Ruffécois : mise en valeur des mégalithes

juillet 4, 2009 at 6:13 (archéologie, paysages) (, , )

dolmen_charente
Programme du projet de mise en valeur des mégalithes

Ce projet se traduit par :

– la réalisation d’une exposition et d’une plaquette
– l’organisation de nombreuses animations durant le mois de septembre 2009 :
– ateliers enfants et visites scolaires, conférences, visites guidées, un évènement avec la nuit des « Nuit des mégalithes » et un rallye archéologique des mégalithes du Ruffécois.

Exposition sur les mégalithes :

L’exposition « Mégalithes en pays Ruffécois » présentera une approche archéologique accessible à tous de cette première architecture de l’humanité. Une adaptation enfant est également prévue. Elle s’organisera de la façon suivante :

– Introduction : présentation du Néolithique d’une façon générale avec un recadrage sur le Ruffécois
– Le mégalithisme : présentation des mégalithes d’une façon générale avec un recadrage sur le Ruffécois
– Carte présentant les différents mégalithes du Ruffécois
– Quelques mégalithes importants du Ruffécois. Les différents sites pressentis sont La motte de la Garde, les Perrottes, les tumuli de Tusson, La Jacquille et Saint-Ciers
– L’habitat néolithique : présentation générale avec un recadrage sur le Ruffécois (Chenommet)
– Archéologie aérienne
– Archéologie subaquatique
– Un exemple de fouille de mégalithe : dolmens de la Boixe
– Croyances et superstitions liées aux mégalithes

Cette exposition, présentée à la maison du patrimoine de Tusson durant la saison estivale 2009, sera ensuite proposée aux différentes communes du pays du Ruffécois propriétaire de mégalithes.

Le mois des mégalithes : septembre 2009

Durant le mois de septembre, différentes animations portant sur le thème des mégalithes seront proposées au public.

– Inauguration : vendredi 4 septembre, 18h, maison du patrimoine de Tusson :

Deux conférences inaugurales sont envisagées

• Présentation des mégalithes, en direction des élus du Ruffécois (par José Gomez ) : prévoir un cadeau
• Présentation de la politique par rapport à la sauvegarde du patrimoine mégalithiques et aux possibilités de mise en valeur par monsieur Buisson – Catil, CRA à la DRAC : coût ?

-dimanche 6 septembre, à Chenommet

Conférence : Chenommet, un exemple de fouille d’habitat Néolithique (Vincent Ard)
Visite : visite de Chenommet (Vincent Ard)

– le samedi 12, à Ligné :

Traction d’un bloc d’une « Méga pierre » avec les techniques du Néolithique

– dimanche 13 septembre, à Tusson

Conférence : l’archéologie aérienne par Eric Bouchet
Visite : les dolmens et tumulus de Tusson et des Perottes (Isabelle Chasson)
Ou
Conférence : Prissé un exemple de fouille (Luc Laporte)
Visite : les dolmens et tumulus de Tusson et des Perottes (Luc Laporte)

– samedi 19 septembre, rallye « Inter-mégalithiques » : en direction d’un public familial

Afin de diversifier les approches du patrimoine archéologique et de développer l’aspect ludique, un rallye inter-mégalithique va être organisé. Il sera proposé au public familial de partir à la découverte du patrimoine mégalithique par le biais de circuits (voiture, vélo et randonnée) avec un questionnaire et un document de
présentation de ce patrimoine en accompagnement. Un cadeau sera remis à la fin.
Possibilités de départ et d’arrivée : centre art roman de Saint-Amant de Boixe, la maison du patrimoine de Tusson, le site gallo-romain d’Embourie ( ?), les offices de tourisme du Ruffécois
Sites concernés à définir

– dimanche 20 septembre : à Bessé ou Fontenille

Conférence : l’archéologie subaquatique (J.P. Gailledreau)
Visite : le dolmen de Magnez, dolmen de Bessé et le tumulus de la Jacquille à Fontenille (Aurélie Vignet)

– samedi 26 septembre : à Bessé ou Fontenille

Poterie néolithique par Arkéo Fabrik (association qui travaille avec le musée de Bougon)

– dimanche 27 septembre : à Vervant

Conférence : Mégalithisme en général (R. Joussaume)
Visite : les dolmens de la Boixe (José Gomez de Soto)

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sur les traces de Gargantua

août 3, 2007 at 11:07 (contes et légendes, paysages)

Sur les traces de Gargantua
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en Charente (16) :

