quelques divinités du pagus

avril 14, 2007 at 9:39 (divinités)

ADSMERIUS – le Très Brillant ? le Pourvoyeur ?

oursin.jpg Il est invoqué à Poitiers comme Adsmerius Mercurius sur le site de l’ancien temple de la ville de Lemonum. A part ce nom et cette assimilation à Mercure, on ne sait rien de lui. Et l’interprétation reste problématique. La première syllabe « ad » correspond à « très » et le « us » est une terminaison masculine. Le problème est dans la seconde syllabe « smeri ». Les racines indo européennes nous donnent « smer » (briller) et « smeru » (gras). En allant plus loin, on a « (s)mer » (se rappeler, avec une connotation de tristesse, de nostalgie) et « (s)mer » (partager). Il y a donc deux possibilités, la première serait « le Très Brillant », et pour la seconde avec ces connotations d' »embonpoint » et de « partage », le nom correspondant pourrait être « le Pourvoyeur » dans le sens de « Celui qui Donne ». Ce nom serait ainsi lié étymologiquement à celui de la Déesse Rosmerta, qui est généralement considérée comme la parèdre du Mercure Gaulois, autrement dit Lug. Si cette interprétation est exacte, ça nous donne Adsmerius comme un aspect de Lug en tant que « Guérisseur ».

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MATUIX – le Roi Ours

oursin.jpg Matuix est connu à Poitiers où il est assimilé à Apollon et accompagné de Tutela (la version romaine de la déesse Tyche, ou Fortune). Cette assimilation ferait de lui un dieu de la jeunesse bien que sa parèdre, Tutrela (son nom signifie « vulve ») qui est la personnification romaine de la Chance ou de la Bonne Fortune, pourrait indiquer que Matuix était un dieu augural, devin. Son nom est formé des mots indo européens « matu » (ours) et « rix » (roi) ce qui en fait un Roi Ours. Ce qui pourrait être une survivance d’un ancien culte où l’Ours était un animal lié à la divination. En effet, c’est un animal qui, en hibernant en hiver, vit entre les mondes des vivants et des morts et peut ainsi communiquer avec les Ancêtres.

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CISSONIUS – le Protecteur des Voyageurs

oursin.jpg A Saintes, une inscription dit « Mercurio Cisonio C(aius) V(otum) S(olvit) L(ibens) M(erito) », soit « A Mercure Cissonius, Caïus tient sa promesse avec joie et librement ».
L’étymologie de Cissonius est incertaine même si on a dit que son nom pouvait signifier quelque chose comme « le Protecteur des Voyageurs », ce qui d’ailleurs n’est pas du tout incompatible avec Mercure à qui il est assimilé.

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DAMONA – la Vache Divine

oursin1.jpgCette Déesse Gauloise est généralement associée à Borvo et Apollon qui sont tous les deux liés aux sanctuaires aux sources guérisseuses, et elle semble avoir été la Déesse des eaux..
A Alise sainte Reine (ancienne Alésia), elle détient avec Apollon les pouvoirs de rétablissement de l’eau d’un bassin dans lequel se baignent les malades . Et tout ce qui reste de son image dans ce lieu de pélerinage est une tête de pierre couronnée avec des épis de blé et tenant un serpent qui s’enroule autour de sa main. A Bourbonne Lancy, l’inscription qui lui est dédiée l’associe à la vertu du sommeil curatif, par des malades qui espèrent être visités dans leurs rêves et guéris par la Déesse.
L’association de Damona avec la Vache et la présence d’épis de blé sur sa statue suggèrent fortement des composantes de rites de fertilité dans le culte qui lui était voué Le serpent peut être symbolique de sa fonction de guérisseuse, la mue étant associée à la renaissance/guérison.
Les inscription trouvées à Rivières, en Charente, montrent que Damona pouvait être évoquée seule, en l’absence d’un Dieu consort.

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ROBUR – Dervos: [l’Esprit du] Chêne
oursin1.jpg Robur est un Dieu invoqué sur une seule inscription à Angoulême, en compagnie du Genius Loci (l’Esprit du Lieu).
Le nom est probablement dérivé du mot latin pour chêne, röbur, qui donnerait au génitif Roboris: [l’Esprit du] Chêne, l’Ame du Chêne. Ce qui nous donne peut être ici l’exemple rare d’une divinité gauloise latinisée et introduite dans le panthéon romain. Et si c’est bien le cas, Robur n’est certainement pas le nom original. Dans toutes les langues celtiques, le chêne est une variante de « daur » (irlandais), « dar » (cymrique) et la forme gauloise semble être « der ». Le nom gaulois original a donc pu être « Dervos ». Par conséquent il appartient au groupe des divinités celtiques des arbres qui rassemble Abelio (le Dieu du Pommier), Fagus (le Hêtre), Darona/Daronwy (Dieu-Déesse du bosquet de Chênes) et Robur (le Chêne).

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3 commentaires

  1. Kazh ar c'hoad said,

    En breton, chêne se dit : gwezenn-derv (arbre-chêne) ou simplement derv (et se prononce dero). En Goelo (dans le 22)dont je suis en partie originaire on le prononce derf. Alors de derf à dervos….

    Bravo pour votre travail !

  2. lamainrouge said,

    Merci pour la contribution … une pièce de plus au dossier … et les encouragements sont appréciés …

  3. Loïc said,

    Hello
    quelques connaissances botaniques à titre de contribution :

    Avant tout explication rapide de la nomenclature scientifique :
    chaque espèce vivante est désigné principalement par un nom double (éventuellement complété ou précisé par divers adjectifs).
    Ce nom double s’articule autour du nom de genre (toujours écrit en premier et avec une majuscule) et du nom d’espèce (toujours écrit en second et avec une minuscule)
    par exemple : Genre espèce : Quercus robur.
    Il existe un genre « chêne » = « Quercus » que se décline en de nombreuses espèces :
    Quercus robur est le nom scientifique d’un de nos chênes « gaulois » : le chêne pédonculé. Cependant les autres chênes sont dénommés « Quercus sessiliflora » (Chêne sessile), Quercus ilex (Chêne vert), Quercus palustris (Chêne des marais) pour n’en cité que quelques uns. Ainsi et d’après ces seuls éléments il me semble que le mot latin pour désigné le chêne soit plutôt « Quercus » que « robur ». Mais après tout le loup est bien désigné par « Lupus lupus » alors peut-être « robur » signifie t’il également chêne ?
    En tout cas, à ma connaissance, dans la nomenclature scientifique, l’utilisation du mot « robur » n’est faite que pour ce chêne. (Alors que, par exemple, « palustris » ou « sessiliflora » peuvent être employés dans d’autres noms d’espèces différentes.)
    Voilà pour le chêne.

    A côté de cela le nom scientifique du hêtre est : (genre) Fagus !
    En France le hêtre (celui communément rencontré en forêt) est « Fagus sylvatica » les autres espèces de hêtres étant introduites elles ne nous intéressent pas.

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