La préhistoire dans la vallée de la Charente

décembre 16, 2009 at 3:56 (histoire)

Source : suite à l’interview de Jean-Michel Leuvrey , archéologue préhistorien poitevin pour un projet d’article.
Grand professionnel passionné, il a travaillé sur de nombreux sites avant de venir dans le Poitou où il séjourne actuellement ; il a également écrit différentes publications, sur certains des sites suisses ou français sur lesquels il a travaillé.

Pour beaucoup de gens, préhistoire veut dire Dordogne, mais de nombreux sites, aussi riches, existent le long de la Charente ?

La préhistoire, qui commence avec les premiers vestiges manufacturés, couvre plusieurs millions d’années divisées en plusieurs périodes définies par le type d’outils produits mais correspondant également à des définitions socio-économiques.
Elle se termine dans la région avec l’apparition des premiers écrits retrouvés et datés de la conquête romaine de l’Aquitaine (pictons) par César en – 56 av JC. Les datations varient donc suivant les régions : l’apparition dans une région donnée des différents groupes culturels dépendant des flux migratoires.
De plus, les dates varient au fur et à mesure de la découverte des vestiges. Auparavant, l’on parle uniquement de préhominiens, vivants en Afrique (australopithèques), les hominiens (genre homo) étant généralement définis par leur capacité à fabriquer des outils.

Il est question, ici, de la première partie, la plus ancienne, de la préhistoire qui se termine avec l’apparition de l’industrie des métaux (cuivre, bronze, fer).

Le paléolithique
(âge de la pierre taillée) est l’ère des chasseurs-cueilleurs, peuplades nomades :

– Homo Erectus (pré-néandertaliens), apparu en Afrique vers -1.5 MA puis ayant migré vers l’Europe de environ – 800 000 à – 300 000 ans. Il vivait lors de l’interglaciaire Gunz – Mindel (1ère et 2ème glaciations).
A Saint Même les carrières (Charente) furent trouvés des vestiges de son occupation.

– Homo Sapiens Néandertalensis (homme de néandertal) dont la présence est attestée de – 200 000 ans à – 30 000 ans en Europe : il a connu les deux dernières glaciations, Riss et Würm.
Il existe de nombreux sites occupés par lui dans la région :
– la grotte à Melon – Hauteroche (Charente) où a été trouvé un crâne d’enfant
– la roche à Pierrot – Saint Césaire (Charente maritime) .

– Homo Sapiens Sapiens (homme de Cro-Magnon) arrivé tardivement en Europe, vers – 35 000 ans, lors de la dernière glaciation Würm.
Il s’éteindra vers – 10.000, à la fin de la dernière glaciation.
Le climat au début de cette dernière fut très froid puis connu des variations plus ou moins tempérées (Lascaux).
Sites correspondants connus :
– Site de plein air de Fontaury – Chateauneuf sur Charente (Charente)
– Grotte Marcel Clouet – Cognac (Charente)
– Grottes du Chaffaud – Savigné (Vienne)
voir http://jmleuvrey.over-blog.com/
– Grotte des rois – Moutiers sur Bohème (Charente).

Tous ces hominiens vécurent donc dans un climat globalement froid avec des biomes (macro-écosystème) de types toundra ou steppe (avec une faune froide : rennes, antilope saïga, mammouth), ponctué de périodes de réchauffement pendant lesquelles apparaissaient des arbustes (en témoignent des apparitions ponctuelles de cerfs).
Organisés en petits groupes nomades, ils suivaient les cours d’eau qui, outre un cheminement facilité, leur permettaient de trouver facilement des abris sous les porches des grottes creusées par les eaux dans les falaises calcaires.
Ils vivaient également sous des tentes (traces de poteau, effet de parois…).
Ces différentes branches d’hominidés vécurent plus ou moins simultanément, quelquefois sur les mêmes sites.
Ainsi, sur le site de La Roche à Pierrot ont été trouvés des vestiges mêlés d’industries imputables à l’homme de Cro-Magnon et à l’homme de Néandertal, impliquant une cohabitation pacifique de ces deux espèces.

Le mésolithique
est une période de transition pendant laquelle l’on trouve les derniers chasseurs/cueilleurs de la Préhistoire.
Très brève période (-7 500 à – 5 000 dans la vallée de la Charente), il se caractérise par des outils composites de très petite taille (microlithes) correspondant probablement à de nouvelles techniques de chasse.
En effet, le réchauffement du climat induit un changement de biome : les toundras et steppes disparaissent progressivement au profit de forêts claires à feuilles thermophiles (hêtres, chênes).
De même, la faune change radicalement avec l’apparition de nouvelles espèces: cerfs, chevreuils, sangliers…
Il existe peu de sites sur la vallée de la Charente.

Le néolithique
(âge de la pierre polie) est caractérisé par de profondes mutations dans les sociétés humaines, avec l’apparition de l’élevage et de l’agriculture vers – 5 000 dans la vallée de la Charente.
Elle durera jusqu’à –2 000 ans (Tumulus de Bougon –5 000).

Le climat devient tempéré (climat atlantique), permettant l’agriculture. De grandes forêts primaires (chênaies, hêtraies…) se développent.
La sédentarisation de ces groupes d’agriculteurs avec l’apparition des premiers villages permettra l’émergence des nouvelles techniques liés à ces nouveaux besoins.
Les plus importantes sont l’agriculture et l’élevage, et tout ce qui en découle : le tissage, nouvelles techniques de taille du silex (Grand Pressigny en Touraine).
Apparaissent de nouveaux rites funéraires (dolmens, tumulus).
Sites connus :
– Tumulus de la Boixe – Saint Amand de Boixe (Charente)
– Enceintes de Diconche – Saintes (Charente-Maritime) .

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Indiculus superstitionum et paganinarum (4)

février 25, 2009 at 4:43 (coutumes, histoire, paganisme) (, , , )

orage

Le titre XXe désigne les jours (les mercredis et les jeudis, principalement dans le mois de mai) que les nouveaux chrétiens continuaient toujours à fêter en l’honneur de Thor et d’Odin : « de feriis quae faciunt Jovi et Mercurio » (même remarque que plus haut).

Le XXIe regarde les pratiques superstitieuses auxquelles se livraient les Belges aux éclipses de lune : « de Lunae defectione quod dicunt vince Luna ». Les peuples du nord, croyaient que dans les éclipses de lune, un dragon ou un loup nommé Hati, livrait un furieux combat à cette planète; et craignant que la lune ne succombât devant ce terrible adversaire, ils criaient « victoire à la Lune » en faisant un tintamarre horrible avec toutes sortes d’instruments de cuivre, etc.

Le titre XXIIe condamne la croyance des belges, que les magiciens pouvaient, par des enchantements, exciter ou calmer des tempêtes : « de tempestatibus et cornibus et cochleis » (Eckard et Des Roches prétendent que par le mot « cornibus » il faut entendre les cornes de l’urus ou taureau sauvage, dont les peuples du nord se servaient en guise de verres ou de coupes, et avec lesquelles ils faisaient des libations aux dieux. Les « cochleae » étaient, selon les mêmes auteurs, des coquilles qui tenaient lieu de cuillers, dont on se servait dans les sacrifices pour faire les aspersions avec le sang de la victime, et dont on usait également dans d’autres cérémonies superstitieuses. Un capitulaire de Louis le Débonnaire condamne, avec les maléfices, les cochlearii. Oleus Magnus rapporte que les Suédois croyaient que lorsque le tonnerre grondait, leurs dieux étaient attaqués par des dieux ennemis, et que, dans le dessein de porter secours aux premiers, ils décochaient des flèches en l’air et frappaient à grands coups de marteau sur des blocs de métal. La coutume où l’on est encore dans beaucoup de villages de sonner les cloches lorsqu’il tonne provient probablement de ces vieilles superstitions).

L’article XXIIIe a pour titre « de sulcis circe villas », c’st à dire, des sillons qu’on traçait avec la charrue autour des villages avec certaines cérémonies, ou des fourches qu’on plantait autour des maisons, le tout, à ce que croit Meinders, pour éloigner les esprits malfaisants et préserver les demeures du feu et de l’ennemi.