– Gargantua boit la Font de l’Echo à Ambérac, et s’endort : un troupeau de moutons s’engouffre dans sa bouche, suivi par le berger qui va les y rechercher.
– Roland lance sa cognée à Charras, et forme le terrier du Puy Roland.
– à Mainfonds, il a voulu combler la grande fosse de la forêt de la Braconne, mais il laisse tomber sa hotte, formant ainsi la Motte de Gargantua, que jamais le Diable ne lui a permis de reprendre
.- à Montemboeuf Gargantua fauche le pré d’une vieille femme contre un déjeûner. Après avoir fait la sieste, il coupe tout, même chez les voisins.
– il forme la colline du Pinsonneau, au sud de Baignes-Sainte-Radegonde, avec la boue de ses chaussures, et la motte de Coiron est une dépatture ou « dégotture » de Gargantua.
– dans l’Angoumois, Gargantua fauche le pré d’une vieille femme, puis demande à dîner. Il va pour cela chez un meunier et y prend toute la farine, va prendre du blé chez un fermier pour le payer, fait moudre le grain et propose de faire de la bouillie dans l’écluse ; mais il avale tout, y compris les animaux crevés que l’on y jette pour l’arrêter.
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dans les Deux-Sèvres (79) :

– sainte Macrine, montée sur une mule ferrée à l’envers, fuit devant Gargantua qui a jeté son dévolu sur elle. La bête, fatiguée, s’arrête dans l’île de Magné, près du champ des Idoles, où l’on sème de l’avoine. Lorsque Gargantua arrive, l’avoine est miraculeusement prête pour la moisson, et le paysan nie avoir vu quiconque passer depuis le moment où il semait. Gargantua abandonne sa poursuite et secoue ses sabots pour former les buttes de Sainte-Macrine et de la Garette.
– Gargantua s’assied sur le clocher de Notre-Dame de Niort, les pieds sur ceux de Fontenay-le-Comte et de Luçon.
– un gros mammelon arrondi dans la vallée de la Sèvre, près de Saint-Maixent, et de la route à la Motte-Saint-Heraye, est un Etron de Gargantua, qu’il dépose un pied dans lîle de Montaï, près de Palu, l’autre sur le coteau Pèss’Marin, près de Nanteuil.
– Gargantua boit le Thouet au gué de Ligaine, près de Taizé. Puis il mange six boeufs, avec une charette chargée d’épines et le bouvier et s’endort. Il forme deux buttes en vidant un de ses sabots à Montcoué, l’autre à Tourtenay, avant de poursuivre sa route vers le nord, par Saint-Léger-de-Montbrun et Oiron. Il avale alors un moulin sur les côteaux de la Loire, et en meurt car les ailes continuent de tourner dans son ventre.
– Gargantua avale l’eau de la mer qui s’étendait jusqu’à Niort, ce qui forme le Marais Poitevin.
– Gargantua boit la Sèvre Niortaise avec un bateau et assèche le Marais Poitevin.
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en Vendée (85) :

– trois menhirs détruits, à Avrillé, servaient de minches (buts) à Gargantua, qui les visaient depuis Saint-Benoist, où il a abandonné sur place un Palet. On venait autrefois déposer sur ce Palet, au printemps, une poignée de trèfle pour se protéger du cheval Malet.(le Cheval Malet était un cheval blanc, le diable déguisé, que l’on pouvait rencontrer dans un bois appuyé contre un arbre. Si l’on avait l’imprudence de monter sur lui, il partait aussitôt au grand galop et ne s’arrêtait qu’au bord d’une rivière ou d’un étang où le cavalier était précipité)
– à Rosnay-sur-Yon, Gargantua est poursuivi par les chiens d’un berger. Il les met dans sa poche et tente de les écraser comme des fourmis ; mais ils se blottissent entre ses jambes et le mordent, l’obligeant à fuir à toutes jambes. Il abandonne là les deux mégalithes qu’il portait. Selon une autre interprétation, il faisait là, près de la Folie, une partie de minche, en se servant des dolmens de Talmont et des Moutiers comme palets. Mais un chien le mord au pied, et il laisse là les Pierres Follet. Sa fuite le mène du clocher de Luçon à ceux de Fontenay-le-Comte et de Notre-Dame de Niort.
– la table du dolmen du Grand Douillac, à Saint-Vincent-sur-Jard, est connue sous le nom de Palet de Gargantua.
– allant de Nantes à la Rochelle, Gargantua suit la vallée de l’Yon. Il rencontre le Diable qui porte un énorme rocher. Ils font ensemble une partie de palet. Gargantua arrache un bloc au lit de la rivière et vise la pierre levée de la Roussière. Son palet tombe dans la rivière au Tablier : c’est la Pierre Nauline ou Mouline, ou encore Pierre de Gargantua. Puis il poursuit son chemin et détache des blocs de la falaise qui se retrouvent dans l’Yon à La Gorge aux Loups. Et il se repose en s’asseyant sur la Pierre du Vigneau.
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dans la Vienne (86) :

