dans la recherche et une méthode adaptée. Nous appliquons la méthode suivante:

Analyse des Composantes.

Il convient tout d’abord de déterminer le noyau central de la tradition qui présente une permanence. Ce noyau se rapporte à des réalités psychologiques de la nature humaine: les archépsychés. Leur essence n’apparaît pas au premier abord, c’est donc plutôt leur permanence qu’on recherchera.
Puis, on examinera les composantes au moyen des apports en tenant compte du cadre culturel et des habitudes de l’époque considérée, des contingences économiques, politiques, sociales. Des comparaisons avec les modifications constatées pour la même période sur des tradition, écrites ou orales, sur l’art, les moeurs, faciliteront cette étude.

Confrontation des traditions entre elles et avec les autres agents.

Des confrontations destinées à vérifier des hypothèses et même des rapprochements systématiques sont à faire. Ces confrontations sont indispensables non seulement pour permettre la compréhension des traditions mais aussi pour que l’interprétation que l’on propose soit crédible.

Interprétation.

Nous avons vu que les objets archéologiques pouvaient être datés parfois avec précision. Il en est de même des faits historiques qui, après critiques, ont de grandes chances de se présenter comme authentiques. Mais en raison même de leur caractère instable, les traditions ne sont susceptibles de refléter que des courants d’idées, des tendances, des orientations de croyances ou de pratiques.

La première démarche du chercheur consiste à se départir autant que possible de ses propres cadres de références. Il est évident qu’une telle attitude n’est pas pleinement réalisable. Il importe à tout le moins d’y tendre.

Puis on recherchera les cadres de la population considérée en s’efforçant de découvrir sa culture, celle ci étant composée du fonds antérieur, des acquisitions, du genre de vie, des pressions et réactions.

Contrôle.

Sachant que l’interprétation est nécessairement marquée par la personnalité de celui qui la présente et de l’incertitude des documents, un contrôle s’impose. Il portera sur la remise en question des conclusions, si attrayantes soient-elles et sur la comparaison entre diverses propositions. Ainsi obtiendra-t-on confirmation des hypothèses qui ne seront retenues que lorsqu’une convergence aura pu s’établir par rapprochement, comparaison, similitude et opposition.

Une telle méthode est longue à appliquer. Elle s’impose pourtant à celui qui veut étudier consciencieusement les traditions ».

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Du pagus

septembre 11, 2007 at 3:40 (Généralités, histoire)

Dans notre présentation, nous écrivons: « dans l’espoir d’une renaissance païenne, nous nous proposons de récolter un maximum d’informations dans tous les domaines qui peuvent aider à mieux connaitre l’identité de notre Pagus, la vie quotidienne et les rites de nos Ancêtres. Nous irons à la recherche des Dieux et Déesses du sol que nous foulons à travers notre imaginaire, les lieux, les récits historiques, les légendes, les coutumes et les fêtes toujours vivantes… »

C’est dire pour nous l’importance de la notion de Pagus. Nous employons plus volontiers le mot latin, qu’employait aussi César dans ses Commentaires puisqu’il recouvre une réalité connue et précise… nous ne sommes pas convaincus que tel était le cas pour le gaulois « brog(i) » puisque rien n’atteste en vérité que du sens initial de « frontière, marche », il soit passé partout en Gaule à « territoire, pays »…

Dans sa « Vie et croyances des Gaulois avant la conquête romaine », Etienne Renardet écrit:

« Les impératifs économiques et le besoin d’assurer la sécurité ont incité les familles à se réunir entre elles pour former des clans, les clans des tribus.. De même les villages gaulois qui constituaient des unités bien définies ont ressenti le besoin de s’associer à des agglomérations voisines pour faciliter des échanges de produits abondants ici et rares là. De plus, la civilisation en se développant, supposait des installations dont un seul village ne pouvait assurer la création et l’entretien. Les greniers à sel du Moyen Age en donnent une idée.. Les chemins, en particulier, requéraient la mise en oeuvre de travaux considérables. Jusqu’au siècle dernier, chaque village, si petit soit-il, avait son cantonnier. Ce dernier était requis pour travailler avec ses collègues sur les chemins du canton. De là lui vient du reste son nom. Par ailleurs, il n’aurait servi à rien de construire une route si, sur les territoires voisins, elle n’avait eu son prolongement, ce qui suppose un plan concerté.. L’aménagement des rivières supposait aussi un effort commun.