Le titre XXIVe porte : « de pagano cureu quem yrias vocant, scissis panis et calceis ». Des Roches croit qu’il s’agit des danses païennes et des mascarades qui accompagnaient les fêtes de Joel. Il pense que « yrias » est mis pour «  hirtas » et que ce mot a la même signification que « cervulos ». Nous sommes assez d’avis, avec un commentateur de l’ « indiculus » que « yrias » vient de « gyrare » et qu’il est question dans ce canon d’une danse en l’honneur de la Lune, telle que celle que les Saxons faisaient tous les ans, autour de l’Irminsul. Meinders croit que l’indiculus veut désigner une danse autour des tombeaux des chefs et héros belges. Quant aux termes « scissis panis et calceis », nous n’avons pu trouver la véritable signification de ces mots (peut être doit-on lire « pannis » et le concile entend-il par « scissis pannis et calceis », la coutume de déchirer les vêtements en signe de deuil).

Le titre XXV porte « de eo quod sibi sanctos fingunt quoslibet mortuos ». Il blâme l’usage superstitieux des nouveaux chrétiens de regarder comme Saints tous leurs parents et amis défunts.

Le XXVIe canon est intitulé : « de simulacro de conspersa farina ». « C’étaient, dit Des Roches, des images des dieux, faites de farine détrempée dans de l’eau et peut être dans du miel. Les biscuits et les pains d’épices, continue-t-il, dont on régale les enfants le jour de l’an, y ont succédé ». Nous avons dit avant la conquête de César, qu’à la fête de Joël on offrait avec un porc un gâteau appelé « Julegalt », dont on conservait une partie pour la mêler à la semence, afin d’avoir une récolte abondante, et dont on distribuait le reste aux domestiques des champs. La défense de l’indiculus pourrait bien porter sur cette superstition. Comme la fête de Joël avait lieu en janvier, rien n’empêche de croire que la distribution de ce gâteau n’ait donné naissance à celle de pains d’épice au nouvel an.

Le XXVIIe titre porte « de simulacris de pannis factis ». C’était, dit encore Des Roches, des poupées comme celles qui amusent nos petits enfans. Les filles païennes devenues nubiles les offraient à la déesse Vénus, voulant déclarer par là qu’elles étaient désormais sous sa puissance. Nous conjecturons cependant qu’il s’agit ici de quelque pratique de magie.

Le XXVIIIe titre défend de porter par les champs, sans doute pour obtenir des moissons abondantes, les simulacres des idoles : « de simulacro quod per campos portant ». Cette cérémonie était analogue à celle des « ambervalia » chez les Romains et aux rogations des chrétiens.

Le XIXe défend d’offrir aux idoles des ex voto consistant en figures de bois ayant la forme de pieds et de mains : « de ligneis pedibus vol manibus pagano ritu ». Grégoire de Tours rapporte qu’en renversant un temple célèbre à Cologne, on y trouve parmi d’autres objets offerts aux idoles, des figures de plusieurs membres du corps humain, taillées en bois, que les malades faisaient suspendre à l’image du dieu dont ils invoquaient le secours (La coutume d’attacher aux images des saints des ex voto en cire, en or ou en argent, subsiste encore en Belgique).

Enfin le XXXe et dernier canon condamne l’aveugle confiance du peuple au pouvoir surnaturel qu’il attribuait aux femmes exerçant la magie : « de eo quod credunt, quià faeminae lunam commendent; quod possint corde hominum tollere juxtà paganos ». Nous avons parlé de la haute vénération que les peuples germains portaient aux devineresses, appelées « Truden » et « Alruner ». Une foule de documents du 7e et 8e siècles attestent, avec « l’indiculus », que ce préjugé subsistait encore alors dans toute sa force (Un laps de temps de dix siècles écoulés depuis la tenue du concile d’Aix-la-Chapelle n’a pu faire disparaître chez nos bons campagnards la croyance aux équipées de sorcières se rendant au sabbat en traversant l’air assises sur un manche à balai).. A la fin de la première race, dit Saint-Foix, il y avait encore plus du tiers des Français (et des Belges dont à cette époque le territoire faisait partie du royaume des Francs), plongés dans les ténèbres de l’idolâtrie; ils croyaient qu’à force de méditations, certaines filles druidesses avaient pénétré dans le secret de la nature; que pour le bien qu’elles avaient fait dans le monde elles avaient mérité de ne point mourir; qu’elles habitaient au fond des puits, au bord des torrents ou dans les cavernes; qu’elles avaient le pouvoir d’accorder aux hommes le privilège de se métamorphoser en loups et en toutes sortes d’animaux, et que leur haine et leur amitié décidaient du bonheur ou du malheur des familles. A certains jours de l’année et à la naissance de leurs enfants, ils avaient grande attention de dresser une table dans une chambre écartée et de la couvrir de mets et de bouteilles,avec trois couverts et de petits présents, afin d’engager « les mères » (c’est ainsi qu’ils appelaient ces puissances subalternes) à les honorer de leur visite et à leur être favorables; voilà l’origine de nos contes de fées.

On voit donc par tout ce qui précède avec quelle opiniâtreté les Belges étaient restés fidèles au culte de leurs pères, au paganisme germanique, plusieurs siècles après la domination romaine, et quels rudes travaux les apôtres du christianisme eurent à supporter avant de parvenir à les faire renoncer partiellement à l’idolâtrie; nous disons partiellement parce que longtemps après leur conversion, les Belges ne cessaient encore de confondre et de mêler les superstitions du culte d’Odin avec les dogmes et les cérémonies du christianisme…

… ce qui fut probablement le fait de tous les peuples indo-européens après leur conversion à la nouvelle religion exclusive …

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Indiculus superstitionum et paganinarum (3)

février 23, 2009 at 5:18 (coutumes, histoire, paganisme) (, , , )

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Le titre suivant (VII) concerne le culte rendu aux pierres et aux rochers : « de his quae faciunt petras ». Peut être aussi est-il question des sacrifices que les Belges auraient continué à offrir près des autels druidiques.

Le canon VIII défend les hommages que les Belges convertis continuaient à rendre à Thor et à Odin : « de sacris Mercurii vel jovis ». Dans la Zélande et dans d’autres contrées de la Belgique on trouve le culte d’Odin encore en vigueur au 7e et 8e siècles. Saint-Amand détruisit un sanctuaire de cette idole à Gand, et le remplaça par le célèbre monastère de Saint Pierre ou de « Blandinium ». (on note d’ailleurs que c’est Schayes qui cite Thor et Odin -comme il sera fait plus loin- alors que le texte en latin cite Jupiter et Mercure -dont les « équivalents » gaulois sont Taranos et Lug qui devaient être aussi honorés jusqu’en Gaule Belge…)

Le IXe article est intitulé : « de sacrificio quod fit alicui sanctorum ».Les Belges nouvellement convertis, étaient encore toujours imbus de leurs anciennes superstitions et confondaient les saint avec les habitants du Walhalla d’Odin.

Le Xe titre porte « de philacteriis et ligaturis ». C’est une défense de se servir de talismans et de ligatures de certaines herbes auxquels nos ancêtres avaient la superstition d’attribuer la vertu de les préserver de toutes sortes de maladies et de calamités, et de leur gagner le coeur des femmes. Les Talismans consistaient ordinairement en quelques caractères runiques gravés sur un morceau de bois.

Le XIe titre défend le culte que les Belges rendaient aux fontaines : « de fontibus sacrificiorum ».

Le XIIe porte: « de incantationibus », des exorcismes et enchantements. Le concile les appelle « incantationes », parce qu’ils se faisaient par des chants composés de vers magiques (diabolica carmina).

Le XIIIe canon traite de la superstition de tirer des augures des excréments des oiseaux, des chevaux et des boeufs, ou d’une personne qui éternue : « de auguriis, vel avium, vel equorum, vel boum stercoribus, vel sternutatione« .

Le XIVe canon intitulé « de divinis et sortilegis » est relatif au même sujet.

