Indiculus superstitionum et paganinarum (4)

février 25, 2009 at 4:43 (coutumes, histoire, paganisme) (, , , )

orage

Le titre XXe désigne les jours (les mercredis et les jeudis, principalement dans le mois de mai) que les nouveaux chrétiens continuaient toujours à fêter en l’honneur de Thor et d’Odin : « de feriis quae faciunt Jovi et Mercurio » (même remarque que plus haut).

Le XXIe regarde les pratiques superstitieuses auxquelles se livraient les Belges aux éclipses de lune : « de Lunae defectione quod dicunt vince Luna ». Les peuples du nord, croyaient que dans les éclipses de lune, un dragon ou un loup nommé Hati, livrait un furieux combat à cette planète; et craignant que la lune ne succombât devant ce terrible adversaire, ils criaient « victoire à la Lune » en faisant un tintamarre horrible avec toutes sortes d’instruments de cuivre, etc.

Le titre XXIIe condamne la croyance des belges, que les magiciens pouvaient, par des enchantements, exciter ou calmer des tempêtes : « de tempestatibus et cornibus et cochleis » (Eckard et Des Roches prétendent que par le mot « cornibus » il faut entendre les cornes de l’urus ou taureau sauvage, dont les peuples du nord se servaient en guise de verres ou de coupes, et avec lesquelles ils faisaient des libations aux dieux. Les « cochleae » étaient, selon les mêmes auteurs, des coquilles qui tenaient lieu de cuillers, dont on se servait dans les sacrifices pour faire les aspersions avec le sang de la victime, et dont on usait également dans d’autres cérémonies superstitieuses. Un capitulaire de Louis le Débonnaire condamne, avec les maléfices, les cochlearii. Oleus Magnus rapporte que les Suédois croyaient que lorsque le tonnerre grondait, leurs dieux étaient attaqués par des dieux ennemis, et que, dans le dessein de porter secours aux premiers, ils décochaient des flèches en l’air et frappaient à grands coups de marteau sur des blocs de métal. La coutume où l’on est encore dans beaucoup de villages de sonner les cloches lorsqu’il tonne provient probablement de ces vieilles superstitions).

L’article XXIIIe a pour titre « de sulcis circe villas », c’st à dire, des sillons qu’on traçait avec la charrue autour des villages avec certaines cérémonies, ou des fourches qu’on plantait autour des maisons, le tout, à ce que croit Meinders, pour éloigner les esprits malfaisants et préserver les demeures du feu et de l’ennemi.

Le titre XXIVe porte : « de pagano cureu quem yrias vocant, scissis panis et calceis ». Des Roches croit qu’il s’agit des danses païennes et des mascarades qui accompagnaient les fêtes de Joel. Il pense que « yrias » est mis pour «  hirtas » et que ce mot a la même signification que « cervulos ». Nous sommes assez d’avis, avec un commentateur de l’ « indiculus » que « yrias » vient de « gyrare » et qu’il est question dans ce canon d’une danse en l’honneur de la Lune, telle que celle que les Saxons faisaient tous les ans, autour de l’Irminsul. Meinders croit que l’indiculus veut désigner une danse autour des tombeaux des chefs et héros belges. Quant aux termes « scissis panis et calceis », nous n’avons pu trouver la véritable signification de ces mots (peut être doit-on lire « pannis » et le concile entend-il par « scissis pannis et calceis », la coutume de déchirer les vêtements en signe de deuil).

Le titre XXV porte « de eo quod sibi sanctos fingunt quoslibet mortuos ». Il blâme l’usage superstitieux des nouveaux chrétiens de regarder comme Saints tous leurs parents et amis défunts.

Le XXVIe canon est intitulé : « de simulacro de conspersa farina ». « C’étaient, dit Des Roches, des images des dieux, faites de farine détrempée dans de l’eau et peut être dans du miel. Les biscuits et les pains d’épices, continue-t-il, dont on régale les enfants le jour de l’an, y ont succédé ». Nous avons dit avant la conquête de César, qu’à la fête de Joël on offrait avec un porc un gâteau appelé « Julegalt », dont on conservait une partie pour la mêler à la semence, afin d’avoir une récolte abondante, et dont on distribuait le reste aux domestiques des champs. La défense de l’indiculus pourrait bien porter sur cette superstition. Comme la fête de Joël avait lieu en janvier, rien n’empêche de croire que la distribution de ce gâteau n’ait donné naissance à celle de pains d’épice au nouvel an.