Ainsi sont nés les cantons. Leur constitution remonte peut être à l’époque pré-celtique. Mais ils subsistèrent jusqu’à la féodalité. On sait à vrai dire peu de choses sur chacun d’eux. Pourtant on a retrouvé certains limites de ces circonscriptions. L’une d’elles, en particulier, est caractéristique. C’est l’equoranda qui a donné de nombreux dérivés comme Aigurande, Ingrande, etc. Il semble bien que ce mot gaulois [qui aurait le sens de « limite d’eau »] évoque à la fois l’eau et le cheval. Plusieurs lieux portant ce nom pourraient bien correspondre au point où les charges, transportées par eau, devaient être reprises par des transports terrestres. des traditions relatives à saint Eloi et à des pélerinages de chevaux liés à ces equoranda appuient cette hypothèse.

Au canton est donc liée la notion de réseau de voies terrestres et fluviales. Par ailleurs, on sait que le christianisme, lors de son implantation, a calqué ses structures sur les circonscriptions existantes. Avant de créer les paroisses il a mis en place des baptistères, souvent dédiés à Jean le Baptiste, où les habitants du pagus venaient adhérer à la nouvelle religion. Après la création des paroisses dans chaque village, des « églises-mères » ont gardé certaines prérogatives qui rappelleraient leur situation au chef -lieu du pagus. L’examen de la géographie ecclésiastique primitive et du réseau des voies est susceptible de donner des indication intéressantes sur les cantons gaulois.

On rencontre de nombreux toponymes de la forme « mediolanos » nettement celtique et signifiant « plaine du milieu ». Les agglomérations occupant cette situation pourraient bien être les chefs-lieux de cet ensemble de villages ou de clairières constituant le pagus. S’il en est bien ainsi la constitution des cantons remonterait à une très haute époque, ce qui n’est pas pour nous surprendre. Cette structure, bien antérieure à l’époque gauloise, aurait subsisté mais l’importance prépondérante du medialonos aurait été supplantée par celle de la cité ».

Il est à noter qu’on peut tout à fait remplacer le mot « canton » par celui de « région » sans crainte d’extrapoler …

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pagus picton – 4ème partie

avril 12, 2007 at 9:24 (Généralités)

Mais que dire des mille gestes de la vie quotidienne tenant de la magie, de la « superstition » la plus profondément ancrée dans l’âme populaire ? Quelques bribes nous en sont parvenues comme ce talisman médical sur lame d’argent trouvé à l’angle des rues Riffault et Saint Denis, rédigé en un mélange de latin et de gaulois… mais combien d’autres ont péri ?…

Sous le vernis romain, la personnalité indigène survit en fait pratiquement intacte. Il en résulte un incroyable mélange de tous les milieux, de créations et de cultes gréco-romains avec des oeuvres et des pratiques nettement pré-romaines. L’exemple extrême pourrait être la copie romaine archaïsante de Minerve, statue de marbre de la rue Paul bert. Quelques statuettes de bronze, le Mercure de Sanxay, l’athlète de Chasseport (commune de Lavausseau), répondent aux canons polyclétéens. A côté on rencontre tous les degrés de la sculpture ou de la toreutique de fabrication locale, depuis le grand Mercure de Poitiers ou les Amours de Vendeuvre, de proportions et de styles parfaits, de goût romain ou héllénistique, jusqu’aux Déesses Mères nombreuses et aux petits bronzes comme le Mercure de Vendeuvre, d’esprit et de facture indigènes (http://www.alienor.org/Articles/divinites/mercureb.htm).