Le XVe a pour titre: « de igne fricato de ligno, id est Nodfyr ». Par c ette pratique superstitieuse, appelée Nodfyr ou Niedfeor, on croyait préserver le bétail d’épizooties. Voici comment la chose avait lieu : on frottait fortement l’un contre l’autre deux morceaux de bois jusqu’à en tirer du feu, dont on se servait pour incendier un bûcher construit du bois qu’avaient apporté à cet effet tous les habitants du voiusinage; puis oin faisait passer le bétail à travers les flammes. Nodfyr, Niedfeor signifie feu de calamité.. Lindebrog, dans son glossaire, à la suite des capitulaires, et Des Roches, dans son mémoire sur la religion des anciens Belges, confondent es feux avec ceux de la Saint-Jean; mais ceux ci s’allumaient à une époque fixe de l’année, au solstice d’été tandis que les Nodfyrs se pratiquaient toutes les fois qu’il se manifestait quelque maladie parmi les bestiaux.(un capitulaire de Charlemagne défend aussi la superstition du Nodfyr).

Le XVIe titre porte : « de cerebro animalium ». Il y en a qui croient qu’il s’agit de la défense de tirer des présages de l’inspection du cerveau des animaux immolés aux dieux; d’autres que la défense regarde la coutume de suspendre aux arbres des forêts sacrées les têtes des victimes et principalement celle du cheval. (on jurait aussi sur la tête d’un animal).

Le XVIIe canon : « de divinatione pagana in foco vel inchoatione rei alicujus », concerne la coutume superstitieuse de présager l’avenir par la manière dont la fumée s’élevait du foyer. Si elle montait verticalement, on en tirait un présage heureux; le contraite avait lieu si elle sortait obliquement. La défense s’étend aussi probablement à la coutume de faire passer par dessus les flammes les coupes des convives dans les festins publics. Les mots du tire « de inchoatione alicujus rei », regardent les présages qu’on prétendait trouver dans la manière d’entreprendre un travail. « Par exemple, dit Des Roches, si on était sorti de la maison par le pied droit ou par le pied gauche; si la première personne qu’on rencontrait était vieille ou jeune; si on avait vu passer une corneille à droite ou à gauche; si on avait planté des choux à la pleine lune ou à la nouvelle, et mille autres qu’on peut voir dans le livre intitulé: « la philosophie de la quenouille ».

Le XVIIIe titre porte : « de incertis locis quae colunt pro sanctis ». Il s’agit de certains lieux autrefois consacrés par le paganisme,auxquels les Belges continuaient à vouer une vénération particulière.

Le XIXe article est intitulé « de petendo quod boni vocant s. Mariae ». Eckard croit que « petendo » est ici un mot corrompu pour « petenstro », serpolet, et qu’il s’agit d’une pratique de magie exercée au moyen de cette plante. Mone est du même sentiment. Des Roches soutient que « petendo » est le gérondif de l’ancien verbe « pethtan » qui, en anglo-saxon, signifie marcher par des sentiers. Il croit pouvoir conclure de là qu’il s’agit ici d’une procession en honneur de la vierge mêlée de quelques superstitions païennes. Enfin, un autre commentateur est d’avis que la défense du concile de Leptines concerne les festins sacrés, célébrés en honneur des dieux suprêmes et que les Belges nouvellement convertis avaient conservés, en changeant leur dénomination.

(à suivre)

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Indiculus superstitionum et paganinarum (2)

février 22, 2009 at 6:38 (coutumes, histoire, paganisme) (, , , , )

En 1838, dans « Les Pays-Bas avant et durant la domination romaine », Antonin Guillaume Bernard Schayes examine chacun de ces différents points, présentant ainsi un remarquable panorama des croyances païennes encore vivaces à cette époque. Pendant la protohistoire celtique le territoire correspond à l’actuelle Belgique et à la partie de la Gaule, située au nord de la Seine. Par la suite, sous la présence romaine, la province impériale recouvre tout le nord-est de la France actuelle, de la Picardie à la Franche-Comté, ainsi que tout l’ouest de la Suisse avec une population constituée d’un mélange de Celtes et de peuples germaniques. Le Hainaut lui même, où se situe Leptinnes, se trouve à cheval sur la France et la Belgique actuelles. On peut avancer sans crainte de se tromper que les croyances et pratiques qui avaient cours dans cette région, avaient également cours, peu ou prou, chez les peuples voisins et même peut être dans tout ce qui allait devenir l’Empire Carolingien, donc, pourquoi pas, dans notre pays Picton. Des croyances et des pratiques populaires (superstitions, médecine populaire, traditions et fêtes …) se retrouvent encore aujourd’hui, venues du fond des temps et avec beaucoup de similitudes d’une région à l’autre : ce devait être encore plus vrai à l’époque de Charlemagne, et constituer probablement un « catalogue » populaire des croyances païennes de l’Antiquité. D’ailleurs, on s’apercevra qu’il est quasiment toujours possible de remplacer les mots « belges » ou « germains » quand ils sont employés, par n’importe quel autre nom de peuple de la Gaule antique.

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Le Ier canon est intitulé « de sacrilegio ad sepulcra mortuorum ». Il y était question sans doute de la coutume des Germains et autres peuples du nord de déposer des comestibles auprès des tombeaux de leurs parents, de leurs rois et d’autres personnages qui, de leur vivant, s’étaient distingués par leur bravoure et leurs hauts faits d’armes et d’y célébrer le 22 février de chaque année des fêtes commémoratives.

L’article II est analogue au précédent; il défend aux Belges d’offrir des sacrifices sur les tombeaux de leurs compatriotes : « de sacrificio supra defiunctos, id est Dadsisas »(on ignore la véritable signification du terme Dadsisas. Keysler lui donne celle de « maximus », comme si on eût voulu désigner par ce terme un sacrilège énorme. Calvoer l’interprète, avec aussi peu de vraisemblance, par spoliation des sépulcres. Un autre savant prétend que le mot désigne la coutume belge et germanique de brûler les cadavres. Meinders croit que ce terme indique les offrandes que les Germains déposaient sur les tombeaux)

L’article III proscrit certaines fêtes célébrées au mois de février et connues sous la dénomination de « spurcalia »: « de spurcalibus in februario » (Eckard prétend que par ce mot, on désignait le mois le plus froid de l’année. Suivant Des Roches, la défense aurait portée sur une fête du soleil célébrée pour demander à cet astre le renouvellement de la nature et la fertilité de la terre)

L’article IV est intitulé « de casulis id est fanis ». Cet article ordonnait sans doute la destruction des petits pavillons couverts en chaume dont les Belges couvraient les emblèmes de leurs dieux (Dom H. Leclercq le commente ainsi : Dans les campagnes, on construisait avec des branches d’arbres des huttes dédiées aux dieux et on y célébrait de petites solennités, tandis que les solennités publiques et communes se célébraient dans les bois ou dans les vallées sacrées. )

Le Vème article est intitulé « de sacrilegiis per Ecclesias ». Les germains idolâtres avaient coutume de célébrer leurs fêtes religieuses par des sacrifices accompagnés de danses et de festins. Les Belges convertis au christianisme continuèrent à célébrer de la même manière les fêtes des Saints dans les églises. C’est cette coutume païenne qui est condamnée.

Le VIème article intitulé « de sacris sylvarum quos nimidas vocant », rappelle les forêts sacrées des Germains et nous apprend qu’au milieu du 8ème siècle, les Belges nouveaux chrétiens avaient peine à renoncer à la coutume de leurs ancêtres qui plaçaient les sanctuaires des dieux au sein des bois les plus obscurs. On ignore la véritable signification du mot « nimidas ». Eckard et Des Roches pensent qu’au lieu de « nimidas » il faut lire « niun heads », neuf têtes, ou « niun days », neuf jours, et traduire le titre entier : des sacrifices des bois qu’ils appellent la neuvaine ou les neuf jours. Des Roches prétend qu’il s’agit ici de cette fameuse neuvaine célébrée annuellement par les Scandinaves, dans laquelle ce peuple offrait à ses dieux, à chacun des neuf premiers jours du neuvième mois de l’année, les têtes de neuf animaux. D’autres commentateurs sont cependant d’avis que par le terme « nimidas », les évêques du Concile de Leptines désignent l’endroit le plus secret des forêts sacrées où les Germains plaçaient le simulacre de la divinité à laquelle ces dernières étaient dédiées. Canciani et Seiters voient dans Nimidas la fête où l’on recueillait le gui sur les chênes sacrés D’autres enfin avancent que le terme désigne également les sources sacrées; mais le passage de Grégoire de Tours sur lequel ils basent cette opinion, ne nos semble rien moins que concluant.