Le XXVIIe titre porte « de simulacris de pannis factis ». C’était, dit encore Des Roches, des poupées comme celles qui amusent nos petits enfans. Les filles païennes devenues nubiles les offraient à la déesse Vénus, voulant déclarer par là qu’elles étaient désormais sous sa puissance. Nous conjecturons cependant qu’il s’agit ici de quelque pratique de magie.

Le XXVIIIe titre défend de porter par les champs, sans doute pour obtenir des moissons abondantes, les simulacres des idoles : « de simulacro quod per campos portant ». Cette cérémonie était analogue à celle des « ambervalia » chez les Romains et aux rogations des chrétiens.

Le XIXe défend d’offrir aux idoles des ex voto consistant en figures de bois ayant la forme de pieds et de mains : « de ligneis pedibus vol manibus pagano ritu ». Grégoire de Tours rapporte qu’en renversant un temple célèbre à Cologne, on y trouve parmi d’autres objets offerts aux idoles, des figures de plusieurs membres du corps humain, taillées en bois, que les malades faisaient suspendre à l’image du dieu dont ils invoquaient le secours (La coutume d’attacher aux images des saints des ex voto en cire, en or ou en argent, subsiste encore en Belgique).

Enfin le XXXe et dernier canon condamne l’aveugle confiance du peuple au pouvoir surnaturel qu’il attribuait aux femmes exerçant la magie : « de eo quod credunt, quià faeminae lunam commendent; quod possint corde hominum tollere juxtà paganos ». Nous avons parlé de la haute vénération que les peuples germains portaient aux devineresses, appelées « Truden » et « Alruner ». Une foule de documents du 7e et 8e siècles attestent, avec « l’indiculus », que ce préjugé subsistait encore alors dans toute sa force (Un laps de temps de dix siècles écoulés depuis la tenue du concile d’Aix-la-Chapelle n’a pu faire disparaître chez nos bons campagnards la croyance aux équipées de sorcières se rendant au sabbat en traversant l’air assises sur un manche à balai).. A la fin de la première race, dit Saint-Foix, il y avait encore plus du tiers des Français (et des Belges dont à cette époque le territoire faisait partie du royaume des Francs), plongés dans les ténèbres de l’idolâtrie; ils croyaient qu’à force de méditations, certaines filles druidesses avaient pénétré dans le secret de la nature; que pour le bien qu’elles avaient fait dans le monde elles avaient mérité de ne point mourir; qu’elles habitaient au fond des puits, au bord des torrents ou dans les cavernes; qu’elles avaient le pouvoir d’accorder aux hommes le privilège de se métamorphoser en loups et en toutes sortes d’animaux, et que leur haine et leur amitié décidaient du bonheur ou du malheur des familles. A certains jours de l’année et à la naissance de leurs enfants, ils avaient grande attention de dresser une table dans une chambre écartée et de la couvrir de mets et de bouteilles,avec trois couverts et de petits présents, afin d’engager « les mères » (c’est ainsi qu’ils appelaient ces puissances subalternes) à les honorer de leur visite et à leur être favorables; voilà l’origine de nos contes de fées.

On voit donc par tout ce qui précède avec quelle opiniâtreté les Belges étaient restés fidèles au culte de leurs pères, au paganisme germanique, plusieurs siècles après la domination romaine, et quels rudes travaux les apôtres du christianisme eurent à supporter avant de parvenir à les faire renoncer partiellement à l’idolâtrie; nous disons partiellement parce que longtemps après leur conversion, les Belges ne cessaient encore de confondre et de mêler les superstitions du culte d’Odin avec les dogmes et les cérémonies du christianisme…

… ce qui fut probablement le fait de tous les peuples indo-européens après leur conversion à la nouvelle religion exclusive …

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Indiculus superstitionum et paganinarum (3)

février 23, 2009 at 5:18 (coutumes, histoire, paganisme) (, , , )

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Le titre suivant (VII) concerne le culte rendu aux pierres et aux rochers : « de his quae faciunt petras ». Peut être aussi est-il question des sacrifices que les Belges auraient continué à offrir près des autels druidiques.