Les cultes n’échappent pas à ces apparentes contradictions : inscriptions et formes sont souvent romaines mais le poids des traditions celtique et pré-celtique est encore partout entier. Les temples, construits selon des techniques romaines ont pris le relais d’édifices et d’enclos celtiques. Seul Poitiers en eut peut être de plan italique mais dans l’ensemble, c’est le plan centré indigène qui l’emporte, rond (à Vendeuvre), carré (Antigny, Vieux Poitiers, etc.), cruciforme (Sanxay). cela donnait à ces bâtiments la silhouette de tours confortées à leur base par une colonnade sous appentis formant déambulatoire. tels devaient être les deux temples jumelés de la Roche à Poitiers, reliés entre eux par une galerie et dédiés comme nous l’avons vu à Mercure Adsmerius et sans doute à sa parèdre Rosmerta.

Ceux de Saint Leomer semblent de plan rectangulaire mais possèdent en fait des cellae carrées. Les « pierres à quatre divinités », autels présentant sur chaque face une divinité du panthéon romain sont néanmoins le reflet d’une tradition indigène encore obscure: elles sont en effet très fréquentes en Gaule de l’Est et dans les germanies, mais la Vienne en a livré quatre (à Buxerolles, Champagné saint Hilaire, Chateau Larcher et Savigné). Les noms divins illustrent bien le rhabillage romain des dieux gaulois. Une statue mutilée trouvée à Poitiers, rue A. de la Mauvinière, et représentant une déesse classique assise, a conservé sa dédicace complexe: « A la divinité des Augustes et à la Tutelle d’Apollon Matuix… » elle allie le culte impérial, la Tutelle, déesse protectrice romaine et Apollon Matuix, dieu romano-celtique dont le surnom signifierait « le tueur d’Ours ». Pensons également à Mercure Adsmerius, « le Pourvoyeur », ou à Epona, présente à Poitiers, déesse sans équivalent romain.

Les pratiques funéraires, surtout l’incinération, sont aussi empreintes de magie millénaire, par exemple dans la mise en communication de l’urne contenant les cendres avec le sol, grâce à une cheminée de terre cuite ou de tuiles assemblées qui permettait aux vivants de communiquer avec les morts et de leur faire parvenir le produit de libations faites à leur mémoire. De même le bris rituel consistant à mettre hors d’usage les vases du repas funêbre, à les retrancher du domaine d’ici bas (sur le modèle des épées rendues inutilisables ?)

 

 

 

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pagus picton – 3ème partie

avril 12, 2007 at 8:56 (Généralités)

Concernant plus particulièrement Poitiers (Lemonum-la Ville de l’Ormeau), il serait bien étonnant que certaines découvertes de haches en pierre polie en divers points du promontoire ne remontent pas à la préhistoire, comme cet ensemble de haches en silex, en amphibolite et en ophite trouvées en 1828 dans une citerne de la Rue Neuve, actuelle rue Borbeau, ou les haches ramassées en 1851-1852 dans la rue de l’Industrie, actuelle rue Edouard Grimaux. Le dolmen de la Pierre Levée à quelques centaines de mètres de la vallée du Clain à l’Est s’inscrit sans doute dans un ensemble de sépultures mégalithiques échelonnées le long de la rive droite de cette rivière, mais on ne peut s’empêcher de la mettre en relation avec une probable communauté du Néolithique ou du Chalcolithique installée sur le tout proche promontoire qui deviendra Lemonum.
Imaginons, à la période gauloise, un ensemble de maisons construites en bois, terre, pierres sèches, chaume, disséminées sur le promontoire, de manière peut être plus dense au sommet, reliées entre elles par des chemins de terre, séparées par quelques terrains vagues faisant office de places, «sur lesquelles ouvraient sans doute, à peine distincts des cabanes vulgaires, quelques rustiques sanctuaires».
Pour ce qui est du siège de Limonum, en -51, par le chef Andécave, Dumnacos, rassemblant ses guerriers et les Pictons anti-romains contre Duratios (http://www.arbre-celtique.com/encyclopedie/fiche-2820.htm) qu’imaginer sinon que les combats durent avoir lieu dans les faubourgs de la Tranchée, et dans le fonds des vallées, le long de la Boivre et du Clain, à proximité des principaux gués ou des ponts en bois qui en permettaient le franchissement.
A l’époque gallo romaine, autour d’un centre monumental constitué par un forum aux multiples fonctions regroupant les principaux édifices civiques et économiques, s’organise un réseau plus ou moins régulier de rues déterminant des ilots d’habitation. En dehors du Forum, on rencontrait ça et là des thermes -un établissement par quartier- et des monuments de spectacles en général groupés, théâtre et amphi théâtre. Les temples quant à eux, n’obeïssaient à aucune logique connue, et perpétuaient le plus souvent une topographie sacrée antérieure à la conquête, sauf pour les sanctuaires officiels du culte romain situés près du forum. Dès que l’on quittait la zone habitée, commençaient les nécropole de part et d’autre des voies romaines reliant la ville aux chefs-lieux des différentes cités voisines.