(à suivre)

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Indiculus superstitionum et paganinarum (1)

février 21, 2009 at 1:27 (coutumes, histoire, paganisme) (, , , )

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On a tendance à penser que le christianisme s’est rapidement installé en Gaule et sans faire de vagues parce que c’est comme ça qu’on nous l’a toujours présenté. Pour ainsi dire, en l’An 01 tout était réglé, les idolâtres avaient vécus, le seul et vrai dieu régnait sans partage … il avait suffi que quelques missionnaires se pointent, le crucifix en sautoir et la main bénissante pour que la foule des païens prenne conscience de son aveuglement passé et sans violence aucune se laisse mener jusque dans le droit chemin, pose genoux en terre et oublie ses anciens dieux…. et pourtant, près de 800 ans plus tard, alors même que de 371 à 397 (26 années qui ont du paraître longues aux pauvres gens), saint Martin avait, si l’on ose dire, fait feu de tout bois en courant la campagne épaulé par une bande de soudards pour abattre les arbres sacrés, brûler et détruire les sanctuaires, évangéliser les paysans, de gré ou de force, Charlemagne peste encore contre ces chiens de païens qui continuent à vénérer leurs dieux. En 743, il va même jusqu’à convoquer un Concile à Leptinnes près de Mons, dans le Hainaut, pour tenter une fois de plus de mettre fin aux pratiques païennes toujours en vigueur, alors qu’un siècle auparavant, déjà, Saint Eloi avait passé vingt ans de sa vie à convertir la population païenne belge au christianisme.
Il leur défendait notamment « de consulter les devins et les magiciens, et de croire aux présages, et aux jours heureux ou malheureux; de célébrer le premier jour de janvier et l’époque du solstice par des réjouissances impies et sacrilèges; d’invoquer les noms des mauvais esprits et des idoles; de considérer comme des jours fériés et de repos le jeudi » (jour de Jupiter-Thor-Taranos) « ou tout autre jour de l’année, à l’exception du dimanche; de placer des luminaires ou des offrandes dans les temples, auprès des rochers, des sources, des arbres, des cavernes et des carrefours; d’attacher des amulettes au cou des bestiaux; de prononcer des exorcismes sur ces derniers, et de les faire passer par le creux d’un arbre ou par une excavation faite en terre. Saint Eloi se prononce aussi contre les femmes qui se livraient aux pratiques de la magie et contre la coutume des peuples de la belgique de faire un grand tintamarre aux éclipses de la lune, dans la croyance où ils étaient, qu’alors cette planète était assaillie par les démons; il les engage à détruire les fontaines et les arbres auxquels le paganisme avait voué un culte superstitieux; à ne point placer des objets en forme de pieds aux carrefours, et à brûler ceux qu’ils y trouveraient déposés, etc. »

Indiculus superstitionum et paganinarum
En pure perte semble-t-il si l’on en croit les canons retrouvés du concile de Leptines (« Indiculus superstitionum et paganinarum ») qui récapitulent les pratiques superstitieuses et païennes interdites mais dont les développements d’origine de chacun d’entre eux ne nous sont malheureusement pas parvenus :


Chapitre 1. Du sacrilège qui se commet auprès des sépultures.
Chapitre 2 . Du sacrilège qui se commet à l’occasion des morts, c’est-à-dire des complaintes funèbres appelées « Dadsisas ».
Chapitre 3. Des pratiques honteuses du mois de février, « Spurcalibus ».
Chapitre 4. Des chapelles ou des oratoires des païens.
Chapitre 5. Des sacrilèges qui se commettent dans les églises.
Chapitre 6. Des sacrifices que l’on fait dans les forêts et que l’on appelle « Nimidas ».
Chapitre 7. Des oblations que l’on fait sur les pierres.
Chapitre 8. Du culte rendu à Mercure ou à Jupiter .
Chapitre 9. Du sacrifice adressé à quelqu’un des saints.
Chapitre 10. Des phylactères et ligatures.
Chapitre 11. Des fontaines où l’on sacrifie.
Chapitre 12. Des chants incantatoires.
Chapitre 13. Des augures que l’on tire des oiseaux, des chevaux, du fumier des bœufs ou de l’éternuement.
Chapitre 14. Des devins ou sorciers.
Chapitre 15. Du feu sacré que l’on obtient en frottant deux morceaux de bois et que l’on nomme « Nodfyr » (feu de calamité).
Chapitre 16. De la cervelle des animaux.
Chapitre 17. Des superstitions païennes attachées au foyer des maisons et du commencement de quelque ouvrage.
Chapitre 18. Des lieux sans maître que l’on honore comme sacré.
Chapitre 19. D’une prière que les gens de bonne foi appelle « prière de Ste Marie ».
Chapitre 20. Des fêtes célébrées en l’honneur de Mercure ou de Jupiter .
Chapitre 21. De l’éclipse de lune où l’on crie « Vince luna ».
Chapitre 22. De la conjuration des tempêtes, des cornes et des limaçons.
Chapitre 23. Des sillons tracés autour des domaines.
Chapitre 24. De la procession païenne que l’on nomme « Yria » et qui se fait avec des habits et des chaussures déchirés, des pains rompus et des pierres.
Chapitre 25. De l’usage que l’on est de considérer tous les morts comme autant de saints.
Chapitre 26. Du simulacre poudré de farine.
Chapitre 27. Du simulacre que l’on fait avec des haillons ou de draps.
Chapitre 28. Du simulacre que l’on porte dans les champs.
Chapitre 29. Des pieds et des mains de bois dont on se sert à la manière des païens.
Chapitre 30. De l’opinion que l’on est que certaines femmes commandent à la lune et qu’elles peuvent arracher le cœur des hommes, ce qui est la croyance des idolâtres.

(à suivre)

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le Cône d’Or d’Avanton (86)

septembre 26, 2008 at 9:39 (archéologie, civilisation, histoire, symboles) (, , , , , , , , )

Compte tenu de l’absence totale de renseignements en français sur le sujet (pour Avanton, on évoque seulement, sans prendre la peine d’aller plus loin, un éventuel et possible culte de la fertilité, probablement lié à la forme phallique de l’objet……), cet article est le résultat d’une traduction-adaptation de divers articles en anglais, dont Wikipédia.

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Les Golden Hats sont spécifiques de l’âge du bronze en Europe centrale. Ils sont faits de minces feuilles d’or fixées à un long cône et stabilisées par des ornements sur les bords qui étaient probablement faits de matières organiques. Ces Cônes d’Or, qu’on appelle aussi des Chapeaux d’Or sont rares. En fait, il semble qu’on n’en connaisse que quatre :

– celui de Schifferstadt découvert en 1835 près de Speyer en Allemagne dans le Rhineland-Palatinat, daté de -1400-1300

celui d’Avanton, incomplet, trouvé près de Poitiers en 1844, vers -1000-900 (hauteur de 55 cm pour un poids de 285 g.)

– celui d’Ezelsdorf, trouvé près de Nuremberg en 1953, vers -1000-900 qui, avec ses 90 cm, est le plus grand spécimen connu

– celui de Berlin, d’origine incertaine, trouvé en Souabe ou en Suisse et acquis par le Musée de Berlin en 1996, vers -1000-800.

Les Cônes sont associés à la période pré-proto-celtique de l’âge du bronze, culture des champs d’urnes. Les fortes similitudes dans le symbolisme utilisé et les techniques de fabrication témoignent d’une culture cohérente de l’Age du Bronze sur un vaste territoire recouvrant l’Est de la France, l’Ouest et le Sud-Ouest de l’Allemagne.

On suppose que les Cônes étaient des insignes religieux pour les divinités ou les prêtres d’un culte rendu au soleil qui devait alors être répandu en Europe Centrale. Plusieurs théories sont en présence. On parle d’abord de vases de cérémonies. Une seconde théorie, largement répandue jusqu’à aujourd’hui, place les Cônes sur les piliers ayant entourés les sanctuaires. Cependant les historiens du Musée de Berlin affirment avoir établi avec quasi-certitude que ces mystérieux Cônes étaient à l’origine portés comme des chapeaux de cérémonie par les prêtres devins (peut être même des « rois-prêtres ») de l’Age du Bronze. Leur utilisation comme couvre-chefs est confortée par le fait que, pour trois d’entre eux, la base présente un élargissement et que leurs ouvertures sont de forme ovale (et non pas rondes) avec des diamètres et des formes très semblables à celles du crâne humain.