Le canon VIII défend les hommages que les Belges convertis continuaient à rendre à Thor et à Odin : « de sacris Mercurii vel jovis ». Dans la Zélande et dans d’autres contrées de la Belgique on trouve le culte d’Odin encore en vigueur au 7e et 8e siècles. Saint-Amand détruisit un sanctuaire de cette idole à Gand, et le remplaça par le célèbre monastère de Saint Pierre ou de « Blandinium ». (on note d’ailleurs que c’est Schayes qui cite Thor et Odin -comme il sera fait plus loin- alors que le texte en latin cite Jupiter et Mercure -dont les « équivalents » gaulois sont Taranos et Lug qui devaient être aussi honorés jusqu’en Gaule Belge…)

Le IXe article est intitulé : « de sacrificio quod fit alicui sanctorum ».Les Belges nouvellement convertis, étaient encore toujours imbus de leurs anciennes superstitions et confondaient les saint avec les habitants du Walhalla d’Odin.

Le Xe titre porte « de philacteriis et ligaturis ». C’est une défense de se servir de talismans et de ligatures de certaines herbes auxquels nos ancêtres avaient la superstition d’attribuer la vertu de les préserver de toutes sortes de maladies et de calamités, et de leur gagner le coeur des femmes. Les Talismans consistaient ordinairement en quelques caractères runiques gravés sur un morceau de bois.

Le XIe titre défend le culte que les Belges rendaient aux fontaines : « de fontibus sacrificiorum ».

Le XIIe porte: « de incantationibus », des exorcismes et enchantements. Le concile les appelle « incantationes », parce qu’ils se faisaient par des chants composés de vers magiques (diabolica carmina).

Le XIIIe canon traite de la superstition de tirer des augures des excréments des oiseaux, des chevaux et des boeufs, ou d’une personne qui éternue : « de auguriis, vel avium, vel equorum, vel boum stercoribus, vel sternutatione« .

Le XIVe canon intitulé « de divinis et sortilegis » est relatif au même sujet.

Le XVe a pour titre: « de igne fricato de ligno, id est Nodfyr ». Par c ette pratique superstitieuse, appelée Nodfyr ou Niedfeor, on croyait préserver le bétail d’épizooties. Voici comment la chose avait lieu : on frottait fortement l’un contre l’autre deux morceaux de bois jusqu’à en tirer du feu, dont on se servait pour incendier un bûcher construit du bois qu’avaient apporté à cet effet tous les habitants du voiusinage; puis oin faisait passer le bétail à travers les flammes. Nodfyr, Niedfeor signifie feu de calamité.. Lindebrog, dans son glossaire, à la suite des capitulaires, et Des Roches, dans son mémoire sur la religion des anciens Belges, confondent es feux avec ceux de la Saint-Jean; mais ceux ci s’allumaient à une époque fixe de l’année, au solstice d’été tandis que les Nodfyrs se pratiquaient toutes les fois qu’il se manifestait quelque maladie parmi les bestiaux.(un capitulaire de Charlemagne défend aussi la superstition du Nodfyr).

Le XVIe titre porte : « de cerebro animalium ». Il y en a qui croient qu’il s’agit de la défense de tirer des présages de l’inspection du cerveau des animaux immolés aux dieux; d’autres que la défense regarde la coutume de suspendre aux arbres des forêts sacrées les têtes des victimes et principalement celle du cheval. (on jurait aussi sur la tête d’un animal).

Le XVIIe canon : « de divinatione pagana in foco vel inchoatione rei alicujus », concerne la coutume superstitieuse de présager l’avenir par la manière dont la fumée s’élevait du foyer. Si elle montait verticalement, on en tirait un présage heureux; le contraite avait lieu si elle sortait obliquement. La défense s’étend aussi probablement à la coutume de faire passer par dessus les flammes les coupes des convives dans les festins publics. Les mots du tire « de inchoatione alicujus rei », regardent les présages qu’on prétendait trouver dans la manière d’entreprendre un travail. « Par exemple, dit Des Roches, si on était sorti de la maison par le pied droit ou par le pied gauche; si la première personne qu’on rencontrait était vieille ou jeune; si on avait vu passer une corneille à droite ou à gauche; si on avait planté des choux à la pleine lune ou à la nouvelle, et mille autres qu’on peut voir dans le livre intitulé: « la philosophie de la quenouille ».

Le XVIIIe titre porte : « de incertis locis quae colunt pro sanctis ». Il s’agit de certains lieux autrefois consacrés par le paganisme,auxquels les Belges continuaient à vouer une vénération particulière.