A Limonum comme partout, il semble que ce soit Mercure le « principal » dieu du panthéon gallo-romain, succédant à quelque divinité celtique primordiale. Le surnom d’Adsmerius est en fait la latinisation d’un mot gaulois signifiant quelque chose comme « le Pourvoyeur », formé sur une racine qu’on retrouve dans la parèdre de Mercure/Lug, Rosmerta, à qui était peut être dédié le second temple de la Roche, et suffisant à le distinguer du dieu romain classique.
On trouve aussi des dédicaces à Mercure aux Trois Piliers (rue Carnot), et route de Nouaillé (sud est de Poitiers), une très belle stèle de calcaire rue Monseigneur Augouard, une tête gigantesque rue des grandes Ecoles et des statuettes debronze, plus humbles, rue Mgr Augouard, Sainte Opportune, et au cimetière des Dunes.
Autre culte important, celui des « déesses-mères » dont la popularité en Gaule est issue d’un lointain passé pré-celtique. On en compte une dizaine d’exemplaires de facture variée dans les terrains de Sainte Croix (en bas de la rue Jean Jaurès) à l’ancien collège Saint Stanislas (en haut de la même rue), rues de l’Ancienne Comédie, Saint Louis, Paul Bert, Edouard Grimaux et Jacques de Grailly. Généralement solitaires, une fois groupées par 2 (rue Edouard Grimaux), elles sont souvent assises et portent vase à libations, corne d’abondance, corbeille de fruits ou enfant.(http://www.alienor.org/Articles/divinites/coupleb.htm)
Egalement typique à Poitiers, la dévotion à Minerve (elle passe pour être la divinité protectrice de la ville), attestée par quelques documents majeurs dont l’exceptionnelle statue de marbre ( http://www.alienor.org/ARTICLES/divinites/minerve.htm) trouvée dans le domus de la rue Paul Bert, et un bas relief trouvé à l’Echevinage (aujourd’hui rue Paul Guillon) et deux dédicaces de la rue des Carmes et de la rue des Carolus (celle ci attestant l’existence d’un portique consacré à Minerve).

minerve1.jpg

En dehors de ces principaux cultes, il y a celui d’Epona, pourtant rare en Aquitaine, représentée ici par des figurines de terre cuite mais aussi et surtout par une statuette de calcaire trouvée rue Mgr Augouard.

Celui d’Apollon, attesté par un bas relief anépigraphe du dieu à la lyre trouvé à l’angle de la Grand’Rue et de la rue des Feuillants; et par l’inscription de la base de l’Union Chrétienne où le dieu est qualifié de Matuix.

Celui de Cybèle rappelé par un autel à tête de taureau recueilli rue Edouard Grimaux .

Il y a encore un petit Hercule en bronze à saint Hilaire, un Jupiter-Taranis à la roue en terre blanche rue Henri Oudin, un petit Télesphore phallique en bronze au cimetière des Dunes…

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pagus picton – 2ème partie

avril 12, 2007 at 8:38 (Généralités)