– le dolmen de la Pierre-Levée, à Passe-Lourdin, près de Poitiers, est dit par Rabelais avoir été construit par Gargantua.
– c’est le cheval de Duguesclin qui fait jaillir les eaux curatives de La Roche-Posay, près du ruisseau de la Gargonde, sous son sabot. Mais Gargantua pourrait bien l’y avoir précédé.
– à Saint-Rémy-sur-Creuse, Gargantua lançait des palets depuis le chateau des Roches jusqu’au chateau de Chaloupy, de l’autre côté de la rivière, avant de la traverser lui-même. Avant qu’on le fasse sauter à la mine pour construire en 1910 la mairie et l’école, le Palet de Gargantua était un roc situé sur la rive gauche de la rivière dans les falaises à habitat troglodyte.
– à côté de Cherves, un pied sur la colline de Cherves (147 m.) et l’autre sur ce qui allait devenir le Pied de Doux (154 m.), Gargantua s’est assis dans la vallée pour se reposer. Il y aurait perdu ses pendants d’oreilles, en l’occurence des mégalithes disparus ou dispersés avec le remembrement, sous lesquels reposaient de prodigieux trésors.
– à Poitiers sur la rive droite du Clain, non loin du Pont Joubert, un énorme rocher en saillie sur la falaise, à la partie supérieure aplanie en terrasse porte le nom de Chaise de Gargantua.
– Plusieurs « Patins de Gargantua » sont dénombrés dans la Vienne où, trainant sous chaque pied une bonne épaisseur de boue argileuse qui gènait sa marche, il les secouait vigoureusement pour s’en débarasser : propulsés, ces mottes de terre auraient, en s’écrasant à bonne distance, fait les buttes de Beaumont, de Gironde, commune de Saint Genest, de Puy-Mouron, commune de Frontenay sur Dive et de Puy-Taillé, commune de Saint Chartres (ndlr. voir « la Dive, une rivière divine »).
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(sources : Rabelais
Société de Mythologie Française
Mineau/Racinoux : « La Vienne Légendaire ».)

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Loubressac (86) : de Sukellos à saint Sylvain

juillet 22, 2007 at 1:43 (contes et légendes, divinités, paysages)