Le XIXe article est intitulé « de petendo quod boni vocant s. Mariae ». Eckard croit que « petendo » est ici un mot corrompu pour « petenstro », serpolet, et qu’il s’agit d’une pratique de magie exercée au moyen de cette plante. Mone est du même sentiment. Des Roches soutient que « petendo » est le gérondif de l’ancien verbe « pethtan » qui, en anglo-saxon, signifie marcher par des sentiers. Il croit pouvoir conclure de là qu’il s’agit ici d’une procession en honneur de la vierge mêlée de quelques superstitions païennes. Enfin, un autre commentateur est d’avis que la défense du concile de Leptines concerne les festins sacrés, célébrés en honneur des dieux suprêmes et que les Belges nouvellement convertis avaient conservés, en changeant leur dénomination.

(à suivre)

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Indiculus superstitionum et paganinarum (2)

février 22, 2009 at 6:38 (coutumes, histoire, paganisme) (, , , , )

En 1838, dans « Les Pays-Bas avant et durant la domination romaine », Antonin Guillaume Bernard Schayes examine chacun de ces différents points, présentant ainsi un remarquable panorama des croyances païennes encore vivaces à cette époque. Pendant la protohistoire celtique le territoire correspond à l’actuelle Belgique et à la partie de la Gaule, située au nord de la Seine. Par la suite, sous la présence romaine, la province impériale recouvre tout le nord-est de la France actuelle, de la Picardie à la Franche-Comté, ainsi que tout l’ouest de la Suisse avec une population constituée d’un mélange de Celtes et de peuples germaniques. Le Hainaut lui même, où se situe Leptinnes, se trouve à cheval sur la France et la Belgique actuelles. On peut avancer sans crainte de se tromper que les croyances et pratiques qui avaient cours dans cette région, avaient également cours, peu ou prou, chez les peuples voisins et même peut être dans tout ce qui allait devenir l’Empire Carolingien, donc, pourquoi pas, dans notre pays Picton. Des croyances et des pratiques populaires (superstitions, médecine populaire, traditions et fêtes …) se retrouvent encore aujourd’hui, venues du fond des temps et avec beaucoup de similitudes d’une région à l’autre : ce devait être encore plus vrai à l’époque de Charlemagne, et constituer probablement un « catalogue » populaire des croyances païennes de l’Antiquité. D’ailleurs, on s’apercevra qu’il est quasiment toujours possible de remplacer les mots « belges » ou « germains » quand ils sont employés, par n’importe quel autre nom de peuple de la Gaule antique.

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Le Ier canon est intitulé « de sacrilegio ad sepulcra mortuorum ». Il y était question sans doute de la coutume des Germains et autres peuples du nord de déposer des comestibles auprès des tombeaux de leurs parents, de leurs rois et d’autres personnages qui, de leur vivant, s’étaient distingués par leur bravoure et leurs hauts faits d’armes et d’y célébrer le 22 février de chaque année des fêtes commémoratives.

L’article II est analogue au précédent; il défend aux Belges d’offrir des sacrifices sur les tombeaux de leurs compatriotes : « de sacrificio supra defiunctos, id est Dadsisas »(on ignore la véritable signification du terme Dadsisas. Keysler lui donne celle de « maximus », comme si on eût voulu désigner par ce terme un sacrilège énorme. Calvoer l’interprète, avec aussi peu de vraisemblance, par spoliation des sépulcres. Un autre savant prétend que le mot désigne la coutume belge et germanique de brûler les cadavres. Meinders croit que ce terme indique les offrandes que les Germains déposaient sur les tombeaux)

L’article III proscrit certaines fêtes célébrées au mois de février et connues sous la dénomination de « spurcalia »: « de spurcalibus in februario » (Eckard prétend que par ce mot, on désignait le mois le plus froid de l’année. Suivant Des Roches, la défense aurait portée sur une fête du soleil célébrée pour demander à cet astre le renouvellement de la nature et la fertilité de la terre)

L’article IV est intitulé « de casulis id est fanis ». Cet article ordonnait sans doute la destruction des petits pavillons couverts en chaume dont les Belges couvraient les emblèmes de leurs dieux (Dom H. Leclercq le commente ainsi : Dans les campagnes, on construisait avec des branches d’arbres des huttes dédiées aux dieux et on y célébrait de petites solennités, tandis que les solennités publiques et communes se célébraient dans les bois ou dans les vallées sacrées. )

Le Vème article est intitulé « de sacrilegiis per Ecclesias ». Les germains idolâtres avaient coutume de célébrer leurs fêtes religieuses par des sacrifices accompagnés de danses et de festins. Les Belges convertis au christianisme continuèrent à célébrer de la même manière les fêtes des Saints dans les églises. C’est cette coutume païenne qui est condamnée.