En ce qui concerne les lieux de culte gallo-romains, on peut noter une pérennité d’utilisation des sites : à Saint Léomer (Mazamas-Vienne), à Barzan (Le Fa-Charente Maritime), à Faye l’Abesse (Deux Sèvres), le sanctuaire d’époque romaine a succédé à un autre d’époque gauloise. A Rivières (Ribérolles-Charente), un fanum fermé par un péribole en pierre séche vient clore chronologiquement un important sanctuaire du Second Age du Fer.
Les manifestations du sacré se présentent à nous sous la forme de bâtiments cultuels, d’inscriptions, dédicaces et ex votos, de figures divines, statues et bas reliefs de pierre, figurines de bronze ou terre cuite; elles ont semé la terre des nécropoles d’offrandes et de viatiques, l’ont pétrie de mille gestes rituels souvent difficiles à comprendre aujourd »hui. Eles variaient d’un lieu à l’autre, d’un individu à l’autre.
Les cultes domestiques ne nécessitaient pas d’édifice spécial mais un simple petit laraire semblable à celui découvert rue des Carmes à Poitiers. A Saintes , des statues de déesses mères ont été mises à jour dans des puits d’habitations privées, laissant à penser qu’elles trônaient dans de petites chapelles aménagées dans ces demeures.

Les édifices cultuels devaient être, le plus souvent, des temples classiques, de plan et de décor gréco romain, mais on y rencontrait aussi sans doute, reconstruits in situ et en dur à l’emplacement même de temples de la période de l’indépendance, de ces fana à plan carré où la cella était entourée d’une galerie périphérique à colonade. Le seul temple attesté à Poitiers s’élevait hors la ville, dans la grande boucle de l’actuelle route de Nantes, au quartier de la Roche (deux temples jumeaux où on a retrouvé des monnaies de la fin de l’indépendance , un vase de bronze dédié à Mercure Adsmerius, et une colonne supportant le mot ‘Mercurio » et le dessin d’un phallus).

Pour ce qui est des Divinités, le poids des traditions indigènes marque une bonne partie de la statuaire et des inscriptions retrouvées dans la région: un dieu Rouvre (?) (Roboris c.f. Les travaux du pasteur Fevre) à Angoulême témoignant d’un culte aux arbres contre lequel saint Martin luttait encore, un Mercure Adsmerius à Poitiers, d’autres Mercure « indigènes » assis en tailleur derrière lesquels on devine Cernunnos, nous montrent les divinités celtiques se cachant derrière leurs modéles romains, telles les déesses-mères, divinités peu fréquentes en Italie mais bien représentées dans les trois cités de la région. Quelques fois, c’est la divinité celtique même qui est évoquée ou représentée: on connait une Damona « Matuberginnis » à Rivières (Charente), des Epona, seule divinité gauloise assimilée par les romains, à Rouillac (Charente), Poitiers et Saintes, et on ne dispose parfois même pas du nom de la divinité qui se cache sous une représentation romanisée, comme ce dieu fleuve à la barbe ondulée, présent à Saintes, et peut être à Angoulême.
Le Poitou possède des autels à quatre divinités, selon un modèle qui n’est connu qu’en Gaule de l’Est et en Germanie. Il est impossible d’affirmer que, derrière des statues de facture très classique, tel le Mercure de Sanxay (Vienne) ou la Diane de Saint Fraigne (Charente), ne se dissimulent pas des croyances celtiques.
Le Monde des morts lui même témoigne de pratiques diversifiées. La Saintonge semble préferer l’inhumation, pratique non romaine, à l’incinération, adoptée en Poitou et Limousin.