La représentation figurative d’un objet qui ressemble à un chapeau conique sur une dalle de pierre de la tombe du roi « Kungagraven » à Kivik, dans le sud de la Suède, va aussi dans le sens d’une association avec la religion et le culte, ainsi que le fait que tous ces cônes semblent avoir été soigneusement entreposés (enterrés).

Les tentatives faites pour déchiffrer l’ornementation des Cônes donnent à penser qu’ à côté de leur rôle cultuel il était possible de s’en servir comme de calendriers mais on ne sait pas trop s’ils étaient effectivement utilisés dans ce sens ou s’ils ne faisaient que présenter les connaissances astronomiques de l’époque.

Une étude détaillée de celui qui est au musée de Berlin par exemple, entièrement préservé, a révélé que les symboles utilisés représentent probablement un calendrier luni-solaire et permettent de prédire le mouvement du soleil et des étoiles. Le Cône aurait donc permis la détermination de dates ou de périodes d’un calendrier lunaire comme d’un calendrier solaire ainsi que la conversion entre eux. On imagine sans peine l’intérêt que pouvait représenter de telles connaissances et de telles possibilités pour la société de l’Age du Bronze, dans la détermination notamment d’évènements aussi importants que le solstice d’été ou le solstice d’hiver. On imagine aussi que les « rois-prêtres », capables de prévoir avec précision l’heure exacte de semis, de plantation et de récolte des cultures étaient de véritables «  seigneurs de temps » qui avaient un accès à la connaissance divine qui leur permettait de regarder l’avenir.

Même si le système de cette fonction mathématique intégré à l’ornementation artistique n’a pas été entièrement déchiffré à ce jour, on a pu en dresser un schéma de compréhension et il semble notamment certain que les ornements d’or et les séquences systématiques de bandes permettent le comptage des unités de temps jusqu’à 57 mois. Une simple multiplication de ces valeurs permettrait également le calcul des périodes plus longues, par exemple du Cycle de Méton. Chaque symbole, ou chaque anneau d’un symbole, représente une seule journée. A côté des bandes ornementales intégrant différents numéros d’anneaux, il existe des symboles et des zones en intercalaire, qui auraient dû être ajoutés ou soustraits de la période en question. Chacun des Cônes présente entre 10 et 20 zones avec un nombre différent de symboles. Le nombre de cercles de chaque symbole et le nombre de symboles d’une ou plusieurs zones sont multipliés dans un premier temps. La somme totale est interprétée comme un nombre de jours. Dans un deuxième temps le nombre de jours est comparé à un cycle astronomique moyen tel que le mois synodique ou l’année tropicale .

Les Chapeaux d’Or connus à ce jour sont faits d’un alliage d’or ( 85-90%) et d’argent ( environ 10%) avec des traces de cuivre et d’étain (<1% chacun). Ils sont faits d’une feuille d’or d’un seul tenant martelée à une épaisseur de 0,25 mm (Schifferstadt) à 0,06 mm (Berlin). Ainsi, les cônes sont étonnamment léger compte tenu de leur taille. L’ exemplaire Ezelsdorf , mesure 89 cm de hauteur et pèse seulement 280 g.

En raison de la caractéristique triple du matériau, l’objet avait tendance à durcir et à se déformer en augmentant son potentiel à se fissurer et vus les moyens techniques disponibles à l’époque, la production d’un Chapeau d’Or même s’il n’avait pas été décoré, représenterait déjà un remarquable exploit technique. Et pourtant, comme nous l’avons dit, ils l’étaient: embellis sur toute leur hauteur avec des rangées de bandes radiales ornementales plus riches et plus variées sur les plus récents, imprimées dans le métal . Ces ornements sont pour la plupart des disques et des cercles concentriques, parfois des roues qui ont été martelés à l’aide de timbres, de rouleaux, de moules ou de peignes. Une technique et un savoir faire qui renvoient dans les poubelles de l’Histoire toutes les allégations selon lesquelles les hommes de cette époque auraient été des barbares « à peine » évolués…

Les chapeaux d’or, ou plus précisément, le culte du soleil, qu’ ils semblent avoir servi ou exprimé, sont également souvent considérés comme liés à un certain nombre d’autres travaux remarquables de l’âge du bronze ou du début de l’âge du fer comme, précisément, le disque de Nebra, datant d’environ 1600 avant notre ère, découvert en Allemagne, qui leur est antérieur mais implique de semblables connaissances astronomiques avancées, “La Cape de Mold”, datant de 4000 ans, trouvée au Pays de Galles en 1833, trésor unique, en or massif, et l’une des plus importante découverte de l’age de bronze en Europe, d’un niveau de savoir faire similaire et qu’on pense avoir été l’habit de cérémonie d’un prêtre ou d’un autre personnage important, le Char solaire danois de Trundholm, une représentation claire du soleil liée à des croyances religieuses qui peut remonter à -1800, une série de pétroglyphes scandinaves, et des ensembles comme le trésor Eberswalde,(10ème siècle av. JC. Allemagne) dont les 81 objets en or qui le composent présentent des motifs décoratifs semblables à ceux qui ornent les chapeaux. Il est évident qu’on peut aussi relier à ces objets la large diffusion de la croix solaire, c’est à dire de la rouelle, et de motifs similaires de l’âge du bronze en Europe centrale et du Nord.

On notera, pour terminer, que des archéologues allemands affirment que les « rois-prêtres coiffés d’or » se retrouvent sur la plus grande partie de l’ Europe préhistorique. Sabine Gerloff, professeur à l’Université de Erlangen en veut pour preuve que cinq de ces Cônes d’Or ont été trouvés en Irlande, dans la tourbe, au cours des XVIIe et XVIIIème siècle. Ces objets, décrits à l’époque comme des « vases », ont aujourd’hui disparu. Sabine Gerloff n’en ai pas moins persuadée qu’ils ont été portés, tout comme la Cape de Mold par les rois-prêtres de l’Age du Bronze.

Il n’empêche que la présence d’un tel cône ici à Avanton, alors que les autres ont été découverts sur des territoires plutôt « germaniques », ne laisse pas de susciter un certain nombre de questions … faut-il l’imputer à des mouvements de populations ? à une unité cultuelle sur tout le territoire de l’Europe à l’époque préhistorique ? Laisse-t-elle présager de l’existence d’un sanctuaire important ou d’un centre cultuel remarquable ? Autant de pistes de réflexion et d’axes de recherches parmi d’autres …

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Un culte à Mithra à Chardonchamp (86)

août 14, 2008 at 9:47 (archéologie, divinités, histoire)

Les spécialistes semblent s’accorder sur un point: on a longtemps posé Mithra comme le rival de Jésus et les chances du mithriacisme étaient quasi équivalentes à celles du christianisme dans le grand match religieux qui les a opposés durant les premiers siècles de notre ère. On sait la propension du christianisme à « emprunter » les traits de ses rivaux qui étaient susceptibles de faire pencher la balance : récupération des anciens dieux païens à travers les attributs et fonctions des différents saints, mise en place du culte marial pour évincer la fidélité vouée à la Grande Déesse Mère, « christianisation » des mégalithes par adjonction de croix, érection des lieux saints ou lieux de culte sur des sites anciens sans parler des fêtes qui, toutes sans exception ont pris la place, parfois la symbolique et la finalité des anciennes fêtes païennes… C’est particulièrement vrai vis à vis du mithriacisme. Les deux sont des religions de salut à Mystères, la date de naissance du Christ, le 25 décembre, nuit la plus longue de l’année, est celle de Mithra. Comme Mithra, Jésus naît dans une grotte, d’une vierge, sorti de la pierre. Il semble que la croix fut un symbole mithriaque, de même que sont mithriaques la mitre et la crosse des évêques, le titre de pape, la tonsure des clercs. Il n’est pas jusqu’à la Cène qui soit clairement un emprunt aux Mithriastes qui consomment ensemble, le dimanche, jour du Soleil, le pain et le vin substituts de la chair et du sang du taureau sacrifié. 