Le VIème article intitulé « de sacris sylvarum quos nimidas vocant », rappelle les forêts sacrées des Germains et nous apprend qu’au milieu du 8ème siècle, les Belges nouveaux chrétiens avaient peine à renoncer à la coutume de leurs ancêtres qui plaçaient les sanctuaires des dieux au sein des bois les plus obscurs. On ignore la véritable signification du mot « nimidas ». Eckard et Des Roches pensent qu’au lieu de « nimidas » il faut lire « niun heads », neuf têtes, ou « niun days », neuf jours, et traduire le titre entier : des sacrifices des bois qu’ils appellent la neuvaine ou les neuf jours. Des Roches prétend qu’il s’agit ici de cette fameuse neuvaine célébrée annuellement par les Scandinaves, dans laquelle ce peuple offrait à ses dieux, à chacun des neuf premiers jours du neuvième mois de l’année, les têtes de neuf animaux. D’autres commentateurs sont cependant d’avis que par le terme « nimidas », les évêques du Concile de Leptines désignent l’endroit le plus secret des forêts sacrées où les Germains plaçaient le simulacre de la divinité à laquelle ces dernières étaient dédiées. Canciani et Seiters voient dans Nimidas la fête où l’on recueillait le gui sur les chênes sacrés D’autres enfin avancent que le terme désigne également les sources sacrées; mais le passage de Grégoire de Tours sur lequel ils basent cette opinion, ne nos semble rien moins que concluant.

(à suivre)

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Indiculus superstitionum et paganinarum (1)

février 21, 2009 at 1:27 (coutumes, histoire, paganisme) (, , , )

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On a tendance à penser que le christianisme s’est rapidement installé en Gaule et sans faire de vagues parce que c’est comme ça qu’on nous l’a toujours présenté. Pour ainsi dire, en l’An 01 tout était réglé, les idolâtres avaient vécus, le seul et vrai dieu régnait sans partage … il avait suffi que quelques missionnaires se pointent, le crucifix en sautoir et la main bénissante pour que la foule des païens prenne conscience de son aveuglement passé et sans violence aucune se laisse mener jusque dans le droit chemin, pose genoux en terre et oublie ses anciens dieux…. et pourtant, près de 800 ans plus tard, alors même que de 371 à 397 (26 années qui ont du paraître longues aux pauvres gens), saint Martin avait, si l’on ose dire, fait feu de tout bois en courant la campagne épaulé par une bande de soudards pour abattre les arbres sacrés, brûler et détruire les sanctuaires, évangéliser les paysans, de gré ou de force, Charlemagne peste encore contre ces chiens de païens qui continuent à vénérer leurs dieux. En 743, il va même jusqu’à convoquer un Concile à Leptinnes près de Mons, dans le Hainaut, pour tenter une fois de plus de mettre fin aux pratiques païennes toujours en vigueur, alors qu’un siècle auparavant, déjà, Saint Eloi avait passé vingt ans de sa vie à convertir la population païenne belge au christianisme.
Il leur défendait notamment « de consulter les devins et les magiciens, et de croire aux présages, et aux jours heureux ou malheureux; de célébrer le premier jour de janvier et l’époque du solstice par des réjouissances impies et sacrilèges; d’invoquer les noms des mauvais esprits et des idoles; de considérer comme des jours fériés et de repos le jeudi » (jour de Jupiter-Thor-Taranos) « ou tout autre jour de l’année, à l’exception du dimanche; de placer des luminaires ou des offrandes dans les temples, auprès des rochers, des sources, des arbres, des cavernes et des carrefours; d’attacher des amulettes au cou des bestiaux; de prononcer des exorcismes sur ces derniers, et de les faire passer par le creux d’un arbre ou par une excavation faite en terre. Saint Eloi se prononce aussi contre les femmes qui se livraient aux pratiques de la magie et contre la coutume des peuples de la belgique de faire un grand tintamarre aux éclipses de la lune, dans la croyance où ils étaient, qu’alors cette planète était assaillie par les démons; il les engage à détruire les fontaines et les arbres auxquels le paganisme avait voué un culte superstitieux; à ne point placer des objets en forme de pieds aux carrefours, et à brûler ceux qu’ils y trouveraient déposés, etc. »

Indiculus superstitionum et paganinarum
En pure perte semble-t-il si l’on en croit les canons retrouvés du concile de Leptines (« Indiculus superstitionum et paganinarum ») qui récapitulent les pratiques superstitieuses et païennes interdites mais dont les développements d’origine de chacun d’entre eux ne nous sont malheureusement pas parvenus :