Parmi les divinités romaines, la plus souvent représentée est Mercure: trois autels seuls comportent sa figure mais quantité de statues ont été identifiées surtout en Charente; à Poitiers, cinq effigies ont été recensées. Plus de vingt statues aussi, de Vénus, anadyomène ou pudique. Très répandu semble avoir été le culte à Apollon, du moins chez les Pictons. Jupiter est attesté aussi sur plusieurs autels, de même que Mars ou Minerve. Saintes a donné une image de Diane d’Ephèse. Le culte de Magna Mater (Cybèle) existait à Poitiers.
Par contre, il y eut de toute évidence une vigoureuse continuité des cultes autochtones. Si Mercure et Vénus ont joui d’une faveur spéciale, c’est bien parce que le premier était assimilé au Teutatès gaulois, ou à Lug le polytechnicien et que la seconde profitait du vieux culte de la Fécondité.
Ressortissant au groupe des dieux romains, en quelque sorte travestis, Apollon « Matuicius » à Poitiers, le Jupiter « Taranis » à la Roue repéré à Dompierre les Eglises (Haute Vienne), comme à Anais, en Angoumois, cet autre Jupiter qui parait terrasser l’anguipède.
D’autre part, la tradition survit à l’état pur de plusieurs façons. D’abord par certaines figurations que n’accompagne aucun nom et qui restent énigmatiques. Le « dieu au Maillet » est signalé trois fois (en Limousin et à Saintes), et, en Poitou un dieu tricéphale. Le dieu accroupi sur ses jambes croisées, Cernunnos, est une divinité chtonienne de l’abondance qui a été trouvé en quatre points du Limousin comme en pays charentais. Il arrive que siège à son côté une divinité saluée du nom de « Mère ». Sous la forme d’une figure unique parfois, plus souvent dédoublée ou triple, on la voit assise, accompagnée d’attributs qui symbolisent l’abondance, ou bien de deux ou trois enfants qu’elle allaite. On en a retrouvé une dizaine d’exemplaires rien qu’à Poitiers.
A l’inverse, des inscriptions nous livrent des noms sans figure. De la sorte on a rencontré Duoricos; sur deux points de la Charente, Damona, associée dans l’un des cas à la divinité impériale. Il s’agit incontestablement de divinités topiques. Parfois nous nous trouvons en présence de temples groupés par deux ou trois ce qui révèle l’association de plusieurs divinités. Par exemple, deux temples voisins, entourés ou non d’un péribole, reliés par une galerie à la Roche de Poitiers en l’honneur du dieu Mercure Adsmerius et de sa parèdre comme en une demi douzaine de points; ainsi à Saintes, dans le quartier saint Vivien. Ailleurs, un dieu et une déesse, sans noms, sont associés dans telle sculpture. Et en un certain nombre de lieux, on croit pouvoir reconnaitre des traces du culte de divers héros.
Il existe aussi une quantité de divinités topiques, c’est à dire attachées à un lieu déterminé : les Dames ou les Mères qui protègent les familles et les domaines et sont devenues dans la tradition populaire les fées ou les fadets; les divinités des eaux , dont gardent le souvenir les fonts ou fontaines des Demoiselles, des Dames, des Fées et qui, la plupart du temps, ont perdu leur nom au profit , soit de saints célèbres: saint Pierre, saint Jean, soit de saints locaux: saint Armand, saint maixent; saint Eutrope, saint Vivien, saint Martin… Mélusine, la grande bâtisseuse du moyen age poitevin, le génie tutélaire de la famille des Lusignan, est à l’origine la divinité de la Font de Cé, dans la forêt de Coulombiers; aussi à Lusignan représente-t-on Mélusine sous la forme d’une femme poisson dont les cuisses et les jambes étaient remplacées par une queue de poisson et qui nageait dans une cuve. Beaucoup de ces sources ont, aux yeux des gaulois, des vertus curatives ou magiques: ils apportent des offrandes à la divinité du lieu. Ils en apportent aussi aux divinités des forêts. Le culte des arbres était très répandu dans ces pays boisés. Certaines parties de la forêt consacrées à une divinité, constituaient un bois sacré, auquel les romains donnèrent le nom de lucus. Les bourgades qui s’établirent auprès des ces lucs en ont pris le nom: le village de les Lucs, le Luc, le Grand Luc, le Petit Luc se rencontrent en Poitou et en Saintonge.

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pagus picton – 1ère partie

avril 12, 2007 at 12:28 (Généralités)

Au siècle dernier, le département de la Vienne, qui avec les Deux-Sèvres, une partie de la Charente et de la Vendée, constituait le Pagus Picton, comptait environ 150 dolmens et une dizaine de menhirs dont les 2/3 ont été detruits, notamment le champ de dolmens de Thorus près de Chateau Larcher.
La répartition des objets datables des débuts de l’Age du bronze suggère des influences venues par la mer ou les fleuves.
Du Bronze moyen date le très beau cône d’Avanton (conservé au Musée de Saint germain en Laye), colonne cultuelle consistant en une feuille d’or de 55 cm de haut décorée au repoussé (http://www.avanton.fr/notrevillage/histo.html )
Au Bronze terminal se rattache la cachette de fondeur de Notre Dame d’Or (grande diversité d’objets).
Avec l’Age du Fer : épées trouvées à Germond, fond de cabane de Jaunay Clan, sépultures à char de Gros guignon, près de Civray, et de Quinçay.