Ethique

Mais qu’est donc le Mithriacisme ? Dans son « Parcours Païen », Christopher Gérard en dresse un exact aperçu:

« Mithra est un dieu indo-iranien,de la fidélité, de l’amitié et du contrat. Il symbolise l’harmonie personnelle, sociale et cosmique. La morale mithriaque est une morale solaire, une éthique de la lumière: amour de la vérité, fidélité à la parole donnée sont centraux. Il s’agit aussi d’une religion de l’énergie car Mithra vainc le taureau grâce à sa volonté inflexible et à la force de ses bras. Ce qui lui permet de restaurer l’ordre cosmique un instant menacé par les forces du chaos, du non-être et de la mort. Par la dexiôsis, l’étreinte des mains droites, Mithra scelle son alliance avec Sol. La main droite symbolise dans de nombreuses traditions, la puissance te la volonté. Il s’agit aussi ici d’un engagement, d’une parole donnée, à laquelle une fidélité sans faille est de mise. Le succès du Mithriacisme dans les milieux militaires surtout, mais également dans la haute administration et les milieux d’affaires peut s’expliquer par cette sacralisation du lien fraternel et indissoluble, garanti par un serment et gage de salut. La loyauté, la fides romaine, source de bonheur et de salut dans un monde difficile, ne pouvait que séduire l’esprit juridique et moral des cadres de l’Empire romain. Il y aurait d’ailleurs des recherches à faire quant aux liens entre éthique mithriaque et éthique féodale et/ou chevaleresque. Les points communs sont nombreux: exaltation de la notion de service, morale de l’action et de l’énergie, lutte contre le mal, nécessité de l’obéissance et d’une hiérarchie stricte, exaltation de l’honneur et de l’amitié, non point l’amour abstrait et universel des Chrétiens (et qui a pour corollaire obligé l’ingérence dans la vie de l’autre et la « correction fraternelle ») mais solidarité concrète à l’égard des membres de la phratrie ».

Un culte interdit

La région Poitou-Charentes est riche en sites en milieu souterrain: carrières, grottes et gouffres, habitats troglodytes et souterrains. Le souterrain qui nous occupe ici, situé au 14 de la rue du Temps Perdu à Chardon Champ (Migné Auxances) fut découvert en 1923, puis aussitôt refermé jusqu’en 1947. Comme de nombreux souterrains de même type, il est creusé très proche de la surface du sol et constitué principalement de couloirs avec aménagements divers qui appellent les questions. Sa fin de fréquentation ne doit pas remonter après le XIe siècle puisque les tessons de céramique qui ont été découverts dans l’escalier d’accès datent de l’an mil environ, ou peu après.

Depuis 35 ans, les archéologues n’ont pu avancer d’explication crédible à l’utilisation d’une telle cavité creusée de main d’homme. Il semble qu’il faille abandonner le classement dans les souterrains de refuge contre des agresseurs éventuels comme il en existe beaucoup, dans la mesure où les objets et autres obstacles rencontrés dans les couloirs, une fois la cachette découverte, ne pouvaient être que des inconvénients aussi bien pour l’assailli que pour l’assaillant.

Plus construite fut l’explication avancée en 2007 par deux frères dominicains, archéologues au Proche Orient, Jean Baptiste Humbert de l’école biblique de Jérusalem, qui dirige une mission archéologique à Gaza, et Manuel Maicas, qui s’intéresse aux civilisations et religions disparues: le souterrain aurait pu abriter un culte local à Mithra. Consultez avec intérêt le document fourni par les propriétaires.

A l’appui de cette thèse, une sculpture en haut relief présentant un taurobole au croisement de deux corridors même si l’endroit semble bien exigu pour avoir pu permettre le sacrifice d’un taureau. Cette représentation taurine est assez grossière et usée par les nombreux passages et le temps. Le torse et les pattes avant du bovin sont assez difficiles à saisir. Le mufle, érodé, présente du côté droit ce que l’on peut voir comme une corne et une longue oreille. S’il se peut que ce relief ne soit pas intentionnel et que la lecture en soit due au hasard, il n’en reste pas moins que la ferveur populaire a très bien pu y voir la face d’un taureau…

Comme toutes les religions païennes, le culte de Mithra a été officiellement interdit en 391 par Théodose au bénéfice d’un christianisme hégémonique dont les dévots martelèrent les figures de Mithra et ruinèrent les mithraea.

Mithra est une divinité indo-iranienne qui remonte au second millénaire av. JC. Son culte a été propagé dans l’empire romain, au 1er siècle, par des légionnaires de retour des frontières orientales de l’empire. La pratique de ce culte, toujours lié au rocher et à l’obscurité souterraine a laissé des vestiges un peu partout en Europe. Ce sont les mithraea plus ou moins construits sur le même modèle, même si celui de Chardon Champ, très exigu ( on accède notamment à la salle où se trouve l’autel en rampant sur deux mètres et les banquettes sont séparées par une paroi de roc) rassemble le maximum de caractéristiques en un minimum de place…

Une religion de la crypte

Il faut savoir que le Mithriacisme est une religion de la crypte et le temple de Mithra est appelé « la tanière ». Il s’agira donc d’une grotte naturelle ou reconstituée (symbole du cosmos) qui servira de lieu de réunion et de salle à manger aux initiés.

Traditionnellement, un mithraeum est une salle de culte, allongée, d’orientation variable, que l’on atteint en descendant quelques marches depuis un vestibule d’entrée.

Le vestibule : un vestiaire, un coin cuisine et une sacristie. C’est aussi là que les candidats à l’initiation étaient informés, interrogés, puis soumis à diverses épreuves destinées à s’assurer de leur résistance à la chaleur, au froid, à la douleur et à la solitude dans l’obscurité. S’il réussit, le candidat doit encore prêter serment et reçoit le premier grade au sein de la confrérie.

La salle de culte est exigue. Elle est semi-enterrée, parfois souterraine, dépourvue de fenêtres. Son plafond voûté évoque le Ciel avec ses étoiles peintes. Deux longues banquettes, inclinées vers le mur, sont prêtent à recevoir les initiés, qui s’y allongent pieds vers le mur et visage tourné vers le mur du fond. L’icône de Mithra occupe le centre de ce mur du fond, au dessus d’un podium. Au milieu du large couloir séparant les banquettes, se dressent des autels, des statues de dieux divers, des braséros où brûle l’encens. L’éclairage est fourni par des lampes à huile.

Les plus anciens et les plus complets sont connus à Rome mais on en trouve aussi dans des endroits aussi éloignés que le nord de l’Angleterre ou la Palestine et beaucoup d’entre eux furent convertis en cryptes sous des églises chrétiennes. En Poitou Charentes, les vestiges ne sont pas rares, le Mithraeum d’Aubeterre-sur-Dronne, près d’Angoulême, sous l’église monolithe de Saint Jean. A Poitiers, la découverte au XIXe siècle d’une partie d’un autel taurobolique indiquait l’existence au IIe siècle d’un culte de Mithra. La sculpture de Poitiers est d’une excellente facture digne d’une grande ville à la romaine, tandis que celle de Chardon Champ, à même la roche et d’une relative médiocre qualité pour ce qu’on peut en juger, témoignerait d’une manifestation populaire.

Survivance tardive

La fréquentation du souterrain remonte donc semble-t-il au IIIe et IVe siècles, époque à laquelle le Mithriacisme était très répandu et pas simplement au XIe. Il est intéressant de noter d’ailleurs qu’à la même époque, moins d’un siècle avant que la chape de plomb du christianisme ne s’abatte, on assistait aussi à une résurgence des traditions indigènes les plus anciennes : on peut citer à l’appui de cette thèse, le sanctuaire dédié à Mithra à Mackwiller dans le Bas Rhin qui fut en partie ruiné à la fin du IIIe siècle et au lieu d’être reconstruit fut remplacé alors par un « sanctuaire de source », construit sur un plan indigène, l’ancien dieu gaulois reprenant toute la place en un lieu qu’il n’avait probablement jamais abandonné.

Il serait instructif de chercher à quelle population ce souterrain a pu servir. Dans les proches environs, il y avait de vastes installations gallo-romaines et certains habitants de l’époque ont du être gagnés par des religions nouvelles. On peut tout aussi bien envisager qu’à défaut d’un culte en référence précise à Mithra, il y ait eu, dans les campagnes, des pratiques dérivées, dans des anfractuosités naturelles ou non (c.f. La balade païenne à Angles sur l’Anglin). Quoi qu’il en soit, nous sommes ici confrontés à la survivance tardive d’un culte issu de celui qui fut dédié à Mithra jusqu’à la fin du IVe siècle et dont la population locale de Chardon Champ aurait encore eu connaissance au Moyen Age et jusqu’au XIe siècle, démontrant s’il en était besoin la vitalité des traditions païennes.