Non loin de Lussac les Chateaux (86), célèbre pour les plaques gravées (premiers portraits humains, datant de -15000) de sa Grotte de la Marche (c.f. »symboles pictons »), s’élève le dolmen de Loubressac où l’on retrouva des ossements humains d’adultes et d’enfants ainsi que des tessons de poterie et un petit tranchet en silex, et dont la légende locale, en pervertissant le mythe de la fée bâtisseuse, dit qu’il fut l’oeuvre de la sainte Vierge qui piqua en terre ses huit fuseaux et posa dessus la pierre plate qu’elle portait sur la tête.
Ce dolmen témoigne d’une présence humaine à l’époque néolithique et reste un des rares vestiges des sépultures mégalithiques laissées par les tribus dispersées sur les rives de la Vienne. La Grotte de Loubressac, sur Mazerolles, a livré aussi un bois de renne gravé de deux bisons, le lieu-dit « la Ganne » un ensemble sépulcral celtique et Loubressac une petite urne funéraire gallo romaine.
Mais Loubressac nous intéresse encore à un autre titre. faunus.jpgComme Lubersac en Corrèze, Lupersat en Creuse, Loubressac dérive de Lupercus (de « lupus »= loup) qui était un autre nom du dieu romain Faunus, protecteur des troupeaux, dieu des champs et des bergers et dieu oraculaire lié aux bosquets sacrés. Les Luperques, ses prêtres, pour la fête des Lupercales (15 février) se répandaient dans les rues de Rome pour fouetter les femmes avec des lanières de peau de bouc et les rendre ainsi fécondes.
Comme on lui attribue des pattes et des cornes de chèvre, il fut assimilé au dieu Pan et puis, en Gaule, avec les mêmes attributions, il devient aussi Silvanus ( « silva »= forêt : on trouve souvent son image dans les bosquets sacrés) auquel on assimile Sukellos, le dieu gaulois au maillet, sous son aspect « dieu des forêts et des bois ». Il semble donc que Loubressac ait été, dès la plus haute antiquité, un lieu de culte païen, et son étymologie suggère l’existence en ce lieu d’un temple important dédié à Lupercus, un Lupercale sacrum, probablement à l’endroit où s’élevait auparavant un sanctuaire dédié à une divinité topique. Et d’ailleurs la chapelle du village est dédiée à saint Sylvain qui semble avoir pris la place, dans la ferveur populaire du Silvanus païen…
On ne sait rien de ce Sylvain, si ce n’est qu’il fut un évangélisateur zélé des terroirs du Limousin, de la Marche, de l’Angoumois, du Bas Berry et de la partie sud orientale du Poitou. Il était de ces missionnaires qui avaient délaissé les voies romaines rectilignes, menant d’une cité à une autre, pour emprunter les anciens chemins gaulois et aller porter la vérité de son dieu unique auprès des gens des campagnes, souvent au bout de l’épée, dans le bruit et la fureur… à tel point qu’on dit qu’il fut tué et jeté dans la Vienne par les Limousins, porté par le courant jusqu’à Loubressac et inhumé en ce lieu.
sanctuaire.jpg On peut facilement imaginer la scène…
un petit village, la forêt proche, le fleuve qui coule doucement, la scène pourrait être charmante, bucolique en cette matinée de printemps, mais des nuages d’une fumée âcre viennent obscurcir les lieux… des hommes passent en courant, affolés, des femmes aussi qui serrent dans leurs bras des enfants qui toussent et crachotent… c’est d’une extrême confusion qu’entretient encore la présence d’animaux qui viennent se jeter dans les jambes des villageois, en bêlant, en grognant, en jappant…des cris fusent, des chevaux hennissent, les hommes porteurs d’armes improvisées se précipitent vers le sanctuaire pour se heurter à une troupe de brutes avinées, soudards solidement armés qui accompagnent un petit homme en noir qui hurle ses ordres et tentent d’abattre les piliers qui soutiennent le temple … les premiers villageois qui tentaient de s’opposer à leur approche, gisent dans la poussière ensanglantée… les brutes tentent de mettre le feu au sanctuaire après en avoir profané les entours, commencé d’abattre le bosquet sacré …certains d’entre eux, surs de la victoire s’ éloignent déja vers l’orée de la forêt en traînant des femmes par les cheveux… mais la fortune change de camp, les sectateurs du dieu unique sont peu à peu repoussés par les villageois … ceux qui le peuvent s’enfuient sur leurs chevaux, les autres gisent à leur tour dans la poussière … y compris le petit homme en noir dont on ne sait trop s’il est mort ou vivant… qu’importe, les villageois le jettent dans un sac, le traïnent jusqu’au fleuve et l’y précipitent … quand il abordera en amont à Loubressac, il sera enterré sur place et sur sa tombe s’élevera un sanctuaire, lieu de pélerinage très fréquenté.
silvanus.jpg mais on dit qu’il pourrait y avoir une autre version … la scène est la même jusqu’à l’épisode des femmes traînées vers la forêt … et puis … on a cru que la fortune aurait pu changer de camp mais les brutes sont trop aguerries et bientôt les villageois qui ne sont pas morts s’enfuient vers les bois… le temple en flammes s’écroule sous les cris de victoire des soudards, beaucoup de maisons du village brûlent aussi, et le petit homme en noir aux yeux de fou se campent sur les débris fumants pour y planter une grande croix faite de deux branches nouées … puis il se dirige vers le fleuve, trouvant le symbole plus fort, pour y jeter l’idole de bois du dieu qui était honoré là depuis des temps immémoriaux … les Pictons de Loubressac restés païens reconnurent dans cette statuette échouée sur leur rive l’image de leur dieu familier, la déposèrent pieusement dans leur Lupercale Sacrum…et l’honorèrent encore longtemps…
Le pouvoir bénéfique de saint Sylvain s’exerçait surtout sur les enfants atteints du « mal violet » (convulsions et autres maladies nerveuses) et c’est pour cette raison qu’on en peignait autrefois les effigies en violet. Mais on l’invoque aussi pour guérir certaines affections dont la furonculose et les dermatoses. Pour rappeler les Luperques, on précisera aussi que son homologue de l’Isle Jourdain conjurait plus spécialement la stérilité des femmes… Jusqu’à la seconde guerre , le pélerinage fut un des plus importants de la région et l’on y venait de fort loin pour accomplir les pratiques rituelles de guérison et faire trois fois le tour du sanctuaire dans le sens de la marche du soleil…Beaucoup plus discret, on dit pourtant aujourd’hui qu’il n’a pas disparu…

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(Hypothèse de reconstitution du sanctuaire de Gournay-sur-Aronde (Oise).
Aquarelle de reconstitution Jean-Claude Blanchet.)