Chapitre 1. Du sacrilège qui se commet auprès des sépultures.
Chapitre 2 . Du sacrilège qui se commet à l’occasion des morts, c’est-à-dire des complaintes funèbres appelées « Dadsisas ».
Chapitre 3. Des pratiques honteuses du mois de février, « Spurcalibus ».
Chapitre 4. Des chapelles ou des oratoires des païens.
Chapitre 5. Des sacrilèges qui se commettent dans les églises.
Chapitre 6. Des sacrifices que l’on fait dans les forêts et que l’on appelle « Nimidas ».
Chapitre 7. Des oblations que l’on fait sur les pierres.
Chapitre 8. Du culte rendu à Mercure ou à Jupiter .
Chapitre 9. Du sacrifice adressé à quelqu’un des saints.
Chapitre 10. Des phylactères et ligatures.
Chapitre 11. Des fontaines où l’on sacrifie.
Chapitre 12. Des chants incantatoires.
Chapitre 13. Des augures que l’on tire des oiseaux, des chevaux, du fumier des bœufs ou de l’éternuement.
Chapitre 14. Des devins ou sorciers.
Chapitre 15. Du feu sacré que l’on obtient en frottant deux morceaux de bois et que l’on nomme « Nodfyr » (feu de calamité).
Chapitre 16. De la cervelle des animaux.
Chapitre 17. Des superstitions païennes attachées au foyer des maisons et du commencement de quelque ouvrage.
Chapitre 18. Des lieux sans maître que l’on honore comme sacré.
Chapitre 19. D’une prière que les gens de bonne foi appelle « prière de Ste Marie ».
Chapitre 20. Des fêtes célébrées en l’honneur de Mercure ou de Jupiter .
Chapitre 21. De l’éclipse de lune où l’on crie « Vince luna ».
Chapitre 22. De la conjuration des tempêtes, des cornes et des limaçons.
Chapitre 23. Des sillons tracés autour des domaines.
Chapitre 24. De la procession païenne que l’on nomme « Yria » et qui se fait avec des habits et des chaussures déchirés, des pains rompus et des pierres.
Chapitre 25. De l’usage que l’on est de considérer tous les morts comme autant de saints.
Chapitre 26. Du simulacre poudré de farine.
Chapitre 27. Du simulacre que l’on fait avec des haillons ou de draps.
Chapitre 28. Du simulacre que l’on porte dans les champs.
Chapitre 29. Des pieds et des mains de bois dont on se sert à la manière des païens.
Chapitre 30. De l’opinion que l’on est que certaines femmes commandent à la lune et qu’elles peuvent arracher le cœur des hommes, ce qui est la croyance des idolâtres.

(à suivre)

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Etude des traditions non écrites

août 10, 2008 at 11:28 (archéologie, druidisme, Généralités, paganisme, vie quotidienne)

Toute renaissance du druidisme est impossible, selon le professeur Guyonvarc’h, spécialiste en la matière s’il en fut, parce que, d’une part, la langue sacrée qu’employaient les druides a disparu et d’autre part, que la société celtique indépendante à laquelle la figure du druide était liée, n’existe plus non plus … On voit tout de suite que nous ne parlons pas de la même chose … le professeur Guyonvarc’h parle de « sa » spécialité, c’est à dire du druidisme vu à travers la lorgnette universitaire réductrice , du druidisme envisagé dans sa définition sacerdotale, c’est à dire d’un « corps » de sacerdotes et de son rôle dans les domaines tant religieux, que savants, philosophiques, économiques ou politiques… on ne voit pas dans cette « définition » la moindre trace de ce que j’appellerai « paganisme vécu » mais une sorte d’inventaire froid et sans vie, de simples fiches signalétiques sur des hommes (et peut être des femmes) dont, effectivement, nous n’avons plus grand chose à faire, si ce n’est à nous y intéresser d’un point de vue historique… Il n’a jamais été dans nos propos ni dans nos voeux de restaurer ce druidisme académique là, mais bien plutôt de vivre nos croyances païennes d’enfants de la terre Celte comme auraient (peut être) pu la vivre nos ancêtres si le monothéisme n’avait imposé sa chape de plomb depuis des siècles.

Considérer que toute « restauration » du paganisme celte est impossible est donc, à mon sens, le premier écueil à éviter. Le second se trouve à l’autre extrême et consiste à se dire que, le paganisme étant par essence adogmatique, on peut faire à peu près tout ce qu’on veut, « n’écouter que son ressenti » (ce qui me fait bondir … ) et, suivant une terminologie complètement aberrante, « se construire sa propre tradition » en venant remplir selon son humeur, son caddie aux rayons du super marché de la spiritualité.