En 1937, à 2 kms de Poitiers, a été mise à jour une sépulture féminine dans une carrière de sable. Elle a livré un collier orné de neuf crotales et une ceinture terminée par un sphéroïde ajouré dont l’appartenance au groupe franc-comtois des Moidons est indiscutable (premier Age du Fer dans le Massif du Jura).
A Antran, en bordure de Vienne, au Bronze final, des enclos circulaires et quadrangulaires servent à la fois de lieux de cérémonie et de réceptacles aux cendres des morts.
Le gisement de la Croix Verte à Antran a livré un ensemble important de structures funéraires et cultuelles (enclos, fosse, fanum), allant du Néolithique à l’époque romaine. Parmi les nombreux vestiges, un bâtiment de bois gigantesque (50 m. de long sur 15 de large) qui avait probablement un rôle réligieux.
Le passage au Second Age de Fer se fait doucement, dans une phase transitoire marquée par les fossés à incinération de Civaux avec fibules et agrafe à palmette. Les sépultures de Mazerolles avec leurs grandes épées en fer sont un peu plus tardives. Seule la cachette du bronzier de Maillé nous renseigne sur l’outillage et les parures de l’époque.
Au 1er Age de Fer, on rencontre des tombes plates à inhumation (Roches Prémaries, St Georges les Baillargeaux). Les tumulus de Valdivienne et d’Aslonnes comme les aristocratiques tombes à char sont contemporains.

A l’arrivée des Celtes, les « limites » du pagus se fixent et le toponyme d’Ingrandes (Equoranda) est connu comme lié à une frontière: en limite avec les Andécaves (Ingrandes de Couziers), les Turons (Ingrandes du Poitou), les Bituriges (Ingrandes, près du Blanc), les Lémovices (ruisseau des Equilandes, près de Bourg Archambault). Au sud, la forêt d’argenson sépare Pictons et Santons avec un nouveau toponyme d’Ingrandes, au sud de Niort: la rivière de la Guirande. A l’ouest se trouve une autre frontière avec un dernier Ingrande sur la commune de la Réorthe (Vendée).

Pas davantage que pour l’Age du Bronze, nous ne connaissons l’identité des divinités honorées pendant les Ages du fer. Les rares noms qui nous sont parvenus, comme Damona ou Robur, le sont par des inscriptions d’époque gallo-romaine. Mais on ne voit pas pourquoi elles, et bien d’autres divinités panceltiques ou locales n’auraient pas déja fait l’objet de culte avant la conquête.
Certaines nécropoles sanctuaires possèdent des structures dont le caractère religieux parait peu discutable, comme les puits à poteaux de bois de Ribérolles à Rivières, mis en place à partir du Ve siècle av.JC. Des édicules de bois destinés au culte funéraire ont aussi pu se trouver érigés à l’intérieur de certains enclos comme dans un carré à Civaux. Et l’implantation près de lieux humides -sources, marécages (Antran) ou rivière (Ribérolles)- de certaines d’entre elles doit probablement être en rapport avec le culte des eaux et sa dimension, eschatologique comme agraire.

A Partir du IIIe siècle, s’implantent des sanctuaires dont les dépôts d’offrandes sont constitués pour l’essentiel de restes d’animaux sacrifiés, en particulier des chevaux, aisni que des hommes (têtes sacrifiées ? têtes trophées ? reliques héros/ancêtres ?) mais surtout d’armes mutilées: Faye l’Abesse (Deux Sèvres), Naintré (Vienne), Muron (Charente Maritime), Nalliers (Vendée).

Suivant une tradition remontant à l’Age de Bronze, les grottes ont aussi pu servir de lieux de culte. Le casque de celle des Perrats à Agris (Charente) semble bien être un dépôt à caractère sacré, peut être celui de fondation d’un sanctuaire fréquenté jusque pendant le Haut Empire romain.

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