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Commentaires et pistes de réflexion
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De Faunus à Pan et à Silvanus et à Sukellos, si je puis dire, on ne sort pas de la forêt … et je ne peux pas m’empêcher de penser à une autre grande figure indissociable des bois et des forêts: Merlin .
Dans l’univers celtique, la forêt est un sanctuaire, un lieu de résidence des divinités. Par sa folie, par son séjour sylvestre, par le fait qu’il se fond complètement dans cet environnement, l’enchanteur Merlin se rapproche de la divinité. Il devient l’authentique divinité des bois. De plus il lui arrive d’utiliser des cerfs comme monture (il a des sabots de cerf ? comme Pan à des pattes de chèvre ? on pense aussi à Kernunnos), et durant l’hiver, il vit en compagnie d’un loup gris (on dit parfois de saint Sylvain qu’il est « loup, chasseur de loups », et Lupercus vient de « lupus »-loup), ce qui le rattache au chamanisme. Le loup est maître Blaise, scribe de Merlin, en fait son double, comme le loup est le compagnon de l’Homme Sauvage (saint Sylvain qui a pris la place de Silvanus-Sukellos, l’Homme Sauvage…). Et puis Merlin, à sa naissance, est velu comme un ours
Il semble donc bien que Merlin soit l’héritier d’une longue mémoire de divinités sylvestres. Saisi dans son expression la plus ancienne, le mythe de Merlin pourrait présenter des traits archaïques pré indo européens; il tournerait autour d’une figure qui n’incarnerait ni la fécondité ni la prouesse guerrière (tout au moins à priori) mais bien une forme de souveraineté plutôt magique, une sorte de royauté chamanique.

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balade païenne à Angles sur l’Anglin

mai 2, 2007 at 10:51 (paysages)

Angles sur l’Anglin, un des « plus jolis villages de France », célèbre pour les ruines de son imposant chateau médiéval qui domine la vallée et qui aurait été selon la légende, bâti par des Fées qui travaillaient la nuit pour que personne ne puisse les voir.

pivert.jpg   J’ai à peine fait quelques centaines de mètres sur la route qu’un étroit sentier qui escalade le talus me conduit à une vaste salle souterraine ouverte dans le roc, la « cave à Capioro », orientée au soleil levant et qui possède, sur la gauche, un diverticule à la grande profondeur. D’emblée le ton est donné : je suis dans un lieu magique qui fut jadis beaucoup fréquenté par mes lointains ancêtres (grotte refuge ou grotte cultuelle ?) ; je suis transporté dans un autre monde, et c’est une impression que vient curieusement renforcée le « tac tac » du bec d’un pivert contre un arbre qui me souhaite ainsi la bienvenue à sa façon.

chaudron.jpgPlus loin au sein d’un tunnel de verdure, je m’attarde au pied d’une roche massive bizarrement creusée dans sa paroi varticale qui me fait face, d’un orifice parfaitement circulaire. C’est « le Chaudron » et je me prends à rêver à quels rituels cette curiosité de la nature a bien pu servir.

Toujours en pleine forêt mes pas me mènent ensuite jusqu’à un calvaire édifié au point de rencontre de deux chemins, qui marque aussi le sommet du plateau où je me recueille quelques instants en souvenir de la divinité qu’ont dû adorer là nos lointains ancêtres. C’est la triple Hécate que les grecs honoraient aux carrefours, mais les Celtes ? pour les gallo-romains, c’étaient des déesses qui s’appelaient Biviae, Triviae, Quadriviae suivant le nombre des chemins qui se croisaient là, et qui prenaient selon toute vraisemblance la place d’une spécifiquement gauloise. Déesse chthonienne, elle relierait les trois étages du monde: le monde d’en dessous, le monde d’ici, le monde du dessus et, à ce titre, serait honorée comme la déesse des carrefours; car chaque décision à prendre à un carrefour commande, non seulement une direction horizontale à la surface de la terre, mais plus profondément une direction verticale vers l’un ou l’autre des niveaux de vie choisis. Dans les fourrés, un mouvement me surprend et j’entre aperçois un animal s’enfuir, si rapidement que je n’ai pas le temps de l’identifier. Assez gros, avec une très épaisse fourrure noire et je me plais à imaginer que c’est un animal fabuleux, lié au lieu, alors que ce n’est peut être qu’un chat…

Plus loin, à l’entrée d’un étroit chemin, comme semblant m’attendre, le mince tronc coupé d’un jeune charme. J’ai sur moi le couteau de mon grand-père qui, avec sa petite lame incurvée et son manche jaune en laiton me fait penser  à la faucille d’or des druides. Il est aussi muni d’une scie, ce qui me permet d’avoir assez rapidement en mains un fort bâton aussi haut que moi et que je me promets bien de me mettre à sculpter dès mon retour.