On pense ce qu’on veut d’Alain de Benoist, c’est pourtant lui qui a écrit ces mots qui forment une ligne directrice aussi cohérente qu’ enthousiasmante…: « « Le paganisme aujourd’hui ne consiste pas à dresser des autels à Apollon ou à ressusciter le culte d’Odhinn. Il implique par contre de rechercher, derrière la religion, et selon une démarche désormais classique, l’« outillage mental » dont elle est le produit, à quel univers intérieur elle renvoie, quelle forme d’appréhension du monde elle dénote. Bref, il implique de considérer les dieux comme des « centres de valeurs » (H. Richard Niebuhr), et les croyances dont ils font l’objet comme des systèmes de valeurs: les dieux et les croyances passent, mais les valeurs demeurent. C’est dire que le paganisme, loin de se caractériser par un refus de la spiritualité ou un rejet du sacré, consiste au contraire dans le choix (et la réappropriation) d’une autre spiritualité, d’une autre forme de sacré. Loin de se confondre avec l’athéisme ou l’agnosticisme, il pose, entre l’homme et l’univers, une relation fondamentalement religieuse – et d’une spiritualité qui nous apparaît comme beaucoup plus intense, plus grave, plus forte que celle dont le monothéisme judéo-chrétien se réclame. Loin de désacraliser le monde, il le sacralise au sens propre, il le tient pour sacré – et c’est précisément en cela, qu’il est païen. »

Il n’est pas question de refaire l’histoire , « réinventer des dieux, à la manière antique », est impossible. Retrouver le paganisme tel qu’il était ? je ne vois pas comment cela serait possible et je ne sais même pas si ce serait souhaitable (d’autant plus qu’il devait y avoir autant de « variantes » que d' »écoles » et « tendances »…) en revanche, il est possible, j’en suis certain, de retrouver le paganisme tel qu’il aurait pu devenir… Nous ne voulons pas reconstruire à l’identique, nous voulons forger les outils qui nous permettront de vivre notre foi de manière cohérente. Malgré tout ce qu’on a pu dire de la tradition orale il est faux de prétendre qu’on a tout perdu de l’enseignement des druides: les découvertes archéologiques et leur interprétation, le comparatisme avec les textes irlandais et gallois débarrassés de leurs scories chrétiennes, et le recours à l’hindouisme et autres traditions indo-européennes peuvent nous donner de sérieuses pistes pour une sorte de reconstructionnisme basé sur un archéo futurisme intelligemment pensé … retrouver les dieux locaux, je pense que c’est réellement possible et (re) construire « en respectant l’esprit des Anciens », je suis certain que ça l’est aussi…

Une des méthodes, non exclusive, utile à l’apprenti « re-constructionniste » et qui est l’une de nos finalités, à la Main Rouge, est l’étude des traditions non écrites…

Que faut-il entendre par « traditions »? On laissera la parole à Etienne Renardet (« Vie et croyances des Gaulois avant la conquête romaine ») qui répondra bien mieux que je ne saurais le faire moi même:

« la Langue . Elle sert à exprimer les idées, les besoins, les sentiments d’un groupe social, à transmettre les connaissances, à communiquer. Elle est donc un support privilégié de la culture.

La linguistique permet de déterminer la présence et les mouvements d’une civilisation. Elle reste imprécise dans le domaine du temps.

Les Habitudes. Généralement elles relèvent de la bienséance. Leur origine est parfois difficile à ,déterminer. Si l’on se découvre devant une personne à qui l’on doit le respect ou que l’on veut honorer, c’est que la coiffure était signe d’autorité. Tendre la main droite manifeste que l’on est désarmé. Offrir des voeux au Nouvel An se faisait déjà à l’époque néolithique, etc. Toutes les habitudes ont à l’origine une signification symbolique ou une raison pratique. Elles ont acquis un statut conventionnel. Par exemple les hommes laissent les femmes passer devant eux, ils offrent leur bras gauche, sauf s’ils sont militaires (à cause du sabre), le maître de maison verse quelques gouttes de vin dans son verre avant de servir ses invités. Ces habitudes s’expliquent mais il n’en est pas toujours ainsi.