Le souterrain peut être visité gratuitement sur simple demande auprès de ses propriétaires. Pour des raisons de sécurité, l’accès est limité à sept personnes. L’accueil est charmant et enthousiaste, les chats sont fournis en accompagnateurs bénévoles, et avec un peu de chance vous croiserez le résident permanent.

Contact: Lucette et Jean Galland, 14 rue du Temps-Perdu, Chardonchamp (Migné-Auxances), tél. 05 49 51 75 35 ou 06 20 15 77 75.

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De la persistance des dragons – suite

octobre 25, 2007 at 6:53 (contes et légendes, coutumes, histoire, mythologie)

Petite parenthèse préalable – Il faut en convenir : la plus grande partie des recherches et des articles proposés sont l’œuvre de Setanta. Je profite sans vergogne des tendres liens qui nous unissent pour l’assurer de mon soutien sans réserve et lui promettre des articles sans trop préciser de dates de livraison. Mais parfois j’arrive à me secouer et à reprendre le harnais, voilà donc la suite des aventures et des avatars de nos vieux dragons. – fin de la parenthèse.

 

 

grandgoule.gif

 

 

POITIERS et la Grand’Goule

 

 

Notre chère Radegonde , célébrité poitevine s’il est, reine des Francs en rupture de ban, avait préféré le Dieu chrétien à son mari Clotaire, et coulait des jours heureux et pieux dans son monastère. Elle a à son palmarès de sainte divers miracles dont celui d’avoir vaincu la Grand Goule : un corps de dragon ou de serpent ailé, une haleine pestilentielle,une queue en pince de scorpion, des pattes fourchues et griffues, des cris à l’avenant. La dite bête rode à cette époque dans les caves du monastère : la ville de Poitiers est bâtie sur un piton calcaire « trouilloté » de grottes et de caves.

Donc, notre bête rôde et dévore une par une les imprudentes qui s’aventurent sur son terrain. Radegonde n’y tenant plus descend l’affronter et lui colle un pain dans la gueule. Si, si, le ton a l’air badin et l’expression triviale mais pour l’occasion strictement littérale. Radegonde s’empare d’un des pains qui étaient dans la remise où était tapie la Grand Goule, y trace une croix et le jette dans sa gueule fumante. La Grand Goule s’étouffe et meurt dans l’instant. Triomphe de Radegonde.

Mais le souvenir de la Grand Goule demeure vivace dans la ville de Poitiers et chaque année à l’époque des Rogations les pâtissiers faisaient cuire une grande quantité de « casse museaux », petits gâteaux que l’on jetait, avec les premières cerises, sur la sculpture qui la représentait. Promenée en procession, les dévotes y frottaient leurs chapelets en appelant sur elles la protection de la « bonne sainte veurmine ». La représentation de la Grande Goule était brandie en tête de cortège par un homme vêtu d’un surplis et portant une coiffure décoré d’une cocarde aux couleurs de la ville.

Elle est toujours exposé au Musée Sainte-Croix « construite planches sculptées statue-gg.gifet peintes de couleurs criardes. Le corps, très allongé, cambré à l’encolure, et recourbé en plusieurs replis à la partie postérieure, était annelé de la tête aux pieds, et terminé, à la queue, par une pince de scorpion, dentelée. La tête, percée de gros yeux féroces, enfoncés sous deux gibbosités proéminentes, ouvrait une large gueule, munie de dents aigües, et dont un bec d’aigle, surmonté d’une éminence charnue, terminait la mâchoire supérieure. Une longue langue en métal, fourchue à son extrémité, des ailes fantastiques, armées d’ongles crochus, et deux pieds à trois griffes, s’ajustant au poitrail, achevaient la représentation de la Grand’Goule. Enfin, l’artiste avait peint en vert le corps et les ailes, en rouge les parties charnues et en blanc sale le poitrail et le ventre de cet animal extraordinaire. » de la Marsonnière , membre de la Société des Archives Historiques de la Saintonge et de l’Aunis.

 

Mais il existe une autre version de cette aventure, ce n’est plus Radegonde qui défait le monstre et délivre la ville de Poitiers mais un prisonnier anonyme auquel on promet la vie sauve en cas de réussite. Pour preuve de cette aventure on peut encore au 18ème siècle admirer sa dépouille (hé oui, encore un crocodile empaillé) accroché au mur du Palais de Justice de Poitiers. L’ancien Palais Comtal, devenu Palais de Justice tombe en ruines faute d’entretien mais est encore paré de sa dépouille comme le raconte en 1665, Sir John LAUDER, gentilhomme écossais dans son journal de voyage :

« Their hinges bound upon the wall wt iron chaines the reliets of a dead hideous crocodile, witch, tho’it be infinitly diminished from what it was (it being some hundred years since it was salin), yet its monstrously great wt a was throat. This, they say, was found in one of their prisoners, which i saw also. On a tyme a number of prisoners being put in for some offences, on the morrow as some came to sie the prisoners not one of them could be found, it having eaten and devored them every one. Not knowing whow to be red of this trubulsom beat no man daring attempt to kill it, they profered one who was condemned to dy for some crime his life he killed it. Wheir upon he went to the prison wt a weill charges pistoll as it seimingly being very hungry was advancing furiously to worry him he shoot in at a white spot of its breast wheir its no so weill armed wt scalles as elsewheir and slow and wan his life.
I enquiring whow tha beast might come their it seimed most probable that it was engendred their ex putri materia, as the philosphers speaks, tho I could hardly believe that the sun could give life to such monsrtuous big creatures as it
« (*)

Toujours dans les limites de notre pagus, la même aventure est racontée à NIORT (Deux-Sèvres) où on pouvait voir autrefois une représentation d’un serpent ailé, cette pierre appartenait précédemment à un mausolée dédié à celui qui l’avait vaincu. En 1692, un déserteur condamné à mort accepte en échange de sa grâce d’affronter le monstre qui désole les marais aux portes de la ville. Pour ne pas périr de son souffle empoissonné il est muni d’un masque de verre, malheureusement celui-ci se brise alors qu’il venait de terrasser la bête et elle l’entraine dans son trépas. Le dragon et le soldat sont enterrés ensemble au cimetière de l’hopital de NIORT, hélas la stèle n’existe plus mais des témoignages l’attestent et citent l’épitaphe  » Siste viator, rem habes paucis//Hi periere simul; homo occubuit,// Serpentis veneno » « Arrête toi voyageur, l’histoire tient en peu de mots// Ici ils sont morts en même temps, l’homme fut tué// par le venin du Serpent »

 

 

 

 

 

 

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De la persistance des dragons

septembre 19, 2007 at 8:18 (contes et légendes, histoire)

ou : pourquoi trouve-t’on un crocodile empaillé sur les murs du château du Chat Botté ?

Question lancinante qui hante tous ses admirateurs.

lechatbotte.jpg

Il est communément admis que le Château D’Oiron et la réussite de la famille GOUFFIER a inspiré Charles PERRAULT pour sa création du fantasmagorique marquis de Carabas, particulièrement Claude GOUFFIER richissime Grand Ecuyer du Roi . On peut voir en lui aussi bien le Marquis de Carabas que le Chat Botté ou même Barbe Bleue ! Le Marquis de Carabas rappelons le pour mémoire était un grand seigneur, un géant et un magicien. Il régnait sur sa contrée en maître incontesté. Il chute cependant, victime de son orgueil, et transformé par ses propres soins en souris se fait avaler par le Chat Botté, petit malin de la fable, chat doué de la parole et portant épée, chapeau à panache et bottes, afin d’assurer situation et richesses à son benêt de maître.

 

Mais, mais … quel est le rapport avec le crocodile et le chat botté ?
Ou le rapport entre le Chat Botté, les dragons et les annales pictes ?