monade.jpgLe petit chemin qu’il m’indiquait, tel un signe des dieux, me mène en contre bas jusqu’à une petite fontaine, la « fontaine des blattiers » dont le niveau des eaux permettait jadis aux marchands de blé d’évaluer l’importance de leur future récolte. La pauvre source ne coule plus, pourtant joliement entourée de fortes pierres et ceinturée de trois petits murets de pierres sèches: elle est comblée sur une bonne profondeur de déchets organiques, feuilles pourries, etc.: ce serait un bien joli travail à faire que de la restaurer mais en attendant je peux toujours lui offrir un petit rituel de protection: Du bout du doigt mouillé, avec de la terre humide, je trace sur un des murets un triskèle (ou une monade si l’on préfère) que j’entoure d’un cercle et puis, en posant la main sur la figure, je dis trois fois: « gracieuse Déesse, je te prie de faire ici un abri avec ta force afin que jour comme nuit, aube et crépuscule, ton immense puissance soit un abri pour cette source » et je remercie en rebroussant chemin (le rituel est naturellement adaptable pour un arbre ou n’importe quel « objet » que l’on veut protéger).

Poursuivant mon chemin, je ramasse des glands de chêne et des noix que j’offrirai à mon autel dès mon retour. Des plumes aussi, des plumes de chouette mais aussi une jolie petite plume de corbeau aux jolis et forts reflets bleutés. Tout en marchant, à travers les viornes, les troènes, les aubépines, érables champêtres, prunelliers, coudriers et daphnées, je guette un dolmen « des Liboureaux », partiellement effondré, mais dont la table intacte donne encore, parait-il, une parfaite idée de l’importance du monument… en vain… puisqu’en rentrant je m’apercevrai que si je le guettais sur ma gauche, il était en fait sur ma droite…

En revanche, plus loin,  je m’attarde dans une charmante petite clairière plantée en son centre de deux jeunes chênes et visitée de nombreux papillons : quelle belle clairière ce serait pour un rituel … malheureusement elle est bien trop visible du chemin balisé en jaune et bleu… Même si j’ai les fesses trempées de m’être assis sur le tapis de mousse, je remercie l’esprit du Lieu avec gratitude pour son accueil.

Toujours plus loin, après un passage sur la route, où je passe devant un calvaire manchot pour lequel je n’éprouve aucune compassion (qu’a-t-il fallu détruire pour l’ériger, lui ?) je rentre à nouveau sous le couvert de la forêt. Le ciel s’est couvert et le sous bois est très sombre : j’ai une pensée pour la forêt magique du Seigneur des Anneaux et je pense aussi aux formes torturées des arbres de Bibracte; je pense surtout à tous les bosquets sacrés, à tous les arbres sacrés détruits par les chrétiens dans leur rage à imposer leur nouvelle religion par tous les moyens et surtout par la hache et l’épée…

Au milieu des genévriers, des cornouillers, des noisetiers et des chênes, il y a des buis en cascades partout et je m’imprègne de leur odeur tout en faisant attention où je mets les pieds puisque je n’ai aucune envie de dévaler la pente sur les fesses tant les pierres sont glissantes. Le chemin descend jusqu’au bord de l’Anglin où la forêt est moins dense. Je m’assois là, sur un tronc moussu, abattu mais sur lequel pousse la vie, symbole exemplaire, pour avaler mon sandwich en face des eaux dont je perçois les clapotis cristallins. Je me rends compte alors que je n’entends pas d’autres oiseaux que les corbeaux et leurs croassements sont rapidement remplacés par le bruit des gouttes de pluie sur les feuilles des arbres qui me sont comme un grand parapluie.

Quand je repars en laissant dans le creux d’un arbre un bon morceau de mon sandwich pour l’esprit du Lieu, la pluie cesse. Et plus loin, en grimpant un peu dans la falaise je découvre une grotte qui surplombe la rivière. Elle est sombre et la pile de ma lampe est morte mais à la lueur de la bougie que j’ai pensé à apporter, je m’aperçois que rien ni personne n’a du pénétrer ici depuis longtemps: aucune canette vide, aucun papier de bonbon, aucune empreinte dans la poussière alors que mes semelles en laissent de bien visibles et profondes. Je m’installe au milieu de cette grotte, dans l’obscurité, dans les Ténèbres, en regardant la lumière au delà de son ouverture, et les arbres sur fond de ciel. Et je suis parfaitement conscient de la complémentarité de l’obscur et du clair et je me laisse aller à une longue rêverie où il est question du sein de la Terre Mère, du ventre de la mère, d’initiation, de rituels d’un autre âge réactivés.