Les Coutumes. Elles se rapportent aux activités ou aux cérémonies. Elles composent des sortes de rituels domestiques, professionnels, religieux, festifs. On les classe dans la discipline nommée folklore. Celui ci a entrepris de nombreuses enquêtes pour recueillir les rites attachés aux diverses circonstances de la vie sociale. Fort heureusement, on a rassemblé avec le plus grand nombre de détails possibles les pratiques effectuées lors des mariages, des naissances, des enterrements, des fêtes… Ainsi possède-t-on déjà une riche documentation qui éclaire le comportement social.

Les Dictons, Maximes, Proverbes. Les uns ont une portée morale, d’autres ont valeur de conseil ou simplement d’indication, d’autres encore se rapportent aux prévisions météorologiques (ce mot seul est indicatif). L’étude de ces formules lapidaires est fort instructive quant à la mentalité, le comportement et les règles de vie d’autrefois.
De nombreuses études ont été entreprises mais la chronologie mériterait d’être approfondie.

Les Contes, fables, légendes, anecdotes se rapportant à des personnages ou des évènements historiques. Ce domaine a été largement exploré par les historiens. Les travaux récents exploitent cette source de documentation non seulement pour mieux connaître les biographies et les faits, mais aussi pour pénétrer dans le domaine des us et coutumes et des courants sociologiques.

Les Contes, légendes et dictons se rapportant à un site ou un objet déterminé. Ce domaine est celui qui nous intéresse particulièrement car il est à peu près inexploré. Des auteurs, depuis peu de temps du reste, signalent à propos d’un site les traditions qui s’y rapportent. Mais à notre connaissance, il n’existe pas d’études systématiques et comparatives d’envergure.
Pour étudier cette documentation, il convient avant tout d’en recueillir les éléments aussi fidèlement et complètement que possible. D’autre part on ne doit pas négliger qu’ils ont avec les autres sortes de traditions des liens plus ou moins étroits qu’il convient d’établir et d’analyser. Enfin, les traditions sont une matière vivante. Contrairement aux vestiges archéologiques témoignant avec précision de l’époque à laquelle ils appartiennent, les données traditionnelles sont en perpétuelle évolution. Il importe de déterminer les phases de leurs mutations et leurs formes successives. C’est ce que André Varagnac appelle la stratigraphie des âges.

Comme on le voit ce domaine comporte une multitude de composantes d’une très grande richesse. Mais leur étude suppose une rigueur dans la recherche et une méthode adaptée. Nous appliquons la méthode suivante:

Analyse des Composantes.

Il convient tout d’abord de déterminer le noyau central de la tradition qui présente une permanence. Ce noyau se rapporte à des réalités psychologiques de la nature humaine: les archépsychés. Leur essence n’apparaît pas au premier abord, c’est donc plutôt leur permanence qu’on recherchera.
Puis, on examinera les composantes au moyen des apports en tenant compte du cadre culturel et des habitudes de l’époque considérée, des contingences économiques, politiques, sociales. Des comparaisons avec les modifications constatées pour la même période sur des tradition, écrites ou orales, sur l’art, les moeurs, faciliteront cette étude.

Confrontation des traditions entre elles et avec les autres agents.

Des confrontations destinées à vérifier des hypothèses et même des rapprochements systématiques sont à faire. Ces confrontations sont indispensables non seulement pour permettre la compréhension des traditions mais aussi pour que l’interprétation que l’on propose soit crédible.

Interprétation.

Nous avons vu que les objets archéologiques pouvaient être datés parfois avec précision. Il en est de même des faits historiques qui, après critiques, ont de grandes chances de se présenter comme authentiques. Mais en raison même de leur caractère instable, les traditions ne sont susceptibles de refléter que des courants d’idées, des tendances, des orientations de croyances ou de pratiques.

La première démarche du chercheur consiste à se départir autant que possible de ses propres cadres de références. Il est évident qu’une telle attitude n’est pas pleinement réalisable. Il importe à tout le moins d’y tendre.

Puis on recherchera les cadres de la population considérée en s’efforçant de découvrir sa culture, celle ci étant composée du fonds antérieur, des acquisitions, du genre de vie, des pressions et réactions.

Contrôle.

Sachant que l’interprétation est nécessairement marquée par la personnalité de celui qui la présente et de l’incertitude des documents, un contrôle s’impose. Il portera sur la remise en question des conclusions, si attrayantes soient-elles et sur la comparaison entre diverses propositions. Ainsi obtiendra-t-on confirmation des hypothèses qui ne seront retenues que lorsqu’une convergence aura pu s’établir par rapprochement, comparaison, similitude et opposition.

Une telle méthode est longue à appliquer. Elle s’impose pourtant à celui qui veut étudier consciencieusement les traditions ».

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