Oiron, situé sur les chemins de Compostelle, possède une église dotée par la famille GOUFFIER où on trouve accroché à un des murs un crocodile empaillé, officiellement comme symbole lié à l’enfer. Mais le crocodile d’Oiron n’était pas si saugrenu ni isolé. Il semblerait qu’on ait trouvé peu partout des crocodiles empaillés au mur des églises du Moyen Age, souvent ramenés des croisades ces «cocodrilles», devenant «cocadrilles» et «coquatrix», ou «cocatrics» ont rarement survécu à la « tornade blanche » du 19ème siècle qui a dévasté tant de monuments

 

Il existe cependant encore quelques exemplaires comme celui de la Cathédrale de Séville. Accroché au-dessus de la porte du lézard (« el lagarto »), il aurait été offert en cadeau en 1260 par le Sultan d’Egypte qui souhaitait épouser une des filles du Roi Alphonse X. Ce portail dessert le Patio de los Naranjos, dernier vestige la mosquée, où les musulmans pratiquaient leurs ablutions avant d’y entrer. La fontaine qui s’y trouve date sinon des Wisigoths du moins d’anciennes sources thermales romaines.

 

Autre crocodile empaillé célèbre, celui qui orne un des piliers de la Cathédrale Saint-Bertrand-de-Comminges. Bertrand né au milieu du 11ème siècle à l’Isle Jourdain en Gascogne dans le crocodile de St Bertrand de Commingesune famille illustre apparentée aux comtes de Toulouse et aux rois capétiens. Quittant le métier des armes il entre dans les ordres et est nommé évêque du Comminges en 1073. C’est là qu’il va vaincre son dragon : « Il était caché, dit-on, dans un vallon des Pyrénées, et par ses vagissements attirait les curieux imprudents. Plusieurs fois on avait essayé de le détruire, mais il avait dévoré ses assaillants. Saint-Bertrand, touché du malheur de son peuple, s’avança vers lui sans autre arme que son bâton. Il touche l’animal, pose sur sa tête le bout de son étole, et le dragon le suit comme un agneau jusque sur la place de la Cathédrale, où il expire ».

 

Mais ce n’est pas la peine de descendre jusqu’aux Pyrénées pour retrouver la trace du dragon – crocodile. Il suffit de se tourner vers La Couronne (Charente). Ce village en périphérie d’Angoulême, s’appelait à l’origine Paludibus « les Marais », il prend le nom de Corona lors de la construction du monastère en 1124 (corona beate Maria). Son premier abbé, Lambert, dans ses jeunes années était plus ardent aux arts de la chasse qu’à ses devoirs religieux ce qui lui donna les moyens de réussir à trouver le gîte du dragon qui dévastait la région et à le tuer en le décapitant de son épée (Chronique latine de l’Abbaye de la Couronne – 1100-1789 par J-F Eusèbe CASTAIGNE, bibliothécaire de la ville d’Angoulême)

La dépouille du monstre fut empaillée et offerte à l’évêque d’Angoulême. On pouvait encore l’admirer jusqu’en 1780 accroché au mur de la première travée de droite de l’église cathédrale de Saint-Pierre d’Angoulême. Lors de l’installation des nouvelles orgues, la peau de celui qu’on reconnaît alors comme un crocodile est donnée au conservateur du Musée qui l’incorpore à son cabinet d’histoire naturelle. On perd sa trace quand cet ensemble est transféré au lycée et que vers 1868 il est jeté , sûrement dans un mouvement d’enthousiasme estudiantin, par dessus le rempart de la ville. Ces péripéties sont rappelées dans le compte rendu de la séance du 7 février 1899 de la société archéologique et historique de la Charente où on note également : « que dans certains pays les anciens avaient l’habitude de pendre aux murs des églises des animaux empaillés. Ces faits […] semblent indiquer une coutume dont il serait intéressant de connaître l’origine. […] cf. le Bâton pastoral, étude archéologique, par l’Abbé Barrault et Arthur Martin : « durant tout le moyen âge, il était d’usage dans bon nombre d’églises de porter en procession des dragons suspendus en haut d’un pique avant ou derrière la Croix, comme pour ajouter au triomphe de celle-ci en montrant le vaincu à côté du vainqueur ».[…] les crocodiles empaillés suspendus dans les églises étaient peut être destinés à cet usage ».

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Du pagus

septembre 11, 2007 at 3:40 (Généralités, histoire)

Dans notre présentation, nous écrivons: « dans l’espoir d’une renaissance païenne, nous nous proposons de récolter un maximum d’informations dans tous les domaines qui peuvent aider à mieux connaitre l’identité de notre Pagus, la vie quotidienne et les rites de nos Ancêtres. Nous irons à la recherche des Dieux et Déesses du sol que nous foulons à travers notre imaginaire, les lieux, les récits historiques, les légendes, les coutumes et les fêtes toujours vivantes… »

C’est dire pour nous l’importance de la notion de Pagus. Nous employons plus volontiers le mot latin, qu’employait aussi César dans ses Commentaires puisqu’il recouvre une réalité connue et précise… nous ne sommes pas convaincus que tel était le cas pour le gaulois « brog(i) » puisque rien n’atteste en vérité que du sens initial de « frontière, marche », il soit passé partout en Gaule à « territoire, pays »…

Dans sa « Vie et croyances des Gaulois avant la conquête romaine », Etienne Renardet écrit:

« Les impératifs économiques et le besoin d’assurer la sécurité ont incité les familles à se réunir entre elles pour former des clans, les clans des tribus.. De même les villages gaulois qui constituaient des unités bien définies ont ressenti le besoin de s’associer à des agglomérations voisines pour faciliter des échanges de produits abondants ici et rares là. De plus, la civilisation en se développant, supposait des installations dont un seul village ne pouvait assurer la création et l’entretien. Les greniers à sel du Moyen Age en donnent une idée.. Les chemins, en particulier, requéraient la mise en oeuvre de travaux considérables. Jusqu’au siècle dernier, chaque village, si petit soit-il, avait son cantonnier. Ce dernier était requis pour travailler avec ses collègues sur les chemins du canton. De là lui vient du reste son nom. Par ailleurs, il n’aurait servi à rien de construire une route si, sur les territoires voisins, elle n’avait eu son prolongement, ce qui suppose un plan concerté.. L’aménagement des rivières supposait aussi un effort commun.

Ainsi sont nés les cantons. Leur constitution remonte peut être à l’époque pré-celtique. Mais ils subsistèrent jusqu’à la féodalité. On sait à vrai dire peu de choses sur chacun d’eux. Pourtant on a retrouvé certains limites de ces circonscriptions. L’une d’elles, en particulier, est caractéristique. C’est l’equoranda qui a donné de nombreux dérivés comme Aigurande, Ingrande, etc. Il semble bien que ce mot gaulois [qui aurait le sens de « limite d’eau »] évoque à la fois l’eau et le cheval. Plusieurs lieux portant ce nom pourraient bien correspondre au point où les charges, transportées par eau, devaient être reprises par des transports terrestres. des traditions relatives à saint Eloi et à des pélerinages de chevaux liés à ces equoranda appuient cette hypothèse.

Au canton est donc liée la notion de réseau de voies terrestres et fluviales. Par ailleurs, on sait que le christianisme, lors de son implantation, a calqué ses structures sur les circonscriptions existantes. Avant de créer les paroisses il a mis en place des baptistères, souvent dédiés à Jean le Baptiste, où les habitants du pagus venaient adhérer à la nouvelle religion. Après la création des paroisses dans chaque village, des « églises-mères » ont gardé certaines prérogatives qui rappelleraient leur situation au chef -lieu du pagus. L’examen de la géographie ecclésiastique primitive et du réseau des voies est susceptible de donner des indication intéressantes sur les cantons gaulois.

On rencontre de nombreux toponymes de la forme « mediolanos » nettement celtique et signifiant « plaine du milieu ». Les agglomérations occupant cette situation pourraient bien être les chefs-lieux de cet ensemble de villages ou de clairières constituant le pagus. S’il en est bien ainsi la constitution des cantons remonterait à une très haute époque, ce qui n’est pas pour nous surprendre. Cette structure, bien antérieure à l’époque gauloise, aurait subsisté mais l’importance prépondérante du medialonos aurait été supplantée par celle de la cité ».

Il est à noter qu’on peut tout à fait remplacer le mot « canton » par celui de « région » sans crainte d’extrapoler …

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