grotte.jpgJe pense à Jean Clottes qui présente la grotte comme un lieu de passage entre le monde des hommes et un monde parallèle. La grotte serait donc un sanctuaire dans lequel le chaman, reconnu par sa tribu, entre en transe pour restaurer l’harmonie entre l’homme et la nature. Et pour que les Paléolithiques se soient rendus régulièrement, pendant plus de vingt mille ans, au fond de cavernes où ils n’habitaient pas pour y dessiner sur les roches, il a obligatoirement fallu que ces lieux revêtent pour eux une importance extraordinaire. Ils devaient avoir conscience de pénétrer délibérément dans un monde-autre, celui des forces naturelles. . Ce voyage souterrain était donc l’équivalent du voyage chamanique, celui de la vision perçue durant la transe. (de l’autre côté d’Angles sur l’Anglin, à quelques kilomètres d’ici un site magdalénien, baptisé le « roc aux sorciers » et qui abrite des frises sculptées en bas-relief, témoigne de la présence de l’homme il y a 14 000 ans dans les environs)

Un peu à contre coeur je me lève pour reprendre mon chemin. Au pied de la falaise que je longe maintenant des tas d’énormes blocs de roche jonchent le sol devant moi: l’endroit est complètement irréel, les pierres forment des trous, des voûtes, des pièges, des obstacles, des ponts et des arches, des débuts de labyrinthe: la beauté de l’endroit me coupe le souffle… et son étrangeté aussi, l’impression d’un total dépaysement, même les plantes semblent différentes, plus exotiques, presque tropicales !..

pied-griffe.jpgDerrière, la paroi « sculptée de main d’homme dans le calcaire dur, haute et large d’une dizaine de mètres, s’incurve vers le sommet où elle dessine une amorce de voûte. A sa base est creusée une fosse rectangulaire de 2,50 m. sur 2 m. en manière de bassin et où l’on descend par un plan incliné. Les parois de la roche présentent de nombreuses et profondes incisions qui forment soit des sortes de bancs et de gradins, soit des espèces de loges quadrangulaires. A l’angle d’un banc de pierre qui, à gauche, surplombe la fosse centrale, on remarque une sculpture grossière » (« légendaire de la Vienne ». Mineau-Racinoux). certains y ont vu l’image d’un sphinx, d’autres celle du dieu Mithra personnifié par un taureau (en fait, on y discerne  » un muffle porté par un corps informe reposant sur deux pieds dont l’un semble armé de quatre griffes acérées »)

Car il ne semble faire aucun doute que la « carrière aux sarcophages », avant qu’on y taille des pierres à tombeaux dès l’époque gallo romaine et jusqu’au VIIeme siècle, fut consacrée, peut être même en des temps pré-celtiques, à un culte païen (une hypothèse hautement probable qui est encore confortée selon les spécialistes par la présence d’un bassin et la forme incurvée du sommet de la paroi).

Je m’arrache avec peine aux lieux et, après un long cheminement le long de la rivière où je m’essaie à reconnaitre les arbres, je rejoins la route au lieu dit « pied griffé ». Le « Légendaire de la Vienne » rapporte à ce propos une curieuse légende qui s’attache à cet endroit :

En des temps très anciens, un artisan qui travaillait en ce lieu, avait deux fils dont l’un se nommait Bartoumé, l’autre Bonifait. Désireux de les pourvoir d’un emploi, il remit à chacun d’eux un marteau qu’il leur ordonna de lancer au loin. L’outil de Bartomé alla tomber sur un roc escarpé, près de Mérigny, aux lisières du berry, celui de Bonifait vint s’abattre à l’opposé dans la paroisse de La puye, près d’une source. Chaque enfant rejoignit le lieu qui lui avait ainsi été assigné par le sort. Bartoumé sur son roc (roc de saint Bartoumé) et dans la grotte sous-jacente se vit attribuer le pouvoir de guérir la colique rouge. Bonifait, près de sa fontaine dont il remplaça la divinité païenne protectrice, celui de calmer les fièvres et de faire pleuvoir en temps de sécheresse (fontaine de saint Bonifait).

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la Dive, une rivière divine

avril 19, 2007 at 10:10 (paysages)

dive2.jpgLa Dive est une rivière qui porte un nom d’origine celtique et qui, comme beaucoup, fut sacrée pour nos ancêtres gaulois. Elle tire en effet son nom de celui de la Déesse Gauloise des sources sacrées, Divona, et de la racine indo européenne « diew », la divine (mais aussi « la riche »). Sur ses rives, à l’époque gallo romaine, mais le culte devait remonter beaucoup plus loin dans le temps, on adorait la déesse-mère Matrona, dont dérive également le nom de la Marne comme celui de la petite ville de Marnes qui fut Madronas au VIIe siècle. En 976, la Dive était « déjà/encore » appelée la diva ou déesse en gaulois, dans la mesure où elle portait « déja » quasiment le nom qu’elle porte aujourd’hui, et où elle était « encore » considérée comme sacrée après presqu’un millénaire de christianisme… Prenant sa source à la Grimaudière (86), la Dive arrose 6 communes dont Marnes dont on a déja parlé, alimentant en force motrice 28 moulins jusqu’à se jeter dans le canal de Pas-de-Jeu (79), dont 13 sur la seule commune de Marnes. La Vallée de la Dive est jalonnée de témoins de l’implantation humaine dès la préhistoire, de menhirs et de dolmens, en même temps que tous les lieux d’habitation traversés semblent être d’anciens sanctuaires pré-chrétiens ou en présenter certains aspects.. geo_jar_gargantua.jpgPour commencer, la rivière prend donc sa source près de Maisonneuve, un village qui fut fondé par les Templiers de la Commanderie de Montgauguier , or Montgauguier est une variante de Mont Gaudier, à l’origine un Mont Gargarius ou Mont Goguet, un « Monte Gualgarie » vers 1084, de toute évidence un Mont Gargan … et l’on retrouve Gargantua qui s’est longuement promené dans les environs… Il y fit aussi un repas monstrueux composé de deux (ou quatre) paires de bœufs et d’une charretée d’épines ainsi que d’un malheureux moucheron qui s’était approché trop près… pour faire couler tout ça, il se pencha sur le Gouffre de la Grimaudière pour y boire mais se retrouva les deux pieds englués dans les marais. En secouant vigoureusement le pied gauche, le patin de boue alla s’écraser au sud de Saint Chartres pour y former la butte du Puy Taillé (qui est un tumulus de l’époque du Bronze) tandis que celui du pied droit alla constituer au nord du petit village de Villiers, la colline de Puy-Mouron, sur laquelle on a retrouvé des débris de poteries attestant de l’occupation des lieux par un camp datant lui aussi de l’âge du Bronze.On remarque aussi par la même occasion que les Templiers se sont bien souvent installés sur d’anciens haut-lieux sacrés pré-chrétiens …

Pas très loin non plus, on a Saint Jouin- de- Marnes avec son église abbatiale du XIIe siècle qui arbore la curieuse sculpture d’une femme nue dont les seins sont tétés par des serpents..

Saint Chartres est une petite bourgade qui présente un attrait particulier pour un Ovate puisqu’en part un sentier qui présente les plantes qui poussent sur les terrains des bords de Dive et que l’homme a su très tôt utiliser pour se soigner: verveine officinale, prêle, bardane, orties, mauve, guimauve, valériane, reine des prés, houblon, sureau noir, angélique, menthe aquatique, etc..

 

Notre Dame d’Or a révélé une cachette de fondeur, datant du Bronze terminal et contenant une grande diversité d’objets.

 

Au VIIe siècle, Marnes s’appelait donc Madronas, dérivé du nom de la déesse-mère Matrona qui, pour le peuple, incarnait la terre nourricière, les sources, l’eau qui coule. Avec la proximité de la Dive c’est donc un lieu doublement sacré…

 

Il y a aussi Saint Laon (prononcez « Lon ») dont on ne sait pas trop s’il s’agissait de l’évêque de Coutances ou d’un saint local qui vivait sur les bords de la Dive. Quoi qu’il en soit l’endroit était occupé dès l’époque préhistorique et s’y dressent encore trois dolmens, le dolmen de Chantebrault, dit de la Grande Pierre Levée, celui dit de la Petite Pierre Levée et celui dit dela Pierre de Verne.

 

Enfin, on arrive à Pas-de-Jeu qui doit son origine à un étranglement des marais de part et d’autre de la Dive. Le lieu était donc un gué, grand comme un pas de jo, c’est à dire un pas de coq. On dit aussi qu’il se serait appelé en 1300, « pas-de-joco » qui serait un nom d’origine celtique signifiant « passage », « défilé entre des hauteurs boisées », donc rien de contradictoire là non plus. Certains ont vu, dans ce toponyme, une déformation de Jovis, génitif de Jupiter. Ainsi, on serait dans un « Passus Jovis », passage protégé par Jupiter, mais si tel est le cas, nul doute que le dieu romain remplaçait là un culte indigène bien plus ancien . Et cela montre aussi qu’il fut une époque où la traversée à gué était suffisamment dangereuse pour qu’elle nécessite que le gué soit placé sous la protection d’une divinité.

 

Tout au long de la rivière, court un sentier pédestre, « la Sente Divine ». Au coeur de cet ensemble, ce sont en fait cinq sentiers découvertes qui abordent des thèmes spécifiques: le sentier des lavoirs, la sente de l’eau vive, la sente des plantes sacrées, la sente de la source sacrée et la sente de la maresche qui sillonne le territoire des marais où naissent et perdurent les légendes fantastiques.

 

Comme si la Dive voulait montrer qu’elle n’a rien perdu de sa sacralité…

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